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Ville de La Roche-Derrien (fusionnée en La Roche-Jaudy en 2019)

Dossier IA22132179 réalisé en 2014

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

L'histoire de La Roche-Derrien a marqué de manière indélébile l'identité de la ville. Bien que l'agglomération soit réduite, elle est considérée comme une ville dès 1404. Ce statut revendiqué par les Rochois remonte donc à la fin du Moyen-Age. Le rôle stratégique de cette place forte dans l'histoire de la Bretagne a contribué fortement à façonner l'image de La Roche-Derrien qui lui vaudra d'être plus tard le doyenné du diocèse de Saint-Brieuc. La morphologie de ce petit centre urbain est caractéristique des villes closes médiévales. De même, l'intense activité économique et artisanale des 19e et 20e siècles contribue à faire de cette agglomération une petite cité récemment labellisée.

Dénominationsville
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Roche-Derrien (La)
AdresseCommune : Roche-Jaudy (La)
Lieu-dit : Roche-Derrien (La)
Précisionscommune fusionnée après inventaire Commune inventoriée sous le nom de La Roche-Derrien

Naissance d'une ville castrale au sein de la seigneurie de Penthièvre

La ville de La Roche-Derrien est née à l'abri d'un château fort, à quinze kilomètres environ des côtes de la Manche, au fond de la ria du Jaudy. Celui-ci est établi sur une éminence rocheuse pour surveiller le fond de la ria, à la limite des eaux fluviales et maritimes, là où la rivière est facile à traverser et où peut s'installer le premier pont. Le passage de la rivière, la défense de ce passage et l'adaptation aux conditions naturelles ont déterminé le choix du site. Les possibilités de transfert de marchandises par voie d'eau n'ont pas constitué l'élément déterminant pour l'installation du site car aux 11e et 12e siècles, la plupart des fleuves bretons ne jouent aucun rôle commercial important.

Les nombreux avantages topographiques offerts par le site expliquent l'occupation ancienne des lieux, probablement dès l'Age du bronze. Des vestiges de substructions (briques, tuiles, ciments) retrouvés au milieu du 19e siècle à l'emplacement de l'ancien château fort témoignent de l'existence d'une cité gallo-romaines. D'après les historiens, il faudrait attribuer la fondation du château fort primitif, autour de 1070, à Derrien, fils du comte Eudon de Penthièvre (contexte historique en annexe) : il reçoit en apanage la seigneurie de la Roche-Jaudy et fait bâtir un premier donjon en bois avec palissades sur le promontoire rocheux qui domine le Jaudy, désormais place forte de la région appelée La Roche-Derrien. Avec Guingamp, Lamballe, Moncontour, elle participe à la structuration de l'espace de la seigneurie de Penthièvre. Les différents éléments laissent supposer que le premier château de pierre, remplaçant le donjon de bois de la motte castrale, fut érigé dans la seconde moitié du 12e siècle avec basse cour fortifiée et fossés.

En 1160, un des descendants de Derrien obtient de l'abbaye Saint-Melaine de Rennes que quelques moines viennent s'installer à La Roche-Derrien pour fonder un prieuré et une première église dédiée à la Sainte-Croix, pôle spirituel indispensable au développement d'un bourg castral. On doit sans doute à ce prieuré (disparu) la création de la paroisse de La Roche-Derrien, probablement situé à proximité de l'ancienne chapelle Saint-Jean. Un second prieuré était situé dans l'actuelle rue de la rive comme l'évoque Marie Charant dans son histoire de La commune :" Au quai, maison qui fût jadis une communauté religieuse habitée par des moines, chapelains des seigneurs de La Roche-Derrien..." et que l'on identifie aisément sur le cadastre ancien avec ses bâtiments disposés autour d'une cour close (ensemble formé par le 7 venelle des Anglais et les 6 et 6 bis rue de la rive). Peut-être la ville a-t-elle compté deux prieurés, l'un au nord, l'autre au sud.

Jusqu'à la fin du XIIIe siècle, il semble que la Roche-Derrien soit toujours rattachée à la paroisse d'origine de Ploezal et ce n'est que vers 1330 que son église est pour la première fois citée comme paroisse. Cette mention est sans doute à rapprocher de la construction de l'actuel édifice, à la mesure de l'importance de la seigneurie et de son château.

