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Les maisons, hôtels particuliers et immeubles sélectionnés sur la commune de Quimperlé

Dossier IA29000474 réalisé en 2001

Fiche

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CONDITIONS DE L´ENQUÊTE

L´étude de terrain s´est déroulée entre 2001 et 2002. 121 édifices construits entre le 16e siècle et 1947, représentatifs des demeures et immeubles urbains de Quimperlé, ont été repérés et parmi eux, 39 ont fait l´objet d´un dossier individuel. Lorsque cela a été possible, les intérieurs et les parties communes (cours, jardins, dépendances) ont été visitées. Certains édifices susceptibles d´être sélectionnés pour étude mais dont l´accès s´avérait impossible, figurent dans la liste des repérés.

La consultation d´une documentation récente, partiellement publiée par des historiens locaux, s´est avérée précieuse et complémentaire. Pour la période allant de 1850 à 1950 qui correspond à un essor marqué de l´habitat urbain, le repérage exhaustif, face à la répétitivité et la densité des témoins, souvent dénaturés, a été remplacé par des échantillons représentatifs pour illustrer l´évolution et les caractéristiques d´un bâti largement standardisé. Pour la période de l´entre-deux-guerres, un mémoire de maîtrise récent apporte une approche inédite dont seuls quelques éléments de synthèse ont été repris ici.

Il est apparu qu´un grand nombre de constructions analysées avait subi des altérations importantes, affectant l´authenticité du bâti en général et la lisibilité des structures d´origine en particulier, même si l´emprise parcellaire, le volume et le gabarit avaient été conservés. Parmi un total de dix maisons protégées au titre des monuments historiques, neuf ont été retenues pour étude. La maison adossée à la façade occidentale de l´église Notre-Dame, également protégée mais profondément remaniée, n´a pas fait l´objet d´un dossier individuel.

La sélection pour étude concerne des édifices majeurs ou représentatifs, en privilégiant les témoins les plus homogènes ou les plus intéressants construits entre 1600 et 1800, tout en intégrant quelques réalisations plus tardives.

CARACTÈRES HISTORIQUES

Les maisons portant une date de construction, généralement gravée sur un linteau de porte ou une lucarne, sont rares, le milieu urbain étant généralement moins datant que le milieu rural. Les dates portées vont du début du 17e siècle jusqu´à 1930 : 1620, 1621, 1629, 1660, 1670, 1680, 1693, 1703, 1729, 1741, 1767, 1764, 1773, 1863, 1876, 1883, 1885, 1886, 1894, 1902, 1902, 1907, 1928, 1929, 1930.

Quatre périodes particulièrement représentées, correspondant aux étapes importantes de l´évolution économique de la ville, ont été observées. Entre 1500 et 1600, l´architecture domestique demeure fidèle aux structures héritées de l´époque médiévale. La période entre 1600 et 1790 correspond à l´apogée de l´hôtel urbain en basse ville et de l´immeuble lié à l´activité du port, corroborée par le renouveau des façades et des décors intérieurs. La période entre 1850 et 1914 est marquée par un nombre important de reconstructions in situ, sur l´emplacement d´édifices anciens d´une part, de constructions de maisons et d´immeubles autour de la gare d´autre part. Entre 1920 et 1939, la création de lotissements à la périphérie de la ville (Bel Air, Beaubois, secteurs Kergostiou et Ty Bordeaux) conduit, suite à la loi Loucheur de 1928, aux premières zones pavillonnaires projetées dans le cadre de la construction des habitations à bon marché ; ces réalisations en faveur de la politique d´accession à la propriété populaire s´appuient sur des plans types et des volumes qui s´inspirent de modèles standardisés diffusés au niveau national. A cette dernière période correspond également un nombre notable de disparitions, notamment de maisons en pan de bois, dans les quartiers anciens.

