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Manoir de Kerhervé (Ploubezre)

Dossier IA22132133 réalisé en 2014

Fiche

Á rapprocher de

L'histoire séculaire du manoir de Kerhervé se lit dans le paysage environnant. Protégé par une hauteur à l'ouest (culminant à 112 m), le manoir - dominé par une importante tour, est implanté à 87 m au-dessus du niveau de la mer sur un plateau en pente douce orientée vers l'est.

A 600 m au nord-est du manoir dans la parcelle nommée "parc brun", se dresse la motte féodale primitive. Implantée sur le rebord d'un plateau - aujourd'hui situé dans un sous-bois, la motte féodale domine le ruisseau de Kerlouzouen (nommé également "ruisseau de Kervurlut") et culmine à 68 m au-dessus du niveau de la mer. La fortification est cernée par un fossé et un talus très arasé d'environ 0,5 m de hauteur. A proximité, trois noms de parcelles en "gosquer" semblent attester d'une ancienne présence humaine selon l'archéologue Jean-Yves Tinévez.

Le moulin à eau, dépendant du manoir de Kerhervé a été établi le long du ruisseau de Kerlouzouen dans un petit vallon. Ce moulin datable des 16e et 17e siècle (mise en place d'une deuxième roue au 17e siècle : ?) a été modernisé au 19e siècle notamment par la construction ou reconstruction d'un nouveau logis et de dépendances. Des graffitis et inscriptions pieuses (croix, monogramme du Christ) sont observables dans l'embrasure de la porte en arc plein cintre datable de la deuxième moitié du 17e siècle.

A proximité immédiate de ce moulin, se trouvait également une carrière de granite. De cette exploitation, probablement assez ancienne car mentionnée sur le cadastre de 1826 ("parc ar vengleuz"), on peut observer : fronts de taille, traces de débit et blocs de granite...

Un chemin nommé "venelle" conduit du manoir de Kerhervé à un second moulin à eau nommé "pont an brun". Des traces de déroctage de blocs de granite ont également été observées à proximité de ce moulin.

Le manoir de Kerhervé ("ar c'hastel" sur le cadastre) a été vraisemblablement fondé par Guillaume du Quélennec (famille de Quélen d'après l'armorial de Pol Poitier de Courcy) au 15e siècle (1427) puis a appartenu à Jehan du Quélennec en 1463 et à François du Quélennec en 1543 marié à Françoise de Kersauson. Leur fille, Françoise, dame héritière de Kerhervé se marie à Christophe de Guernisac, seigneur de Baud...

Un des seigneurs de Kerhervé en Ploubezre a été assassiné par Yves III de Coatrédrez (vers 1475-1546) ; ce dernier est "condamné à la prison puis au bannissement" et meurt à Paris.

La résidence seigneuriale se distingue par sa tour défensive, le plan de feu élaboré de son corps de garde situé en rez-de-chaussée qui en fait une véritable forteresse et ses trois niveaux de latrines en encorbellement. Sa tour a été démantelée (il ne subsiste que les consoles des mâchicoulis) à une période inconnue (peut-être après les Guerre de la Ligue : ?) ; elle a été coiffée postérieurement d'un curieux corps de garde.

Au 18e siècle, la branche du Dresnay de la famille de Quélen a été fondue dans la famille de Montigny.

Orienté vers le sud, son imposant logis a été construit dans la deuxième moitié du 18e siècle - peut-être après la vente du manoir ("maisons, jardins, verger, chapelle, bois de haute futaie, bois, taillis, rabines" ou larges allées...) en 1772 par Yves Claude René, marquis de Montigny (1745-1781) à Marie du Boutiez (Bouëtiez) pour la somme de 55 000 livres.

Une partie ancienne du manoir semble alors avoir été réutilisée et modernisée (distribution de l'étage par un petit escalier en vis). Avant la Révolution, cette seigneurie s'étendait dans les paroisses de Ploubezre, Cavan, Botlézan (Bégard) et Pluzunet.

Yves Le Saux, négociant de Lannion a acheté le manoir et le moulin de Kerhervé comme biens nationaux.

Le manoir a ensuite été déclassé en ferme au 19e siècle ; il a ensuite appartenu à Désiré Allain, notaire à Lannion. C'est le frère de Jean-Marie Allain, médecin général du Service de Santé des armées, grand officier de la Légion d'honneur qui fut maire de Ploubezre de 1929 à 1942.

Louis Anastasie Pasquiou de Plouaret et sa femme exploite la ferme de Kerhervé. Jean Pasquiou (rencontré en 2014) y a perdu sa sœur Yvette âgée de 11 ans d'une maladie pulmonaire. L'activité agricole a été maintenue jusqu'aux années 1960.

Ces dernières années, ce site historique a connu une restauration exemplaire conduite par ses nouveaux propriétaires avec le soutien de la Fondation du patrimoine.

Dénominations manoir, dépendance
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion
Adresse Commune : Ploubezre
Lieu-dit : Kerhervé, Adresse : ,
Cadastre :

Période(s) Principale : 15e siècle
Secondaire : 16e siècle, 17e siècle, 2e moitié 18e siècle, 1ère moitié 19e siècle
Secondaire
Dates

Le grand logis du manoir (16e siècle - 18e siècle), la tour (début du 16e siècle), la chapelle seigneuriale (reconstruite au début du 21e siècle), la dépendance (reconstruite au début du 21e siècle) sont disposés autour d'une cour fermée, de plan rectangulaire avec entrée frontale vers le sud face au logis.

Un second logis (16e siècle) est orienté vers l'est.

Selon le cadastre de 1826, la métairie se dressait au sud à proximité immédiate du manoir. De cet ensemble ne subsiste qu'une dépendance remployant des éléments anciens ; on y trouve un four à pain.

Une partie du manoir orienté est-ouest a disparu. Le logis adoptait probablement un plan initial en L, à trois pièces au rez-de-chaussée : salle basse commandant l’escalier de la tour, cellier et cuisine articulés autour de la tour d'angle qui abrite trois pièces de vie dotées de latrines (garde-robes : ?). Le rez-de-chaussée de la tour a été conçu pour servir de corps de garde afin de surveiller l'entrée de la cour.

En arrière du logis principal, orienté vers le sud, se dresse une seconde tour qui abritait à l'origine un escalier en vis en pierre (des pierres de taille ont pu être observées lors des travaux). Cet escalier monumental a été remplacé par un escalier en vis en bois. Un second escalier en vis en pierre de taille de granite permet l'accès à l'étage depuis une seconde salle basse situé à l'ouest de la première.

La mise en œuvre diffère selon les élévations et les époques de construction :

- pierres de taille de granite sur l'ancienne tour et le logis (fenêtres à meneaux) ;

- moellons équarris de granite avec encadrement des ouvertures en pierre de taille (linteaux en arc segmentaire) sur le grand logis et chaînage d'angle (mur d'enceinte ; parties ayant fait l'objet d'une reconstruction) ;

- pignons découverts à rampants et crossettes ;

- couverture en ardoises (restauration) percée de lucarnes et souches de cheminée moulurées.

Statut de la propriété propriété privée
Protections

Références documentaires

Bibliographie
  • DUBREUIL, Léon. "La Vente des biens nationaux dans le département des Côtes-du-Nord (1790-1830)". Paris, thèse pour le doctorat ès-lettres, H. Champion, 1912, 707 pages.

Périodiques
  • TINEVEZ, Jean-Yves. "Archéologie et peuplement dans le Trégor occidental". Travaux du laboratoire d'anthropologie-préhistoire, protohistoire et quaternaire armoricains (Université de Rennes 1), n° 38, 1988.