La fondation de l'hôpital (ou maladrerie) et de la chapelle Saint-Eutrope, à l'est de la place du Martray, est due à Geoffroy de Kersaliou, seigneur de Kersaliou (Pommerit-Jaudy), à son retour de croisade avec Saint-Louis en 1254. En effet, la seigneurie de La Roche-Derrien concède aux Kersaliou des privilèges très étendus dans son propre fief dont celui de haute, moyenne et basse justice dans l'auditoire de la châtellenie de La Roche. L'hôpital et la chapelle Saint-Eutrope sont détruits en 1850. Seules deux baies de la chapelle dont une du 13e siècle témoignent de son existence.

C'est vraisemblablement au cours du 13e siècle que la ville de La Roche-Derrien commence à se fortifier, à l'instar de beaucoup d'autres villes castrales de Bretagne. La période féconde en évènements militaires occupe une place de premier ordre dans l'histoire des fortifications bretonnes. C'est également à cette époque que le bourg castral se développe ainsi que le trafic sur la rivière. Le port d'échouage permet d'approvisionner la ville. Le contrôle d'un axe de passage permet au seigneur de percevoir une taxe sur les bateaux qui viennent relâcher sous les murs du château et d'établir halles, marchés et foires. La naissance de la ville autour du château, sur un axe de passage, s'inscrit dans un mouvement général de lent renouveau urbain entre le 11e et le 13e siècles qui profite de la reprise économique et démographique.

Place forte du duché de Bretagne au coeur de la guerre de Succession de Bretagne

Tour à tour place forte du comté de Penthièvre et du duché de Bretagne entre 1034 et 1341 (lire annexe historique), La Roche-Derrien va devenir un lieu d'affrontements successifs durant la Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) entre le parti de Penthièvre et celui de Montfort. Une trentaine d'années après la signature du traité de paix (1365), les querelles entre les deux partis en présence n'étant pas réglées, le château est détruit une première fois, en 1394, par le duc Jean IV. Une trêve s'établit au bénéfice de laquelle le château est relevé avant d'être définitivement rasé en 1420 par l'armée du duc, en représailles de l'enlèvement de Jean V par les Penthièvre. Dès lors, La Roche-Derrien cesse d'être une place forte et ne joue plus aucun rôle stratégique.

Cependant, il est possible que les enceintes de la ville n'aient été pas complètement détruites puisqu'en 1489, alors que la Bretagne est en guerre contre le roi de France, les troupes du capitaine Gouicquet trouvent refuge à la Roche-Derrien, fuyant depuis Guingamp les troupes du vicomte de Rohan, allié de Charles VIII. Dans le deuxième quart du 17e siècle, les murailles, sans doute en très mauvais état, auraient été détruites sous ordre de Richelieu dans sa volonté de lutter contre les symboles de la noblesse afin de rénover la vision de la Raison d'Etat.

Une petite cité prospère

Déchue de son titre de place forte, La Roche-Derrien développe son économie et son commerce autour de : l'activité linière ; l'exploitation des carrières de schiste ardoisier ; les "industries", celles du bâtiment notamment, le transport des céréales. La présence d'un port et d'une rivière navigable jusqu'à Tréguier offre la voie aux transports des marchandises et aux échanges. Les maisons de marchands de la rue de la fontaine témoignent de cette ancienne prospérité. La richesse générée par le négoce du grain et du lin se devine sur quelques belles façades de la place du martray et de la rue de la fontaine. La rue aux toiles atteste également de la présence de tisserands et de fileuses. Plus tard, quand le teillage prendra son essor à la fin du 19e siècle, la ville prendra le nom de capitale de l'étoupe, "Kapital stoup", dont elle fera un commerce profitable. Le monde des artisans participe de cette prospérité, notamment les couvreurs et les charpentiers dont le travail réputé est directement lié à l'exploitation du schiste ardoisier.

A partir de la seconde moitié du 19e siècle, La Roche-Derrien va devenir un véritable carrefour économique alimenté par la transformation et le stockage productions agricoles, par le développement des activités liées au bâtiment, au travail du métal. Ces activités nécessite la construction de bâtiments et d'infrastructures visibles dans le paysage urbain (cf. les entreprises de La Roche-Derrien).

