Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Les maisons, logis, fermes et dépendances sur la commune de Trémel

Dossier IA22132332 réalisé en 2014

La dispersion de l'habitat

  • Une soixantaine de lieux-dits

L'habitat est très dispersé à Trémel avec plus de 65 toponymes (lieux-dits non compris les noms de rue). Un hameau se compose le plus souvent d'une à trois exploitations agricoles disposant chacune de dépendances et donnant sur des espaces ouverts ou des voies de passage : chemins ou routes. Les principaux hameaux de Trémel sont : Kerharo, Kerniet-Le Vieux Presbytère, Uzel, le Rest, Kervel, Kerouel et Saint-Maurice.

  • Un vaste réseau de communication

Chemins, gués, passerelles et ponts sont les témoins d’un vaste réseau de communication permettant de relier plus ou moins rapidement un point à un autre en franchissant les cours d’eau. Le chemin rural est une desserte avant tout locale. Les digues des moulins permettent également un franchissement aisé des rivières. À la fin du 18e siècle et au 19e siècle, les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont standardisé les constructions. Le milieu du 19e siècle marque l’amélioration des voies de communication, déclarée cause d’utilité publique : de nombreux ponts sont reconstruits.

L’implantation des bâtiments

  • Plusieurs facteurs conditionnent l’implantation du bâti :

- l’omniprésence de l’eau : en Bretagne, sa présence partout en abondance a entraîné une grande dispersion de l’habitat rural.

- la protection contre les vents dominants d’ouest (pluvieux) et du nord (froids) grâce au relief. Souvent implantés à mi-pente, les bâtiments d’habitation tournent ainsi le dos au vent ; les fenêtres sont uniquement percées dans la façade sud. Autour des hameaux, le bocage permet d’atténuer l’effet du vent. Dans le Finistère, au climat plus océanique, l’orientation des logis est marquée vers le sud-sud-est alors que dans le Trégor maritime, soumis à des vents de nord-est, ils sont tournés légèrement vers le sud-sud-ouest. L'ancien presbytère de Trémel construit en 1625 en est un bon exemple : sa façade principale est orientée vers le sud-ouest. La ferme du Louc'h par contre, est orientée vers l'ouest-sud-ouest mais la porte d'entrée du logis est abritée par l'avancée centrale.

- l’ensoleillement maximum avec une orientation générale des logis vers le sud. Dans le Trégor, les logis de ferme sont le plus souvent orientés vers le sud-sud-est ou le sud-est. Les anciens manoirs, pour des raisons symboliques liées à l’expression du pouvoir seigneurial, contredisent parfois cette logique avec une orientation principale vers l’est ou le nord comme pour les deux manoirs de Kermerzit dont l'entrée monumentale se prolonge par une longue allée cavalière. A Zan Logot, l'ancien logis à étage daté 1588 est orienté vers le sud-est : l'accès à l’étage par l’escalier extérieur marque la volonté de dissocier l’étage du rez-de-chaussée par une distribution indépendante. Ce logis témoigne de l'aisance de son commanditaire. Aucun symbole liturgique et social (statut clérical ?) ne vient malheureusement éclairer la qualité du propriétaire. S'agissait-il d'une maison de prêtre ? Si la très grande majorité des logis de ferme est orientée vers le sud, certains logis dérogent à la règle.

- le réseau des chemins et des routes qui conditionne également l’implantation du bâti rural ancien.

- le régime de propriété et le mode de jouissance du sol.

  • Le convenant

Le mode d’exploitation est essentiellement la tenure à domaine congéable (la tenure, ce sont les terres accordées par le seigneur aux paysans). Le domanier ou convenancier est propriétaire des bâtiments et des sols exploités (édifices et superfices) mais non du fonds qui appartient au propriétaire foncier, noble ou bourgeois, à qui il verse un loyer. En fin de bail, ce dernier peut congédier le domanier, en lui remboursant la valeur des "édifices et superfices" construits et des biens : arbres fruitiers, haies, fossés et talus, productions agricoles. Dans le Trégor, et plus au sud, la toponymie qui associe le terme "Convenant" à un patronyme révèle que de nombreux convenanciers ont pu racheter leurs terres dès la fin du 18e siècle.

