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Poste de lancement de torpilles (pour torpille de type G7a modèle 1938 propulsée par air comprimé), au ras de l'eau, à l'ouest de la caserne défensive, Pointe Robert (Roscanvel)

Dossier IA29002306 inclus dans Groupe défensif côtier "Crozon" codé "Cr" réalisé en 2006

LES FORTIFICATIONS DE LA RADE DE BREST, UN PATRIMOINE RECONNU

Les postes de lancement de torpilles du goulet de Brest (Lécuillier Guillaume, 2011)

"Près de 70 ans après les premières expérimentations au Mengant de torpilles automobiles pour la défense du goulet de Brest, deux postes de lancement ont été conçus et construits par les Allemands vers 1943-1944 au pied de la falaise sur la côte sud du goulet de Brest, entre les pointes de Cornouaille et de Robert. Une batterie lance-torpilles sur barge est également signalée au mouillage dans l´anse du Dellec. Ces ouvrages originaux sont peu répandus sur les côtes françaises mais fréquents en Norvège pour la défense des fjords. Ils sont connus sous le nom de Torpedosperrbatterie. À Brest, les deux batteries du goulet sont dotées de tubes lance-torpilles quadruples,

de récupération. Les torpilles G7a (ou T1) allemandes modèle 1938 sont propulsées à air comprimé. D´une longueur de 7,19 m, pour un diamètre de 53,3 cm et un poids de 1 528 kg dont 280 kg d´explosif, ces torpilles sont capables de parcourir 6 000 m à 44 noeuds soit à plus de 80 km/h. Dans le cas du goulet de Brest, large de 2 000 m, l´utilisation de torpilles de dernière génération est une solution idéale en dépit des courants. Le déclenchement de la charge explosive se fait par contact direct avec la cible. Malgré la consultation d´archives allemandes, nous ne connaissons pas la dotation en torpilles de chaque batterie.

Les deux ouvrages sont similaires dans leur conception : une galerie voûtée de 28 m de longueur (dont les trois quarts sont surélevés par rapport au niveau de la plateforme de lancement des torpilles), 4 m de largeur et 5 m de hauteur environ, creusée dans le rocher perpendiculairement à la côte, deux alvéoles latérales faisant office de magasin et une casemate en béton armé, construite postérieurement, venant coiffer l´aire de lancement des torpilles. L´embrasure horizontale de la casemate mesure plus de 7 m de largeur et permet d´obtenir un champ de

tir supérieur à 100°. Un volet blindé, aujourd´hui disparu, permettait d´occulter l´embrasure. À la batterie de Cornouaille, la casemate porte l´inscription « 12-5-44 » tracée dans le béton frais. L´accès se faisait par le quai attenant à l´ouvrage et une grue permettait d´approvisionner la batterie par voie maritime. À l´intérieur, le long boyau était coupé dans sa hauteur par une dizaine de poutrelles métalliques en I espacées de 2 m, servant vraisemblablement à supporter des portiques destinés à la manutention des torpilles. À la pointe Robert subsistent

encore les boulons de fixation du tube lance-torpilles dont le diamètre de l´embase mesurait 2,8 m. Un poste d´observation bétonné implanté légèrement au dessus de l´aire de lancement et accessible par un escalier extérieur, permettait de diriger le tir des torpilles.

Les conditions de vie des servants - abrités dans deux petites pièces situées au fond de la galerie - devaient être assez spartiates. D´après le rapport Pinczon du Sel sur le Mur de l´Atlantique en Bretagne, les tubes et torpilles

n´avaient pas été sabotés par les Allemands lors de la reddition.

Aujourd´hui, les postes de lancement de torpilles du goulet de Brest ne sont visibles que de la mer (les accès

terrestres sont envahis par la végétation). Du fait de la proximité de l´eau, le béton des parties inférieures - et

notamment la liaison rocher - béton se dégrade plus rapidement que le reste de l´ouvrage : tunnel et casemate.

On peut tout particulièrement souligner le soin accordé au camouflage par incrustation de pierres dans le béton

de la batterie Robert. L´ensemble se confond ainsi avec la falaise environnante" (Lécuillier Guillaume, 2011).

Lécuillier Guillaume (dir.), Jean-Yves Besselièvre, Alain Boulaire, Didier Cadiou, Christian Corvisier, Patrick Jadé, Les fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal. Rennes, éd. Presses Universitaires de Rennes, coll. Cahiers du patrimoine, 2011, n° 94, 388 p.

Appellations Poste lance-torpilles
Dénominations batterie, blockhaus, casemate
Aire d'étude et canton Bretagne Nord
Adresse Commune : Roscanvel
Lieu-dit : Pointe Robert
Adresse : Au ras de l'eau, à l'ouest de la caserne défensive

Fonction : défense de l'entrée du goulet de Brest.

Période(s) Principale : 2e quart 20e siècle
Dates 1943, daté par travaux historiques
1944, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Organisation Todt, ingénieur militaire,

Poste de lancement pour torpilles G7a (ou T1) allemandes propulsées à air comprimé (air comprimé surchauffé via une turbine alementée par carburant), modèle 1938 d'une longueur de 7,19 mètres, diamètre de 53,3 centimètres pour un poids de 1528 kilogrammes dont 280 kilogrammes d'explosif (Hexanite). La propulsion se fait au Decahydronaphthalene connu sous le nom de Decalin. La distance maximum de ce type de torpille est de 6000 mètres à 44 noeuds ; 8000 mètres à 40 noeuds ; 14000 mètres à 30 noeuds. Le déclencheur est de type "impact" par contact direct avec la cible.

