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Les moulins à eau sur la commune de Ploubezre

Dossier IA22132174 réalisé en 2014

Treize moulins à eau ont été recensés sur le terrain à Ploubezre : il s'agit d'édifices anciens – souvent d'origine banaux comme les moulins de Kerhervé ou de Kergrist, appartenant à l'architecture artisanale et industrielle. Ces installations hydrauliques permettaient de récupérer et de transformer l'eau en mouvement (de courant ou de chute) en énergie via une roue, des engrenages (en bois puis en fer) et un arbre relié à une meule. Ces installations sont alimentées soit directement par le cours d'eau via un barrage (moulins de Keriel ou de Capikern sur le Léguer) soit par un bief, canal artificiel alimenté par un déversoir, dont on peut réguler l'alimentation et le débit en eau grâce à des vannes. Il est également possible de couper totalement l'alimentation en eau du bief afin mettre en repos l'installation ou d'opérer des travaux de maintenance.

La multiplication des moulins sur les cours d'eau a entraîné dans certains cas des conflits sur les droits d'eau. Si le seigneur des terres est considéré comme le maître de l'eau, le meunier est le maître des meules. A la Révolution voire même avant, au 18e siècle, certains meuniers ont pu acquérir la propriété du moulin. Les moulins étaient indispensable à l'économie rurale traditionnelle. C'est souvent également au niveau des moulins à eau que l'on pouvait franchir les cours d'eau... On trouve aussi des moulins à marée et des moulins à vent en Bretagne et dans le Trégor.

Aires d'étudesSchéma de cohérence territoriale du Trégor
Dénominationsmoulin, moulin à farine, moulin à papier
AdresseCommune : Ploubezre

La roue verticale - le plus souvent à auget (koajel en breton) ou à palettes (pour récupérer l’énergie du courant), peut actionner différents mécanismes correspondant à des usages variés. Si la majorité des moulins à eau sert à moudre des céréales - notamment panifiable, les roues pouvaient également servir à mettre en mouvement une scie (à ruban pour scier en long des poutres par exemple), un martinet de forge ou des maillets à foulon (pour fabriquer de la pâte à papier à partir de vieux papiers, pour le battage des draps et des toiles de lin afin de les assouplir ou encore pour le tannage des peaux)... Dans le Trégor, de nombreux moulins à farine sont transformés à partir des années 1840-1850 pour servir au teillage industriel du lin. Après l’opération de rouissage et de séchage, le lin était broyé mécaniquement afin de le transformer en filasse.

Les engrenages d'un moulin à eau sont composés de plusieurs roues :

- la grande roue extérieure entraîne l'arbre (en bois puis en fonte d'acier) ;

- l'arbre entraîne une roue nommée "rouet" ou "roue d'angle" voire "couronne crantée en fer" ;

Les plus anciens systèmes sont en prise directe (avec ou sans frein), les plus récents en prise indirecte donc débrayables.

- le rouet fait tourner un pignon : en bois, il est nommé "lanterne" en raison de sa forme ou pignon en fonte dit "fer de moulin" ;

Au moulin du Losser à Ploubezre, les engrenages en fonte d'acier sont vraisemblablement datables des années 1860-1880.

- l'axe du pignon permet de faire tourner la meule.

Au niveau supérieur (étage ou entresol), on trouve le système de meule. Il repose en réalité sur deux pierres, l'une dormante ou "chômante", l'autre tournante dite aussi "pierre volante".

Dans certains moulins, on trouve deux meules en granite ou pierres à moudre : la première sert à la mouture grossière de l'orge, du blé ou de l'avoine, la seconde, au grain plus fin, à la mouture du blé tendre (froment) et du blé noir (sarrasin). Au moulin de Kermerzit à Trémel, les deux meules (donc au total 4 pierres à moudre) sont accessibles par un plancher de poutres de chêne supporté par des piles en pierres de taille de granite. Cet entresol est desservi par deux petits escaliers latéraux.

A l'étage supérieur du moulin (par rapport aux meules), les grains en sac sont versés dans un grand entonnoir en bois nommé "trémie" et tombent par gravité dans le trou central nommé "œillard" de la meule supérieure. Autour de chaque meule se trouve un coffre en bois nommé "arche" ou "archures" - le plus souvent de forme octogonale, servant à collecter les farines comme au moulin du Losser. Un compartiment (simple boite en bois) ou une auge permettait de stocker la farine avant sa mise en sac. La "bluterie" ou blutoir permet de séparer le son et les impuretés de la farine. Certains dispositifs facilitent la vie du meunier comme le monte-sac... Un treuil ou cabestan permettait de lever si besoin, la meule dite "tournante" pour son entretien. Dans le cas du moulin de Kermerzit à Trémel, la roue porte des dents en bois qui permettent de faire tourner la "lanterne" ou pignon. Les dents nommées "alluchons" ou "harassons" sont souvent en acacia ou en pommier car c'est un bois très dur et résistant à une friction continue. Au besoin, une poutre en bois peut freiner l'arbre de la roue : l'une d'entre elles est ici datée de 1861. Ce système repose sur la présence et l'utilisation de pierres percées en granite qui permettent de recevoir des cales en bois et un système de vis qui peut agir sur la poutre-frein en la montant ou en la descendant à la manière d'un frein à tambour.

