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Usine de Penn Lann (Pleubian)

Dossier IA22014794 inclus dans Écart dit village de Larmor-Pleubian (Pleubian) réalisé en 2009
Appellations Penn Lann
Parties constituantes non étudiées jetée, ensemble industriel
Dénominations usine
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Lézardrieux
Adresse Commune : Pleubian
Lieu-dit : Penn Lann

La première usine d'algues de Pleubian, datée de 1898 (sur le site de "Penn-ar-Land", fait suite à celles du Conquet en 1828, de Portsall en 1857, de Tréguier en 1864, de Loguivy-de-la-Mer en 1882 et de l'Île de Bréhat (celle-ci ferma en 1890). Ces usines d'iode (l'iode fut découverte par le chimiste Courtois en 1813) ont pris la relève des premiers fours à goémon, produisant la cendre d'algues utile pour la fabrication du verre dès le 17e siècle. On signale des fours à goémon sur l'Île Maudez en 1784. Les algues étaient aussi utilisées traditionnellement comme amendements pour l'agriculture, favorisant la "Ceinture dorée du Trégor" et la culture des primeurs depuis le 3e quart du 19e siècle. En 1838, Trébeurden expédiait 200 goémoniers à l'île Molène pour ramasser le lichen.

La découverte des carraghenates est le fait du laboratoire de biologie marine de Roscoff en 1877 ; celle des alginates est liée au chercheur Stanford en 1883. Selon Le Goffic, la première unité industrielle de valorisation des algues aurait été créée en 1890 à Trégastel par une entreprise allemande.

En 1896, la société des Halogènes, dont Monsieur Combes était le directeur, fait l'acquisition des premiers terrains au lieu dit Pen-ar-Land, à l'Armor-Pleubian. Monsieur James, industriel à l'usine de Penn Lann, découvre un procédé lui permettant d'extraire l'iode directement des algues sans dissoudre les sels minéraux qu'elles contiennent. En 1906, ont lieu les premières tentatives de fabrication d'alginates à Pleubian par la société Norgine, qui avait racheté l'ancienne entreprise.

Entre 1910 et 1916, la fabrication s'arrête faute de débouchés commerciaux et à cause de la guerre. Pendant cette période, on essaya d'extraire du brome dans l'eau de mer au profit de la Défense nationale, mais sans succès. En 1917, la société Electro-Chimie rachète l'entreprise et la revend quelques années plus tard à la firme belge Fabib.

En 1926 démarre la fabrication industrielle d'alginates, grâce aux recherches abouties du chimiste Raoul Richard, mais elle s'arrête en 1931 à cause de la crise économique, pour redémarrer en 1941 avec la reprise de l'outil de production par la société Maton. En 1959, la Société d'exploitation des algues (CECA) prend la relève et ouvre une nouvelle usine à Lannilis dans le Finistère. En 1981, l'usine CECA ferme définitivement.

En 1975, l'effectif permanent de l'usine était de 50 personnes. Neuf bateaux récoltaient les laminaires pour l'usine à l'aide d'un scoubidou. Entre les deux guerres, l'usine CECA armait plusieurs bateaux goémoniers pour la récolte en mer. Une vingtaine de personnes ramassaient aussi le goémon de rive pour alimenter la production.

Le 15 mai 1982, une société d'économie mixte Centre d'Expérimentation et de Recherche Appliquée en Algologie (CERAA) remplaçait l'ancienne usine, avec le soutien des collectivités locales et départementales. Ce centre va devenir un pôle d'excellence et une référence européenne pour la recherche sur et sur la valorisation des algues vertes, dans le domaine de l'alimentation animale (avec la société L'Aviculteur briochin), des composts, puis de la culture d'algues.

Les anciens bâtiments de l'usine vont être progressivement détruits dans les années 1980 et remplacés par des édifices et des équipements neufs, sauf l'ancienne jetée qui est toujours utilisée aujourd'hui. Le centre de recherche s'appelle aujourd'hui le Centre d'Etude et de Valorisation des Algues (CEVA), avec un statut de société d'économie mixte, dont le Département possède plus de 50 % des parts.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 4e quart 20e siècle
Dates 1898, daté par travaux historiques
1982, daté par source

Les premières usines sont installées dans des bâtiments construits en moellons de granite, avec des toits à longs pans brisés (sheds), juxtaposés les uns aux autres. Ces bâtiments industriels constituent des aires de stockage des algues (2000 tonnes en pleine saison) et contiennent plusieurs bassins. La jetée contiguë aux bâtiments de l'usine permet le débarquement des algues à l'aide d'une grue (aujourd'hui détruite). Des presses rotatives ont remplacé les presses manuelles. La pompe à air comprimé a ensuite remplacé la centrifugeuse. La mécanisation des outils de récolte avec le scoubidou hydraulique a permis de ramasser 15 tonnes d'algues par bateau et par jour. Une aire extérieure de 4 hectares de surface permettait de faire sécher les algues au soleil : 40 tonnes journalières sont ainsi traitées. Le séchage s'opère aujourd'hui dans des séchoirs spécifiques. Les bâtiments actuels sont construits en carreaux de ciment et en parois de verre, selon une architecture contemporaine.

