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Les maisons, fermes et hameaux sur la commune de Sizun

Dossier IA00005768 réalisé en 2006

Fiche

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Encadré par le service régional de l´Inventaire, un pré-inventaire du patrimoine rural de Sizun avait été réalisé en 1970 ; de cette enquête, accompagnée de nombreuses photographies, était cependant exclu le recensement du bâti postérieur à 1850.

Un inventaire systématique, avec retour dans chaque lieu-dit et prise en compte des édifices postérieurs à 1850, a été effectué en 2006 ; les données recueillies en 1970 ont, par la suite, été intégrées et complétées.

L´enquête de terrain de 2006 a été réalisée par un chercheur du service régional d´Inventaire et Georges Provost, maître de conférences d´histoire moderne à l´université de Rennes 2.

Ce dossier collectif vise deux objectifs : appréhender une « famille » d'édifices représentés en grand nombre et dégager les caractères communs ou spécifiques à cette famille. Reflétant une sélection raisonnée sous forme d´échantillonnage, certains éléments, jugés représentatifs et pas (ou peu) dénaturés, ont été traités en dossiers individuels.

Environ 180 édifices sur un total de 878 immeubles (chiffres INSEE 1999), soit environ 16 % du bâti, ont été repérés. Au sein de ce corpus, 56 oeuvres (édifices ou hameaux) ont fait l'objet d'un dossier individuel alors que 124, simplement repérés, ont été systématiquement illustrées, soit dans un dossier « hameau », soit à la suite de ces observations générales.

Au sein de certains hameaux, entités spatiales ou historiques cohérentes et significatives, plusieurs édifices ou ensembles d´édifices ont pu être retenus.

Les maisons situées au chef-lieu de commune et au village de Saint-Cadou, en raison de leur caractère tardif ou répétitif, n'ont pas été recensées d'une manière exhaustive ; les observations les concernant ont été intégrées dans les dossiers « Sizun, bourg » et « Saint-Cadou, hameau ».

La synthèse qui suit concerne uniquement l'habitat rural proprement dit, c'est-à-dire les maisons et fermes isolées ou situées en écart ainsi des hameaux entiers lorsque aucun élément ne méritait, à cause des remaniements successifs, un traitement spécifique.

MILIEU NATUREL ET HISTORIQUE

Peu de documents permettent de connaître l´espace rural avant la seconde moitié du 18e siècle. La topographie apparaît partiellement sur la carte de Cassini (vers 1770) et surtout sur les premiers relevés cadastraux de 1812 qui reflètent encore largement le parcellaire et le bâti des siècles précédents.

Le réseau des voies de communication et les structures des hameaux, tels qu´ils apparaissent en 1812, perdurent au-delà des modifications intervenues depuis la seconde moitié du 19e siècle.

Dans ce secteur caractérisé par un relief naturel dominé par les flancs nord du massif des monts d´Arrée et la vallée de l´Elorn, l´habitat est dispersé en hameaux de dimensions variables. Certains, surtout ceux situés au sud de la commune, sur les contreforts des « montagnes » (Hengoat, Moguérou, Lohennec, Quélennec), mais aussi d´autres occupant les terres plus fertiles au nord de la vallée de l´Elorn (le Drennec, le Guennec), ont peu évolué depuis le début du 19e siècle. Même si un grand nombre de constructions a été remplacé in situ, la densité d´éléments repérés y est particulièrement élevée. A l´époque de l´activité agricole la plus importante, la seconde moitié du 19e siècle (mais vraisemblablement avant), quatre ou cinq exploitations agricoles étaient ainsi regroupées. Ce nombre est en constante diminution depuis les années 1960.

Dans ses " Recherches statistiques sur le département du Finistère " publiées en 1837, Armand Duchâtellier note, pour le canton de Sizun, que les « édifications nouvelles y sont rares bien que leur distribution actuelle appelle hautement à la réforme la plus positive ».

