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Réservoir à poissons : pêcheries sur la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer

Dossier IA22010575 réalisé en 2008

Fiche

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Dénominations réservoir
Adresse Commune : Saint-Jacut-de-la-Mer
Cadastre : Domaine Public maritime (non cadastré)

Le procès-verbal de l'inspecteur pêches (ou de la Marine), Le Masson du Parc en 1726 en Bretagne Nord, dans l'Amirauté de Saint-Malo (Du Couesnon à l'Arguenon) et en particulier à Saint-Jacut-de-la-Mer, détaille le mode de pêche des Jaguens, le nombre et la place de leurs pêcheries et renseigne sur les embarcations (nombre, tonnage, équipage). Il dénombre 27 pêcheries entre Saint-Jacut et Lancieux avec les noms des teneurs et fait état de 76 pêcheurs jaguens "de mer et de pied". Sur le territoire de Notre-Dame de Land-ouart (ancien nom de St-Jacut), il compte 2 parcs de pierre ou écluses et 17 "pescheries" (sic) ou bouchots formés de bois entrelacés de clayes. Remarque : le vocable "pêcherie" ou "pescherie" vient du mot latin "piscis" (poisson). La mission de l'inspecteur des pêches était liée à l'ordre de Louis XV de supprimer toutes les pêcheries "récentes" (construites après l'édit de 1544) pour protéger le petit poisson, le frai. Il s'agissait aussi de mieux connaître l'effort de pêche et de recenser le nombre de marins-pêcheurs sur toutes les côtes de France. Le Masson du Parc constate que les deux baies de Beaussais et des Quatre Vaux sont en voie d'épuisement à cause de l'emploi des filets traînants et de la présence des pêcheries. Les pêcheurs-laboureurs sont tous occupés hors le temps de la pesche au labourage et à la culture des terres. En morte-eau, ils partent sur leurs 10 bateaux, montés en moyenne par 7 hommes d'équipage et vont pêcher jusqu'à Bréhat. L'acte de reconnaissance d'une pêcherie située près de la Charbotière, en baie de Lancieux, datée du 6 avril 1720, relève les noms des 3 détenteurs (Julien et Jacques Dagorne, Jacques Hesry) et consorts de cette pêcherie, qui dépendait pour vassalité de Jean Rousseau, seigneur abbé commanditaire de l'abbaye de Saint-Jacut. Ce document de collection privée représente une archive unique, reproduit en illsutration dans cette notice (Fig. 1, 2, 3, 4). Le nouvel arrêté de 1732 pour les paroisses de Notre-Dame-du-Guildo et de Saint-Jacut-de-la-Mer fait mention de 11 parcs de pierres et bouchots devant être détruits, situés notamment à l'ouest de la Petite Roche, dans la rivière du Guildo, sous la côte des Quatre-Vaux, entre la Fouerouse et Grande Roche, au Sud-Est de la Grande Roche, entre les rochers des Ebihens et de la Colombière (nommée La Grande Piette) et contigu du précédent (la Petite Piette). Neuf parcs et bouchots ont été dénombrés dans l'archipel des Ebihens en 1732. Neuf parcs ou pêcheries dépendaient de l'Abbaye de St-Jacut depuis le 12ème siècle, la plupart d'entre elles était affermée à des pêcheurs jaguens. Les pêcheries en pierre sont appelées "écluses" ou "parcs" et les pêcheries en bois (fascines) sont appelées "bas parcs" ou bouchots sous l'Ancien Régime. Sur la carte des ingénieurs géographes de 1760-70, les pêcheries jaguines sont indiquées sous la forme figurée d'un "V". Les pêcheries ont en partie disparu lors de l'application de la loi du 8 janvier 1852 qui a officiellement interdit leurs pratique et réglementé la pêche à pied, malgré les nombreuses protestations et revendications des populations riveraines, souvent soutenues par leurs élus. Cependant, le rapport d'inspection du 11 janvier 1854, qui allait entraîner l'arrêté du 28 juillet 1854, mentionnait encore de nombreuses pêcheries (bouchots) avec les noms de leurs détenteurs, en particulier dans la baie de l'Arguenon. Vers 1881, les pêcheurs jaguens demandaient encore à l'administration de rétablir les pêcheries abandonnées depuis 1855 (5 pêcheries fixes dans l'Arguenon, détenues par 18 marins, 5 veuves de marins, 1 poissonnier, 4 ménagères). A cette époque, 66 tonnes de poissons étaient pêchées dans l'Arguenon, où les pêcheries fournissaient la boëtte nécessaire. Le décret du 31 juillet 1887 et la décision ministérielle du 31 janvier 1888 mit une fin définitive (par voie d'extinction) au droit de détention des pêcheries jaguines, au décès du dernier détenteur. Cependant, au début du 20ème siècle, quelques familles jaguines disposaient encore de pêcheries pour la fourniture d'affare : la famille Lemoine possédait deux pêcheries, une au "Béchet", menée par le père Lucas, dit le "Démion" et l'autre à Lancieux, menée par Marie Dagorne, dite "l'Egalitaire". Selon Pierre Amiot, une dernière pêcherie était encore en activité dans la baie de la Fresnaye en 1915. En 1940, les pêcheries n'étaient plus utilisées. L'une des dernières pêcheries fut tenue par Marie Blochet. Toutefois, ces pêcheries étaient peu entretenues, sauf lorsque ces détenteurs prenaient la peine d'aller à Vauver couper des ajoncs pour les réparer (témoignage du colonel Guillard à J. Cl. Ménés). Selon le témoignage rapporté à Jean-Pierre Bihr, Charles Collet se rappelait aller voler du poisson au début du 20ème siècle dans les pêcheries de Lancieux. Michel Le Chapelier a établi et dessiné deux cartes des pêcheries jaguines, d'après la situation des pêcheries relévées par Le Masson du Parc), en 1726 et en 1854. Lors de notre enquête, les deux pêcheries des Piettes (écluses en pierre), avec leur empierrement annexe (pour rabattre le poisson à marée descendante) ont pu être repérées et étudiées entre les trois perches de balisage de la "Roche aux Grands", du "Petit Anon" et de "La Loge" (déjà repérées par Loïc Langouët en 1988, par survol aérien). Les vestiges des pêcheries en bois des Juméliaux ont pu être repérés dans le sable, sur l'estran situé entre la plage des Prêtres et les Juméliaux à la pointe Sud-Est des Ebihens, à égale distance du "Petit Anon", de la "Roche Gautrat" et de la "Charbotière". Ces dernières pêcheries sont souvent ensablées et non visibles (1er repérage en 1986). Ces bouchots pourraient dater du Haut Moyen-Age, selon Loïc Langouet (Service Régional d'Archéologie). Nous avons aussi repéré une forme de pêcherie en pierre au niveau de l'écueil rocheux de La Charbotière et une écluse de forme quadrangulaire, au pied de l'îlot de "Petite Roche" (face sud). Les pêcheries de la baie de Saint-Jacut et de Lancieux par ailleurs été repérées à partir de vues aériennes par Loïc Langouët (Centre Régional d'Archéologie d'Alet).

