Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Patrimoines et paysages littoraux du Parc naturel régional du Golfe du Morbihan

Dossier IA56132112 réalisé en 2017

Fiche

Voir

L’opération d’inventaire du patrimoine bâti maritime, menée par le Parc naturel régional du Golfe du Morbihan sur douze communes littorales (Saint-Philibert, Locmariaquer, Auray, Arradon, l'île d'Arz, Séné, Le Hézo, Damgan, le Tour-du-Parc, Ambon, Saint-Gildas de Rhuys, Arzon), a permis de souligner le rôle des activités maritimes, et du patrimoine bâti associé, dans la construction des paysages littoraux. Inversement, les caractéristiques paysagères du territoire ont influencé la nature des activités maritimes ainsi que l'architecture des bâtis.

L’inventaire du patrimoine bâti maritime concerne six entités paysagères identifiées au Plan du Parc naturel régional :

-1/ le littoral atlantique

-2/ l'entrée du Golfe

-3/ la rivière d'Auray

-4/ le bassin central du Golfe

-5/ la rivière de Noyalo

-6/ la rivière de Pénerf

(Christelle NICOLAS ; Marianna FUSTEC)

Aires d'études PNR Golfe du Mobihan

La prise en compte des paysages : un enjeu majeur pour le territoire

La singularité et la qualité des paysages littoraux du Parc naturel régional ont fait l’attractivité et la notoriété de ce territoire. La préservation des structures paysagères et des ensembles paysagers emblématiques, ainsi que le maintien d’une continuité entre les paysages d’hier et de demain, constituent un enjeu majeur.

Des dispositions réglementaires assurent la pérennité des paysages emblématiques sur le territoire.

Une grande partie du littoral des communes inventoriées est concernée par les mesures de protection prévues par la loi du 2 mai 1930. Celle-ci organise la protection des monuments naturels et des sites dont la conservation ou la préservation présente, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général.

Cette loi prévoit deux niveaux de protection réglementaire.

Les Sites inscrits tels que le Golfe du Morbihan (1965), la dune de la pointe (1943) et le site de Tréhen-ar-Vour (1972) à Saint-Philibert. En Site Inscrit, les travaux sont soumis à l’examen de l’Architecte des Bâtiments de France qui dispose d’un avis simple sauf pour les permis de démolir où l’avis est conforme.

Les Sites classés tels que le moulin de Pen-castel (1933), les rochers de la pointe du Grand-Mont et le Domaine Public Maritime (DPM) associé (1977), le site littoral de Kerjouanno-Kervert et le DPM associé (1977) ainsi que les rochers de Saint-Gildas (2008) sur les communes d’Arzon et de Saint-Gildas-de-Rhuys. En Site Classé, toute modification d’aspect nécessite une autorisation préalable du Ministre de l’Écologie, ou du Préfet de Département après avis de la DREAL, de l’Architecte des Bâtiments de France et, le plus souvent de la Commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites.

Le SPR (Site Patrimonial Remarquable), qui remplace l’appellation AVAP (Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine), constitue également une servitude publique qui vise à promouvoir la mise en valeur du patrimoine bâti et du paysage. Sur notre périmètre d’étude, le port de Saint-Goustan et ses abords, se situe dans le secteur du SPR de la commune d’Auray. Le règlement de l’AVAP continue de produire ses effets de droit dans le périmètre du SPR.

La notion de préservation des paysages est aussi présente dans de nombreux outils réglementaires, de concertation et de planification mis en place sur le territoire : le PLU (Plan Local d’Urbanisme) et le PLUI (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal), le Schéma de Mise en Valeur de la Mer (2006) en cours de révision, l'Atlas départemental des paysages (2008), la Charte du Parc naturel régional du Golfe du Morbihan (2014-2029).

Les caractéristiques du territoire d'étude

Le littoral se caractérise par un linéaire côtier extrêmement varié qui présente de multiples paysages et milieux naturels. Anses, pointes rocheuses, îles, falaises, plages, dunes, pinèdes, rivières, vasières, marais, prés-salés et espaces urbanisés dessinent le linéaire côtier.

Le Golfe du Morbihan est une zone complexe de type estuarien. C’est une dépression littorale qui reçoit les eaux de trois principales rivières que sont les rivières d’Auray, de Vannes et de Noyalo. Le Golfe du Morbihan, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est un paysage de construction récente à l’échelle géologique1. Cette petite mer est alimentée par l’océan via une passe, un goulet d’un kilomètre entre Locmariaquer et Arzon, à l’extrémité ouest de la Presqu’île de Rhuys. Cet espace présente des milieux naturels et anthropiques spécifiques constitués de vasières littorales, de marais, de pinèdes, d’anses, de pointes et d’îles. L’influence de la marée y est considérable, modifiant l’épaisseur du trait de côte mais également l’accessibilité et les distances entre les territoires. Il en résulte des paysages en évolution permanente, animés par le flux et le reflux de la mer sur près de dix mille hectares d’estran. Sur cet espace, se repérer visuellement est difficile : la côte très découpée du Golfe multiplie les plans paysagers où îles et continent se confondent.