En 1843, d´après Ogée, sur un total de 5814 hectares, 2102 sont des terres labourables, 520 des prés et des pâturages, 197 des bois, 40 des vergers et des jardins ; 2635 hectares, soit presque la moitié du territoire communal, sont couverts de landes qui, en grande partie exploitées, faisaient alors intégralement partie de l´économie rurale. En 1837, Armand Duchâtellier avait noté « le semis de genêts pour le chauffage et la couverture des maisons d´exploitation ».

La carte de localisation montre une densité d´édifices repérés ou sélectionnés élevée et régulièrement répartie ; peu de lieux-dits ne conservent pas un ou plusieurs éléments bâtis distinctifs. Les densités sont naturellement plus faibles à proximité des zones boisées (au nord de Kergréac´h et Grinec, autour du Bois de la Caisse d´Epargne), dans les fonds de vallées et les secteurs humides (vallées du Stain, de l´Elorn et du Kan An Od), ainsi que sur les flancs nord des monts d´Arrée où toute la partie sud-est de la commune est dépourvue d´habitat, le hameau de Roudouderc´h excepté.

Des résultats observés, et plus particulièrement des chronogrammes relevés sur le bâti, se dégagent plusieurs tendances situant le corpus des maisons rurales dans une chronologie allant du début du 17e siècle aux années 1930.

On constate l´absence de témoins antérieurs au 17e siècle. Une trentaine de maisons, fermes ou parties de hameaux, soit environ 17 % du total pris en compte, datent du 17e siècle ; ce nombre relativement important s'explique, en partie, par une conjoncture économique favorable liée au traitement du lin et au commerce des toiles, corroborés, dès, la fin du 17e siècle, par l´élevage et le commerce des chevaux.

Les faibles récurrences observées pour le 18e siècle correspondent à un déclin de l´économie rurale bretonne en général et un recul des activités locales traditionnelles en particulier.

Le 19e siècle - il se prolonge jusqu´en 1918 - est caractérisé, comme ailleurs en Bretagne, par le renouveau, tout modéré toutefois, des constructions rurales. Deux cas de figures dominent : la destruction de l´habitat ancien remplacé, in situ, par un nouveau logis ou la conservation des logis anciens alors déclassés en parties agricoles.

215 immeubles seraient, suivant les données de l´INSEE, antérieurs à 1915.

Les constructions ou reconstructions de logis ruraux entre 1920 et la Seconde Guerre mondiale sont exceptionnelles mais existent, entre autres, à Kerbilo et Kergréac´h.

Une partie du bâti ancien a connu, suite à la déprise agricole à partir des années 1960, un délaissement progressif qui a pourtant été suivi de réhabilitations ponctuelles. La comparaison entre les résultats des deux enquêtes, 1970 et 2006, montre des pertes importantes du patrimoine vernaculaire : parmi les 58 édifices de qualité recensés en 1970 et remontant, pour l´essentiel, au 17e siècle, 12 ont disparu et 13 sont dénaturés ou parvenus en état de vestiges. Le taux d´érosion s´élève ainsi à environ 26 %.

LES COMMANDITAIRES

Des travaux historiques et des inscriptions figurant sur les bâtiments, un certain nombre de noms de bâtisseurs est connu ; les familles commanditaires, souvent apparentées entre elles, appartenaient aux classes rurales dirigeantes, marchands de toiles ou exploitants de domaines ruraux désignés localement et suivant une tradition orale par le terme « juloded » : Baron (Falzou Baron, Roc´h Cléguer), Boucher (Kervénan), Cabioch (Tromelin), Caroff (Penhoat), Crenn (Penhoat) ; Dantec (Kerroc´h), Fichou (Falzou Baron), Faou (Danouédel, Kerlodézan), Guénan (Roudouderc´h), Guéguen (Lohennec), Le Bras (Kermadec, Kerroc´h), Léon (Tromelin), Martin (Kermadec), Olier ? (Labou), Pouliquen (Danouédel, Kervénan), Sanquer (le Guennec). Ils représentent la majorité des maîtres de l´ouvrage, au moins jusqu´au milieu du 19e siècle.

L´unique marque de marchand associée à la date probable de la construction de la maison, 1681, a été relevée à Ty Toull.