Période(s) Principale : 2e quart 18e siècle
Principale : 3e quart 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Principale : 20e siècle

Les deux pêcheries des Piettes (écluses avec 2 rangées de pierres juxtaposées, non maçonnées) forment un V dont la pointe est dirigée au Nord vers le large, avec une ouverture vers le jusant. Leur pêcherie annexe a un plan trapézoïdal. Certaines pêcheries en pierre ont des formes en demi-cercle, triangulaires, trapézoïdales ou quadrangulaires. Les pêcheries en bois (bouchots) ont des formes bien déterminées en V (pêcherie des Juméliaux). Deux séries de pieux, de 8 cm de diamètre en moyenne, forment un "V". Les pannes de ce bouchot ont 70 mètres de longueur et forment un angle au sommet de 35°. Cette pêcherie est située environ à 2 m au-dessus du zéro des cartes marines. La pêcherie de Petite Roche mesure 12 m de long sur 5 m de large et utilise le relief de l'îlot ; elle est fermée par un perthuis de 0, 30 mde largeur.

Décompte des œuvres repérées 5
étudiées 3

Annexes

  • Liste nominative des pêcheries découvertes par Le Masson du Parc, lors de son inspection de 1726 sur les rivages de St-Jacut

    Remarque : nous avons reproduit le texte tel qu'il fut écrit par son auteur.

    "1er parc de pierre : la Petite Piette. Entre les isles des Ebihains et de la Colombière. Propriété de l'Abbaye, en décadence.

    2ème parc de pierre : la Grande Piette. Contigu et joignant le précédent, propriété de l'Abbaye, entretenue.

    1ère pêcherie : entre la Grosse Roche et la Roche fouereuse, Pierre Dagorne.

    2ème pêcherie : au Sud-Sud-Ouest de la Grande Roche, François Normant.

    3ème pêcherie : contiguë à la 2ème, en rentrant dans la baie, tirant vers l'Arguenon, Jean Macé.

    4ème pêcherie : Ouest de la Petite Roche, Nord-Ouest de la 3ème, Bertrand Guillaume.

    5ème pêcherie : encore à l'Ouest de la Petite Roche, en remontant la rivière d'Arguenon, à la rive de l'Est, Jacques Macé.

    6ème pêcherie : par le travers du commencement de la Grande Rue de St-Jacut, Yves Charmel.

    7ème pêcherie : par le travers de l'Abbaye de St-Jacut, en remontant toujours la baie vers le Guildo, Yves Dagorne.

    8ème pêcherie : à l'entrée de la rivière du Guildo, Julien Martin.

    9ème pêcherie : au milieu de la rivière du Guildo, à l'Ouest de la Montagne des Tertres, Guy Allain.

    10ème pêcherie : par le travers du château du Guildo, Julien Hervé.

    11ème pêcherie : contiguë à la 10ème. Par le travers de l'embouchure du Guildo, Philippe Loraine.

    12ème pêcherie : par le travers du corps de garde du Guildo, Julien Hervé.

    13ème pêcherie : contiguë à la 12ème, en rentrant toujours dans le fond de la baye et placée par le travers du bois du val, Jacques Hervé.

    14ème pêcherie : directement par le travers de Notre-Dame de Land-ouart, Etienne Alain.

    15ème pêcherie : par le travers et sous la coste de Quatre-Vaux, Mathurin Hervé.

    16ème pêcherie : par le travers de la baye et le plus près de terre de celles de St-Jacut, au-dessus de toutes les précédentes, en décadence, Gabriel Hervé.

    17ème pêcherie : sur le territoire de Notre-Dame-de-Land-ouart, le plus près du Guildo en descendant la mer. Antoine Terrard."

    Un acte daté du 6 avril 1720, mentionne des pêcheries en baie de Lancieux, possession de l'abbaye de Saint-Jacut, mais tenues selon les conditions de cet acte par des pêcheurs jaguens : Julien Dagorne, Jacques Dagorne et Jacques Hesry. Il nous apprend qu'il y a au moins 4 pêcheries disposées au sud-est du rocher de la Charbotière.

    Il est intéressant de remarquer que les vestiges des pêcheries en pierre des Piettes sont encore visibles. Ces pêcheries sont appelées de façon différenciée : "La Petite Piette" pour le petit parc et "La Grande Piette" pour le plus grand parc. Ces parcs sont décelables sur les cartes IGN et SHOM.

    Cependant, si les traces de certaines pêcheries en bois sont encore remarquables (pieux en bois émergeant de quelques dizaines de cm de la vase), entre les Ebihens et la pointe de l'Isle, les nombreuses pêcheries de l'Arguenon se sont envasées et ne sont plus reconnaissables.

  • Les pêcheries jaguines  :

    Sources : "la pratique de la pêche à Saint-Jacut-de-la-Mer depuis les temps les plus anciens", Dominique Brisou, "revue "Les amis du Vieux St-Jacut", n° 25, juin 1994.