En 1636, Dubuisson-Aubenay signale que le port de Quimperlé est "orné de bonnes et belles maisons basties d´une pierre grise et à grain qui se tire du costau de la aulte ville, sur la rive droite de l´Isole". Un siècle et demi plus tard, le "plan d´embellissement" dressé en 1772 par l´ingénieur des Ponts et Chaussées Julien-Barthélemy David ne propose pas de bouleversements notables du tissu urbain ; les alignements préconisés, surtout dans l´actuelle rue Brémond d´Ars, ne seront que partiellement réalisés. Les terrains situés entre le coeur de la basse ville et le faubourg nord du Gorréquer, secteur traditionnellement réservé aux bouchers, deviennent, entre 1650 et 1780, un quartier résidentiel qui prend l´allure d´un lotissement aristocratique. Le "plan d´aménagement, d´extension et d´embellissement" mis en oeuvre par M. Troalen, ingénieur des travaux publics à partir de 1925, prévoit la destruction de plusieurs maisons en pan de bois qui, suite aux interventions des services de l´Etat, seront protégées au titre des monuments historiques entre 1928 et 1931.

Pour les périodes les plus reculées, et en l´état actuel des recherches, les noms des maîtres-maçons, architectes et entrepreneurs demeurent obscurs ; au 18e siècle encore, seuls quelques ingénieurs et architectes sortent de l´anonymat, tels Germain Guillois et Louis de Saint-Pierre, proches de l´entourage de Jacques Gabriel connu pour ses réalisations à la Compagnie des Indes de Lorient. Guillois signe en 1743 le projet de transformation d´un hôtel particulier (21, rue Brémond d´Ars). Dans la seconde moitié du 19e siècle, plusieurs architectes sont connus par les archives. Joseph Bigot, architecte départemental puis diocésain, et son fils Gustave, qui interviennent à plusieurs reprises (24, rue Brémond d´Ars, 16, rue Savary). Le sculpteur Jean Joncourt signe en 1907 la façade de sa propre maison (31, rue Savary). Pour l´époque de l´entre-deux-guerres, quelques architectes sortent de l´anonymat : Maurice Baduel, de Lorient, signe l´immeuble situé au 9, place Carnot. Pierre Le Meur, installé 7, rue Ellé à Quimperlé, associé à Olivier Mordrelle, architecte et militant régionaliste, est, en 1935, l´auteur de l´immeuble situé au 56, rue de la Gare. Installé comme architecte à Quimperlé, Intès intervient à quatre reprises pour la construction pavillonnaire dans le secteur nord de la ville. Il reste à déterminer si l´architecte Louis-Marie Dutartre, de Lorient, dont on connaît d´autres réalisations à Quimperlé, est à l´origine de certains projets d´immeubles (place Saint-Michel, rue de la Paix, rue Thiers). Construite juste après la guerre, en 1947, la maison située au 105, rue de Pont-Aven a été bâtie d´après les plans de l´architecte Jean Martel, de Lorient. Mais l´impact des architectes demeure, par rapport à celui des entrepreneurs, relativement marginal dans la construction individuelle. Parmi une quarantaine d´entreprises en bâtiment présentes durant cette période, celle de Louis Le Buhannic, installée au 7, rue Langor à Quimperlé, est la plus active ; elle réalise une quarantaine de chantiers. Les entreprises Génotal, Lamezet, Limantour et Provost apparaissent également à plusieurs reprises dans les demandes d´autorisation de construction.

Afin d´arrêter les dates principales d´une construction, le choix s´est appuyé sur les indices architecturaux - extérieurs et intérieurs - représentés d´une manière prépondérante ; ainsi, l´époque du 16e siècle a été retenue pour une maison qui a gardé l´essentiel de ses particularités, malgré certaines modifications plus tard. Mais trancher pour telle ou telle date principale demeure, dans bien des cas, difficile : peu d´édifices sont homogènes alors que la présence simultanée, et significative, de plusieurs époques est un facteur récurrent, surtout pour les édifices situés en basse ville. Il n´est pas rare, comme au 2, rue Brémond d´Ars, de déceler quatre périodes d´ampleur à peu près égale (structure et éléments monumentaux et décoratifs du 16e siècle, escalier et extension du 17e siècle, façade 2e moitié 18e siècle). Puisque la présence de plusieurs campagnes de construction au sein d´un même ensemble est la règle, l´évolution archéologique du bâti, dans bien des cas, n´est pas aisément lisible. Pour ces raisons, un tableau chronologique des constructions, ou une liste arrêtant leur nombre par période ou par siècle, ont été écartés.