Au moins quatre demeures ont été construites pour des prêtres dont le nombre résidant à Sizun s´élève à treize en 1661 ; c´est le cas, avec certitude, à Kerouès (1675, détruit) et à Saint-Maudez (1663) où un décor gravé figurant un calice ainsi que des inscriptions confirment l´attributionFalzou Baron (1653) et Saint-Cadou-Kergudon (1644) faisaient sans doute également partie de cette catégorie. Une pierre de remploi figurant un ciboire a été localisée au Launay. L´absence de parties agricoles mise à part, la structure et les distributions de ces édifices ne diffèrent guère des autres logis ruraux de l´époque.

COMPOSITION D´ENSEMBLE

L'implantation isolée est rare et semble relativement tardive, de toute vraisemblance postérieure à 1800. La majorité des édifices se situe au sein de villages à l'origine composés de plusieurs exploitations agricoles disposant chacune d'espaces ouverts, voire communiquant ainsi que de dépendances. Trois, six, voire plus de fermes, avec leurs logis exposés indifféremment au sud, à l´ouest ou même au nord, forment des unités disposées soit en parallèle, soit d'une manière irrégulière (Gouézou Vras, Hengoat, le Guennec, Gouézou Vihan, Kerféos, Quélennec). Cette organisation spatiale de l'habitat ancien aggloméré est présente sur la totalité du territoire communal.

En ce qui concerne les parties agricoles telles que les étables, les écuries ou les rares granges, leurs transformations récentes occultent souvent les fonctions et les dispositions d'origine. En règle générale, les communs sont dissociés du logis et se situent autour d'une cour (le Drennec, Kermadec, Kervénan). La présence de trous d'attache pour le bétail, s´observe aussi bien sur la façade principale du logis qu´à l´extérieur ou à l´intérieur les anciennes étables ou écuries : de petites niches réservées dans la maçonnerie servaient, à l´aide d'une ardoise centrale évidée, à passer une corde pour attacher le bétail.

D´une manière générale, la faible récurrence d´étables et de granges (exemples conservés à Kermarquer, Kerjézéquel, Lestrémélar et Saint-Maudez) ainsi que l´absence de cohabitation des hommes et des animaux sous le même toit sont dues au fait que ce secteur n´était pas, à cause des caractéristiques du sol, orienté vers l´élevage mais l´industrie rurale de la toile. Des traces architecturales de cette activité, les buanderies, petits édifices équipés pour le traitement et le blanchiment du lin, subsistent encore sur le territoire communal mais ont été traitées à part (voir dossier « fontaines, lavoirs et buanderies »).

Le taux de disparition des puits est particulièrement élevé. Neuf spécimens (repérage non exhaustif), construits en moellon de schiste et sans décor, souvent mutilés ou en mauvais état, ont été repérés (Gouézou Vras, Kerlodézan Izella, Quistillic, Roc´h Cléguer, Lestrémélar) ; les exemplaires les plus complets sont conservés à Coz Castel, Gouézou Vihan et Ty Toull. De structure semi-circulaire ou carrée, ils étaient couverts d´une voûte ou d´une grande dalle d´ardoise posée sur les montants. Les puits de Kermadec et de Quistillic sont les seuls à porter des dates (respectivement 1808 et 1832) ; à Coz Castel, un château d'eau permettait une distribution en eau courante dès les années 1930.

Jadis éléments constitutifs de chaque hameau, peu de fours à pain sont encore actuellement conservés et identifiables ; des vestiges ont pu être localisés, entre autres, au Launay, à Lestrémélar et Elléouet.

Comme dans d´autres secteurs de la Bretagne rurale, l'existence de cadrans solaires, souvent fixés sur une souche de cheminée, a dû être fréquente ; aujourd'hui, deux ont été localisés à Kermarquer et à Tromelin (cadran daté 1811).

MATERIAUX ET MISE EN OEUVRE

Pour le gros oeuvre et les toitures, l´emploi de deux roches, le granite et le schiste (localement appelé « pierre bleue »), est majoritaire.