Période(s)Principale : Fin du Moyen Age, Temps modernes, 19e siècle, 20e siècle, 1er quart 21e siècle, Moyen Age

Malgré la destruction du château et des remparts, la forme circulaire dans le parcellaire de la ville témoigne de son passé de bourg castral. L'étude du cadastre ancien combinée à l'observation des vestiges sur le terrain permet de reconstituer approximativement les limites de l'ancienne ville close et son évolution hors les murs.

La forteresse : le château et la basse-cour

Implanté sur la partie la moins vulnérable du site, le château, aujourd'hui remplacé par la chapelle du Calvaire, dominait la ville. Son plan semble adopter la forme d'un polygone irrégulier au sommet de l'éperon rocheux. En l'absence de fouilles archéologiques, la position du donjon disparu n'est pas connue : isolé dans la forteresse ou engagé dans la courtine ? De même la forme du donjon n'est pas connue : gros donjon carré comparable à celui de La Roche-Maurice (Finistère nord) ou donjon circulaire ? Le soubassement de la forteresse est conservé, formant une première couronne de rempart. Côté sud-ouest, la falaise tombe à pic sur la rue de la rive, formant une protection naturelle renforcée par des murailles dont on devine les vestiges sous la végétation. Au nord et au sud-est s'étend la basse-cour, ceinturée par une seconde couronne de remparts dont il subsiste la trace à l'arrière des maisons bordant le côté gauche de la rue de la fontaine (dans le sens de la montée). L'appareil des remparts est encore fruste et trahit une construction antérieure au 14e siècle : construction en moellons irréguliers de schiste ardoisier provenant de carrières voisines, reliés entre eux par un mortier de chaux liquide. Les murs reposent parfois sur de gros blocs de rocher.

La ville s'est peut-être développée à partir de la basse-cour du château en direction du nord et du nord-est. Au 12e siècle, l'emprise du bourg castral se limite probablement à la partie haute, à l'emplacement de la rue de l'église et de l'actuelle place du martray, avant de s'étendre vers la partie basse, rue de la fontaine. Cependant, les maisons ne sont pas construites au pied des remparts de la basse-cour, afin de ne pas servir de postes avancés aux ennemis, en cas d'attaque du château.

L'enceinte urbaine

A la fin du 14e siècle, dans ses chroniques sur les batailles de la Guerre de Succession, Jean Froissart signale la présence d'une enceinte urbaine à La Roche-Derrien comme Pierre Le Baud un siècle plus tard. Les enluminures de ces chroniques représentent l'enceinte de manière symbolique sans chercher à restituer la réalité mais plutôt l'idée que les hommes du Moyen Age se faisaient d'une ville enclose.

De l'enceinte urbaine qui forme la troisième couronne de rempart et clôture la ville, il subsiste quelques vestiges localisés au sud, au sud-est et au nord du château. Son tracé utilise l'escarpement du site à défendre ce qui explique son tracé irrégulier. Il est difficile d'affirmer que des tours semi-circulaires interrompaient les courtines pour protéger les angles et assurer le meilleur flanquement possible même si la présence de ces éléments de défense est probable. Au sud, une guérite est encore en place, ménagée dans l'épaisseur de la muraille, probablement à quelques mètres de la jonction de l'enceinte urbaine et du rempart de la basse-cour. Ce pourrait être un élément d'un poste avancé, sorte de barbacane, situé devant l'entrée la plus vulnérable de la ville, au sud, près de la rivière. Le passage ancien qui longe cette muraille et descend vers la rue de la fontaine rejoignait peut-être l'ancienne porte de la jument.

Au nord-ouest du château, la base de la muraille de l'enceinte urbaine est bien visible : elle passe au bas du jardin de l'ancien presbytère et semble obliquer au niveau du poste de guet établi au 17e siècle, non plus dans un but militaire mais pour surveiller le trafic des bateaux et lever l'impôt sur ceux qui relâchent dans le port de La Roche-Derrien. Il est plus difficile de retrouver le tracé au nord de la ville, au niveau de l'église paroissiale. Celle-ci étant fortifiée à la fin du 14e siècle, il est possible qu'elle soit hors les murs d'enceinte de la ville.