CARACTÈRES ARCHITECTURAUX

La plupart des témoins recensés se situent dans trois secteurs urbains, la basse ville, la haute ville et la rue Savary (anciennement Grand´Rue), principal axe de liaison entre les deux. La densité est particulièrement forte en basse ville, notamment dans la rue Brémond d´Ars (anciennement rue du Château) où dix-huit maisons et hôtels particuliers ont fait l´objet d´un dossier individuel, soit la moitié des trente-neuf édifices sélectionnés. Dans les deux autres secteurs, la densité est nettement plus faible, notamment dans la rue Savary où le bâti ancien a été largement remplacé. C´est également le cas dans les anciens faubourgs, Lovignon à l´est, Bourgneuf au sud et Gorréquer au nord. Mais partout, les emprises au sol restent relativement stables, issues d´un parcellaire pérenne, et cela même en cas de reconstruction in situ. Dans beaucoup de cas, on observe la fusion de deux parcelles qui, correspondant à deux maisons anciennes, sont soit remaniées lors d´une fusion foncière (4-6, rue Brémond d´Ars), soit détruites pour faire place à un bâtiment plus important (31, rue Savary).

Rares sont les venelles très étroites issues de l´urbanisme médiéval, séparant les constructions ; l´aménagement d´espaces libres entre deux murs séparatifs sur la ligne de partage de deux parcelles ne servait qu´occasionnellement de passage mais empêchait la mitoyenneté des pignons et les risques d´incendie ; il était vraisemblablement assez récurrent à Quimperlé et s´observe encore entre le 13 et le 13 bis, rue Brémond d´Ars et existait vraisemblablement entre le 10 et le 12, rue Brémond d´Ars.

Pour la quasi-totalité des maisons en front de parcelle, les élévations principales donnent directement sur une rue ou une place, surtout pour les édifices les plus anciens. Cette disposition est à nuancer pour les constructions plus tardives ou les hôtels particuliers où la double orientation n´est pas rare, avec toutefois un traitement architectural plus affirmé pour l´élévation sur rue (7, rue Savary, 31, rue Brémond d´Ars), alors que l´arrière donne sur une petite cour cernée de communs et d´un jardin d´agrément aujourd´hui remaniés ou disparus. Un seul hôtel particulier de la basse ville s´élève en retrait par rapport à la rue (38, rue Brémond d´Ars). La présence de grands jardins est plus manifeste en basse ville, surtout dans la partie nord de la rue Brémond d´Ars, quartier marqué par la présence d´une douzaine d´hôtels particuliers qui profitent, de part et d´autre de l´axe de communication, des rivières de l´Isole et de l´Ellé. Le privilège de disposer d´un jardin urbain n´est pas absent dans les autres parties de la basse ville (sauf autour des îlots densément construits près de l´Isole et autour de la place Hervo), mais leurs dimensions sont plus modestes ; souvent, ils ont été supprimés au profit de bâtiments annexes. Quant aux terrains escarpés entre la basse et la haute ville, ils étaient peu propices à la création de jardins ; ce n´est que tardivement que deux hôtels particuliers s´y implantent rue Savary, profitant à la fois d´un espace vert et d´une vue sur la basse ville (hôtel de Kerhor, 16, rue Savary).

Dans les nouvelles zones résidentielles progressivement mises en place entre 1925 et 1940 (Beaubois, Ty Bordeaux, Bel Air), les caractéristiques de l´implantation du bâti sont bien différentes : le parcellaire y est large et aéré et les maisons, non mitoyennes, ont généralement une double orientation dont une s´ouvrant sur le jardin.

Composition d´ensemble

C´est l´analyse des formes parcellaires et des caractéristiques architecturales (plan, matériaux, mise en oeuvre, distribution et décor porté) qui permet, pour l´essentiel, une approche morphologique et historique des maisons, hôtels particuliers et immeubles en milieu urbain, même si les limites sont évidentes à cause des remaniements successifs.