La rivière de Pénerf est également un paysage estuarien structuré autour d’une ria profonde de quinze kilomètres, où les mouvements alternatifs de la marée rythment les paysages. Ce territoire présente des milieux naturels diversifiés (prairies humides, marais, prés-salés, tourbières) qui offrent de nombreux habitats pour la faune et la flore. Territoire d’occupation historique, de nombreux paysages littoraux de l’estuaire de Pénerf sont d’origine anthropique.

Les paysages du littoral atlantique sont, quant à eux, composés de plages, de dunes et de micro-falaises rocheuses. La dynamique naturelle de construction de ces paysages littoraux est forte : ils subissent l’action de la houle et du vent.

Des paysages culturels façonnés par les Hommes

Par leurs pratiques culturelles, économiques et sociales, les populations ont modelé et transformé, en continu, les paysages naturels. Les populations ont su tirer profit des spécificités géomorphologiques et hydrologiques du territoire (les baies et rivières estuariennes, le vaste estran abrité du fond du Golfe, les pointes en vis à vis, les milieux saumâtres, etc.) pour y développer diverses activités.

Ces activités s’inscrivent de différentes manières sur le trait de côte et le Domaine Public Maritime. D’anciennes pêcheries, dont on découvre des traces sur l’estran à marée basse, s’insèrent de façon « discrètes » dans le paysage. D’autres activités ont, quant à elles, marqué plus fortement les paysages de leur empreinte. Par exemple, la saliculture a nécessité la construction de marais salants, véritables pièges à eau de mer pour en extraire le sel. L’activité la plus visible sur le linéaire côtier est aujourd’hui l’ostréiculture, dont les installations (terre-pleins, parcs, ateliers, bassins) se multiplient le long des rivières estuariennes et sur les rives du Golfe du Morbihan, à partir des années 1850. Cette activité économique est devenue indissociable de l’image du Golfe du Morbihan. Le territoire d’étude présente également un nombre conséquent de digues et de moulins à marée. L’importance des marnages, la présence de nombreuses anses, abritées des flots et des courants, ainsi que d’étroits goulets propices à l’endiguement, ont favorisé leur implantation.

Sur cet espace littoral, où la limite entre la terre et la mer varie constamment, il n’y pas de rupture mais une continuité entre les activités terriennes et maritimes. Les ensembles portuaires illustrent, tout particulièrement, ce lien et nous rappellent l’importance des zones littorales et de la mer pour le développement des sociétés. Le port de Saint-Goustan à Auray, qui connaît son apogée au XVIIe siècle (alors quartier de la commune de Pluneret), constitue un ensemble architectural et paysager d’intérêt patrimonial et structure une part importante du faciès de la commune.

A partir de la seconde moitié du XIXe siècle des aménagements, construits pour faciliter les échanges et l’accès à la mer, se multiplient. Les cales, jetées et quais viennent alors ponctuer le linéaire côtier. A la même époque, avec l’attrait grandissant pour les séjours en bord de mer, les littoraux se parent de nouvelles formes architecturales. Ce développement du tourisme balnéaire se poursuit dans la première moitié du XXe siècle et modifie fortement la perception et l’aspect des paysages littoraux. Ces derniers, jusqu’alors dominés par les espaces de culture, d‘élevage et de landes, vont faire l’objet de conséquentes opérations de boisements, et peu à peu se fermer. La plantation massive de résineux (Pin maritime, Pin de Monterey, Cyprès de Lambert, etc.) a fait naître le sentiment d’une « méditerranée bretonne » aujourd’hui identitaire du Golfe du Morbihan.

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, on assiste à une métamorphose profonde des paysages littoraux avec le développement exponentiel de l’urbanisation littorale, l’évolution de la nature des activités économiques et des modes d’exploitation du milieu maritime. On observe alors un changement majeur dans le choix des techniques et des matériaux de construction, dans l’emprise et le dimensionnement des infrastructures.

Le littoral ne conserve pas uniquement les traces d’activités maritimes liées à l’exploitation des ressources et aux échanges. Construits sur le littoral, durant la Seconde Guerre mondiale, les vestiges du Mur de l’Atlantique composent des paysages, lieux de mémoire, atypiques.

Note de bas de page :

1. Le Golfe s’est formé lors d’un épisode de transgression flandrienne, à partir de moins six mille ans. Au Néolithique, le Golfe n’existe pas, c’est un espace vallonné traversé par les rivières citées.

(Christelle NICOLAS ; Marianna FUSTEC)

Annexes

  • Tour du Parc 2013 - SIAGM David Lédan
  • Observation de la marée et des estrans du Golfe : Tascon toutes les 15 minutes (2017)

Références documentaires

Bibliographie
  • Charte du Parc naturel régional du Golfe du Morbihan, 2014-2029 et annexes : diagnostic territorial et fiches zoom.