Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Les marais salants (Parc naturel régional du Golfe du Morbihan)

Dossier IA56131976 réalisé en 2017

Fiche

Á rapprocher de

Voir

Dans le Golfe du Morbihan, la saliculture, structurée comme nous la connaissons aujourd’hui par une série de bassins, apparaît tout d’abord sur la presqu’île de Rhuys entre la fin du XIIe siècle et la fin du XIIIe siècle. Par la suite et jusqu’au XIXe siècle1, les marais salants se développent dans le Golfe du Morbihan et le long des rivières estuariennes ; l’activité salicole constituait alors une activité majeure pour le territoire. Les traces de cette exploitation ont marqué les paysages littoraux à travers l’aménagement de digues, de bassins, etc.

(Marianna Fustec ; Christelle Nicolas)

1BURON Gildas, GODET Laurent, MÉNANTEAU Loïc, NEVES Renato, “ Anciennes salines côtières, de la Manche au Détroit de Gibraltar ”, p.86-115, in MÉNANTEAU Loïc, Sels et salines de l’Europe Atlantique, Presses Universitaires de Rennes, 2018, 504 p.
Aires d'études PNR Golfe du Mobihan
Dénominations marais salant
Adresse Commune : Arradon
Adresse Commune : Séné
Adresse Commune : Hézo (Le)
Adresse Commune : Saint-Philibert
Adresse Commune : Locmariaquer
Adresse Commune : Damgan
Adresse Commune : Île-d'Arz
Adresse Commune : Arzon
Adresse Commune : Saint-Gildas-de-Rhuys
Adresse Commune : Ambon
Adresse Commune : Tour-du-Parc (Le)
Adresse Commune : Auray

La récolte et la fabrication du sel sont avérées par les archéologues dès l’époque néolithique. Sur le territoire d’étude, sur l'île d’Ilur précisément, des amas de briquetages datés de l'âge de Fer (- 800 à - 50 avant J.C.) ont été mis au jour à l'occasion de fouilles archéologiques.

L’apparition des marais salants sur le territoire d’étude

Les traces de l’activité salicole que nous avons recensées dans le cadre de cette étude sont exclusivement des marais salants. Le patrimoine archéologique étant exclu de cette étude.

Sur le territoire d’étude1, nous avons recensé des vestiges de marais salants à Locmariaquer (Brénéguy), à l’Île d’Arz (Rudevent), à Séné (Le Morboul et le long de la rivière de Noyalo : étier de Kerarden, Michotte, Falguérec), au Hézo (La Villeneuve), à Damgan (le long de la rivière de Pénerf : marais de Plouhorno, Saint-Guérin, Larmor, Pouillac, l’Île, Kerhellec, le long de l’étier de Damgan), au Tour-du-Parc (étier de Kerboulico, Pen Cadénic, étier de Caden), à Ambon (Brouel, Le Prieuré, anse de Bétahon) et à Saint-Gildas-de-Rhuys (La Saline).

Gildas Buron, historien et conservateur du musée des marais salants de Batz-sur-Mer, apporte des éléments de datation concernant la plupart des salines recensées sur le territoire d’étude. La saline de la Villeneuve au Hézo a été aménagée en 1636. Les marais de la rivière de Pénerf sont sans doute apparus au XVe siècle2 (dès 1467 au Tour-du-Parc), tout comme la saline de Rudevent à l’Île d’Arz. Des marais salants existaient également à Saint-Gildas de Rhuys : “un aveu de 1584 précise que [...] deux salines en la paroisse de Saint-Goustan (aujourd'hui Saint-Gildas) [sont] identifiées en 1510 sous le nom de salines du Net”3. Au XVIIe siècles, les marais salants se sont multipliés le long de la rivière de Pénerf et, plus précisément, sur les commune actuelles de Surzur, Ambon et Damgan. A Séné, les marais salants sont créés au XVIIIe siècle, entre 1725 et 1748. Toutefois, ceux de l’anse de Mancel (Séné) sont plus tardifs, autour de 1824. Nous n’avons pas connaissance de la date de création des marais de Brénéguy sur la commune de Locmariaquer.

Pour l’aménagement des salines sur le territoire breton et, notamment, dans le Morbihan à Séné (1725), le savoir-faire (maîtrise des techniques d’hydraulique et de terrassements) et l’expérience des paludiers de Guérande sont sollicités.

Le sel constitue une grande richesse pour les territoires. Ainsi, son exploitation a été une activité économique majeure pour le Golfe du Morbihan et la rivière estuarienne de Pénerf, notamment au XVIIIe siècle où la majorité des salines est exploitée. Cette ressource a fait l’objet d’un important commerce maritime à l’échelle européenne. Le sel est très prisé pour sa fonction de conservation des aliments. Il permet, entre autres, d’assurer la conservation des produits de la pêche, comme les sardines. A l’époque moderne, le sel fait l’objet d’un impôt royal appelé la gabelle, sauf en Bretagne qui en est exemptée.