Il convient de distinguer deux types d´emprise au sol. Pour les maisons construites sur des parcelles étroites issues de la première occupation du sol urbain, la faible largeur sur rue est compensée par une profondeur marquée ; c´est le cas pour une grande partie des maisons des trois secteurs caractérisés plus haut. Les parcelles larges se situent à la périphérie du noyau ancien, correspondent à un comblement tardif des vides ou témoignent d´une reconstruction après fusion de deux parcelles étroites. Dans les deux cas, l´accès se fait directement depuis la rue ou la place, alors que le rez-de-chaussée, généralement profondément modifié, servait, dans la plupart des cas, de boutique, à l´exception des hôtels particuliers, où ce niveau était destiné à l´habitation.

En raison des modifications ou destructions dont furent l´objet les bâtiments annexes, notamment les dépendances des hôtels particuliers, l´analyse architecturale se limite au logis ou au corps de bâtiment principal.

Matériaux et mise en oeuvre

Des matériaux et des mises en oeuvre variés confèrent à l´habitat urbain de Quimperlé son caractère propre. Trois matériaux se dégagent avec force : le bois (parfois caché par des enduits de revêtement) le granite et, dans une moindre mesure, la pierre calcaire, matériau importé par voie d´eau et utilisé, surtout aux 17e et 18e siècles, pour les corniches ou encore l´encadrement des fenêtres et lucarnes. Assez exceptionnelle dans l´aménagement intérieur, l´usage de la pierre de taille de tuffeau existe sur deux cheminées de la fin du 17e siècle (34, rue Brémond d´Ars). La brique utilisée pour l´encadrement des baies se généralise à partir de 1862 suite au développement du transport par chemin de fer. Ce matériau provenait sans doute en partie d´une des plus grandes briqueteries du Morbihan, l´entreprise Moulin, active entre 1893 et 1926 et installée non loin de Quimperlé, à Ploemeur (Morbihan).

Les carrières proches - on signale dès le 17e siècle l´emploi de roches extraites près de l´Isole (actuellement rue de Quimper) - ou l´emploi du granite de Pont-Aven pour l´époque moderne, autorisent des mises en oeuvre en pierre de taille de qualité. Le granite est également utilisé, sous forme de moellon et associé au schiste, pour les élévations secondaires ou les façades qui, aux 18e et 19e siècles, sont majoritairement couvertes d´un enduit. La proximité du massif forestier de Carnoët et un arrière-pays boisé fournissent le matériau nécessaire au second oeuvre (planchers, escaliers, charpentes). Pour la période de l´entre-deux-guerres, des matériaux nouveaux comme le ciment et l´aggloméré de mâchefer font leur apparition ; leur mise en oeuvre demeure cependant minoritaire à Quimperlé où le moellon de pierre reste prédominant. Certaines façades des années 1930 se distinguent par leurs frises et modénatures en plâtre ou ciment moulés (9, place Carnot, 1, rue Thiers).

Le pan de bois

Sur un total d´environ 50 maisons en pan de bois identifiables d´après des documents historiques ou iconographiques anciens, 15 plus ou moins remaniées sont actuellement en place et 9 ont été sélectionnées pour étude. Ces chiffres ne reflètent pas l´ampleur de ce type de construction qui, à son apogée autour de 1600, devait être beaucoup plus considérable. En effet, un nombre important de façades en pan de bois a disparu lors des reconstructions successives, notamment rue Brémond d´Ars, place Hervo, place Saint-Michel, rue Savary ou encore quai Brizeux. L´aspect de quelques-unes de ces maisons est connu par des gravures et photographies du 19e siècle, permettant de constater leur variété et leur qualité architecturales (voir dossier collectif MAISONS HOTELS PARTICULIERS ET IMMEUBLES REPERES). Ces documents montrent que l´élévation en pan de bois était soit entièrement couverte d´un essentage d'ardoise, soit cachée par un enduit. Il est probable que ces revêtements ne remontaient pas à l'origine de l´édifice mais correspondaient à une manière de faire plus tardive, elle-même liée aux contraintes de conservation, le bois étant exposé aux intempéries et à l´humidité. Excepté certaines maisons d´angle (2, rue Gauguin ou la maison détruite place Saint-Michel), seule la façade sur rue, et plus particulièrement sa partie supérieure, était construite en pan de bois ; flanquée de murs gouttereaux en pierre et en encorbellement, elle repose généralement sur un premier niveau en maçonnerie. En témoignent la maison au 15, place Saint-Michel ainsi que des documents anciens. Les encorbellements sur solives, souvent modifiés tardivement, sont nettement plus accentués dans les constructions des 15e et 16e siècles (9, rue Dom Morice), puis tendent à diminuer (8-12, rue Brémond d´Ars). Des décors sculptés représentant des personnages sont rarement conservés mais subsistent sur certains poteaux en façade (2, rue Gauguin, 4, 7 et 9 rue Dom Morice).