Tout le monde connaît la chanson : "Meunier tu dors, ton moulin va trop vite ! Meunier tu dors, ton moulin va trop fort !". Faute de grains dans la trémie, le moulin pouvait s’emballer voire exploser en raison des étincelles produites par friction entre les pierres et de l'accumulation de poussière de céréales. Le meunier a souvent mauvaise réputation car il se paye "en nature" en prélevant un pourcentage sur les céréales à moudre. Sur chaque boisseau (récipient destiné à mesurer les grains soit un peu plus de 12 litres...), le meunier peut prélever un seizième. Beaucoup de maximes existent sur les meuniers ou les moulins : Eur miliner laer ar bleud / A daoned beteg e veug ("le meunier voleur de farine / Sera damné jusqu'au pouce"), "Meunier larron, voleur de son pour son cochon / Voleur de blé, c'est son métier", Pa ra ar vilin un dro-grenn / E vez yod pe grampouezhenn / Pa chom ar vilin a-sav / Ne vez na yod na bara ("Quand le moulin fait un tour complet il y a bouillie ou crêpe, quand il s'arrête in n'y a ni bouillie ni pain")... Aux moulins de Kerhervé ou à Kergrist subsistent des graffitis et inscriptions pieuses (croix, monogramme du Christ) dans l'embrasure de la porte en arc plein cintre.

Parmi les installations hydrauliques les mieux conservés à Ploubezre, on peut citer le moulin du Losser (Kerbiquet). Implanté sur le Léguer, il a la particularité d'être dominé par un gigantesque chaos de granite et d'avoir conservé ses engrenages. Cette "minoterie" était exploitée par la famille Bourva dans la première moitié du 20e siècle.

A Kergrist, le moulin à eau appartient à la seigneurie homonyme depuis les années 1540. Le logis du moulin a été reconstruit en 1758 par Jonathas Le Lan (vers 1709-1785). Ce dernier, alors âgé de 50 ans avait épousé Périne (Pétronille) Le Goff en 1751 à Ploubezre. Le moulin a servi à l'alimentation électrique du château de Kergrist dans la première moitié du 20e siècle. Si le logis est en cours de restauration, le moulin par contre est aujourd'hui ruiniforme et son bief, alimenté par les eaux du Léguer, est ensablé. Sur une pierre du logis au nord, on peut lire l'inscription suivante : "FAIT FAIRE PAR JONA / THAS LE LAN ET PERIN / E LE GOF GABRIEL LE LAN".

A Keriel, la turbine du moulin (détruit) assure désormais la production d’électricité. Le pont qui y est associé enjambant le Léguer mériterait d'être conservé et restauré. Au début du 20e siècle, les familles Le Roux puis Delisle y tiennent un teillage de lin.

Le moulin du Launay a été érigé en 1778 : il est alimenté par un petit ruisseau. Un linteau porte l'inscription suivante : "P. ERI LEBIHAN IAN / NELEG VERN 1778".

Le moulin de Kerhervé sur le ruisseau de Kerlouzouen mérite également d'être signalé en raison de son ancienneté (16e siècle - 17e siècle) : le site est dominé par une motte féodale (Moyen-Age) et un manoir (15e siècle – 18e siècle). Il est exploité par la famille Le Coz au début du 20e siècle.

Au lieu-dit Min rann, de "Min" en breton du Trégor ("maen" en breton standard) et du verbe breton : rannañ = fendre, on trouve la "pierre qui fend l’eau" ou "pierre de partage" (voir dans les illustrations du dossier). Il y a un également un seuil en pierre dans le lit de la rivière : l’objectif était de donner le même "compte d’eau" aux deux bras du ruisseau qui desservait deux moulins : Rossalic et de Kerniflet. Le Min Ran coule sur 14,5 km de longueur et traverse Ploubezre. Il est notamment alimenté par le ruisseau nommé Le Porz al Lan.

Annexes

  • Les meuniers et minotiers de la commune de Ploubezre d'après le recensement de population de 1906

    Le recensement de population de 1906 à Ploubezre fait état de 17 "meuniers" et de 3 "minotiers" :

    - à Kerdaniou : L'Héréec Marc et Fessant (foyer n° 404), Le Coz Jean-Baptiste et Perrot (foyer n° 421),

    - à Keranglas : Tassel Hyacinthe et Yaouanc (foyer n° 630) ; Morvan Yves, domestique (foyer n° 593), Nicol Yves (foyer n° 673), Adam Guillaume et L'Hostis (foyer n° 642),

    - à Saint-Fiacre : Le Bail Jean (foyer n° 264) et Bourva François Marie et Garrec (foyer n° 293),

    - à Kernabat : Ménou François Marie et Fégard (foyer n° 518)

    - à Kerdaniou : Le Cam François, minotier (foyer n° 432),

    - à Keranglas : Le Gac Jean-Baptiste et Briand, minotier (foyer n° 593).

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