D'autres indices comme la forme circulaire du parcellaire et le relief offrent des clés de lecture supplémentaires qui permettent de retrouver par endroits le tracé initial de l'enceinte : derrière la maladrerie et les maisons au nord de la place du Martray, les parcelles non loties sur le cadastre ancien pourraient correspondre au fossé creusé derrière l'enceinte urbaine. La légère déclivité du terrain à cet endroit milite également en faveur de cette hypothèse. Les rues du pouliet et des buttes (actuellement rue de pitié) auraient été établies sur la contrescarpe du fossé. Par delà l'enceinte urbaine, les marais situés au nord et à l'est constituaient une zone de défense naturelle dont le toponyme pouliet (marais) est significatif.

Quatre portes établies au sud, à l'est et au nord mettaient en communication les principales rues de la ville close avec les faubourgs d'où partent les chemins ruraux : la porte de la jument (rue de La fontaine) ; la porte des moulins (rue guialou) ; la porte aux toiles (rue aux toiles) ; la porte du cimetière (place de l'église). En plus de ces entrées de ville, de simples poternes étaient probablement ménagées dans la muraille pour accéder aux venelles d'argent (ou venelle du combat) et des Anglais.

Quand la place de La Roche-Derrien est déclassée, le site est réaménagé avec des terrasses qui participent désormais à l'identité du paysage urbain. La construction de murs de terrasses et de clôture sur les flancs du coteau en récupérant des pierres de rempart ne facilitent pas la lecture du tracé de l'enceinte urbaine. Par endroits, murs de terrasse et murailles médiévales se croisent, se doublent, se rejoignent et sont d'autant plus difficiles à différencier que certains murs de terrasse sont établis à l'emplacement de l'enceinte urbaine...

La ville close

Les éléments de composition

A l'instar des autres villes closes de Bretagne, l'aspect général de La Roche-Derrien est probablement fixé dans ses grandes lignes dans la seconde moitié du 14e siècle quand Jean de Montfort accède à la dignité ducale.

En dehors du château qui symbolise la puissance ducale, deux autres édifices essentiels structurent la cité : l'église paroissiale Sainte-Catherine qui symbolise la puissance ecclésiastique, en relation visuelle directe avec le château. Tous deux dominent la cité et les éléments qui participent à l'affirmation de la puissance ducale comme les moulins (moulin à vent des buttes et moulin à eau du pont), l'hôpital (maladrerie et chapelle Saint-Eutrope), les fourches patibulaires implantées sur les hauteurs de Justisso à Pommerit-Jaudy. Troisième élément structurant, la place du martray, bordée par des halles, symbolise la puissance économique, en plein coeur de l'espace urbain. Ces trois éléments architecturaux, le château, l'église et la halle forment un schéma triangulaire caractéristique des villes closes médiévales. L'extension de la ville est bloquée à l'ouest par le versant escarpé et la ria du Jaudy, à l'est par les marécages voisins du Jaudy.

Le plan radio-concentrique

Le schéma d'ensemble de la ville est basé sur la place centrale du martray d'où partent les rues divergentes qui aboutissent aux quatre anciennes portes fortifiées. Cette disposition s'adapte parfaitement au site de La Roche-Derrien, le coteau et l'escarpement rocheux. les rues de la fontaine et des Anglais gravissent la pente pour atteindre la halle et l'hôpital tandis que les rues de l'église et d'argent gravissent la pente pour atteindre l'église. Les rues transversales du guialou, du piloris et la venelle du calvaire suivent les courbes de niveau et complètent cette ordonnance.

Développement de la ville dans et hors les murs

A partir du 15e siècle, la ville se densifie et s'étend à l'extérieur de l'enceinte urbaine, faute de place à l'intérieur. C'est à cette époque que les fossés comblés du château détruit commencent à être colonisés, dans l'actuelle rue de la fontaine. Les maisons sont construites sur des parcelles étroites et profondes caractéristiques du parcellaire médiéval. Hors les murs, de petits faubourgs se développent : au pied de l'enceinte urbaine, dans l'actuelle rue de la rive ; rue aux toiles ; place du pouliet ; place de Chef du Pont. Ces faubourgs sont de simples rangées de maisons construites le long des routes qui rejoignent la campagne ou de véritables petits quartiers comme le Chef du Pont. Les limites de la ville sont désormais au-delà de la partie enclose. le paysage urbain inclut le port, le moulin du pont, le monastère de la rue de la rive.