Le déclin des marais salants sur le territoire d’étude et le renouveau

L’activité salicole a périclité au cours du XIXe siècle. Cela est notamment dû à la concurrence du sel industriel (venant d’Angleterre, du Midi et de l’Est de la France), au développement des techniques de conservation (conserveries) et à l’effondrement du prix de vente.

L’activité dans les marais salants, sur le territoire d’étude, va cesser durant le XIXe siècle et le début du XXe siècle. Ainsi, en 1822, les marais de Brénéguy sont délaissés tandis que la saline de l’Île d’Arz est abandonnée en 18484. La saline de la Villeneuve au Hézo s'arrête définitivement dans les années 1860-18705, tout comme les marais salants de Pen Cadénic situés au Tour-du-Parc (1860)6. Jusqu’au début du XXe siècle, les salines de Damgan (jusqu’en 19227) et d’Ambon (jusqu’en 19308) sont exploitées. Enfin, l’activité des salines de Séné cesse totalement en 19519. Nous n’avons pas connaissance de la date de fin de l’activité des salines de Saint-Gildas-de-Rhuys.

Suite à la fin de l’activité salicole, certaines salines vont être utilisées pour d’autres usages, principalement aquacoles. C’est notamment le cas de la saline de Pen Cadénic au Tour-du-Parc et de Rudevent à l’Île d’Arz. En effet, d’après Nicolas Millot10 à partir de 1875, les ostréiculteurs de Bilhervé à l’Île d’Arz transforment ces anciens marais salants en bassins d’affinage pour les huîtres.

Il faudra attendre le début du XXIe siècle pour que des marais salants soient restaurés. Au-delà des douze communes concernées par l’inventaire, sur le territoire du Parc naturel régional du Golfe du Morbihan, deux marais sont aujourd’hui exploités. Le premier est celui de Lasné à Saint-Armel. Propriété du Département du Morbihan, il a été restauré en 2002 et 2003 par le Parc naturel régional, à cette époque en préfiguration, et par le paludier Olivier Chenelle qui l’a exploité jusqu’en 2015. Depuis, une paludière lui a succédé. Le second marais, celui de Truscat à Sarzeau, est restauré, depuis 2016, par le paludier Olivier Chenelle. Ce marais est une propriété privée.

Note de bas de page

1. Saint-Philibert, Locmariaquer, Auray, Arzon, Saint-Gildas-de-Rhuys, Arradon, l’Ile d’Arz, Séné, Le Hézo, Le Tour-du-Parc, Damgan, Ambon

2. BURON Gildas, GODET Laurent, MÉNANTEAU Loïc, NEVES Renato, “ Anciennes salines côtières, de la Manche au Détroit de Gibraltar ”, p.86-115, in MÉNANTEAU Loïc, Sels et salines de l’Europe Atlantique, Presses Universitaires de Rennes, 2018, 504 p.

3. Ibid.

4. Ibid.

5. Association Culturelle de Rhuys, Les salines de Rhuys, dans le cadre du concours “Patrimoine des Côtes et Fleuves de France” organisé par les revues Chasse-Marée et Armen, Le Roche-Bernard, 1996, 151 p.

6. Ibid.

7. BURON Gildas, GODET Laurent, MÉNANTEAU Loïc, NEVES Renato, “ Anciennes salines côtières, de la Manche au Détroit de Gibraltar ”, p.86-115, in MÉNANTEAU Loïc, Sels et salines de l’Europe Atlantique, Presses Universitaires de Rennes, 2018, 504 p.

8. Ibid.

9. Ibid.

10. MILLOT Nicolas, L’Ile d’Arz, Tours, Hengoun Éditions, 2006, 158 p.

Auteur(s) Auteur : Fustec Marianna
Auteur : Nicolas Christelle

L’implantation des marais salants

La géographie du Golfe et de la rivière estuarienne de Pénerf a été propice à l’exploitation du sel. Le sud du Morbihan a un climat tempéré de type océanique qui se caractérise par des hivers doux et pluvieux, des étés frais et relativement humides, et également par de longues périodes d’ensoleillement. Par ailleurs, les marais salants sont le résultat de vastes travaux d’aménagements du sol à tendance argileuse pour faciliter le travail de la terre. Aussi, les marais salants doivent être abrités de la houle. Pour ces raisons, les salines sont généralement établies dans des fonds d’anse ou de golfe (Noyalo, Séné, Sarzeau), dans des zones estuariennes (Crac’h, Ambon, Pluneret) ou en arrière de cordons littoraux plus ou moins importants (Saint-Gildas-de-Rhuys, Sarzeau, Ambon), comme le mentionne Gildas Buron dans son ouvrage Bretagne des marais salants : 2 000 ans d’histoire.

Les conditions climatiques privilégiées et le cadre géologique et topographique ont fait du Morbihan Sud, un territoire favorable à l’exploitation salicole. Ainsi, sur le territoire d’étude, les vestiges d’activités salicoles sont très nombreux. Il s’agit de marais salants, de digues, de magasins ou de greniers à sel.

