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Les maisons rurales et fermes sélectionnées sur la commune de Quimperlé

Dossier IA29000475 réalisé en 2001

Milieu naturel et historique

Le territoire communal couvre une surface de 3173 ha dont la partie nord-ouest, fortement urbanisée, occupe environ 20 %. La partie nord-est, à l´origine rurale, accueille depuis quelques années une zone réservée aux activités industrielles et artisanales. Un vaste secteur au sud correspond à la forêt domaniale qui s´étend également sur la commune de Clohars-Carnoët. Au sud-ouest, une plaine fertile, en partie mise en culture à la suite de défrichements, reflète aujourd´hui encore une occupation essentiellement agricole de l´espace rural. L´impact du centre ancien de Quimperlé, pourtant d´une emprise spatiale très réduite, avec ses institutions religieuses, économiques et administratives, a quelque peu éclipsé un arrière-pays rural pourtant très productif et étendu. Proches de la ville, les prairies inondables (ou prés salés) du Guern, productrices de fourrage, ont servi depuis l´époque médiévale de lieu de pâture. Le commerce de bestiaux, de grains et de bois, reposant sur des productions locales, est resté très actif jusqu´au lendemain de la Première Guerre mondiale.

En 1843, Ogée trace la physionomie de cet espace rural partagé en 108 hectares de terres labourables, 272 hectares de prés et de pâturages, 267 hectares de bois et 751 hectares de landes qui, très utiles, faisaient partie intégrante de l´agriculture traditionnelle. Quant à la forêt seigneuriale, royale puis domaniale de Carnoët, qui produisait du bois d´oeuvre destiné à la marine à Lorient et aux constructions urbaines, elle couvraient à elle seule 600 ha, soit un cinquième de la commune, pourcentage aujourd´hui sensiblement identique. Duchatellier note en 1836 que les coupes de la forêt de Carnoët s´effectuent entre 9 et 15 ans et avec ses chênes, ormeaux et frênes, l´arrondissement de Quimperlé est le plus boisé du département.

La proximité d´un centre urbain actif n´est pas restée sans conséquences sur l´architecture agricole. De nombreux citadins possédaient des terres et des fermes, à l´instar des Bréart de Boisanger qui, à côté d´un hôtel urbain et d'un manoir à Québlen, sont restés propriétaires de certaines exploitations (Croas Troch, Poulfanc, Coat Me) jusqu'à une époque récente. Le lorientais Beaubois fait bâtir en 1886, non loin de son château de Bois-Joly, la métairie de Kerdaniel. Hubert Le Poix, colporteur originaire de la Vienne, s'installe près de la ville, à Coat Nabat (bois de l´abbé), achète des terres et fait fortune dans le commerce. Il construit entre 1823 et 1848 une demeure et une ferme, occasionnellement auberge, qui seront désignées plus tard sous le toponyme de leur constructeur, Kerampoix. Cette propriété a été divisée en deux parties lors de la construction du chemin de fer en 1862. On suppose que Le Poix fait apposer cette devise en breton sur une pierre remployée qui témoigne de la confiance que les contemporains avaient dans la rentabilité des exploitations rurales bien gérées : KURIEN BOURCHISIEN BEVAEZ A GLASKIT ? BEZIT FUR ARIT DOUN HA KALZ DOUAR DIGORIT. LEPOIX (Paysans, bourgeois, vous cherchez à vivre dans l´aisance ? Soyez sages, charruez profond et défrichez beaucoup de terre). L´investissement dans la terre allait parfois de pair avec la recherche de villégiature campagnarde ; la famille de Fréminville résidant à Lorient acquiert les terres et les fermes de la Villeneuve-Braouic à la fin des années 1860. La proximité immédiate de la ligne de chemin de fer et de la gare garantissait des déplacements commodes et l´exploitation des terres par des fermiers assurait des revenus supplémentaires. Une demeure de vacances est alors bâtie à proximité de deux fermes qui, photographiées en 1893, témoignent des caractéristiques d´une grande partie de l´habitat rural quimperlois de l´époque.

