Logo ={0} - Retour à l'accueil

Moulin à farine puis teillage, Moulin de Keranré [Keranraiz ; Keranraix] (Le Vieux-Marché)

Dossier IA22133269 réalisé en 2018

Le teillage de Keranré [Keranraiz ; Keranraix] a succédé à un moulin à farine vers 1870. Outre le moulin (agrandi vers le nord après 1835) et les installations hydrauliques (barrage - seuil, bief, déversoir et vanne), le teillage a conservé la maison d'habitation dite aujourd'hui "maison du contremaitre", un hangar de stockage pour le lin et une petite maison d'habitation qui servait de réfectoire aux ouvriers en 1952.

Au sous-sol du moulin, la "chambre des transmissions et arbres", mécanismes entrainés par la roue à aubes (à l’état de vestiges), est conservée. Il en est de même de la "chambre des spatules" et de "l'emplacement réservé aux teilleurs" doté d’un ensemble de douze "postes à espader" sur un rez-de-chaussée surélevé. Chaque "poste à espader" était constitué de dix spatules en bois (machine destinées à dégrossir la filasse). A l’extrémité des "postes à espader" se trouvait la "chambre de broyage" et la broyeuse avec une hotte pour l'aspiration des poussières (dispositif installé dans les combles). Une machine dynamoélectrique permettait d'éclairer le teillage, la maison et la cour. Au-dessus du canal de fuite, une salle sur pilotis, en appentis, était dédiée au javelage (préparation du lin en poignées). L'activité de teillage s'est finalement arrêtée en 1955. En 2005, Émile Disez, ancien teilleur a visité le moulin de Keranré : il y a décrit son travail "très difficile et dangereux" et avait amené avec lui sa fiche de paye datant de 1952.

Le teillage de Keranré constitue, au même titre que le Moulin Neuf à Le Vieux-Marché, un témoignage exceptionnel de l’activité linière dans le Trégor. L’histoire du moulin de Keranré et de ses habitants a été étudiée par Jean-Yves Andrieux dans "Teilleurs du lin du trégor. 1850-1950" (1990) et par Isabelle Guégan dans un article du Bulletin de la Société d’émulation des Côtes d’Armor consacré à l’incendie des dépendances du moulin en 1784 (2016).

Certaines machines ou objets du teillage de Keranré - dont la broyeuse - ont été mis en dépôt au Musée d'art et d'histoire de Saint-Brieuc après avoir été exposés au château de La Roche-Jagu dans le cadre de l'exposition intitulée "Temps de lin... tant de liens !" (2006). Il existerait également une maquette du moulin de Keranré conservée au Musée d'art et d'histoire de Saint-Brieuc.

Dans le cadre du contrat territorial des milieux aquatiques du bassin versant du Léguer 2016-2020, il a été proposé par Lannion-Trégor Communauté une stabilisation de la brèche du barrage (le barrage est en partie ruinée) afin de respecter la continuité écologique du cours d'eau.

Dossier d’Inventaire mis à jour en octobre 2019 par Vincent Delbruel et Guillaume Lécuillier (visite sur site réalisée le 20 août 2019 dans le cadre du stage de Master 2 de Vincent Delbruel sur les "Moulins du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté").

Destinationsusine, maison
Parties constituantes non étudiéesmaison, logement de contremaître, hangar agricole
Dénominationsmoulin, logis
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Plestin-les-Grèves
HydrographiesLéguer (le)
AdresseCommune : Vieux-Marché (Le)

Le moulin appartenait à l'origine aux seigneurs de Keranraiz (cités dès le 15e siècle) dont le manoir se situait à 2,1 km à l'ouest (manoir reconstruit à la fin du 19e siècle). Le toponyme "M[ou]lin de K[er]anré" est mentionné sur le cadastre de 1835. Dans les archives, on le trouve également écrit "Keranrais" ou "Keranraiz". Il est formé de "Kêr" qui signifie le village, le lieu habité. On ne connaît pas la date précise de création : le moulin à farine de Keranré pourrait remonter à la seconde moitié du 17e siècle ou au début du 18e siècle selon la forme, le volume et l'analyse stylistique du bâtiment.

Selon le cadastre de 1835, le bâtiment principal - le moulin - est implanté perpendiculairement au Léguer. Les deux roues du moulin sont alimentées via un bief provenant du barrage barrant la totalité du cours d’eau. Deux autres bâtiments, dont l’un se développant en longueur, sont figurés sur le cadastre. Le cadastre montre un ilot au milieu du Léguer.

Dans la nuit du 9 au 10 février 1784, les bâtiments annexes du moulin (crèches et grange) ont été ravagés par un incendie. Yves Le Ravazet, meunier et propriétaire du moulin, ne se rendit compte qu’au matin de la destruction des édifices par le feu. Rapidement les soupçons se portent sur Marie Riou et son fils Louis, deux anciens employés du moulin. Plusieurs semaines auparavant, Yves Le Ravazet les avait expulsés d’une ferme qu’ils exploitaient en domaine congédiable. Les deux incendiaires présumés se seraient ainsi vengés de l’expulsion subie.

Les statistiques des moulins à céréales de l’arrondissement de Lannion en 1848 mentionnent le moulin de Keranraix [sic], il était la propriété d’Allain L’hémeillet.

Vers 1870, le moulin à blé est transformé en moulin à teiller le lin.

En 1918, François Meudic est propriétaire du moulin : 23 ouvriers sont employés au teillage.