Elévations, structures et distributions

Les maisons en basse ville disposent souvent, mais pas systématiquement, d´un sous-sol à usage de cave de plus ou moins faible hauteur. Inondables, les rez-de-chaussée des constructions adossées au flanc de la colline (quai Brizeux), servaient de caves ou d´entrepôts alors que les niveaux supérieurs étaient réservés à l´habitation.

Les édifices recensés, toutes époques confondues, ont majoritairement un ou deux étages, surmontés de combles à usage de grenier, plus rarement habitables. Pour les élévations en pan de bois, on observe des percements irréguliers et le plus souvent modifiés, alors que l´ordonnancement et la présence de travées est manifeste, à partir du 17e siècle, dans les constructions en pierre, avec l´accent mis sur des lucarnes en granite, calcaire ou tuffeau.

Les structures des maisons urbaines de Quimperlé sont extrêmement variées. Tout en synthétisant et en privilégiant les caractéristiques des édifices les plus homogènes, on observe qu´elles découlent à la fois de l´époque de construction et de la forme parcellaire, éléments qui définissent deux types d'édifices, le premier correspondant à la parcelle étroite, le second à la parcelle large. Les parcelles étroites coïncident, pour l´essentiel, avec les constructions les plus anciennes, même si quelques parcelles larges portent des édifices du 16e siècle (7, rue Dom Morice, 2, rue Ellé).

Plusieurs édifices ont fait l´objet de relevés ou de croquis schématiques qui permettent de différencier, en fonction de l´emplacement de l´escalier, élément majeur de la distribution, un certain nombre de plans-type caractéristiques d´une période. La synthèse de ces relevés est présentée dans les illustrations de ce dossier.

En cas de parcelle étroite et profonde, on peut distinguer deux variantes : le plan allongé avec escalier en vis latéral enchâssé dans l´épaisseur du mur gouttereau (10 et 13, rue Brémond d´Ars, 15, place Saint-Michel), et un plan comparable, bien que plus développé, avec tour latérale hors oeuvre enfermant l´escalier en vis (2 et 12, rue Brémond d´Ars). Ce système distributif est récurrent pour les 15e et 16e siècles. L´espace intérieur se divise, en fonction d´une surface plus ou moins importante, en deux ou trois pièces par niveau. Au rez-de-chaussée, la partie sur rue était souvent réservée à un usage commercial.

En cas de parcelle large, les variantes sont plus nombreuses. Parmi les témoins les plus anciens (entre le 16e siècle et la première moitié du 17e siècle), le plan à deux pièces par niveau du 7, rue Dom Morice, avec une tour hors oeuvre située sur l´élévation postérieure, fait figure d´exception, à la fois par son ampleur et la présence de deux étages habitables ; la superposition de salles et de chambres associées à des garde-robes et des latrines est analogue aux distributions de certains manoirs ruraux de l´époque. Des réalisations comparables mais plus modestes existent, très remaniées, au 2, place Lovignon et 40, rue Brémond d´Ars, mais dans ce dernier cas, la tour d´escalier s´affiche en façade. Au 17e siècle, le placement de l´escalier dans une tour postérieure est assez fréquente et confère, dans certains cas, une réelle monumentalité à l´ensemble (9, 28, 34-36 rue Brémond d´Ars).

L´hôtel particulier situé au 39, rue Brémond d´Ars (vers 1650) présente un cas particulier. L´ensemble est composé de trois corps de bâtiments en U s´ouvrant sur une cour ; l´habitation est située de part et d´autre et au-dessus d´un corps de passage, distribution qui semble être influencée, bien qu´à une échelle modeste, par des distributions alors en vogue dans les hôtels urbains parisiens. Le passage sépare le bâtiment en deux parties distinctes dont les fonctions d´origine restent encore partiellement lisibles : la cuisine associée à une salle de réception à droite et une suite de salons à gauche. Un escalier en pierre à volées droites situé à gauche du passage dessert les caves et les appartements situés à l´étage.