Le déclassement des logis anciens en dépendances agricoles, suite à la construction de nouveaux logis, est une constante et est encore bien visible à Kernours, Lisloch ou Keranmoulin. L´influence de modèles issus des traités théoriques et pratiques de construction, largement diffusés dans un monde rural en plein renouveau entre 1850 et 1900, est perceptible à Faudélias, Kergamp (communs), Kergoaler, Kerlen, Kerstrado et surtout Kerdaniel ou le logis et notamment les communs, construits en 1886 par Charles Bréviny, entrepreneur, pour le propriétaire du château voisin de Bois-Joly, reflètent parfaitement la rupture avec l´architecture rurale localement enracinée. Parmi un grand nombre d´entrepreneurs et maîtres d´oeuvre encore trop mal cernés à cause de l´absence de recherches plus poussées, on peut supposer que les entreprises Gourier, Kerhervé et Collober, actifs à Mellac à la fin du 19e et au début du 20e siècle, assurent également une partie des chantiers dans la campagne quimperloise. Jean Joncourt, entrepreneur, marbrier et sculpteur, signe le logis de Kernours (1908) ; il est également l´auteur d´un grand nombre de monuments aux Morts des environs ainsi que de pierres tombales, notamment pour le cimetière de Saint-David de Quimperlé.

Un certain nombre de dates portées a été relevé : 1633, 1674 (réemploi), 1692 (réemploi), 1696, 1772, 1786, 1787, 1799, 1810, 1813, 1823, 1825, 1826 (2 fois), 1832, 1847, 1848, 1864 (2 fois), 1870, 1877 (2 fois), 1880, 1881, 1882, 1886, 1893, 1899, 1901,1908, 1911, 1912, 1913, 1915, 1921, 1922, 1928, 1932.

Sur un total de 35 oeuvres repérées, un four et six maisons ou fermes ont été sélectionnés pour étude (Kerambourg, Kerampoix, Kerdaniel, Kernours, Kerozec, Lisloc´h, La Villeneuve-Braouic). Elles datent majoritairement de la seconde moitié du 19e siècle, période caractérisée par un renouveau généralisé de l´architecture rurale qui se pose sur la modernisation des modes de culture et d´élevage. L´impact de l´enseignement agricole dispensé à l´école d´irrigation du Lézardeau, créée par le comte Louis-Corentin Du Couëdic en 1859, n´est pas resté sans effet sur ce renouveau ; en 1876, le Lézardeau occupe le cinquième rang parmi les stations d´agronomie en France. Sous l´appellation "Ecole pratique d´agriculture et d´irrigation", elle compte 300 élèves en 1881 mais ferme ses portes en 1908. Comme dans les autres communes du canton, peu de bâtiments ruraux antérieurs au 19e siècle ont été conservés et si c´est le cas, il s´agit non pas de fermes mais de demeures au statut non agricole, comme, par exemple, Kervidanou, ancien presbytère de la trêve de Trélivalaire, ou encore Lothéa, également demeure d´un chapelain et presbytère de l´ancienne paroisse du même nom.

Deux édifices, non attestés comme lieux nobles, se distinguent par des structures architecturales suffisantes pour les classer dans la famille des manoirs ; c´est le cas du Leing (détruit après 1974), long corps de bâtiment à étage du 16e siècle et de Kerambourg, très transformé, où l´escalier monumental, signalé par une haute tour du 17e siècle, trahit l´influence des hôtels particuliers de la basse ville de Quimperlé. Ces deux bâtiments mettent en évidence qu´à défaut d´être, statutairement, une résidence seigneuriale, certains logis ruraux des 16e et 17e siècles, par ses volumes et son décor, n´en différaient guère.

Composition d´ensemble

Le regroupement de plusieurs petites exploitations en hameaux plus ou moins structurés, encore bien décelable à Lisloch, Kerozec et Quinquis Andéas, correspond aux implantations les plus anciennes dont témoigne également le cadastre napoléonien. On note la présence d´un grand nombre de fours à pain, parfois de grandes dimensions comme à Kerozec où il était destiné à un usage communautaire. Ailleurs, presque chaque ferme disposait de son four individuel. En témoigne le cadastre ancien, même si le taux de disparition est élevé. Ainsi, les fours à pain de Faudélias, Kerguen, Lothéa, Porz ar Breton et Kerozec sont encore en bon état, ceux de la Villeneuve-Braouic et de Kervénénas (limite Mellac) subsistent à l'état de vestiges et ceux de Kernestour et Loge Daniel, encore en place en 1974, ont disparu.

Une quinzaine de puits a été repérée ; les plus anciens se distinguent par leur structure circulaire et une margelle monolithe en schiste ou en granite : Kernestour (1795), la Villeneuve-Braouic (1825), Lestenach (1881), la Forêt, Lothéa, Ristouar. Les puits carrés, aux chaînages d´angles et superstructures en pierre de taille, sont généralement plus tardifs que le modèle circulaire ; des exemplaires ont été répertoriés à Kerandon (1877), Kervail (1889 et 1890), Kerlen (1890), Kercadoret, Pont Piloro, Kergamp et Porz Bihan.

