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Manoir de Le Launay (Ploubezre)

Dossier IA22132136 réalisé en 2014

Fiche

Á rapprocher de

Orienté vers le levant et long de trente mètres, le manoir du Launay impressionne par son remarquable état de conservation. Il comporte des éléments stylistiques datables de la première moitié du 15e siècle : fenêtres gothiques ornées d'arcs trilobés jumelés et portes basses en arc brisé. A l'intérieur du manoir, la charpente de type armoricaine et vieille d'environ 600 ans est restée intacte.

Dénominations manoir, dépendance
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion
Adresse Commune : Ploubezre
Lieu-dit : Le Launay, Adresse : ,
Cadastre :

Cet ensemble bâti ancien, à la fois résidence seigneuriale et exploitation agricole, est situé à 1000 mètres au sud-sud-ouest du bourg de Ploubezre et à 86 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il se trouve à proximité immédiate d'un point d'eau comme l'atteste également le toponyme. Le manoir est relativement isolé dans la campagne ; on y accède uniquement depuis la route de Plouaret à Lannion puis par une allée venant du nord-est puis bifurquant à 90 degrés vers le sud-sud-est. Le toponyme est orthographié "Le Launay" sur le cadastre de 1826. En breton, il s'agit du "Maner ar Wern" ou "Gwern" qui signifie "le marais, l’aulnaie, l'aulne...". Les parcelles qui le cernent sont d´assez grandes dimensions comparées au parcellaire paysan. Elles traduisent une action de concentration des terres autour du domaine manorial.

Cette résidence seigneuriale a successivement appartenu aux familles :

- de Philippe(s) de Coatgoureden, seigneur de Barac'h dont les armoiries sont "De gueules à la fasce d'argent, accompagnée de six annelets d'or" et qui a épousé une Aliette de Launay dans la 2e moitié du 14e siècle. A la Montre de Tréguier en 1481 figure un dénommé Jehan Barach du Launay avec 300 livres de revenu et qui comparaît "en homme d’armes". François Barac'h est dit seigneur du Launay en 1510.

- Le Mignot (avant 1667), "d'argent au sautoir de gueules" ;

- de Coëtanscours, originaire de Plourin, dont les armoiries "d'argent au chef endenché de gueules" sont peintes dans l'église paroissiale.

- Jean-François de La Marche, dernier évêque de Saint-Pol-de-Léon qui a émigré en Angleterre.

En l'An 2 (1793), la ferme devenue bien national, est décrite comme comprenant : "une maison principale, cour, grange, soues à porcs, une vieille maison, une maison à four (fournil), puits, grange sur l'aire (à battre), un colombier, un courtil nommé le jardin terre tant chaude que froide, le vieux et grand verger, prairies, des terres froides sous bois, etc.". Faute d'adjudicataire, elle est louée par Jean-François Marie, meunier de Lannion. Le fermage devra être payé en "froment, seigle et avoine" à compter de la prochaine Saint Michel.

L'année suivante, c'est finalement le dénommé Yves Allain, juge de paix demeurant à Perros-Guirec qui rachète la ferme pour la somme de 32 450 livres payée à crédit en 10 ans.

Au 19e siècle, des ouvertures ont été percées dans la façade arrière afin de donner plus de lumière aux cinq pièces du rez-de-chaussée.

Jean-Marie Allain, médecin général du Service de Santé des armées, grand officier de la Légion d'honneur qui fut maire de Ploubezre de 1929 à 1942 en fait sa résidence. Il l'a légué à sa mort à son petit neveu Jean Allain.

Depuis quelques années, ce manoir - l'un des plus anciens du Trégor, est devenu une ferme biologique réputée. La ferme familiale du Wern ("le marais ou l’aulnaie") anime un marché de produits de la ferme tous les mardis.

Période(s) Principale : 1ère moitié 15e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire
Dates

Le grand logis à étage a conservé sa composition en longueur d'origine de la première moitié du 15e siècle qui rappelle celle de Kerdeozer à Pleudaniel (22). Chacune des cinq pièces du rez-de-chaussée, deux salles aux extrémités encadrant des pièces annexes et une pièce médiane sans feu, était pourvue d'un accès direct depuis la cour. La porte de la pièce médiane a été murée et flanquée sur sa gauche par une fenêtre au 19e siècle, qui remplace un four également muré. Malgré ces remaniements, cette façade se caractérise par la qualité de ces percements anciens en particulier la fenêtre de la salle de gauche au rez-de-chaussée, seule à être pourvue d'un larmier à retours sur consoles anthropomorphes ainsi que les cinq baies de l'étage ornés d'anses en têtes pointues trilobées qui rappellent les baies du manoir de Keradraou à Troguéry (22).

La façade postérieure a été bien davantage transformée mais elle était également dès l'origine pourvue de baies à croisées de pierre, d'un modèle simple et aussi probablement en moindre nombre.

Les pièces du rez-de-chaussée et de l'étage à gauche, qui correspondent à la zone moyenne du logis, probablement une salle surmontée d'une autre ont conservé leurs anciennes cheminées à jambages moulurées ou colonnettes, chapiteaux à feuillage consoles et tablettes latérales. La charpente à liens courbes et poinçon polygonal (pièce centrale verticale reliant l'entrait et les arbalétriers) qui surmontait à l'origine directement l'étage est encore visible dans le grenier actuel. Cette dernières - aux poinçons élancés est de grande qualité, le poinçon du milieu de la salle haute sous-charpente est ainsi orné de quatre tours.

Statut de la propriété propriété privée, Cet ancien manoir – quoique se trouvant en partie dans le périmètre de protection des Cinq Croix (édicule inscrit au titre des Monuments historiques en 1925), mériterait à lui-seul une protection au titre des Monuments historiques.
Protections

Annexes

  • Le manoir en Bretagne : "Le décor comme critère de datation" par Jean Jacques Rioult

    "A côté des baies simplement moulurées, plusieurs édifices de la première moitié du [15e] siècle comportent des fenêtres incluant dans leur partie supérieure des arcs trilobés jumelés qui témoignent du goût de la noblesse rurale pour les formes archaïques. […] Sur la longue façade du Launay, ces baies ornées étaient réservées à l'étage et, au rez-de-chaussée, à la fenêtre de la salle basse du manoir. Des têtes sculptées ornent le larmier à retours qui la surmonte. Elles se retrouvent à la fenêtre de l'étage, dans l'écoinçon formé par les arcs jumelés et au pignon enfin, sur la crossette sud-est. Tous ces éléments indiquent la principale partie résidentielle de la maison".

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Lécuillier Guillaume - Rioult Jean-Jacques