Quasiment toutes les fermes de Trémel (et plus largement du Trégor) sont des "convenants", les autres sont exploitées directement par le propriétaire. 10 lieux-dits de Trémel ont gardé dans leur toponyme le terme "convenant" en référence au mode d'exploitation ancien (Convenant Cozannet, Convenant Fustec, Convenant Gorrec, Convenant Henniquin, Convenant Joran, Convenant Prat (2), Convenant Quéré, Convenant Quemper).

  • La métairie

La métairie est une exploitation agricole dépendant d’un manoir dont l’exploitation est confiée à un métayer, exempté d’impôt ou non ; souvent isolée, la métairie peut se détacher des autres fermes par des caractéristiques architecturales. On pourra par exemple parler de la métairie du manoir de Kermerzit.

  • La vente des biens nationaux et ses conséquences

Vers 1789, selon Léon Dubreuil (La Vente des biens nationaux dans le département des Côtes-du-Nord 1790-1830), les nobles détiennent 65 % des terres de l'évêché de Tréguier, les bourgeois (urbains ou ruraux) 15% et les paysans 20%. La vente des biens nationaux à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle a cependant permis la mise en place de la propriété rurale des citadins. Selon Michel Henry (La propriété des citadins dans le Trégor. In Norois. n°59, 1968. p. 387-400.), l'emprise rurale des citadins est moins forte dans le pays de Lannion que dans celui de Tréguier : petites et moyennes propriétés y dominent malgré la présence de grandes propriétés détenues par des nobles citadins. Les propriétaires demeurant à Paris ont plus de terres que ceux de Lannion, Tréguier et Perros-Guirec réunis. Il s'agit soit de "propriétés de villégiature" soit de "propriétés rurales fossiles".

La propriété rurale des citadins est une survivance du début du 19e siècle.

Plus de 60 % des exploitations agricoles ont cependant moins de 10 hectares en 1960.

Maisons et fermes

Sur les 81 fermes recensées sur le territoire de la commune de Trémel, 33 fermes (26%) sont antérieures au 19e siècle. Ces logis de ferme ont souvent été remaniés au fil du temps, voire en partie reconstruits au 19e siècle. Les 56 maisons et magasins de commerce recensés sont quasiment tous postérieurs au 19e siècle.

L'habitat ancien se trouve majoritairement localisé en écart (fermes) ou isolé (fermes et manoirs). Les logis anciens (antérieurs à la Révolution) montrent une forte adaptation du bâti à la morphologie du terrain et aux limites cadastrales. L'environnement immédiat des ensembles bâtis anciens a été relativement bien préservé.

  • Une reconstruction massive après la Guerre de la Ligue (1589-1598)

Plusieurs édifices sont construits ou reconstruits au cours du 17e siècle comme l'attestent plusieurs millésimes sculptés dans la pierre : l'ancien presbytère (au lieu-dit le Vieux Presbytère) est daté de 1625, la grange de Kerdudavel (1621), Kergarec (1634 : ?), le manoir de Kerdudavel (1643), le manoir de Coat Tromarc'h (1643 ; 1663), la ferme de Convenant Prat (1639, 1655 : ??) ou Kerdinan (1660 : ?).

Typologies observées

  • Les logis à avant-corps latéral dites "maisons à avancée"

Les maisons à avancée font partie de la catégorie des logis sans cohabitation avec le bétail : elles sont caractéristiques de la partie nord-ouest de la Bretagne. L'avant-corps latéral se situe le plus souvent sur l'élévation principale orientée vers le sud, côté cheminée : il s'agit d'avancées à pignon et étage. Le kuzh taol (Trégor) "cache table", avans taol ou apothis taol, "avancée de la table" (apoteiz, appentis dans le Haut-Léon) désigne l'espace intérieur destiné à accueillir la table et les bancs. Cette avancée permet un gain de place à proximité de la cheminée. Cette distribution particulière se développe à partir du 17e siècle jusqu'aux années 1820-1830 : on peut l'observer à Keranlay (1633), Kerdudavel (1643), Louc'h (logis à avancée centrale datable du 17e siècle) et Convenant Prat (logis en rez-de-chaussée datable des années 1660-1680) ; détruit à Lezvarzin mais photographié en 1970.