    En 1726, on recensait 19 pêcheries en bois et en pierre, d'après l'enquête de Le Masson du Parc.

    A la moitié du 18ème siècle et avant la Révolution, les droits maritimes de l'abbaye de Saint-Jacut commencent à être réduits : le droit de possession des poissons royaux, celui de la rente annuelle de 7 livres (en remplacement de la dîme des poissons), ainsi que le droit d'avoir leurs parcs de pierre appelés "grande et petite Piattes" ou "Piettes", sont maintenus, à condition que ces parcs soient construits que de pierres rangées en forme de demi-cercle et élevées à la hauteur de 4 pieds au plus, sans chaux ni maçonnerie, qu'ils aient dans leur fond du côté mer, une ouverture de deux pieds de large (66 cm), laquelle ne sera fermée que d'une grille de bois disposant de trous en forme de mailles d'un pouce au moins, le tout sous peine d'amende de 100 livres.

    Par contre, les 12 pêcheries construites dans les rivières de l'Arguenon et de Lancieux sont supprimées et on fait défense aux religieux d'exiger la redevance annuelle des raies et de s'attribuer aucune préférence sur les poissons des pêches en mer. En 1782, les pêcheries des Piettes étaient affermées à Julien Morvan pour une durée de 9 ans.

    En 1832, Habasque recensait cinq pêcheries en bois, constituées de fascines en saule et en bouleau, entre les Ebihens et Lancieux. A partir de 1887, les pêcheries furent toutes interdites.

    Sur certaines cartes postales entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, on peut encore apercevoir la pêcherie des "Piettes" en forme de V".

  • Caractéristiques des pêcheries en baie de Saint-Brieuc

    les pêcheries fixes sont de trois types :

    les écluses, parcs en pierre, bâtis à la faveur de l'affleurement de lignes de rochers, formant souvent un arc de cercle, un triangle ou un parallélépipède dont certains vestiges sont encore visibles aujourd'hui (écluse de Bon Abri en Hillion),

    les bas-parcs ou piquets de rayes, qui sont constitués de filets tendus sur des piquets.

    Les bouchots : les pêcheries en bois ou bouchots sont constitués de deux alignements de pieux ou fascines, de 2 mètres de hauteur maximum avec des pannes d'environ 200 mètres de longueur, disposées en V avec une base de 130 mètres, une ouverture en pointe dirigée vers le large. En réalité, certaines pêcheries, dont les pêcheries jaguines dépassent largement ces normes. Elles disposent d'un double clayonnage et n'ont pas de bénâtre. Les dernières traces des bouchots sont situées dans la baie des Quatrevaux, à l'embouchure de l'Arguenon (St-Cast), repérées en 1945, et entre la Pointe du Chevet et les Ebihens, repérées vers 1986 par Jean-Pierre Bihr et moi-même pendant l'hiver 2007 (les Juméliaux).

  • Les dernières pêcheries jaguines

    La commune de Saint-Jacut-de-la-Mer sur la côte de Poudouvre, entre la baie de l'Arguenon et la baie de Lancieux, est certainement la commune la plus prodigue en pêcheurs de maquereaux au 19ème et dans la 1ère moitié du 20ème siècle, sur la côte Nord Bretagne, comme peuvent en témoigner les statistiques des pêches. La capture des poissons migrateurs comme le maquereau ou le saumon peut s'opérer en bateau mais aussi à terre avec les haies de filets et de fascines des pêcheries. Cette technique de pêche remonte au moins au temps des premiers moines de l'Abbaye (13ème siècle) qui perçoivent un tiers du poisson pêché (dîme perçue jusqu'au 16ème siècle). Ils se réservent plus tard (transaction en date du 30 décembre 1726) la 1ère pêche et 2 raies par bateau. Les moines afferment en particulier aux "chevrinouères" de l'Arguenon les pêcheries en pierre (appelées "écluses") pour la fourniture du "chevlin" (frai de crevette), indispensable affare ou appât pour les pêcheurs de maquereaux à la ligne. Les pêcheries en bois (appelés "bouchots"), plus fragiles et nécessitant un constant entretien, sont détenues par les pêcheurs jaguens.