Des granges disposées en alignement du logis et marquées par une grande porte d´accès en plein cintre, si fréquentes sur le territoire voisin de Clohars-Carnoët, ne sont à signaler qu´à Faudélias et Loge Daniel. La grange de Kerdaniel, unique dans le secteur, se distingue par ses grandes portes percées dans chacun des pignons, ses baies en demi-cercle destinées à l´aération et l´emploi de la brique pour l´encadrement des ouvertures. L´existence d´un poêle à crêpes (disparu) à Kerdaniel élargit la zone de diffusion de ce dispositif en maçonnerie destiné à cuire crêpes et galettes vers le sud de la Cornouaille.

Matériaux

La plupart des bâtiments sont construits en moellon de granite mélangé par endroits au schiste ; les encadrements des baies sont en granite, matériau de qualité disponible dans les environs (Baye, Pont-Aven). La façade de l´ancien presbytère de Kervidanou (17e s.) est en moellons équarris de granite, tout comme certaines élévations à Lisloch ou à la Villeneuve-Braouic. L´enduit s´est généralisé à partir du milieu du 19e siècle. La brique, qui fait son apparition autour de 1862 avec le chemin de fer, est habituellement réservée à l´encadrement des baies ou aux chaînages d´angle, alors souvent associée au granite. Il n´est pas à exclure que les briques de la marque Kerolé fabriquées à Lorient, utilisées pour la demeure de Carnoët vers 1864, aient été plus largement diffusées dans les constructions rurales.

Les couvertures en chaume ont progressivement disparu sauf au Petit Lichern, ancienne ferme transformée, et à Lothéa (ancien presbytère). Les documents anciens (la Villeneuve-Braouic), la mémoire des habitants et les traces archéologiques visibles sur les édifices eux-mêmes témoignent de l´omniprésence de ces couvertures végétales. Le chaume a parfois été remplacé par la tuile mécanique (Keranmoulin) ou la tôle ondulée éphémère, elle-même écartée au profit d´une nouvelle charpente et d´un toit d´ardoise ce qui a entraîné des modifications sensibles dans la morphologie des bâtiments, notamment au niveau de la pente des versants devenue moins prononcée.

Structure, élévations, couvertures

Le classement en deux grandes catégories, "l´habitat mixte", caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit, et le "logis indépendant", défini par l´absence de la cohabitation entre hommes et animaux, peut être appliqué au territoire de Quimperlé. L´habitat mixte, propre aux périodes les plus anciennes, ne subsiste qu´à l'état de vestiges. Les transformations successives occultent le plus souvent l´état d´origine du bâti. Croas Troch et Kermec figurent parmi les exemples rares d´un ancien habitat mixte de type logis-étable sans étage. L´association d´un logis bas avec étable et d´un logis haut accessible par un escalier extérieur reste perceptible à Kergoulaouen. La dissociation du logis des parties agricoles est le principe le plus répandu, variant entre la formule la plus simple à pièce unique et le logis à étage éclairé par une ou deux lucarnes-frontons comme à Kerlen, Kerpinvic ou Kervail. Les grands alignements formés au cours de plusieurs décennies et composés de logis, écuries et étables en enfilade représentaient la majorité des configurations (Quinquis Andéas, Ristouar, Lisloch, la Villeneuve-Braouic). L´étage et les combles servaient le plus souvent à abriter les récoltes ; la Villeneuve-Braouic en est un exemple intéressant, notamment à cause de la hauteur du bâtiment avec ses deux niveaux de stockage, alors que le rez-de-chaussée était réservé à l´habitation.

La présence de lucarnes en forme de pignon (lucarnes-frontons) n´est pas propre au secteur rural de Quimperlé mais est récurrente en milieu urbain et dans une grande partie du canton, surtout à partir de la fin du 19e siècle et même au-delà de la Première Guerre mondiale comme en témoigne le logis de Toul ar Bleiz-Bihan construit en 1928. Ici encore, la différence typologique tend ainsi à s´estomper entre la maison urbaine et la maison rurale.

