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Maquette de saline

Dossier IM22003182 réalisé en 2003

Fiche

Dénominationsmaquette
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Langueux
AdresseCommune : Langueux
Lieu-dit : Boutedville
Adresse : rue de la Briqueterie

Histoire des salines : du sel dans la baie Dès la préhistoire, le sel fut utilisé pour l´alimentation et la conservation des denrées. Dans la baie de St Brieuc, on a extrait le sel du sable des grèves. L´ancêtre des salines ignigènes : le briquetage : Dans le sud de la Bretagne, le sel est obtenu par simple évaporation de l´eau de mer, ce sont les salines « solaires » ou marais salants. Dans le nord de la Bretagne, faute d´ensoleillement suffisant, la récolte du sel est pratiquée, dès le Bronze final (900 ans avant Jésus-Christ/200 ans après Jésus-Christ), selon la technique du « briquetage ». On fabrique des pains de sel à partir d´une saumure (eau concentrée en sel) que l´on fait bouillir sur un foyer. La technique des bouilleurs de sel gaulois ressemble fort à celle pratiquée des siècles plus tard dans la baie, mais l´état actuel des recherches ne permet pas d´établir une continuité dans l´activité. Les salines ou la technique ignigène : La technique « ignigène » (du latin « ignis » : feu) a été pratiquée du 11e siècle au 19e siècle, sur les Côtes de la Manche (baies de Somme, du Mont St Michel et de St Brieuc). Elle consiste à réaliser une saumure à partir du sablon (sable très fin chargé de sel) récolté sur la grève. Celle-ci sera chauffée et évaporée pour obtenir des pains de sel. Evolution des salines jusqu´à la fin du 18e siècle : Les salines du fond de l´anse d´Yffiniac sont mentionnées pour la 1ère fois en 1084. Les Grévassins vivaient alors principalement de cultures (froment, blé noir, orge). En 1405, les comptes de la châtellenie de Lamballe révèlent l´existence de 4 salines à Hillion. La Bretagne est alors exempte de « gabelle », l´impôt royal sur le sel, mais les seigneurs locaux perçoivent des droits sur celui-ci. Le sel était surtout utilisé par les populations riveraines pour relever des aliments plutôt insipides (avoine, blé noir), conserver les viandes et surtout saler les beurres. En 1742, Langueux comptait 17 sauniers. Marchands de sel : entre mer et terre L´activité salicole s´intensifie à Langueux au cours de la première moitié du 19e siècle. Au coeur des échanges, le sel devient la plaque tournante de l´économie locale. L´importance des salines au 19e siècle : L´importance des salines de Langueux ne cesse de croître pendant le premier tiers du 19e siècle. Le recensement de 1816 dénombre 29 salines à Langueux, puis 47 en 1833, 2 à Yffiniac, 2 à Hillion. Le sel était vendu par les sauniers ou par des négociants dans tout le département et jusqu´en Normandie. Il alimentait les pêcheries et les sécheries de l´Amirauté de Saint-Brieuc. Dans les communes rurales, il était échangé contre des céréales et certains légumes. L´activité salicole profitait aux maraîchers des communes proche de la baie : ceux-ci aidaient les sauniers à récolter le sablon et les ravitaillaient en bois. La cuisson de la saumure nécessitait en effet plus de 4 000 fagots par an par saline. Selon le relevé de cadastre (J. H. Clément) : Le cadastre des Grèves de Langueux de 1847 recense 23 « usines à sel » de taille variable, elles peuvent atteindre 40 m2. Les salines ou usines à sel étaient concentrées sur une étroite frange littorale à proximité des habitations. Production du sel dans la baie au 19e siècle : En 1835, une saline pouvait produire 5000 kg de sel par an et fournir la consommation annuelle de 2500 personnes. La production de l´ensemble des salines de la baie représente la consommation de près de 42 000 personnes à cette même époque. Gabelous et trafiquants : En 1790, la gabelle est supprimée par l´Assemblée constituante. Mais en 1806, Napoléon instaure un droit sur la production de sel, applicable sur tout le territoire. Les douanes sont chargées de la répression des fraudes. En 1808, ces activités sont assurées par deux brigades de douaniers appelés « gabelous », 6 hommes à Yffiniac, 12 aux Grèves de Langueux. Pour échapper à l´impôt, les sauniers s´adonnent au trafic et à la contrebande ; ils vendent dans les campagnes le sel noir, résidu de mauvaise qualité qui contenait beaucoup de plomb. "Un enfant de nos grèves portait sur le dos le sel de contrebande pour le vendre dans les fermes voisines de St Brieuc. Traqué par les agents de police, il les suit devant M. Le Procureur du Roi. Arrivé là, quel désappointement ! Ils ne voient plus sur l´épaule qu´un sac complètement vide. Notre jeune industriel avait fait une large ouverture avec son couteau au fond du sac et semé sans bruit le sel qui devait le perdre" (anecdote de contrebande relevée auprès des archives communales vers 1870). La fin des salines : Plainte des sauniers lors du projet de dessèchement de l´anse en 1833 : On verra si la suppression des salines ne leur porterait pas un coup terrible, si cette commune, aujourd´hui peuplée et florissante, ne deviendrait pas déserte et misérable. La fin d´une activité : Vers 1860, le déclin du sel est général dans tout l´Ouest. En 1852, Langueux ne compte déjà plus que 10 ou 12 salines en activité sur les 45 existantes. Les nombreuses taxes, les conditions de travail précaires et la concurrence avec le sel raffiné eurent raison de l´industrie du sel dans les grèves. La rusticité des bâtiments et l´action corrosive du sel ont rendu impropre leur reconversion en maisons d´habitation. On constate qu´aucun vestige matériel, témoin de l´activité des salines, n´a pu être conservé. Lorsque l´industrie du sel périclita, les sauniers se consacrèrent principalement au maraîchage qu´ils exerçaient déjà de manière saisonnière. Ils continuèrent à parcourir les divers marchés pour écouler leur production. Cette mutation préfigure la future et principale activité des Langueusiens.

