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Tour d'observation et d'artillerie, fanal des Hébihens (Saint-Jacut-de-la-Mer)

Dossier IA22002914 inclus dans Capitainerie de Matignon : ensemble fortifié réalisé en 2005

"Elle [l'île] est d'autant dangereuse que n'étant point gardée, 10 000 hommes y peuvent prendre terre sans empêchement dans le temps d'une marée de vive eau, et quand la mer est basse, marcher en bataille à la terre ferme par un espace de 150 toises de large qui assèche totalement et cela par des sables fermes comme un plancher. [...] La pierre de taille, le moellon, le sable et l'eau sont sur le lieu et sous la main. Il n'y manque que de la chaux qu'il [Monsieur de Pontbriand] trouvera bien". Vauban, Projet pour le dispositif de la garde de Saint-Malo et ses côtes, mai 1694.

Située au cœur de la baie de Saint-Jacut, entre le Cap Fréhel à l'ouest, zone importante de mouillage, et la Rance à l'est, l´île des Hébihens est un lieu hautement stratégique pour la défense extérieure de Saint-Malo, la cité-corsaire. En effet, la baie de la Fresnaye, parsemée d'innombrables îles et îlots, constitue à marée basse un secteur très favorable pour un débarquement terrestre... Lors de l'attaque de Saint-Malo par les Anglais en novembre 1693, la position était déjà occupée par des retranchements et batteries. L'île des Hébihens reliée à la terre ferme à marée basse (tout comme le fort Cézon à l'Aber Wrac'h) est pour Vauban un lieu propice à une descente ennemie.

Dès le début de mai 1694, l'île est retenue pour l'établissement d'une tour d'observation et d'artillerie, elle servira de "tour-réduit" d'un vaste ensemble de batteries de côte et retranchements visant à créer un asile aux navires de pêche de Saint-Briac, Saint-Jacut et Plévenon... qui drainent de la mer des fortunes.

Si l'île est la propriété des moines de Saint-Jagu qui céderont une partie de leurs terres au Roi pour l'établissement de la tour, la construction de l'ouvrage sous la direction de Garengeau, ingénieur militaire de Saint-Malo est commanditée par monsieur le comte Louis de Pontbriand, marquis de Pleurtuit, baron de la Houle à Saint-Briac et capitaine garde-côte.

Afin de financer la tour des Hébihens, Vauban proposa à Monsieur de Pontbriand, "homme vif et plein d'expédients qui vient assez bien à bout de tout ce qu'il entreprend", le marché suivant inspiré de celui qui avait permis la construction de l'église de Saint-Briac quelques années plutôt : Pontbriand s'engageait à mettre à disposition en avance le revenu de la pêche aux maquereaux de ses quelque 25 bateaux qui travailleraient pour cela les dimanches et jours fériés du mois de mai, saison de la pêche (après que le coucou eut chanté...). Le tout avec la bénédiction du Seigneur (Très Grand), représenté en la personne de l'évêque de Saint-Malo...

Vauban en fin psychologue précise : "Il [Monsieur de Pontbriand] est fort "engoué" de ce bâtiment ; sur ce que je lui ai mis dans l'esprit que l'on appellerait la tour de Pontbriand, que ses armes y seront mises au-dessous de celle du Roi et que cela servirait un jour d'un titre considérable à ses descendants, ce qui l'a fort touché comme les Bretons sont glorieux, mais une autre chose qui le touche bien davantage est qu'il a un fils, capitaine depuis 6 ans au régiment de Villepion, homme de mérite et très bon officier, qu'il a grande envie de faire colonel. Il lui a même voulu acheter un régiment de cavalerie dont je l'ai détourné pour lui dire que les gens de mérite devaient acheter par le service et non autrement et que l'[édification] de sa tour y aiderait plus à faire chemin à son fils que l'argent qu'il voulait employer à cet achat. Il m'a si bien cru que j'ai parole de lui qu'il la commencera aussitôt qu'on lui en aura fait savoir l'agrément du roi". Vauban use de la flatterie pour arriver à ses fins : construire la tour nécessaire à la défense de Saint-Malo et le tout sans aucun frais pour le trésor royal, au plus bas...

Le mode de financement par droits extraordinaires de pêche pendant 15 ans fut conclu par traité avec le marquis de Nointel, intendant de Bretagne en juin 1694. Le roi, représenté par le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, concéda l'achat du pain de munition aux ouvriers affectés à la construction de la tour. Si le devis établi par Garengeau le 26 juin 1694 s'élevait à 16 826 livres, Monsieur de Pontbriand fils, Joseph-Yves, (le père meurt en 1698) dut avancer en plus la somme de 6 174 livres en travaux supplémentaires...

Garengeau établit les plans de la tour des Hébihens (coupe et plan de la tour des Hébihens, à Saint-Malo par Garengeau, le 17 août 1695) suivant le projet directeur de Vauban. Le parti de construction est à rapprocher des modèles de tour tronconique à escalier hors oeuvre type Tatihou et la Hougue (mis en oeuvre par l'ingénieur Benjamin de Combes).

