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Monument commémoratif dit "La Consulaire", Arsenal (Brest)

Dossier IA29004640 inclus dans Arsenal de Brest, Intra et extra-muros (Brest) réalisé en 2008
AppellationsLa Consulaire
Dénominationsmonument
Aire d'étude et cantonBretagne Nord
HydrographiesLa Penfeld
AdresseCommune : Brest
Lieu-dit : Arsenal

A l'origine de ce monument commémoratif, on trouve une pièce d'artillerie de 6,64 m de longueur pour 12 t, fondue en 1542 pour la fortification de la ville d´Alger (Al-Djazaïr). Cette pièce d´artillerie, en raison de sa puissance et de sa portée de plus de 4 km, est surnommée : « Baba Merzoug » qui signifie en arabe : « Papa fortuné ». Ce canon servit aux algérois à supplicier Jean Le Vacher, consul de France d'Alger, le matin du 28 juillet 1683, ainsi que plusieurs français. En réplique au bombardement d'Alger par l'escadre de Duquesne obéissant aux ordres de Louis XIV, leurs corps furent démembrés et utilisés comme projectiles. En 1688, lors de l´attaque navale d´Alger par le maréchal Jean d´Estrées, le consul André Piolle subit le même sort. En raison de la valeur symbolique qu'il représentait pour les algérois, le canon fut confisqué par l´amiral Victor-Guy Duperré, commandant de l'escadre française, lors de la prise d'Alger le 5 juillet 1830. Rapporté en France comme trophée de guerre, il fut transféré de Toulon à Brest sur ordre du ministre de la Marine et des Colonies du 4 octobre 1830. Surnommée par les Français « La Consulaire », cette pièce d´artillerie fut installée le 27 juillet 1833 dans l´arsenal de Brest, rive gauche, face au magasin général de l'arsenal. Erigé à la verticale sur un socle de granit de l'Aber-Ildut, le canon devenu « colonne votive », est surmonté d´un globe terrestre lui-même dominé par le coq gaulois, emblème politique et patriotique de la France remis au goût du jour par Louis-Philippe, roi de France de 1830 à 1848. Le socle ou piédestal est orné de quatre bas-reliefs en bronze du maître-sculpteur Seurre (très probablement, Bernard dit Seurre aîné) représentant : - au nord : la Marine (ancre de marine et éléments marins : proue, trident, hache d'abordage, pavillon et espars) ; - au sud : l´Armée (canon sur affût, cuirasse, casque, drapeaux et tambour) ; - à l´ouest : « l´Afrique délivrée, vivifiée, éclairée par les bienfaits la France et de la civilisation » (la France tend la main à l´Afrique : les rayons de soleil de la connaissance l´éclairent). A l´est, on peut lire l´inscription suivante : « La Consulaire, prise à Alger le 5 juillet 1830, jour de la conquête de cette ville par les Armées Françaises, L'A. B.on Duperré commandant l'escadre. Érigée le 27 juillet 1833. S. M. Louis Philippe régnant, Le V. A. C.te de Rigny ministre de la Marine, Le V. A. Bergeret préfet maritime ».

Période(s)Principale : 2e quart 19e siècle
Secondaire : 2e moitié 20e siècle
Dates1833, daté par source
États conservationsrestauré

Cette pièce d´artillerie commémore la prise d'Alger par les Français en 1830 mais elle rappelle aujourd'hui l´action de la France en matière de colonisation, Alger étant le point de départ de l'Empire colonial français en Afrique. Dès 1912, une pétition réclamait le retour du canon à Alger. Une gravure de la France Maritime représentant « La Consulaire » et les quatre bas-reliefs en bronze du piédestal a été imprimée par Chardon en 1884. Une couverture photographique professionnelle de cet édicule est souhaitable.

Statut de la propriétépropriété de l'Etat
Intérêt de l'œuvrevestiges de guerre
Éléments remarquablesmonument

Annexes

  • PREAUX, Auguste-Jean-Maurice (colonel d´artillerie). « La Consulaire ». La France Maritime, Paris, Dutertre Libraire-éditeur, t. 2, 1855, p. 92-94.

    « En entrant dans le port de Brest, par la grille dite du Bassin, l´observateur est frappé par la vue de cette belle pièce de canon, s´élevant majestueusement au premier plan sur la place d´Armes, vis à vis le pavillon du contrôle et de la direction du port près la salle de l´intendance.

    Combien de souvenirs elle rappelle ! C´est un trophée de gloire pour les armées de terre et de mer ; la marine a assez puissamment contribué au succès de l´expédition d´Afrique pour que la France lui confiât ce précieux dépôt !

    C´est de Brest qu´était sortie une partie des vaisseaux qui ont complété les forces navales auxquelles on doit la conquête ; c´est le port qui, dans sa situation primordiale devait obtenir cette récompense : elle s´attache désormais à la localité.

    Quant à moi, je tourne souvent autour du piédestal sur lequel la Consulaire est érigée comme pour réchauffer mes idées des souvenirs glorieux d´une campagne où 27 000 marins et 37 000 soldats furent livrés à toutes les chances dévastatrices des éléments, du climat et de la guerre. Je proteste d´avance contre l´anathème dans voe victis, que les Romains lançaient contre les vaincus : nous avons montré, à toutes les époques de notre histoire militaire, que la générosité était notre apanage ; les Français en ont fait preuve envers ceux que le sort des armes a trahis, et qui ont été forcés de reconnaître la supériorité de leurs armes ; car dans ce siècle de civilisation, nous adoptons de préférence le principe res sacra victis. C´est sous cette influence que j´écris.