La récurrence des matériaux utilisés montre que les constructions rurales de la partie sud de la commune, entre l´Elorn et les monts d´Arrée, sont majoritairement bâties en moellon de schiste. Cette zone s´étend également vers la partie ouest, en incluant la frange occidentale de la commune, entre Bodivy au sud à Kermadec au nord. Les encadrements des baies sont soit en granite - surtout pour les bâtiments les plus soignés (Quélennec, Saint-Cadou, Kerjézéquel) -, soit en bois pour le bâti plus modeste (Roudouderc´h, Hengoat, Gollen). Le recours au bois pour les linteaux s'observe surtout dans les zones de montagne où le schiste, présent en tant que moellon dans le gros oeuvre, ne permettait pas cet usage (Roudouderc´h) mais aussi ailleurs (Cosquer Vras, Kerlodézan Izella). Le recours au bois n´est pourtant pas nécessairement réservé aux maisons les plus modestes, mais existe dans certaines constructions de qualité dès le 17e siècle (Falzou Baron, Goas Ven).

Une mise en oeuvre particulière et unique a été observée à Kerroc´h (1846) : au schiste foncé et parfaitement réglé de la façade est associée la kersantite, aussi sombre, réservée à l´encadrement des portes et des fenêtres ainsi qu´aux bandeaux horizontaux scandant les niveaux et la corniche.

Le schiste qui se débite en lames plus ou moins épaisses qui peuvent atteindre des dimensions importantes, a connu des usages très diversifiés : comme matériau de couverture en premier lieu, mais également pour servir de linteaux de cheminée (Quélennec, Moguérou), de revêtement de sol (logis du moulin du Bois, buanderie de Kervénan), de cloison dans des étables ou écuries (Moguérou, Penhoat), d´auvent protégeant la porte d´entrée (Kerféos, Bodivy, Quélennec, Labou), de supports (dits repamoirs) posés sur les bassins de rouissage.

Les constructions rurales situées dans la partie nord-est, soit environ un tiers du territoire communal, sont majoritairement en moellons de granite, parfois mélangés au schiste, la pierre de taille étant réservée à l´encadrement des baies. Les roches proviennent en grande partie des carrières de Hengoat en Sizun et de Commana. En 1663 déjà, le granite utilisé pour le choeur de l´église provenait de carrières situées à Hengoat et au Drennec, secteurs proches de l´illustre massif granitique de Commana. Le granite du Huelgoat a été utilisé d´une manière plus marginale et surtout plus tardivement, notamment dans certaines maisons du bourg ou logis ruraux de type ternaire (Kerbilo, 1926).

La tendance à enduire les façades n'apparaît que dans la seconde moitié du 19e siècle et concerne la partie la plus tardive et standardisée du corpus (logis de type ternaire, c´est-à-dire à trois travées).

La kersantite, pierre gris sombre ou gris clair à grain très fin, tire son nom de l'un des sites d'extraction, le lieu-dit de Kersanton en Loperhet, au fond de la rade de Brest. A Sizun, le recours à ce matériau est rare, mais lorsque cela est le cas, il s´agit toujours de maisons de notables assez tardives, comme à Kerroc´h (1846), Kerambellec, Vergraon (1865), Gouézou Vihan (1845) où l´encadrement des baies est en kersantite. Dans le bâti rural réalisé entre 1600 et 1850, aucun cas de l´emploi de la kersantite n´a été observé.

STRUCTURE ET ELEVATIONS

Dans ce secteur sans cohabitation avec le bétail, les logis ruraux répertoriés peuvent être classés en deux catégories : la maison à avancée et la maison de type ternaire .

Avec plusieurs variantes, la « maison à avancée » est caractéristique de l'architecture vernaculaire de Sizun, bien qu´elle ne soit pas réservée à ce seul territoire étudié ; elle est présente dans une grande partie des campagnes du Léon et de la Cornouaille et a fait l'objet de plusieurs études.

La maison à avancée est un logis de plan rectangulaire avec un avant-corps de faible largeur ; la partie portée en avant de l'alignement, généralement sur la façade principale, se nomme avancée ou avant-corps. Dans le secteur étudié, le terme de « apoteiz » désigne cette particularité architecturale, terme qui serait, en fait, une adaptation locale du mot français « appentis ».