En 1952, le teillage est exploité par Jean Jégou, domicilié à Plouaret. Suite à une circulaire du préfet en date du 12 février 1952 concernant les "établissements insalubres" du département et à une circulaire rectificative du "Syndicat des teilleurs de lins" du 15 février, Jean Jégou écrit le 27 février au préfet qu’il ne se croit "nullement astreint à demander une autorisation quelconque pour son établissement" et donne les arguments suivants :

- "le teillage de Keranraix existe, sous sa forme actuelle, et sans le moindre changement apporté depuis 1906" ;

- le teillage se situe en "pleine campagne et non en bordure de voie publique" ; les plus proches voisins sont "à plus de trois cents cinquante mètres à vol d’oiseau" ; " […] que les bruits, insignifiant, s’agissant d’une installation mue par la force hydraulique, ne peuvent gêner quiconque" ;

- le teillage est doté d’un système de dépoussiérage "assuré par deux aspirateurs de poussières, en parfait état de fonctionnement".

A son courrier sont annexés deux plans : un plan général ou plan de situation et un plan de détail du bâtiment abritant le teillage.

Le plan de situation figure plusieurs hangars :

- un "hangar à étoupes et réduit pour secoueuse d’étoupes" : bâtiment numéroté 2 sur le plan ;

- un "hangar à lins, maçonnerie et pilier sous ardoises" : bâtiment de très grandes dimensions, numéroté 3 sur le plan ;

- un "hangar à lins, maçonnerie et pilier sous ardoises" : bâtiment numéroté 6 sur le plan ;

Si le hangar accosté à l’ouest de la maison d’habitation existe toujours (bâtiment numéroté 6 sur le plan), le "hangar à étoupes" et le "hangar à lins" ont été déconstruits dans les années 1960 comme l'attestent les photographies aériennes.

Derrière la maison d’habitation dite "maison du contremaître" se trouvait un "appentis, maçonnerie sous fibrociment" à usage de "caves à filasse" (bâtiment numéroté 5 sur le plan). La petite habitation secondaire en "maçonnerie sous ardoises" était à "usage de réfectoire" pour les ouvriers (bâtiment numéroté 7 sur le plan).

Le plan de détail du bâtiment abritant le teillage nous renseigne sur l’emplacement des ateliers et des machines.

L’exploitation du teillage par Jean Jégou fait finalement l’objet d’une enquête publique en avril 1953.

L'activité de teillage s'est arrêtée en 1955.

En 1981, Raphaël et Françoise Demetz, les propriétaires actuels, en font l’acquisition. Ils ont transformé la "maison du contremaître" en gîte.

Période(s)Principale : 2e moitié 17e siècle, 18e siècle , (?)
Secondaire : 2e moitié 19e siècle, 1ère moitié 20e siècle

Plusieurs bâtiments composent le teillage : le moulin à teiller lui-même, un hangar à lin, la maison d'habitation dite "maison du contremaître" et une habitation annexe ayant servi de réfectoire.

Le moulin est construit en moellon de granite, couvert avec un toit en ardoise. Son plan était anciennement divisé en deux : la partie dédiée à l'habitation et la partie dédié au teillage. Il a été restauré et remanié, il y a eu ainsi une extension dans l’angle nord-ouest.

La roue à aubes du moulin, disposée parallèlement à la façade est, est en mauvais état (il ne reste que la structure en fer) ; un second trou dans la maçonnerie indique qu’il y a eu deux roues côte à côte ce qu'atteste également le cadastre de 1835. Sur la même façade, deux autres trous laissent penser que des poutres étaient encastrées dans le mur... C'était l'emplacement - au-dessus du canal de fuite - d'une salle sur pilotis et couverte en appentis, dédiée au javelage (préparation du lin en poignées).

Le sous-sol abrite le mécanisme hydraulique ; le rez-de-chaussée est surélevé et il y a un étage à comble. Une cheminée est présente sur le pignon ouest, trois ouvertures principales sur la façade sud sont visibles, avec notamment une porte d'entrée en arc en plein cintre. Graffitis et inscriptions pieuses sont visibles sur les piédroits de la porte.

Les "postes à espader" ont été préservés : il y avait - avant restauration et réhabilitation - des panneaux de bois qui enfermaient cette partie du moulin pour limiter la propagation de la poussière. Il y a douze postes à espader et chacun a un axe de rotation en fonte, lui-même constitué de 10 spatules en bois. Trois axes ont conservé la totalité de leurs spatules. Des trappes sont aménagées entre les postes de travail.

Mursgranite moellon
Toitardoise
Étagescomble à surcroît
Énergiesénergie hydraulique
États conservationsbon état, remanié
Précision dimensions

Façade est : 15,20 m de long ; façade sud : 16 m ; façade ouest : 6,25 m.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Statistiques 1848 : Moulins à céréales de l'arrondissement de Lannion.

    N° 111 – Moulin de Keranraie, valeur locative : 240, propriétaire : L’hémeillet Allain.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 12 S2 (3)
  • Projet d’exploitation d’un teillage de lin au Vieux Marché à Monsieur Jégou, Jean, domicilié à Plouaret. Registre d’enquête ouvert le 13 avril 1953 et clos le 28 avril 1953.

    Deux plans de teillage.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 1473 W 124
Documents figurés
  • Trois planches de relevés, plans et photographies de l'état ancien du teillage de Keranré par Jean-Yves Andrieux (non daté, vers 1990).

    Collection particulière
Périodiques
  • GIRAUDON, Daniel. ANDRIEUX, Jean-Yves. Teilleurs de lin du Trégor : 1850-1950. Morlaix : Skol Vreizh, n° 18, 1990.

    p. 55-56
  • GUEGUAN, Isabelle. "L’incendie du moulin de Keranraix à Plouaret en 1784 : convenanciers attachés à la terre ou simples paysans en colère ?". Bulletin de la Société d’émulation des Côtes d’Armor, tome CXLIV, 2016, p. 245-280.

Liens web