Jusqu'au milieu du 19e siècle, la ville de La Roche-Derrien subit peu de bouleversements comme en témoigne le cadastre ancien de 1836. A partir de la seconde moitié du 19e siècle, la ville se développe au nord avec l'ouverture de la rue Saint-Jean et la construction du Pont Neuf (1866). Le tracé de la route départementale de Tréguier à Guingamp passant par la rue de l'église, celle-ci est élargie et les façades à pans de bois sont détruites afin de créer un nouvel alignement. A la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, le mouvement de réhabilitation et de reconstruction de l'habitat se poursuit. Les rues de pouamon, du Jouet, aux toiles, du pouliet, du guialou, de pitié se densifient. Des édifices publics voient le jour (la mairie, les écoles communales, la gendarmerie, plus tard la salle des fêtes) en même temps que se développent des "industries" liées au teillage du lin, au cidre, au bâtiment, au travail du métal... Le noyau ancien de la ville conserve une structure médiévale avec ses parcelles irrégulières et l'étroitesse de ses rues mais la ville investit désormais de nouveaux axes et des voies quasiment inhabitées jusque-là.

Place de Chef du Pont, de l'autre côté du Jaudy, un faubourg se développe sur ce lieu noble autour d'une petite place et de façon linéaire le long des voies. La proximité du port favorise la construction de grandes maisons de négociants, sur un parcellaire un peu plus large que celui de la cité intra-muros. La population de Chef du Pont change probablement lorsque le trafic maritime périclite au début du 19e siècle et que les négociants quittent peu à peu le faubourg pour la ville haute. Des petites maisons sont construites en alignement le long de la côte Saint-Yves, de la route de Langoat à La Roche et de la rue de la rive pour abriter une population de couvreurs, charpentiers, menuisiers, lavandières et chiffonniers. Cet habitat modeste a presque entièrement disparu aujourd'hui.

Annexes

  • Le comté de Penthièvre au coeur de la guerre de Succession de Bretagne

    Situation du duché du 11e siècle au début du 14e siècle

    Au début du 11e siècle, sous Geoffroy 1er (992-1008), Alain III (1008-1040), Conan II (1040-1066), le domaine ducal est très réduit. La constitution du premier apanage de Penthièvre, en 1034, par Alain III, au profit de son frère Eudon, ampute encore ce domaine de tout le nord (zone comprise entre le Léon et la Rance) et forme un puissant fief qui pénètre au coeur même du duché.

    Après ce coup d'arrêt de 1034, l'extension du domaine reprend et c'est entre la seconde moitié du 11e siècle et le début du 14e siècle que les acquisitions les plus importantes sont faites. Avec l'arrivée sur le trône ducal du comte de Cornouaille et de Nantes, Hoël (1066-1084), un ensemble considérable de biens entre dans le patrimoine du souverain. Hoël fait s'étendre le domaine sur quatre comtés.

    L'autorité ducale se renforce encore, de 1166 à 1237, sous Geoffroy II dit Plantagenêt et Pierre de Dreux, dit Mauclerc. Ce dernier réussit à supprimer le premier apanage de Penthièvre vers 1215. Il envahit les possessions, les confisque à l'exception du Goello et du château d'Avaugour. Quand Pierre Mauclerc abandonne le pouvoir en 1237, le domaine ducal s'étend sur six comtés dont le Penthièvre et le Trégorrois.

    Jean 1er Le Roux (1237-1286) achève cette oeuvre pendant son long règne. Il met la main sur l'ensemble du Léon et arrondit ses possessions dans les autres comtés. Parmi les cités qui rentrent dans le domaine à cette époque figurent La Roche-Derrien (entre 1272 et 1287). Ainsi, à la fin du 13e siècle, le domaine ducal est constitué dans ses grandes lignes. Le duc est maître de plusieurs villes comme Nantes, Rennes, Vannes, Dinan, Morlaix. Son autorité est partout reconnue.