Période(s)Principale : 2e moitié 20e siècle

Maquette d'une saline du 19e siècle. Reconstitution à l'échelle d'un atelier de saunier, réalisée en bois, plâtre, polyester et carton avec les scènes suivantes : Les grèves sont labourées. Les sauniers ameublissent le terrain. Le sablon est dragué avec un havet (grand râteau). Le sablon séjourne sur la grève. Le sablon est transporté dans les tombereaux. Une saunière va puiser de l´eau de mer dans la réserve. Les sauniers taillent 25 mottes de sablon dans l´erreu. Les mottes sont déposées sur la fosse à filtre. Un saunier verse de l´eau de mer sur la fosse à filtre. Usine à sel. Maisons de sauniers.

Catégoriesmenuiserie
Matériauxbois
plâtre
polyester
carton
Précision dimensions

l = 100

Statut de la propriétépropriété d'un établissement public

Annexes

  • « le sel obtenu présentait une belle couleur blanche fort appétissante. Une première originalité, c´était la culture, le mot n´est que juste, des sables, labourés en sillons vers le milieu du printemps.». D'après "Le littoral de la France" de V. Vattier d'Ambroyse.

    Le labourage des grèves :

    Chaque année, au mois d´avril, les sauniers labourent la parcelle de grève dépendant de chaque usine à sel : la mer, lorsqu´elle est haute, dépose ainsi une grande quantité de particules salines sur le terrain ameubli. L´extraction du sablon est autorisée huit marées par an uniquement.

    Jusqu´en septembre, par temps sec et en morte eau, le terrain est « dragué » avec un havet (sorte de grand râteau) tiré par un cheval et dirigé par un saunier ou un agriculteur. Le « Havau » ou havet est une sorte de charrue servant à aplanir les grèves. Encyclopédie Diderot d´Alembert, 1778.

    On laisse séjourner le sablon par petits tas sur la grève quelques jours. Le sable, transporté par tombereaux (petites charrettes), est déposé dans l´« erreu », une fosse de 10 m2 située près de l´usine à sel. Il est tassé, foulé puis couvert pour le protéger des pluies.

    Un autre réservoir est construit sur la grève pour recueillir l´eau de mer nécessaire au lessivage, lors des grandes marées de mars.

    Un saunier taille dans le sable en dépôt dans l´erreu, la valeur de 25 courtines (contenu d´une charrette). Le sable préparé est transporté dans une fosse à filtre bâtie à proximité de l´usine. Il y sera foulé et soigneusement pressé.

    « Le saunier utilise, à défaut d´aéromètre, un oeuf de poule qui doit flotter à la superficie de l´eau ».« Notes sur le Havre de Langueux, 1840 ». (Archives municipales de langueux).

