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Les pêcheries sur la côte du Trégor-Goëlo

Dossier IA22133437 réalisé en 2018

Nous avons repéré 40 pêcheries en pierre sur le territoire compris entre Plougrescant, la rivière de Tréguier, la presqu’île de Pleubian jusque Lézardrieux et l’estuaire du Trieux, datées entre l’âge du fer et la 1ère moitié du 20e siècle, soit :

- sur la commune de Plougrescant : 12 pêcheries dont celle des moines à l’Île d’Er étudiée,

- sur la commune de Pleubian : 20 pêcheries en pierre, simples barrages ou enclos constitués de murets non maçonnés, sont une pêcherie étudiée à Port-Béni,

- sur la commune de Lanmodez : 2 pêcheries repérées dont une étudiée (celle de l’Île Maudez, enclos cadastrée),

- sur la commune de Lézardrieux : 3 pêcheries en pierre,

- sur la commune de Kerbors : une seule pêcherie Roc’h Skeiviec,

- en rivière de Tréguier, deux pêcheries ont été repérées .

Ces pêcheries sont toutes abandonnées et en état moyen de conservation.

Ces pêcheries mériteraient d’être signalées dans le cadre d’un parcours nautique d’interprétation de l’archéologie de l’estran.

Le territoire de nos recherches entre la rivière de Tréguier, la côte rocheuse de Plougrescant, le Sillon de Talbert, les îles d’Er et de Maudez, et la rivière du Trieux, est propice à l’implantation des pêcheries en pierre ; Nous n’avons pas trouvé traces de pêcherie en bois sur ces littoraux soumis à l’effet de houle et aux courants violents. Ces pêcheries sont situées dans des anses sablo-vaseuses qu’elles peuvent fermer, des cours d’eau qu’elles peuvent traverser et barrer avec des pierres et un filet, entre des queues de comète (Sillon de Talbert), entre deux pitons rocheux. Elles sont façonnées en pierres alignées en forme de cercle, de demi lune ou de façon juxtaposée en alignement. Leurs mise en œuvre ne nécessite pas de lian entre les pierres. Un pertuis a pu être aménagé au milieu du barrage. Leur longueur se situe entre 25 m et 300 m selon leur forme et leur situation. Les plus grandes pêcheries repérées sont situées à l’ïle d’Er (barrage de 200 m en travers de la lagune de la Grande île d’Er) et la pêcherie circulaire cadastrée de l’île Maudez. Leur hauteur a pu varier au cours des siècles mais n’excède pas 1 mètre.

Ces pêcheries ont pu être utilisées par les ostréiculteurs qui bénéficient des circonstances naturelles de ce relief et de ce barrage contre la houle.

Aires d'études Bretagne

Annexes

  • Témoignages recueillis autour des pêcheries et de leurs usages en baie de Saint-Brieuc et en Trégor-Goëlo

    Les témoignages autour de l'usage des pêcheries demeurent rares et partiels (Yves et René Monfort de Trédarzec et de Pommerit-Jaudy, Artur Rémont de Plouguiel). Il faut recouper les sources écrites comme peut le faire l'historien averti et les sources orales comme peut les recueillir l'ethnologue, qui s'intéresse davantage aux représentations culturelles et aux comportements sociaux liés à cet "enclos" ou plutôt "ex-clos" que constitue la grève, un territoire en marge, considéré par ses usagers, comme un territoire hors la loi, imposé par le politique.

    Cependant, il n' y a pas de déterminisme naturel, la présence de la mer et de ses ressources n'implique pas systématiquement son exploitation. C'est le projet d'une communauté pour s'approprier un espace et y faire "jouer" ses relations sociales, éprouver le jeu "social" et le niveau de ses connaissances, qui est déterminant. La richesse de la toponymie locale et du vocabulaire maritime témoigne de cette appropriation à la fois pratique et symbolique et des traditions d'une culture littorale et maritime, dont la force et la qualité de relation semble aujourd'hui s'affaiblir. Puisque la connaissance est de moins en moins transmise.

  • Témoignages des pêcheries sur la côte du Trégor-Goëlo

    Sur les côtes trégorroises et du Goëlo, les pêcheries en pierres, que l'on retrouve sur les cartes marines avec la dénomination de "gorred" en breton, sont nombreuses. La configuration particulière d'une côte sauvage au relief très contrasté, alternant falaises, cordons de galets, vasières et estuaires, larges platiers semés de récifs, îles et îlots en archipel, favorisent à la fois un habitat littoral dispersé et une occupation spécifique de ces estrans.