    Cependant, au cours du 18ème siècle, ce sont surtout les pêcheurs à pied qui fournissent les poissons royaux à l'abbaye grâce aux filets tendus et aux nombreuses pêcheries. La pratique de pêche à l'affare s'est développée au cours du 19ème siècle et s'est poursuivie jusqu'au second quart du 20ème siècle. Elle a disparu à cause de la règlementation sur la pêche du chevlin, de la pratique du chalutage et des lignes de traîne, mais surtout à cause de la disparition de la pêche professionnelle à Saint-Jacut.

  • Entre usages et réglementation : la bataille des pêcheries

    Dans le recensement des pêcheries établi en 1854 par la commission locale du quartier de Dinan, les deux pêcheries des Piattes (encore appelées "Piettes" : Grande et Petite Piette) ne figuraient pas et échappèrent ainsi à cette offensive de l'Etat. C'est à cette époque que les parcs à huîtres commencèrent leur extension. On peut remarquer dans cet inventaire les noms et les professions des détenteurs de pêcheries. Ils étaient presque tous marins ou marchands de poisson, mais on relève aussi un facteur de parcs à huîtres, un employé des douanes et deux femmes seulement.

    Une pétition fit suite à cet inventaire pour maintenir ces pêcheries. Cependant, l'argument du besoin indispensable d'affare capturé dans les sept bouchots recensés, ne fut pas accepté. Les pêcheurs employaient un filet interdit pour recueillir l'appât nécessaire à la pêche au maquereau, la have à chevlin (décrite au 18ème siècle par le Masson du Parc).

    La menuse ou m"nuse" était "presque le seul poissonqu'ils prenaient dans leurs pêcheries, selon les pêcheurs jaguens pour servir leurs 28 bateaux en 1878 (AN, CC5/435).

    La menuse est un petit poisson de la famille des sprats, qui attirent les maquereaux (C'était aussi au Moyen Age, le cri des marchandes de poisson "menuises vives", signifiant "petits poissons vivants"). Cependant, le décret fut appliqué sans que les jaguens puissent faire exception.

    En avril 1888, le rapport de Berthould au ministre de la Marine sur les pêcheries sédentaires de la baie de Cancale à la rivière de l'Arguenon, rappellait que les pêcheries postérieures dans leur création, à l'année 1544 (année où François 1er fit rentrer les rivages de la mer dans le domaine de la couronne), ne devaient leur existence qu'à la tolérance administrative et réaffirmait leur caractère d'absolue précarité. Ce propos était confirmés par la loi de 1852 et l'arrêté du 28 juillet 1854, qui avaient frappé spécifiquement les pêcheries de Saint-Jacut, en supprimant les dernières pêcheries existantes.

    Les pêcheries considérées par les Jaguens comme un "immeuble patrimonial" doivent être détruites à la mort du dernier concessionnaire, avec une durée maximum des pêcheries fixée à dix ans.

    D'après le recensement administratif du 17 janvier 1881, antérieur à la décision ministérielle du 31 janvier 1888, il y avait parmi les détenteurs de bouchots dans l'Arguenon, 18 marins, 5 veuves de marins, 1 poissonnier, 4 ménagères.

    Néanmoins, certaines pêcheries allaient survivre sur la côte de Poudouvre en renouvelant leurs usages. En 1878, il y avait à Saint-Jacut 28 navires armés à la pêche côtière, d'un tonnage moyen de 2, 5 tonneaux, du type non pontés, armés par 84 marins. Le nombre de bateaux devait rester relativement constant jusqu'à la seconde guerre mondiale avant de décliner ensuite. Les marins avaient encore besoin des pêcheries et des "chevrinouères" pour leur fournir la boëtte nécessaire.

    Les témoignages suivants rappellent que les pêcheries de la côte du Penthièvre aux côtes du Trégor-Goëlo sont d'abord des "réservoirs à poissons" et autres produits de la mer pour les pêcheurs à pied et font partie de leur "jardin maritime".