    Les n° 1 et 2 retracent des attributs maritimes et guerriers ; Neptune et Bellone y ont leur arsenal complet. Le n° 3 représente l´Afrique délivrée vivifiée éclairée par les bienfaits la France et de la civilisation. L´ensemble de ce trophée s offre dans la gravure tel qu´il apparaît à la première vue en entrant dans le port. Il est entouré d´une balustrade circulaire de 46 pieds 8 pouces de circonférence ; les grilles en fer ont la forme de flèches de 2 pieds 10 pouces de hauteur, incrustées dans une circulaire en pierre de taille ; quatre canons placés à 11 pieds l´un de l´autre, en carré, servent d´appui à cette fermeture gracieuse, dont l´intérieur est carrelé en dalles de granit poli et en briques réfractaires.

    Ce monument, par sa solidité, peut défier les siècles, et transmettre aux générations militaires futures les exploits de leurs devanciers.

    La bouche à feu formant le fût de la colonne a 20 pieds 5 pouces 6 lignes de hauteur, et le piédestal 6 pieds 6 pouces, y compris les corniches ; celle des bas-reliefs et de l´inscription est de 4 pieds 9 pouces 6 lignes. L´élévation totale du monument est donc de 27 pieds environ au-dessus du sol.

    Ce monument doit nécessairement attirer l´attention des voyageurs : il se remarque par beauté du granit poli employé pour son socle (il est en marbre de Labor [l´Aber], carrière de rochers sur les côtes de Bretagne, et dont on doit faire le piédestal de l´obélisque du Louqsor), et par l´exécution des ciselures ; il doit être surmonté d´un coq doré tenant la boule du monde sous patte. Cette boule aura la même dimension la pièce : cette dimension offrira un double avantage, puisqu´elle pourrait servir de premier projectile à lancer, si un jour il devenait nécessaire de la faire agir pour la défense de l´entrée du port.

    Les beaux édifices du magasin général, de la corderie, du bagne, de l´hôpital neuf, sur la rive droite, les vaisseaux désarmés flottant dans le port, les cales couvertes, les bassins, les établissements de l´artillerie, des constructions navales et hydrauliques, qui bordent la rive gauche ; et sur un point plus élevé la caserne des marins, la caserne des Capucins, la caserne de l´artillerie, et les beaux massifs d´arbres élevés qui se projettent sur le ciel servent de fond au tableau sur lequel la Consulaire est en premier plan.

    Cette perspective est digne d´admiration par les souvenirs qui se rattachent à Brest depuis Louis XIV, et par les services importants que sa force navale a rendus à toutes les époques ; car les luttes désespérées et inégales de l´empire, dont il reste encore quelques débris respectés, n´ont pas été les moins glorieuses, quoique parsemées de revers, de succès éventuels et de traits de courage et de dévouement restés dans l´oubli. Il appartenait à l´orgueil national d´un ancien marin d´en faire surgir le mérite.

    Maintenant que j´ai familiarisé avec cette vue les personnes qui ne peuvent en jouir sur les lieux, elles doivent désirer l´historique de cet instrument de destruction, et qui servit aussi à plusieurs actes d´une cruauté inouïe.

    La Consulaire fût fondue en 1542, par un Vénitien, pour célébrer l´achèvement des fortifications du môle, à l´une des embrasures duquel fut braquée.

    La direction de cette bouche a feu, si difficile à manier par sa longueur et sa pesanteur, était la pointe Pescade ; sa portée à toute volée de 2 500 toises. Aussitôt qu´un navire ennemi se hasardait à doubler le cap, des canonniers d´élite, habitués à sa charge, à son pointage et à portée, la tiraient avec une exactitude qui a souvent compromis les navires que venaient ses boulets.

    Ce fut en 1683, lors de la deuxième expédition de Duquesne contre Alger, que la Consulaire prit le nom sous lequel elle est connue aujourd´hui, et par lequel nous la désignons dans cet article.

    Exaltés par le spectacle de leur ville écrasée et brûlée par les bombes de l´escadre française, les Algériens pour se venger de leur impuissance, eurent la cruauté de lancer sur leur ennemi les membres des malheureux captifs français qui languissaient dans leurs chaînes. Le consul lui même le R. P. Vacher qui remplissait auprès de ces barbares la double mission de diplomate et d´évêque chrétien (in partibus infidelium), fut plongé la tête la première dans la pièce monstre, et lancés contre les vaisseaux de son pays.

    Elle servit, assure-t-on, à cet usage différentes fois, envers plusieurs nations hostiles ; elle devint un objet constant de crainte pour les consuls. Cet instrument de destruction était on l´avouera, un argument diplomatique d´une puissance de persuasion à laquelle bien peu de diplomates oseraient s´accoutumer à résister.

    Le coeur se serre en pensant à l´agonie de ceux qui en ont été les victimes, et dont les lambeaux ont fait l´office de projectiles ; car, à n´en pas douter, les préparatifs de cette mutilation étaient pires que le mal qui mettait fin à tant de dévouement, et terminait un martyre aussi honorable leur pays !

    L´on conçoit que la vue de cet instrument de supplice, monté sur son affût, et placé dans le sabord qui figure une porte cochère à deux battants, avait quelque chose d´imposant et d´effrayant dont l´âme la mieux trempée avait peine à se défendre ; car, au milieu de ce peuple, la seule loi qu´on pouvait invoquer était la force ; il la possédait, et il était bien loin hélas d´en user en protecteur envers l´ennemi que le devoir ou la chance des armes faisaient tomber en son pouvoir ».

  • 20082909156NUC : Archives municipales et communautaires, Brest, 1Fi00073.

    20082909157NUC : Archives municipales et communautaires, Brest, 1Fi00073.

Références documentaires