    Mais une mesure lourde de conséquence remet tout en question. En 1317, Jean III décide de reconstituer l'apanage de Penthièvre au profit de son frère puîné Gui. Cette initiative enlève à la couronne ducale, pour la seconde fois, le contrôle de toute une partie de la Bretagne, de villes comme Guingamp, lamballe, lannion, La Roche-Derrien et créé une source permanente de conflits. La création du second apanage de Penthièvre débouche, en effet directement sur la Guerre de Succession de Bretagne.

    La Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364)

    Fille unique de Gui, Jeanne hérite du domaine de Penthièvre à la mort de son père en 1331. Dix ans plus tard, quand le duc Jean III meurt sans héritier direct et sans successeur désigné, sa nièce Jeanne de Penthièvre et son demi frère Jean de Montfort se disputent l'héritage du duché de Bretagne : c'est le début d'une guerre de succession qui va diviser la Bretagne pendant 23 ans (1341-1364) et positionner La Roche-Derrien, place forte du duché, au coeur du conflit. D'un côté, Charles de Blois défend les droits de sa femme, Jeanne de Penthièvre, en réclamant l'appui de son oncle, le roi de France Philippe de Valois, de l'autre Jean de Montfort fait appel au roi d'Angleterre Edouard III. Déjà en guerre, les deux souverains trouvent l'occasion pour intensifier leur lutte en la portant sur un second terrain, faisant de la guerre de Succession de Bretagne un épisode de la guerre qui pendant cent ans met aux prises Anglais et Français.

    En 1345, les généraux anglais portent la lutte sur le territoire de l'apanage de Penthièvre, en particulier le diocèse de Tréguier. Position stratégique, La Roche va devenir le théâtre d'affrontements sanglants. Dans un premier temps, les Anglais s'emparent de la cité et s'y installe jusqu'au printemps 1347, date à laquelle Charles de Blois encercle la ville durant trois semaines jusqu'à sa reddition. La bataille de La Roche-derrien débute quelques jours plus tard, le 18 juin, nourrie par deux assauts successifs lancés par les alliés de Jean de Montfort. Une enluminure des Chroniques de jean Froissart illustre la défaite de Charles de Blois, fait prisonnier par l'armée anglaise et ses partisans français devant sa tente rouge, sur le coteau des Mézeaux.

    Cependant, la place de La Roche est libérée en août 1347 par des troupes du roi de France et Jeanne de Penthièvre peut la récupérer, rejoint en 1351 par Charles de Blois libéré.

Références documentaires

Documents d'archives
  • 3P 269/2 Etats de sections de La Roche-Derrien. Tableau indicatif des propriétés foncières, de leurs contenances et de leurs revenus, 1837

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P 269/2
Documents figurés
  • 3 P 269/1 Fonds du cadastre ancien. Tableau d'assemblage et plans parcellaires de la commune de La Roche-Derrien, 1836

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3 P 269/1
  • Collection photographique particulière Georges Le Fell

    Collection particulière
Bibliographie
  • LELOUP, Daniel. La maison urbaine en Trégor aux 15e et 16e siècles. Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection "Art et Société", 1996, 226 p.

  • LE FELL, Georges et Marie-Louise. La Roche-Derrien de nos jours aux origines. Presses de Roudenn Grafik, Guingamp, 2012.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • CHARANT, Marie. La Roche-Derrien, son histoire. Les Presses Bretonnes, Saint-Brieuc, 1952

    Collection particulière
  • LE BARZIC, Ernest. La Roche-Derrien et ses environs. Le barde Narcisse Quellien. Imprimeries Simon, Rennes, 1955

    Collection particulière
  • Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Sous la direction de Jean-Yves Andrieux. Villes de Bretagne. Patrimoine et Histoire. Cités d'Art de Bretagne. Presses Universitaires de Rennes, 2014

Périodiques
  • LEGUAY, Jean-Pierre. Le paysage péri-urbain au XVème siècle. Mémoires de la Société historique et archéologique de Bretagne, 1980.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
Multimedia
  • La Roche-Derrien : Histoire, Patrimoine, Noblesse... http://www.infobretagne.com/roche-derrien.htm

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Tanguy-Schröer Judith
Judith Tanguy-Schröer , né(e) Tanguy
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