La tour fut achevée en juillet 1697 (élévation de la tour des Hébihens, à Saint-Malo par Garengeau, le 16 juillet 1697) après trois campagnes de travaux. Le nom de Pontbriand reste définitivement attaché à la tour des Hébihens. Quatre canons de 4 livres de balle (récupérés par Pontbriand sur une galiote anglaise en juillet 1695 lors de l´attaque de Saint-Malo) installés en batterie haute et une dotation de 25 boulets par pièce, assuraient la défense de la tour. Le magasin à poudre contenait seulement 200 livres de poudre... En 1758, la batterie de la pointe des Hébihens comprenait deux pièces d'artillerie, la première de 18 livres de balle et la seconde de 12 livres de balle tandis que la tour était dotée de deux pièces de 4 livres de balle et deux canons de 3 livres de balle. Trois canonniers de la marine étaient affectés à la défense de l'île...

Ce site exceptionnel, aujourd'hui propriété privée, se laisse découvrir à marée basse.

Appellations Tour des Hébihens
Dénominations batterie, fort, poste d'observation
Aire d'étude et canton Bretagne Nord
Adresse Commune : Saint-Jacut-de-la-Mer
Lieu-dit : Les Hébihens

Édifice financé par Louis du Breil, comte de Pontbriand en Pleurtuit, baron de la Houlle à Saint-Briac et capitaine général garde-côte de la capitainerie de Pontbriand qui s'étend de la Rance à l'Arguenon. Les plans sont établis en août 1695 par l'ingénieur Garengeau. La tour est achevée en juillet 1697 après trois campagnes de travaux. On y installe quatre canons récupérés par Pontbriand sur une galiote anglaise en juillet 1695 lors de l'attaque de Saint-Malo. En 1758 la batterie de la pointe de Hébihens (aujourd'hui détruite) comprend deux pièces d'artillerie.

Période(s) Principale : 4e quart 17e siècle
Dates 1694, daté par source
1695, daté par source
1696, daté par source
1697, daté par source
Auteur(s) Auteur : Vauban, ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Garangeau Jean-Siméon,
Jean-Siméon Garangeau (1647 - 1741)
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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Louis de Pontbriand, marquis de Pleurtuit, baron de la Houle à Saint-Briac,
Louis de Pontbriand, marquis de Pleurtuit, baron de la Houle à Saint-Briac (1639 - 1698)
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maître d'oeuvre, attribution par source
Personnalité : Louis XIV, personnage célèbre, attribution par travaux historiques
Murs granite
terre
pierre de taille
moyen appareil
petit appareil
moellon
Toit granite en couverture
Étages rez-de-chaussée, 2 étages carrés
Couvrements voûte en berceau
Couvertures terrasse
États conservations état moyen

Avis du Service de l'Inventaire du Patrimoine Culturel (SINPA) à la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites, Fortifications littorales, juin 2008 : "Le Service de l'Inventaire du Patrimoine Culturel appuie très fortement la proposition de protection au titre des Monuments Historiques, faisant toutefois remarquer que cet edifice ne fait pas partie du système défensif de la rade de Brest".

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre vestiges de guerre, à signaler, à étudier
Sites de protection site inscrit
Protections inscrit MH, 2008/06/25
inscrit MH, 2010/07/15

Annexes

  • Combes (de) (alias Descombes) d'après BLANCHARD (A.), Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791, Montpellier, 1981, 2 tomes.

    "Famille d'officiers de marine dont on ignore l'origine provinciale. Anoblie par lettres royales de mars 1685. D'après l'ingénieur Claude Masse, serait de l'île d'Yeu.

    16..., Michel de Combes.

    1671, Benjamin de Combes, écuyer (à partir de 1685).

    Né vers 1649.

    Famille : - Michel, ingénieur qui précède.

    Marié avec Marie-Françoise Moreau (alias Mahault) de Tierceville, fille de Quentin ; d'une famille de parlementaires normands.

    Plusieurs enfants parmi lesquels Pierre-Benjamin, gouverneur de Gisors, mort en 1746.

    Mort à Caen le 13 juillet 1710, âgé de 61 ans.

    Prit la mer dès sa dixième année.

    Confié par son père [patron de barque de l'île d'Yeu : ? ] au grand amiral hollandais Ruyter qui lui inculqua des notions d'art maritime et de fortifications.

    Enseigne puis lieutenant de galère à Marseille en 1663.

    Lieutenant de vaisseau à Brest en 1667.

    Remarqué par le Duc de Beaufort qui l'emmena dans la campagne de Méditerranée de 1669. De Candie, alla à Constantinople, Tripoli, Tunis, Alger. Rentré en France après la mort de son protecteur.