Ces logis ont certaines caractéristiques en commun : les fenêtres de l'avant-corps sont toujours placées vers le pignon abritant le foyer en raison de l'aménagement intérieur (place réservée à la table, aux bancs, aux armoires et lits-clos).

Dans cette catégorie, on peut distinguer deux types, la maison en rez-de-chaussée (ou, rarement, à comble à surcroît), et la maison à étage. Ces deux types se déclinent, à leur tour, en deux et trois variantes qui confèrent aux édifices des morphologies très diversifiées, encore accentuées par deux formes de toitures différentes (toit rampant, toit à bâtière).

Le recensement révèle l'existence d´environ 121 maisons à avancée, soit 67 % de la totalité des maisons rurales repérées. Selon l´analyse stylistique et les chronogrammes extrêmes relevés, elles ont été bâties entre le début du 17e siècle (1600 ou 1609, bourg, impasse de Keranroux) et 1860 (Saint-Maudez).

Les avancées sont majoritairement placées sur l´élévation principale ; seulement 13 se situent sur l´élévation postérieure. Il s´agit soit de modifications plus tardives (rajout d´une avancée sur un bâti plus ancien comme, par exemple, au Guennec), soit de constructions annonçant la fin du type (Gouézou Vihan en 1846, Danouédel en 1850, Saint-Maudez en 1860).

Maisons à avancée en rez-de-chaussée  : 13 édifices. Une avancée : 12. Deux avancées : 1. Toit en bâtière : 3. Toit rampant : 10.

Ce type est marginal et tend à disparaître dès 1850. Il correspond à un habitat modeste dont peu de témoins semblent être antérieurs à 1800. Plusieurs constructions datées subsistent, notamment Hengoat (1812) et à Roudouderc´h (1816), où l´unique variante à deux avancées est conservée.

Maison à avancée à étage  : 108 édifices. Une avancée : 67. Deux avancées : 12. Escalier extérieur couvert : 30. Toit en bâtière : 36. Toit rampant : 34.

Ce type est largement majoritaire puisqu´il représente 83 % des maisons à avancées localisées. Parmi les multiples variantes et associations de variantes, trois sont particulièrement nombreuses et significatives : la variante à avancée sans escalier extérieur couvert, la variante à un ou deux escaliers couverts et la variante à deux avancées (escalier d´un côté, habitat de l´autre).

La variante à une avancée (sans escalier extérieur couvert) a été observée pour une période allant de la première moitié du 17e siècle au milieu du 19e siècle : Saint-Cadou (1644), Kergleuziou (1674), le Guennec (1737). Quant à la forme du toit de l´avancée (en bâtière ou rampant), une chronologie fine n´est pas aisée à établir ; le toit rampant semble néanmoins peu présent avant le début du 19e siècle, aucun témoin daté n´étant antérieur à cette période.

La variante à un ou deux escaliers couverts représente plus que 30 % du type. Il peut indiquer des logis jumelés ou doubles, - environ 12 ont pu être localisés - parmi lesquelles Penhoat, Goas Ven (1681, 1762) et Kerjézéquel (1674, détruit) sont les plus représentatifs. La conception de logis doubles ou jumelés serait la conséquence de structures familiales regroupant, sous le même toit, les habitations de deux générations ou de familles apparentées et de leurs outils de travail (métiers à tisser à l´étage) ; c´était, avec certitude, le cas à Goas Ven et probablement ailleurs.

Enfin, la variante à deux avancées associant l´escalier couvert d´un côté et l´habitat de l´autre est moins répandue ; elle pose, comme la totalité du corpus, le problème de l´évolution du bâti au cours du temps ; en effet, certains édifices ne sont pas homogènes et intègrent des modifications successives pas toujours aisées à déceler. Les témoins les plus significatifs subsistent à Penhoat (1669), à Saint-Cadou (ferme au sud du hameau), Kerambloc´h (1649, 1665).