  • Témoignages sur l'exercice des pêcheries au début du 20ème siècle dans la commune de Saint-Jacut-de-La-Mer

    Témoignages sur l'exercice des pêcheries au début du 20ème siècle dans la commune de Saint-Jacut-de-La-Mer (sources Jean-Claude Ménès, "Les Amis du Vieux St-Jacut" et témoignages oraux transcrits).

    Jean-Claude Ménès dans ses nombreux articles sur la vie jaguine et les pêcheries, publiés dans la revue "Les Amis du Vieux Saint-Jacut" s'est attaché avec son collègue Jean-François Carré, à raconter la petite et la grande histoire de ces pêcheries, qui ont souvent défrayé la chronique locale. La toponymie nautique a su conserver les noms de ces pêcheries et de leurs détenteurs (co-propriété familiale).

    Le vocabulaire maritime local d'une grande richesse, en particulier pour nommer le bestiaire maritime en jégui (le parler jaguen), s'est enrichi de cette technique de pêche sédentaire.

    Les noms des anciens détenteurs de pêcheries, déjà relevés par l'inspecteur des pêches, Le Masson du Parc, lors de ses enquêtes en 1726 et en 1730, s'est transmis dans les patronymes actuels de ces descendants jaguens (Hesry, Dagorne, Carré, Hervé, Basset, Macé, Pilard, Loraine).

    Le pittoresque de certaines situations de pêche est encore conservé dans la mémoire locale, tel que le racontent Jean-Claude Ménès, Jean-François Carré et leurs informateurs, que nous avons rencontrés et enregistrés comme Pierre Aubin :

    Une nuit, on trouva une tortue de mer dans une pêcherie. Les gamins de Saint-Jacut utilisèrent sa carapace en guise de traîneau, rapporte Suzanne Dagorne, née Loraine, grand-mère de Jean-Claude Ménès (1874-1965).

    Une nuit, ma mère trouva deux marsouins dans sa pêcherie, une femelle et son petit. Ils gémissaient comme des enfants, rapporte encore Marie Blochet, la dernière 'propriétaire' de pêcherie jaguine (1882-1974).

    Des paniers pour ramener le poisson des pêcheries ? Des charrettes et des chevaux, oui, quand elles étaient pleines de harengs ! (Jean-Baptiste Lemoine, 1901, 2003).

    Selon le témoignage de Auguste Loraine, né à la fin du 19ème siècle, il existerait 4 pêcheries dans la baie de l'Arguenon à peu près à mi grève entre St-Cast et St-Jacut (comme le signale d'ailleurs la carte des ingénieurs géographes de 1770) et 2 autres dans la baie de Lancieux face à la Houle Causseul.

    En 1980, un autre marin jaguen, Paul Revert, âgé d'environ 68 ans, se souvenait de 3 pêcheries, toujours en activité au début du 20ème siècle, dont il rappelait les noms des détenteurs à J. Fr. Carré : la 1ère dans la baie de l'Arguenon appartenait à Rose Dagorne, Marie Blochet et la grand-mère d'Anne Bachelot dite 'la vieille capitaine', née Robert, soeur de la grand-mère paternelle de Pierre Hesry, la seconde dans l'Arguenon, appartenait à la femme de Jean Robin, née Massé (soeur ou nièce de Mme du Plessix). La 3ème pêcherie, située dans la baie de Lancieux, appartenait à Marie Dagorne et à Marie Hesry (épouse de Marie-Ange Robin). Selon un autre informateur Jean Clouette, interrogé en 1997, en 1926, on pouvait constater une pêcherie à l'abandon en baie de Lancieux, menée par Marie Dagorne et Marie Blochet, et dans l'Arguenon, une pêcherie près du petit rocher qui s'ensable quelquefois, où passe un petit gué, vers l'extrémité sud des bouchots de moules actuels, appartenant à Alexandre Paitry dit 'Canibet'), époux de Marie Bily.

    Il est intéressant de remarquer que la gestion de ces dernières pêcheries jaguines était collectives.