Les toits à longs pans sont largement majoritaires ; seuls quelques grands logis, souvent de plan double en profondeur, construits pour des notables, sont coiffés de toits à croupes comme Kervail ou Kernours. Le décor porté, vu le caractère tardif de cette architecture, est rare. Construit au 17e siècle, le logis du Ristouar conserve une niche à Vierge. Les deux rangées de boulins aménagées sous le toit de Kervidanou (vers 1633) semblent symboliser le statut social de l´habitant et ne servaient sans doute pas à abriter des pigeons. Un décor exceptionnel pour une habitation rurale s´affiche sur la façade principale de Kernours (1908). L´encadrement asymétrique de la baie centrale est composé de pierres sculptées figurant un phylactère plissé, des feuillages stylisés et un coquillage, création inspirée du vocabulaire ornemental de l'Art Nouveau cher au sculpteur quimpérois Jean Joncourt dont on connaît des réalisations comparables à Bodel et Kerjaëc à Mellac ainsi que sur sa propre maison (31, rue Savary, Quimperlé).

Distributions intérieures

Peu d´édifices ont gardé intact leurs distributions ou aménagements d´origine. Les plans simples en profondeur, avec une ou deux pièces par niveau, prédominent. L´accès aux combles se faisait généralement par un escalier dans oeuvre enchâssé entre deux cloisons. Certains logis à étage parmi les plus anciens étaient pourvus de tourelles d´escalier hors oeuvre. C´était le cas au Leing (détruit après 1974) où un escalier en vis en bois desservait les pièces hautes. Toujours en place, l´escalier de Kerambourg, de type tournant avec jour et balustres tournés en bois, date du 17e siècle et donne accès à un petit escalier en vis qui dessert, comme dans certains manoirs, une chambre située en haut de la tour. Ristouar (17e siècle) garde les traces de l´emplacement d´un escalier en vis hors oeuvre, et à Kergamp, les traces d´un escalier en vis en pierre subsistent alors que le bâtiment a été fortement modifié.

Les cheminées sont en granite ou en bois, sans qu´il soit possible de déterminer la prédominance d´un matériau par rapport à l´autre. Lorsque les corbelets sont en bois, la partie affleurant à l´extérieur du pignon était souvent, comme à Lisloch, protégée par un larmier en pierre.

Ponctuellement et d´une manière non exhaustive, d´autres aménagements ont pu être identifiés. A Ristouar, un évier surmonté d´une armoire murale ainsi qu´une fenêtre à coussiège sont toujours en place. Au rez-de-chaussée de la tour d´escalier de Kerambourg, évier et armoire murale occupent une partie du mur. Une armoire murale à étagères en pierre est en place à Kergoulaouen.

Dans les logis construits à partir des années 1850, le recours au plan double en profondeur s´inspire des modèles urbains et bourgeois alors en vogue, comme en témoignent Kernours et Kerdaniel. L´introduction d´une nouvelle pièce, la salle à manger, la création d´une cuisine séparée de la salle, s´imposent dans les environs de Quimperlé. Certaines salles, étaient comme à Kerampoix, entièrement couvertes de lambris de châtaignier.

Les manières de vivre urbaines remplacent ainsi progressivement mais définitivement les aménagements propres à l´habitat rural.

Aires d'études Quimperlé
Dénominations maison, ferme
Adresse Commune : Quimperlé
Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Brevini Charles, entrepreneur
Auteur : Gourier, entrepreneur
Auteur : Kerhervé, entrepreneur
Auteur : Collober, entrepreneur
Auteur : Joncourt Jean, sculpteur
Décompte des œuvres bâti INSEE 5185
repérés 35
étudiés 6

Références documentaires

Bibliographie
  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. 1ère édition 1778-1780. Nouvelle édition, revue et augmentée par MM. A. Marteville, et P. Varin, avec la collaboration principale de MM. De Blois, Ducrest de Villeneuve, Guépin de Nantes et Lehuérou. Rennes, 1843.

    p. 427-437
  • DU CHATELLIER, Armand. Recherches statistiques sur le département du Finistère. Nantes, 1835-1837.

    p. 78-83
  • INVENTAIRE GENERAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE. Région Bretagne. Quimperlé et son canton. Finistère. Collection Images du Patrimoine n° 217, Rennes, 2002.

    p. 16-17, 81
  • DOUARD, Christel, LE BRIS DU REST, Erwan. Bretagne, habitat rural et société. Collection : Itinéraires pédagogiques. Ministère de la Culture/Ministère de l´Education Nationale. Dossier et cédérom. Centre régional de la documentation pédagogique. Rennes, 2001.