La présence d´un ou de plusieurs escaliers extérieurs couverts donnant accès aux combles non habitables (absence de cheminées) serait, selon des travaux des historiens, liée à des fonctions précises elles-mêmes en rapport avec la manufacture de toiles : d´un accès aisé, les greniers pouvaient abriter, comme le confirment des inventaires après décès, des métiers à tisser et des armoires dites « presses à lin », alors que le rez-de-chaussée était entièrement réservé à l´habitation. La forte récurrence de cette variante de la maison à avancée durant les 17e et 18e siècles pourrait plaider en faveur de cet usage d´origine qui, avec le temps et le déclin de cette activité, tend à disparaître alors que les dispositions architecturales demeurent en place.

La maison à étage de type ternaire

Une soixantaine de logis ruraux, soit environ 30 % du total situé en secteur rural présentent des façades ordonnancées, majoritairement à trois travées. Ils remontent, pour l´essentiel, à la période allant de 1840 à 1900. La normalisation de l´habitat intervient lors du renouveau amorcé depuis le milieu du 19e siècle, avec le recours au modèle en vogue dans les bourgs et en ville. Le type perdure au-delà de la guerre 1914-1918 (Kerbilo, 1926, Coat Huel 1937). Des édifices représentatifs ont été repérés à Kervénan (1843, vestiges) ou encore Kerroc´h (1846).

COUVERTURES

La quasi-totalité des maisons rurales de la commune est coiffée d'un toit à longs pans, à l'exception des maisons à avancée à étage et à toit en bâtière ; dans ce cas, les deux versants de l'avancée sont liés à la charpente principale par une noue.

Durant plusieurs siècles et jusqu´à une période récente, les schistes ardoisiers ont été localement exploités, notamment au sud de Saint-Cadou, livrant la fameuse ardoise (ou « pierre bleue ») qui a fait la renommée de Sizun. L´emploi le plus visible demeure, aujourd´hui, celui des couvertures, même s´il a tendance à diminuer. Ces belles toitures se distinguent par une mise en oeuvre particulière de ces épaisses ardoises qui, à cause de leurs poids, sont posées à pureau décroissant : la dimension des ardoises diminue entre la partie inférieure du versant du toit et le faîtage, les pièces les plus grandes étant réservées à la partie basse. Certaines toitures conservent leurs lignolets, faîtages composés d´ardoises ajourées à décor ornemental qui portent parfois des chronogrammes de la seconde moitié du 19e siècle. Portant la date de 1796, le lignolet d´un logis du hameau du Guennec semble être le plus ancien conservé dans la commune.

L´emploi de la tuile mécanique en couverture est marginal et tardif (1er quart 20e siècle) mais existe, sur les communs, en remplacement de l´ardoise, à Saint-Maudez, Quélennec, Kerrouès ou encore Cosquer Bihan.

DISTRIBUTION INTERIEURE

Parfois un auvent en charpente couvert d'une dalle d´ardoise protège la porte d'entrée ; il est difficile de savoir s'il s'agit d'une disposition ancienne ou d'un ajout plus tardif (Labou, Quélennec, Kerféos, Bodivy).

Les relevés et schémas de certaines maisons à avancée (Coadic, Goas Ven, Kerouès) font apparaître les constantes et les particularités.

Au rez-de-chaussée, deux tiers de la surface étaient réservés à l'habitation (salle), l'avancée abritant toujours table et bancs ; l'autre tiers servit en général de cellier ou de resserre, avec, parfois l´aménagement d´armoires murales dans l´épaisseur du mur (Danouédel).

Les relevés montrent quelques constantes de l'aménagement intérieur. Les niches assez hautes et larges, situées entre la cheminée et la fenêtre de l'avancée, servaient à poser un banc semi-encastré (Goas Ven, Lestrémélar, Cosquer Vras).

Les sols étaient traditionnellement couverts de très grandes dalles de schiste (environ 1 m de long et 60 cm de large) ; elles ont été supprimées lors de transformations récentes.

Les linteaux de cheminées sont, à quelques exception près, en bois (Kerinizan, le Drennec, Kerféos) ; un seul linteau en schiste a été repéré à Quélennec (1836).