    La moindre crique est barrée par un filet presque permanent ou par une levée de pierres (Baie de l’Enfer, ou entre l'île Blanche et le sillon du Talbert), les cuvettes naturelles sont encerclées par un muret non maçonné (les étangs marins du Castel Meur en Plougrescant et les pêcheries de l'Île Verte dans l'archipel de Bréhat). Les anses formées par les cordons de galets ou double tombolos, servent ou ont servi de "piscifacture" jusqu'au début du 20e siècle : le poisson qui passe à grande marée sous le cordon de galets est retenu prisonnier dans l'étang marin et se nourrit de cet écosystème, parfois enrichi volontairement par les locaux, avant d'être senné à cheval. Les pêcheries d’estuaire sont nombreuses (Trieux et Jaudy), parfois liées à la présence d’une seigneurie (Kermarquer en Lézardrieux, repérée par Le Masson du parc en 1732) et Mézobran en rivière de Tréguier. A l'ouest de l'Ile Maudez, une vaste et ancienne pêcherie fut utilisée jusqu'au second quart du 20e siècle par les cultivateurs qui exploitaient l'île, comme "parc à ormeaux" (pêcherie cadastrée sur le cadastre napoléonien de 1820). Les dépressions naturelles sablo-vaseuses dans la grève sont autant de nurseries où certains poissons vivipares comme l'ange de mer viennent frayer et se reproduire, à côté des poissons plats, que les pêcheurs à pieds, fin connaisseurs, vont venir piquer au digon ou à la foëne (témoignage de Marcel Queiniec, Pleubian).

    Ces dispositions naturelles peuvent être aménagées ou pas par les usagers de la grève, avec quelques pierres, qui vont servir à la fois de repère et de mode d'appropriation par la famille littorale des coureurs de grève. Le pêcheur néophyte, étranger au lieu, sera incapable d'interpréter cette forme de balisage indigène, qui a pu prendre un nom, celui de son découvreur, de celui qui fréquente régulièrement ce (son) territoire et se l'approprie "naturellement".

    Ces témoignages, en dehors de leur côté anecdotique, montrent l'ampleur des connaissances ethno-écologiques de ces "tendeurs de basse eau", petits pêcheurs à pied, dont le produit de la pêche représente un apport non négligeable de protéines et de revenus complémentaires à une activité parfois agricole ou artisanale. Ces fins observateurs de la vie de l'estran ont su élaborer à la fois une "véritable stratégie des pêches", avec des techniques appropriées, comme gestionnaire d'un milieu à priori hostile et dangereux, mais ont su aussi se forger une connaissance intime de leur environnement, avec des pratiques à la fois symboliques et pratiques.

Références documentaires

Documents figurés
  • LANGOUËT, Loic. Les anciens pièges à poissons des Côtes de Bretagne : un patrimoine au rythme des marées sous la direction de Marie-Yvane Daire et de Loic Langouët, Saint-Malo : Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 2008.

    Les dessins de situation des pêcheries sont de Loïc Langouët, extrait de l’ouvrage précité.

Bibliographie
  • Les pêcheries de Bretagne, archéologie et histoire des pêcheries d'estran. Sous la direction de Marie-Yvane Daire et de Loic Langouët, Saint-Malo : Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 2008.

  • PRIGENT, Guy. "Histoire et ethnologie des pêcheries entre Trieux et Arguenon". In Pêcheries de Bretagne, archéologie et histoire des pêcheries d'estran, sous la direction de Marie-Yvane Daire et de Loic Langouët, Saint-Malo : Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 2008.

  • Les anciens pièges à poissons des côtes de Bretagne : un patrimoine au rythme des marées.

    Centre Régional d'Archéologie d'Alet
  • PRIGENT, Guy. Mémoire de la pêche. Apogée, 2005.

  • PRIGENT, Guy, QUIGUER, Jean-Paul. Historique de l’aquaculture marine en Bretagne. Lézardrieux, CPIE du Trégor, 1992.

  • PRIGENT, Guy. Pêche à pied et usages de l´estran. Catalogue de l´exposition présentée au Musée d´Art et d´Histoire de Saint-Brieuc, mai-octobre 1999. Rennes, Apogée, 1999.

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