Murs béton armé
Toit pierre en couverture, béton en couverture
Plans plan rectangulaire régulier
Étages rez-de-chaussée
Couvertures terrasse
États conservations état moyen
Statut de la propriété propriété de l'Etat
Intérêt de l'œuvre vestiges de guerre, à signaler

Annexes

  • POSTE DE LANCEMENT DE TORPILLES par Philippe Truttmann.

    Généralités : "La date de construction du poste de lancement de torpilles (ou poste lance-torpilles) de Robert n'a pu être déterminée avec exactitude pas plus que celle du poste de la batterie du Stiff. On peut cependant admettre que ces ouvrages ont été établis entre 1900 (A rapprocher également du contexte politique de la rivalité franco-anglaise : Fachoda, 1898) et 1914, en se basant sur les documents suivants :

    - La brochure du commandant Passement "Organisation défensive des batteries de côte, tir de côte (Paris, Chapelot, 1904)" parle des lignes de torpilles dormantes ou vigilantes (ancêtres des mines sous-marines), donc statiques, pour barrer les passes d'accès aux rades (défense fixe de mer). Par contre, seuls les torpilleurs de la défense mobile de mer lançaient, à l'époque, de façon courante, des torpilles automobiles "Whitehead" portant une charge de 50 kilogrammes de fulmicoton. "On emploie aussi, mais exceptionnellement, la torpille automatique lancée par un poste situé à terre (p. 17).

    - Le cours de Fortification Permanante (Génie) de l'Ecole Supérieure d'Application d'Artillerie et du Génie (1907) dit (p. 307) : "Défense fixe de mer". Elle emploie des postes lances torpilles qui envoient des torpilles "Whitehead" aux points de passage obligés, mais surtout la torpille fixe.

    La construction de deux postes sur la rive sud du goulet semble correspondre à un souci de renforcer la puissance de feu : les batteries de rupture avaient été établies en 1888 et leur armement était constitué par de grosses pièces de 32 cm modèle 1870-1884 à très faible champ de tir (tir "au passage") et de faible cadence. Par ailleurs, face à des cuirasses de plus en plus robustes, grâce aux progrès de la métallurgie, la puissance de perforation des canons de 32 cm modèle 1870-1884 restait sensiblement le même, le remplacement des canons par des pièces plus modernes représentait un effort technique et financier énorme.

    Dans ce contexte en constante évolution, les postes de lancement de torpilles constiuaient un palliatif d'un prix de revient plus modeste et un appoint de feux relativement apréciable.

    Description : L'ouvrage est situé à une centaine de mètres environ à l'ouest des abris de projecteur du peid de la batterie Robert. Il est implanté dans le pied de la falaise presqu'à ras du niveau de la haute mer, et ne comporte pas d'accès visible du côté de la terre.

    Il est essentiellement constitué par :

    - Un tunnel percé dans la falaise, à usage d'abri, magasin etc.

    - Une plate-forme portant le (ou les) tube (s) lance-torpilles.

    Tunnel : galerie rectiligne, voûtée en berceau, de 28 mètres de long, 4 mètres de large et 5,1 mètres de haut (sous clef) percée normalement à la falaise.

    A la naissance des voûtes, la galerie est divisée en deux par une série de profilés horizontaux scellés dans les parois et que supportaient vraissemblement un plancher intermédiare et peut-être un chemin de roulement (?).

    La galerie comporte, dans la paroi ouest, une alvéole, également voûtée en plein-cintre de 5 mètres de profondeur. Le fond de la galerie est coupé par des cloisons légères formant deux petites pièces. Le tout est creusé dans le roc bétonné ou maçonné au rocher et entièrement revêtu d'un enduit au ciment lissé et très soigné. La disparition des huit séries et équipements ne permet pas d'identifier l'usage des locaux.

    Plate-forme : située directement devant le débouché de la galerie et, de plain-pied. Elle porte en son milieu l'emplacement de l'embase du tube lance-torpilles. Initialement à ciel ouvert (comme au Stiff), cette plate-forme a été recouverte par les Allemands d'une casemate polyédrique en béton armé enveloppant la plate-forme et la tête du tunnel.

    Cette casemate comporte à l'avant, face à la mer une embrasure horizontale (ce qui prouve que le tube lance-torpille et le poste étaient encore en service en 1944) de 1 mètre de hauteur permettant le lancement des torpilles avec un champ de tir d'à peu près 120 degrés.

    La paroi est, en pan coupé, est percée d'un passage donnant accès à un petit appontement extérieur, construit en surplomb sur l'eau.

    La paroi ouest, appuyée à un massif rocheux est percée d'une galerie ascendante avec escalier, débouchant sur les dessus et constituant un accès pour le personnel.

    Enfin, le toit, en plan incliné et soutenu par des laminés posés à coffrage perdu, est tapissé extérieurement de fragments de roc, disposition à usage de camouflage.

    Le tout constitue un ouvrage de type assez rare, interressant par le réemploi qui a été fait".

  • 20082910396NUC : Bundesarchiv, Koblenz, Deutschland

(c) Inventaire général (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne - Lécuillier Guillaume