CONCLUSION

Les maisons rurales de la commune de Sizun ont, pour la plupart, connu des remaniements importants suite à l´évolution des manières de vivre. Toutefois, la forte récurrence de maisons à avancées définit entre 1600 et 1800, un corpus architectural intéressant et varié, témoin non seulement d´une économie rurale spécifique (blanchiment des fils, tissage) mais aussi d´une « mode » architecturale, tous deux contemporains de l´érection de l´enclos paroissial de Sizun initié par le même groupe social durant plusieurs générations. A partir du milieu du 19e siècle, la transformation du bâti existant et la reconstruction de nouveaux logis d´allure urbaine n´éclipsent pourtant pas entièrement la maintenance du bâti ancien de qualité. L´essai de construire des bâtiments ruraux « rationnels » (logements pour les métayers, communs aérés, adduction d´eau), observé à Cos Castel, est resté modeste et sans impact.

Falzou Baron, Goas Ven, le Guennec, Kerambloc´h, Kergleuziou, Kerjézéquel, Kermadec, Kerouès, Penhoat, Quélennec, Saint-Maudez et Vergraon comptent parmi les édifices insignes du bâti vernaculaire de la commune.

Aires d'étudesParc Naturel Régional d'Armorique
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Sizun

Chronogrammes relevés : 1633 ; 1640 ; 1648 ; 1652 ; 1653 (2 fois) ; 1654 ; 1656 ; 1663 (2 fois) ; 1665 ; 1668 (2 fois) ; 1669 ; 1673 ; 1674 ; 2 fois) ; 1675 ; 1676 ; 1677 (2 fois) ; 1681 (2 fois) ; 1695 ; 1697 ; 1698 ; 1699 ; 1700 ; 1713 ; 1717 ; 1722 ; 1737 ; 1760 ; 1762 ; 1772 ; 1774 ; 1779 ; 1784 ; 1792 ; 1801 ; 1806 ; 1808 ; 1811 (2 fois) ; 1812 ; 1816 (2 fois) ; 1829 ; 1831 ; 1832 ; 1833 ; 1836 ; 1837 ; 1838 (2 fois) ; 1840 ; 1842 ; 1843 ; 1845 (2 fois) ; 1846 ; 1848 ; 1850 ; 1851 ; 1856 (2 fois) ; 1859 (3 fois) ; 1861 ; 1863 ; 1864 ; 1865 (2 fois) ; 1866 (2 fois) ; 1867 (2 fois) ; 1869 (2 fois) ; 1872 ; 1873 ; 1874 ; 1876 ; 1879 ; 1881 ; 1884 (2 fois) ; 1885 (2 fois) ; 1886 ; 1888 ; 1891 (2 fois) ; 1892 ; 1896 ; 1898 ; 1903 ; 1907 ; 1910 ; 1911 ; 1912 (2 fois) ; 1914 ; 1915 ; 1918 ; 1920 ; 1921 ; 1926 ; 1929 (3 fois) ; 1937, soit : 1ère moitié 17e siècle : 3. 2e moitié 17e siècle : 25. 1ère moitié 18e siècle : 4. 2e moitié 18e siècle : 7. 1ère moitié 19e siècle : 24. 2e moitié 19e siècle : 34. 1900-1937 (repérage non exhaustif) : 16.

Période(s)Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
Typologiesmaison à avancée (en rez-de-chaussée, à étage, à toit en bâtière, à toit rampant). Maison à deux avancées. Maison à avancée et escalier couvert.Type ternaire. Lignolet sculpté
Toitsardoise, tuile mécanique
Mursschiste
granite
moellon
pierre de taille
Décompte des œuvres bâti INSEE 878
repérés 183
étudiés 56

Références documentaires

Bibliographie
  • DUCHATELLIER, Armand. Recherches statistiques sur le département du Finistère. Nantes, 1835-1837.

    vol. III, p. 11
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  • OLIER, Ernest, OLIER, Yvonne. La maison de tisserand à porche extérieur surélevé dans le Haut-Léon au XVIIe siècle. Dans : Bulletin de la société archéologique du Finistère, 1981, Quimper, p. 289-309.

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