Murs granite
ciment
moellon
États conservations détruit, remanié
Statut de la propriété propriété d'une société privée

Annexes

  • Résumé de la conférence de Dominique Brault, directeur du Centre d'Etude et de Valorisation des Algues (CEVA) et de Pierre Arzel, ethno-biologiste, dans le cadre de la manifestation "Presqu'île : Tradition Goémon", septembre 2006

    Dominique Brault, océanographe (directeur du Centre d'Etude et de Valorisation des Algues) et Pierre Arzel (biologiste à l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer et ethnologue, enseignent-chercheur), auteur de l'ouvrage de référence "Goémoniers", édité en 1996 par le Chasse-Marée, ont séduit pendant plus de 2 h 30 un public nombreux (salle comble !), dimanche après-midi au Sillon de Talbert.

    Pierre Arzel a raconté avec passion et éloquence la grande histoire des algues, qui depuis l'Antiquité ont nourri les hommes et les animaux des pays d'Europe du Nord, dont on trouve le témoignage scientifique dans l'analyse des cendres d'algues et plus littéraire dans les sagas islandaises. L'agriculture n'est pas en reste puisque le goémon de rive aurait même été utilisé au 5e siècle pour amender les vignes. C'est à la fin du 17e siècle que les ouvriers vénitiens vont inaugurer la fabrication du verre à partir du carbonate de sodium contenu dans la soude ou cendre d'algues que les Normands vont trouver en abondance sur les côtes bretonnes.

    Colbert va en 1681 réglementer ces nouveaux usages de l'estran et répartir l'exploitation entre les paroisses : entre les activités vivrières et l'industrie de la soude. Puis la Révolution et l'Empire vont développer la recherche et de nouvelles utilisations : du salpêtre pour la poudre à canon et la découverte de l'iode par Courtois pour soigner les soldats. Au cours du 19e siècle, les premières usines vont fleurir en Bretagne et participer au développement des flottilles goémonières avant de péricliter progressivement au 20e siècle. Cependant, la mécanisation et une réglementation draconienne pour gérer les champs d'algues va permettre de maintenir aujourd'hui une flottille de 45 unités dont 5 bateaux en Trégor. A préciser que l'utilisation du fameux "tire-bouchon", ancêtre du "scoubidou" moderne, fut utilisé très tôt à Pleubian.

    Dominique Brault prit ensuite le relais de son confrère pour rappeler la naissance du Centre d'Etude et de Valorisation des Algues à Pleubian et sa pépinière d'entreprises, évaluer chiffres à l'appui l'apport de la production en algues fraîches : 60 000 tonnes de laminaires qui produisent 3 500 t d'alginates par an (10% du marché mondial), 70 000 t de fucales (1/4 de la production bretonne pêché sur l'estran).

    La France est aujourd'hui second producteur en Europe juste derrière les Norvégiens, et les perspectives d'avenir sont prometteuses : entre la recherche appliquée pour l'industrie alimentaire, l'agriculture (vaccin pour les plantes), les cosmétiques, l'industrie lourde et la médecine (le pouvoir oxydant de la sargasse), sans oublier la culture d'algues.

    Cependant face à la concurrence chinoise, nous retiendrons l'avantage de la Bretagne pour développer l'industrie algale : la qualité de ses eaux marines, exemptes de métaux lourds, une richesses algale inégalée en qualité et en quantité, une profession bien organisée et des centres de recherche d'excellence : tout un potentiel pour agir dans le sens d'une stratégie identitaire de développement local sur un territoire, qui associe à la fois une production à forte identité et une dynamique de recherche.

    Les goémoniers ont encore un bel avenir devant eux dans une approche sélective et de qualité de leur production, en gérant au mieux leur champs d'algues.

  • Témoignage de Yves Treussard, ancien contremaître de la Société d'exploitation des algues (CECA)

Références documentaires

Bibliographie
  • VIDEMENT. Les algues. Saint-Brieuc : F. Guyon, 1912.

  • HUON, Yves. Les principales laminaires de l'archipel de Bréhat. Saint-Brieuc : Imprimerie Moderne, 1937.

    p. 83-84-85
  • PRIGENT, Guy. "Les algues, qui seront les moissonneurs de la mer nourricière ?". In L'Homme et l'usage de la mer, Tud ar Mor. Saint-Brieuc : CEAS, 1986.

    p. 47-69