Le fonctionnement des marais salants

Les marais salants sont constitués d’un ensemble de digues formant de nombreux bassins. L’eau de mer est conduite jusqu’au marais salant par un étier. Il s’agit d’un chenal se remplissant en fonction des marées et de leurs coefficients. L’eau entre ainsi par un système de vannage dans un grand bassin de stockage nommé vasière. L’eau va ensuite circuler, par gravité, dans différents bassins (gobier, fars, adernes, œillets) de faible profondeur et sur une très grande distance. C’est grâce à cette succession de bassins, favorisant l’évaporation de l’eau par l’action conjuguée du vent et du soleil, que le sel contenu dans l’eau de mer se concentre jusqu’à cristalliser et permettre sa récolte.

Le patrimoine lié à l’exploitation du sel

Des éléments bâtis ont été construits directement en lien avec l’activité salicole. Il s’agit, entre autres, de magasins ou de greniers à sel, de casernes et de guérites de douaniers.

Les magasins ou greniers à sel servaient à entreposer le sel récolté avant son expédition, souvent par voie maritime. Il s’agit généralement de bâtiments en pierre, avec d’importants contreforts pour résister à la pression du sel. Toujours d’après Gildas Buron, ces entrepôts se sont développés vers le milieu du XIXe siècle avec l’amélioration de la voirie et le développement du réseau de chemins de fer. Un grenier à sel, a, par exemple, été construit dans les marais salants à Séné, le long de la rivière de Noyalo.

Les guérites de douaniers ont été construites pour surveiller le trafic maritime, notamment lié au transport du sel puisqu’une importante contrebande s’organise à cette époque. Les douanes s’installaient en des endroits stratégiques pour contrôler la circulation du sel. Ainsi, on retrouve des guérites de douaniers sur le littoral, notamment au lieu-dit de la Garenne à Séné qui permettaient de surveiller l’entrée de la rivière de Noyalo ou à Barrarac’h pour surveiller l’entrée du port de Vannes. Ces guérites sont construites en pierre avec une couverture en ardoise. D’autres guérites prenaient place à proximité immédiate des marais salants. Elles pouvaient être édifiées avec un squelette de branches, de broussailles et d’argile, prise sur le marais. Nous n’avons pas recensé d’ouvrages bâtis de type, certainement dû à leurs matériaux éphémères.

Suite à l’instauration par Napoléon Ier, en 1806, d’un impôt sur le sel en Bretagne, le nombre de douaniers augmente et des casernes, qui permettent d’héberger les douaniers, sont alors construites sur le territoire. A Séné, au lieu-dit des Quatre-Vents, une caserne est toujours visible, de même qu’à Port-Navalo et à Kerners sur la commune d’Arzon.

L’état de conservation

L’ensemble des marais salants inventorié sur les douze communes du territoire d’étude n’est plus en activité. Cependant, deux marais salants font l’objet d’un entretien partiel, c’est le cas du marais de Séné classé Réserve naturelle nationale et du marais de la Villeneuve au Hézo, dont une partie est gérée par le service des Espaces Naturels Sensibles du Conseil Départemental du Morbihan.

Les anciens marais salants sont parfois difficilement lisibles à hauteur d’Homme. Cependant, à partir de l’observation des photographies aériennes, le dessin des marais salants se distingue et témoigne que cette activité a fortement modelé et structuré le paysage littoral du territoire.

Références documentaires

Bibliographie
  • AMGHAR Julien, La construction portuaire et les activités maritimes dans le Golfe du Morbihan, du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, DEA d'Histoire, Université de Bretagne Sud, Lorient, 2001, 380 p.

  • BURON Gildas, Bretagne des marais salants : 2000 ans d'histoire, Morlaix, Skol Vreizh, 1999, 175 p.

  • MANDAGOU Olivier et CHENELLE Olivier, Le retour du Sel à Saint-Armel, Vannes, Image plus Éditions, 2005, 64 p.

  • BURON Gildas, GODET Laurent, MÉNANTEAU Loïc, NEVES Renato, " Anciennes salines côtières, de la Manche au Détroit de Gibraltar ", p.86-115, in MÉNANTEAU Loïc, Sels et salines de l’Europe Atlantique, Presses Universitaires de Rennes, 2018, 504 p. (à paraître)

  • MILLOT Nicolas, L’Ile d’Arz, Tours, Hengoun Editions, 2006, 158 p.

  • GOULETQUER Pierre et WELLER Olivier, Continuités et discontinuités dans l’exploitation du sel sur la côte atlantique de la Bretagne, Haute Normandie Archéologique, 2010, 14, p.95-105.

  • Association Culturelle de Rhuys, Les salines de Rhuys, dans le cadre du concours “Patrimoine des Côtes et Fleuves de France” organisé par les revues Chasse-Marée et Armen, Le Roche-Bernard, 1996, 151 p.