Les hôtels particuliers du 18e siècle sont, suivant deux plans récurrents, généralement bâtis sur une parcelle large. Le premier présente un couloir central de distribution (système d´ailleurs largement repris au 19e siècle) qui donne accès aux pièces latérales, parfois en enfilade, ainsi qu´à l´escalier desservant les niveaux supérieurs (38, rue Brémond d´Ars). Le second, plus rare, repose sur une structure double en profondeur, avec accès latéral, alors qu´un couloir longitudinal dessert des pièces en enfilade et donne accès à une cage d´escalier dans oeuvre (31, rue Brémond d´Ars).

Parmi les rares hôtels particuliers du 19e siècle accessibles, celui situé au 16, rue Savary présente un plan massé avec couloir central desservant les pièces de réception au rez-de-chaussée alors que la cage d´escalier dans oeuvre est rejetée à l´arrière.

Le recensement dans les quartiers périphériques urbanisés dans les années 1920-1940 a révélé l´existence d´un grand nombre de pavillons à "fronton-pignon" ; conformes à certains modèles issus de catalogues proposés aux entrepreneurs, les premières réalisations de ce type recensées à Quimperlé remontent à 1912. Ces constructions se distinguent par la présence, en façade, d´un ou de plusieurs frontons en forme de pignon percés de fenêtres ou de lucarnes passantes et rythment en une ou plusieurs travées l´élévation principale (voir dossier MAISONS, HÔTELS PARTICULiERS ET IMMEUBLES REPÉRÉS).

Couvertures

Les maisons et hôtels particuliers sont, en majorité, couverts de toitures à longs pans, souvent le résultat de remaniements successifs. Dans le cas de pignons en pan de bois sur rue, la charpente, comme le montrent les documents anciens, était largement débordante. Plusieurs tours d´escaliers sont coiffées de toits en pavillon (9, 28, 34, rue Brémond d´Ars). Le toit à croupe s´impose à partir de la première moitié du 18e siècle pour les logis importants. En ce qui concerne les charpentes, les difficultés d´accès n´ont pas permis de recueillir des informations pertinentes. La charpente du 2, rue Brémond d´Ars, qui conserve sa structure d´origine à chevron portant ferme et aisseliers courbes, reste ainsi un cas intéressant mais isolé.

L´ardoise est le matériau de couverture prédominant. La tuile mécanique est utilisée, d´une manière plus ponctuelle, à partir de la fin du 19e siècle, surtout dans les nouveaux quartiers urbanisés. Elle existe cependant en basse ville (12, rue Ellé) où elle est associée aux briques qui encadrent les baies.

Les escaliers

Dans les constructions les plus anciennes, les petits escaliers en vis sont placés dans l´épaisseur du mur ; ils sont en bois dans les parties hautes, en pierre entre le sous-sol et le rez-de-chaussée, moyen qui augmente la stabilité de l´ensemble et protège contre les méfaits de l´humidité. Ce phénomène a été observé non seulement dans une partie des maisons alignées côté est de la rue Brémond d´Ars mais aussi au 7, rue Dom Morice. Des escaliers en vis entièrement conçus en pierre de taille, comme au 13, rue Brémond d´Ars, sont exceptionnels. Datant du 17e siècle, deux escaliers en maçonnerie à volées droites, dans oeuvre ou demi hors oeuvre, ont été recensés (2, rue du Gorréquer, 39, rue Brémond d´Ars). L´originalité du premier réside dans le fait qu´il est placé à cheval entre une cage intérieure et une tourelle demi hors oeuvre. Au 34, rue Brémond d´Ars, le haut pavillon (2e moitié 17e siècle) abrite, à côté de pièces à feu, un grand escalier en pierre à volées droites séparées par un mur d´échiffre. Certains édifices abritent, aménagés dans la partie supérieure de la tour d´escalier, des rangées de boulins, nids maçonnés destinés aux pigeons ; ils sont accessibles, ce qui est exceptionnel en milieu urbain, depuis l´intérieur (2, rue Brémond d´Ars). Au 2, place Lovignon, les boulins sont placés à l´extérieur. Parfois, comme au 28, rue Brémond d´Ars, la cage d´escalier est surmontée d´une pièce haute à feu, desservie par un petit escalier secondaire en vis dans oeuvre. Enfin, des espaces réservés aux latrines sont parfois installés à côté des cages d´escaliers (12, rue Brémond d´Ars, 7, rue Dom Morice, 2, rue Ellé).