    Employé par Louvois aux fortifications de Dunkerque en 1671. Le roi, venu visiter les travaux du port en 1674, le nomme capitaine au régiment de Navarre infanterie. Chargé des fortifications du port en 1675-1676 ; campagne de Flandre dans la région de l'Escaut.

    Envoyé en 1677 au Canada, ensuite aux Antilles, pour contribuer à la conquête de Tobago dont il donna les plans de fortification ; de là à Gorée. Rentré en France, reprit les travaux de Dunkerque sous les ordres de Vauban ; s'occupait également de ceux d'Ambleteuse.

    Campagne d'Alger en 1683 ; otage en tant que capitaine de vaisseau pendant les négociations.

    Campagne de Gênes au printemps de 1684. L'année suivante croisière sur les côte d'Italie, les Dardanelles, Constantinople.

    Capitaine au régiment royal des vaisseaux en 1686.

    Fortifia Abbeville vers 1688-1692.

    Chevalier de Saint-Louis en 1694.

    Directeur des fortifications de Normandie en 1693 ; chargé de Rouen, Fécamp, Saint-Valéry, Fécamp, Honfleur, le Tréport, Dieppe, Caen.

    En 1700, il fut chargé de reconnaître les côtes orientales de l'Angleterre.

    Mort en activité.

    Sièges :

    1669, Candie.

    1676, Condé (commandait les batteries flottantes sur l'Escaut).

    1677, Tobago, Gorée.

    1683, bombardement d'Alger.

    1684, bombardement de Gênes (fit des reconnaissances incognito ; fut l'un des guides de la descente du faubourg de Saint-Pierre d'Aréno)".

  • Garangeau (alias Garengeau) d'après BLANCHARD (A.), Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791, Montpellier, 1981, 2 tomes.

    "Famille de bourgeoisie parisienne.

    1678, Siméon Garangeau

    Né à Paris vers 1647.

    Père : Sieur François Garangeau, bourgeois de Paris, maître menuisier.

    Mère : Demoiselle Marie Dubois.

    Soeurs :

    - Françoise, aînée, épouse de Jacques gousse.

    - Marie, épouse de Jean Rémy et belle-mère d´un apothicaire.

    - Françoise, cadette, épouse de Charles Courtois, maréchal des logis de la dauphine (toutes trois habitant Paris ; mortes avant leur frère).

    Célibataire.

    Mort à Saint-Malo le 25 août 1741, âgé de 94 ans.

    Ingénieur ordinaire, département de la Marine, à 31 ans en 1678 ; affecté à Brest.

    Ingénieur en chef à Saint-Malo en 1691 ; ayant le soin de Saint-Malo, du fort en dépendant et du château du Taureau.

    Directeur des fortifications de Haute-Bretagne au début du 18e siècle.

    Capitaine réformé au régiment de Champagne à une date inconnue, chevalier de Saint-Louis en 1712. Mort en activité.

    Services de guerre inconnus.

    Très remarquable architecte auquel on doit de très nombreux travaux, en particulier les suivants :

    - Les forts de l'île d'Harbour, de la Latte en Plévenon, du Petit Bé, de la Conchée, de l'Ile aux Moines.

    - Les travaux au château du Taureau et à la tour de Solidor,

    - La canalisation du Couësnon, celle des marais de Dol,

    - Plusieurs batteries et tours à feux,

    - Les hôpitaux de Morlaix et de Cézembre,

    - Les églises de Saint-Louis de Brest, de Saint-Servan, de Cancale, la chapelle Saint-Sauveur de Saint-Malo,

    - Les répartitions des remparts de Brest et de Dinan,

    - Les accroissements de Saint-Malo,

    - Les projets de Saint-Servan,

    - Plusieurs malouinières (maisons de campagne de Saint-Malo)".

  • Iconographie

    19832200471PB : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes. Fonds de l'armée de Terre

Références documentaires

Bibliographie
  • PLAYOUST-LEQUETTE (V.). La défense avancée de Saint-Malo au temps de Siméon Garengeau (1689-1741). Mémoire de doctorat d´Histoire de l'Art de l´Université Paris IV, Sorbonne, sous la dir. de Antoine Schnapper, Paris, 1997, 4 vol., 960 p. (Bibliothèque Serpente, Paris, cote BUT 4020).

  • LÉCUILLIER, Guillaume. La route des fortifications en Bretagne et Normandie. Paris, éd. du Huitième Jour, coll. Les étoiles de Vauban (dir. N. Faucherre), 2006, 168 p.

Périodiques
  • MONIER (M.-E.) (A.), "Instructions de Vauban pour assurer la défense de Saint-Malo et ses environs après l'attaque de 1693", Extrait des Annales de la Société d'Histoire et d'Archéologie de l'Arrondissement de Saint-Malo, année 1968, 1969.

  • LÉCUILLIER, Guillaume. "Quand l'ennemi venait de la mer. Les fortifications littorales en Bretagne de 1683 à 1783". Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 114-4, 2007.

Liens web

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