Ces constructions témoignent de l’aisance financière de leurs commanditaires : laboureurs, paysans propriétaires souvent "notables", marchands ou prêtres mais aussi d'une véritable mode. Dans les zones de production toilière, l’avancée peut être l'espace réservé au métier à tisser. Dans les foyers plus modestes, les maisons à avancée sont dépourvues d'étage. Les maisons à avancée les plus soignées portent souvent un millésime.

  • Les logis de type ternaire

A partir de la fin du 18e siècle (années 1780-1790) et surtout au 19e siècle (1810-1860), sous l’effet des modes urbaines, sont élevés de grands logis de ferme à élévation ordonnancée de type ternaire. Ils peuvent comporter des jours latéraux supplémentaires destinés à donner de la lumière et à ventiler l'arrière des lit-clos soumis à la condensation. Cette famille de logis se caractérise par l'emploi de linteau en arc segmentaire voire en plate-bande et dans certains cas d'un arc de décharge en pierre debout inséré au dessus des linteaux. Cet arc de décharge n'a aucune fonction structurelle. A la même période, on trouve aussi des logis de ferme en rez-de-chaussée.

Ces logis sont structurés autour d'une cour close par un mur et cernés par d'importantes dépendances agricoles : étables (souvent dans l'alignement du logis), écuries, granges, fournils, soues à cochon et remises, aujourd'hui souvent désaffectées. Certains logis disposent d'un appentis arrière servant de cellier ou de réserve. Des piliers marquent l'entrée de la cour. Il a été observé des traces de portes piétonnes anciennes associées à une porte charretière détruites au 19e siècle ou au 20e siècle pour laisser passer des charrois de plus en plus imposants puis les véhicules à moteur.

Le nombre important de fermes reconstruites entre 1780 et 1830 atteste d’un enrichissement précoce de la paysannerie, antérieur à la révolution agricole de la seconde moitié du 19e siècle qui accélère la normalisation de l'habitat. Souvent proches de leur état initial, ces logis ou ces dépendances nous amènent à nous interroger sur les nouveaux usages de ces bâtiments.

- logis à deux pièces en rez-de-chaussée et à trois travées : logis de Kervidonné (1902) ;

- logis à trois travées : logis de Kerouel (datable des années 1780-1810 ; il a été modifié au 19e siècle par l'élargissement de plusieurs ouvertures), La Villeneuve, alignement de deux logis à Kergavarec (l'un est daté 1833) ; logis de Kerviel (1874) ; Lezvarzin (2e moitié 19e siècle) ; Kerniet - Le Vieux Presbytère (années 1910-1930) ;

  • L'évolution du bâti au fil du temps

Les maisons rurales traditionnelles du Trégor présentent une typologie variée en fonction des dates de construction et de la localisation géographique. La très grande majorité des fermes (plus de 90 % des fermes recensées sur le terrain) ont été transformées en maisons d’habitation, entraînant une modification des espaces intérieurs : transformation des ouvertures (élargissement pour un apport supplémentaire de lumière) ou aménagement des combles en niveau habitable. Les dépendances agricoles comme les étables, souvent proches du logis, ont été transformées en espace habitable de plain-pied. Dans le bourg ou les hameaux, les magasins de commerces ou débits de boisson - à l'origine très nombreux, ont été transformés en maison. Nombreux sont ceux qui sont désaffectés.

Aires d'études Schéma de cohérence territoriale du Trégor
Dénominations maison, logis, ferme, demeure, dépendance
Adresse Commune : Trémel

Références documentaires

Bibliographie
  • Architecture rurale en Bretagne. 50 ans d'inventaire du patrimoine. Inventaire du patrimoine, Bretagne. Editions Lieux-dits. 2014