Parmi les escaliers tournants à retours en bois datant des 17e et 18e siècles, plusieurs se distinguent par leur ampleur et la qualité de leurs rampes à balustres (2 et 27, rue Brémond d´Ars). Un seul exemple de rampe en fer forgé repoussé et ajouré, mise en place vers 1785, a été recensé (31, rue Brémond d´Ars), indiquant que l´emploi du chêne et du châtaignier est prédominant entre le 17e et le 19e siècle.

Aménagements intérieurs et décors

Certains édifices conservent des aménagements particuliers comme un évier mural (2, rue Ellé) ou un potager en pierre de taille, dispositif en maçonnerie à usage de chauffe-plats (29, rue Brémond d´Ars). L´aménagement de grandes niches jumelées associant un lave-mains et une armoire murale, sans doute en référence aux crédences destinées à présenter des objets de valeur, n´a été aperçue que dans une seule demeure du 16e siècle (13, rue Brémond d´Ars). Plusieurs cheminées monumentales datant du début du 16e siècle présentent un air de famille à cause de leurs caractéristiques stylistiques, notamment les corniches et les corbelets à décor floral ou encore la mouluration des piédroits (2, rue Ellé, 12 et 13, rue Brémond d´Ars, 7, rue Dom Morice).

Il ne reste que peu de traces de décors peints du 17e siècle. Pourtant, l´appel à des artistes ou artisans susceptibles d´introduire, dans le milieu local, des décors inspirés des recueils ornementaux est manifeste ; en témoignent les frises et chutes de fleurs courent le long des solives et des poutres, interrompues de cartouches aux paysages imaginaires présentés par des personnages féminins engainés (34, rue Brémond d´Ars).

Des boiseries en chêne ciré ou couvertes de peintures monochromes sont encore en place dans un certain nombre de demeures construites entre 1730 et 1790 ; s´y affiche, pour la première période, un décor raffiné et discret de style rocaille, exceptionnel à Quimperlé (39, rue Brémond d´Ars), à panneaux moulurés d´une grande sobriété pour la seconde (31, rue Brémond d´Ars). Dans cet hôtel construit peu de temps avant la Révolution, quelques cheminées en marbre, matériau rare à Quimperlé, portent un décor sculpté discret qui appartient au nouveau répertoire antiquisant.

Dans le cadre de réhabilitations, les murs d´un grand nombre de maisons urbaines ont été couverts de lambris qui masquent parfois des structures plus anciennes, notamment des cheminées. Ces lambris aux panneaux moulurés, associés aux placards, confèrent aux pièces un aspect confortable dont témoignent plusieurs aménagements de la deuxième moitié du 18e siècle (7, rue Savary, 27, rue Brémond d´Ars), période qui se distingue également par la mise en oeuvre de sols dallés en damier de schiste et de tuffeau.

Bien que fréquents dans les constructions ou reconstructions du 18e siècle, quelques balconnets en fer forgé ajourés ont été conservés rue Brémond d´Ars. L´esthétique de l´Art Nouveau n´est présente que sur un seul édifice (31, rue Savary) ; pour sa propre maison bâtie en 1907, le sculpteur et marbrier Jean Joncourt signe une façade élaborée. La travée centrale est soulignée par des colonnes à chapiteaux feuillagés qui servent de supports aux balcons en ferronnerie dont les lignes souples sont issues du monde végétal, thème également repris pour l´ornementation sculptée des baies.

C´est dans les années 1930 que les barres d´appui, marquées par le style Art Déco, sont massivement mises en place, soit lors d´une restauration, soit dans des édifices nouvellement construits (9, place Carnot, quartiers de Bel Air, de Beaubois et de Ty Bordeaux).