    Le lessivage :

    1-Le réservoir d´eau de mer, remplit naturellement par les grandes marées.

    2- La fosse à filtre est bâtie en gazon des marais, sur la grève devant l´usine. Cette fosse comporte un premier fond, servant de filtre, formé d´un plancher de soliveaux recouvert de paille suivi d´un double fond recueillant les eaux salines. Un conduit passant sous terre relie ce fond légèrement en pente à un tonneau situé près des chaudières dans l´usine.

    Le sable qui y est déposé est soigneusement foulé et pressé pour améliorer le lessivage.

    3 - Un litre d´eau de mer est versé sur le sable foulé qui s´en imprègne. Le liquide entraîne les parties salines à travers le filtre et s´écoule dans le tonneau. Là, on vérifie le degré de salinité de la « brune » ou saumure en y plongeant un oeuf de poule. S´il flotte, la saumure est prête pour l´ébullition. S´il coule, la teneur en sel n´est pas assez élevée ; on recommence l´opération en versant la saumure sur du nouveau sablon.

    La cuisson :

    Les sauniers obéissent à une réglementation très stricte concernant la fabrication et la production du sel.

    La veille de la cuisson, le saunier retirait au bureau des douanes un permis de mise à feu (délivré pour une durée de cuisson de 12 heures). Il était astreint à cette formalité chaque jour de fabrication.

    4 - A 6 heures du matin, un saunier muni d´un « pusouer » (sorte de louche en bois) verse la saumure dans des récipients (« plateaux ») pour commencer la cuisson.

    5 - Ces récipients (ou plateaux) sont posés sur des fourneaux en terre des grèves fonctionnant au bois. L´usine ne doit avoir en activité que trois récipients en « potin » (alliage de cuivre) dont la contenance ne peut excéder 20 litres.

    6 - L´usine de 6 m2 est surmontée d´une toiture en genêt pour laisser échapper la fumée des chaudières.

    7- Après trois heures de cuisson à feu vif, l´eau est alors entièrement évaporée, laissant le sel blanc dans le récipient.

    8 - Le saunier verse alors le sel dans un panier conique pour l´égouttage qui dure trois heures. Le sel est ensuite pesé et contrôlé par les douanes. En 12 heures, les sauniers peuvent produire 62 kg de sel.

    Inventaire après décès, 1825 :

    A la saline

    - Une motte de sablon, cent quatre vingt francs

    - Deux havets prisés, douze francs

    - Deux courtennes (tombereau), quarante francs

    - La tine (cuve), deux francs

    - Trois poielles (plateaux), quarante cinq francs

    - Les bariques à la brune et les paniers sept francs

    - Le brancard et ses poids, vingt francs

    - Les pelles en bois et pusouer (sorte de louche en bois), deux francs

    Le soleil et le vent : les salines solaires

    Lorsque l´ensoleillement le permet, on peut obtenir le sel par l´action du soleil et du vent. C´est la technique des marais salants.

    Les marais salants ou « salines solaires » :

    Ce sont des lieux où la mer circule parmi les bassins, jusqu´à produire le sel par évaporation, sous l´action du soleil et du vent. Cette méthode est utilisée entre la Loire et la Gironde et sur les bords de la Méditerranée . Dans la baie de St Brieuc, en 1607, la duchesse de Mercoeur tenta d´implanter des marais salants de type guérandais à Dahouet. Faute d´ensoleillement, cette expérience échoua.

    Les mines de sel (chlorure de sodium naturel) :

    Elles se trouvent dans les couches géologiques nées de l´évaporation des bassins marins. L´extraction du sel se fait par des galeries souterraines. La Lorraine possède l´un des plus rares gisements au monde.

Références documentaires

Bibliographie
  • CLEMENT, Jacques-Henri. L´industrie du sel dans le Penthièvre littoral. Mém. Thèse de doctorat en Pharmacie : Rennes : UER Médical et pharmaceutique, 1989.

  • PRIGENT, Guy. D´une baie à l´autre, des outils semblables. In Pêche à pied de usages de l´estran, sous la dir. De Guy Prigent. Catalogue de l´exposition présentée au Musée d´Art et d´Histoire de Saint-Brieuc, mai-octobre 1999. Rennes : Apogée, 1999.

    p. 19-20 (Pierre Goutlequer)