    Selon le témoignage oral de Pierre Aubin (ancien marin-pêcheur jaguen), dans les pierres de la pêcherie de la Touche (baie de Lancieux), on pouvait pêcher du saumon, avant qu'il ne remonte l'Arguenon. Les marins-pêcheurs réutilisaient les anciennes écluses pour caler leurs filets entre les pierres, au renversement de la marée, les bars et les maquereaux se souillaient dans ces mares naturelles, où l'eau était claire, et sortaient à marée montante.

  • 20082206298NUCB : Collection particulière

    20082206299NUCB : Collection particulière

    20082206147NUCB : Collection particulière

    20082206148NUCB : Collection particulière

    20082206149NUCB : Collection particulière

    20082206150NUCB : Collection particulière, S. Suppl. 260.

    20082206081NUCB : Collection particulière

    20082206089NUCB : Collection particulière

    20082206300NUCB : Collection particulière

    20082206090NUCB : Collection particulière

    20082206094NUCB : Collection particulière

    20082206093NUCB : Collection particulière

    20082206092NUCB : Collection particulière

    20082206091NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes d'Armor. Série E E 1481. Pêcheries, sècheries, de 1458 à 1726.

  • Archives départementales des Côtes-d'Armor. Extrait de plan cadastral, 1827. AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/16, plans cadastraux parcellaires de 1827.

    p.
  • AD Côtes d'Armor. Série B, B 1248. Etat des pêcheries de l'Amirauté de St-Brieuc entre l'Arguenon et le Trieux, 1642.

  • AD Ille et Vilaine. Série C ; sous-série C 1958. Etat des pêcheries de l'Amirauté de St-Malo entre le Couesnon et l'Arguenon, 1547-1758.

  • AD Ille et Vilaine. Série C ; sous-série C 1960. Etat des pêcheries de l'Amirauté de St-Malo entre la Rance et l'Arguenon, 1642.

Bibliographie
  • BRISOU, Dominique. La pratique de la pêche à Saint-Jacut-de-la-Mer depuis les temps les plus anciens, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1993, n°24.

    p. 4
  • BRISOU, Dominique. La pratique de la pêche à Saint-Jacut-de-la-Mer depuis les temps les plus anciens, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1994, n°25.

    p. 4
  • CARRE, Jean-François. Vestiges de pêcheries, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 1987, n° 11.

    p. 20
  • CARRE, Jean-François. Un épisode de la "petite guerre" des pêcheries jaguines, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 2005, n° 48.

    p. 20
  • LANGOUËT Loic. Les pêcheries de l'archipel des Ebihens, Saint-Jacut-de-la-Mer. In Association Manche Atlantique pour la Recherche Archéologique dans les Iles, n°11, 1998.

    p. 65-72
  • LE CHAPELIER, Michel. La mer et les marins du 19ème siècle, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 2005, n°47.

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  • LORAINE, Auguste. Saint-Jacut-de-la-Mer et ses environs. Dinan : Peigné, 1972.

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  • MENES, J. C. Mille ans de vie jaguine : les pêcheries, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1991, n°19.

    p. 29
  • MENES, J. C. Les pêcheries, l´abbaye et la France (du 16e au 18e siècle) , Les Amis du Vieux Saint-Jacut, 1996, n°29.

    p. 26
  • PRIGENT, Guy. Histoire et ethnologie des pêcheries entre Trieux et Arguenon, In pêcheries de Bretagne, archéologie et histoire des pêcheries d'estran, sous la direction de Marie-Yvane Daire et de Loic Langouët, Saint-Malo : Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 1998.

    p. 45
Documents audio
  • AUBIN, Pierre, GOUPIL, Roger, BACHELOT, Rémi, CARRE, Jean-François. Témoignage oral sur les pêches côtières, les pêcheries et les noms du domaine maritime jaguen. Saint-Jacut, 1988.

    Témoignage oral
  • CARRE, Jean-François. Témoignage oral sur les pêcheries. St-Jacut-de-la-Mer : mai 2008.

    Témoignage oral