CONCLUSION

Quimperlé conserve, malgré un taux élevé de disparitions et de dénaturations, un ensemble de maisons, d´hôtels particuliers et d´immeubles de qualité. Peu de témoins, alors majoritairement en pan de bois, sont antérieurs aux années 1480-1500. Les édifices de ce type conservés, une quinzaine, datent pour l´essentiel de la première moitié du 16e siècle ; une cinquantaine d´autres a disparu mais est connue par sources, indices archéologiques ou documents figurés. Cette estimation, vraisemblablement trop modeste, est relativement élevée pour une ville de cette taille et peut se comparer aux données similaires observées à Josselin (Morbihan). Avec un ou deux étages habitables et des façades parfois pourvues d´un revêtement (enduit ou essentage d´ardoises) qui masque l´ossature en bois, les maisons de Quimperlé ne se distinguent pas des autres maisons urbaines de ce type conservées en Bretagne.

À partir du 17e siècle, mais surtout au siècle suivant, de nombreuses façades sur rue sont reconstruites, sans toucher aux autres parties de l´édifice. Le bois est alors délaissé au profit de la pierre, pierre de taille ou moellon enduit, alors que distributions anciennes, escaliers ou cheminées, demeurent intacts.

Vu l´exiguïté du tissu urbain, le nombre élevé d´hôtels particuliers en basse ville est remarquable ; ils portent, par la qualité du traitement architectural et des aménagements intérieurs, la marque de leurs commanditaires. Dans la seule rue Brémond d´Ars, axe principal de la basse ville, une vingtaine de maisons et d´hôtels particuliers résument les caractéristiques de la demeure urbaine de l´Ancien Régime en Bretagne. Lorient et Rennes exercent leur influence sur la création architecturale de Quimperlé où ingénieurs et architectes, appelés par un milieu local également intéressé par des modèles parisiens, proposent des façades sévères et régulièrement rythmées. L´introduction du style néogothique ou éclectique dans la seconde moitié du 19e siècle demeure marginale. Aussi rare est le recours à l´esthétique de l´Art Nouveau ; il ne s´affiche que sur un seul édifice mais traduit une réelle familiarité avec ce courant artistique, trouvant ici une traduction modérée mais exceptionnelle dans le Finistère.

La création de nouveaux quartiers résidentiels dans la première moitié du 20e siècle, fortement influencée par l´activité architecturale de Lorient, est corroborée par un recours généralisé aux entrepreneurs de maçonnerie qui proposent une architecture pavillonnaire basée sur des modèles standardisés ou sériels qui, modestes mais cohérentes, sont représentatives d´une partie de l´habitat urbain de la ville.

Aires d'études Quimperlé
Dénominations maison, hôtel, immeuble
Adresse Commune : Quimperlé
Période(s) Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
Décompte des œuvres bâti INSEE 5185
repérés 121
étudiés 39

Annexes

  • 20042903122NUC : Musée départemental breton, Quimper, Quimperlé 45.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Finistère, 3 P 292. Cadastre de 1824, section F.

  • A.C. Quimperlé. Dossiers urbanisme, 1925-1939.

  • A.C. Quimperlé. Plan d´aménagement et d´embellissement de la ville de Quimperlé, 1924-1925 par M. Troalen, ingénieur des travaux publics de l´Etat.

  • A.C. Quimperlé. Mémoire accompagnant le plan d´aménagement et d´embellissement de la ville de Quimperlé par M. Troalen, ingénieur des travaux publics de l´Etat, 1925.

Bibliographie
  • Prestige d´une cité bretonne. Quimperlé. Les rues du Château et du Gorréquer. Ouvrage collectif : Société d´histoire du pays de Kemperlé, Bannalec, 1990.

  • JEHAN, Bérengère. Urbanisme et habitat à Quimperlé pendant l'entre-deux-guerres. Mém. Maîtrise Patrimoine. Lorient, Université de Bretagne Sud : 2000 [inédit ; dactylographié].

  • INVENTAIRE GENERAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE. Région Bretagne. Quimperlé et son canton. Finistère. Collection Images du Patrimoine n° 217, Rennes, 2002.

    p. 13-15, 67-77