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Les maisons, fermes et hameaux de la commune de Scrignac

Dossier IA29003597 réalisé en 2008

Fiche

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CONDITIONS DE L´ENQUÊTE.

L´enquête de terrain a été réalisée entre août et octobre 2008. Contrairement à certaines communes du P.N.R.A.inventoriées, on ne dispose pas, pour Scrignac, d´une enquête des années 1970 qui aurait permis d´entrevoir l´évolution du bâti au cours des quarante dernières années.

Ce dossier collectif vise deux objectifs : appréhender une « famille » d'édifices représentés en grand nombre et dégager les caractères communs ou spécifiques à cette famille. Reflétant une sélection raisonnée sous forme d´échantillonnage, certains éléments, jugés représentatifs et pas ou peu dénaturés, ont été traités en dossiers individuels.

Environ 142 édifices ont été répertoriés. Au sein de ce corpus, 23 oeuvres (édifices individuels ou hameaux entiers) ont fait l'objet d'un dossier individuel alors que 68, simplement repérées, ont été systématiquement illustrées, soit dans un dossier ‘hameau´, soit à la suite de ces observations générales.

Au sein de certains hameaux, entités spatiales ou historiques cohérentes et significatives, plusieurs édifices ou ensembles d´édifices ont pu être retenus.

Les maisons situées au chef-lieu de commune, en raison de leurs spécificités ou leur caractère tardif ou répétitif, n'ont pas été traitées ici ; les observations les concernant ont été intégrées dans le dossier « bourg ».

La synthèse qui suit concerne uniquement l'habitat rural proprement dit, c'est-à-dire les maisons et fermes isolées ou situées en écart ainsi que des hameaux entiers lorsque aucun élément ne méritait, à cause des remaniements successifs, un traitement spécifique.

CONTEXTE HISTORIQUE ET ÉCONOMIQUE.

La topographie du territoire de Scrignac apparaît d´une manière schématique sur la carte de Cassini (vers 1770). Les archives confirment l´existence de talus plantés de chênes et de hêtres dès le milieu du 16e siècle. La micro toponymie désigne une culture, modeste toutefois, de lin et de chanvre à l´époque des premiers relevés cadastraux (1836), qui, d´autre part, reflètent encore largement le tracé des chemins, le parcellaire et le bâti hérités d´un passé plus lointain. L´ancien réseau des voies de communication et les structures des hameaux, tels qu´ils existaient alors, sont, pour l´essentiel, toujours en place, même si certains tracés de chemins ont été abandonnés ou modifiés entre le milieu du 19e siècle et l´époque contemporaine.

En 1843, Ogée note que sur un total de 7094 hectares, 2583 sont des terres labourables, 667 des prés et des pâturages, 328 des bois, alors que 3272 hectares, soit 46 % du territoire communal, sont couverts de landes qui, en grande partie exploitées ou utilisées pour l´élevage (fourrages, litières), faisaient alors intégralement partie de l´économie rurale. A partir de 1850, la mise en cultures d´anciennes terres vagues (Ogée mentionne le secteur nord de la commune, autour de Vergam) se met progressivement en place, entraînant aussi le renouveau généralisé des constructions rurales. En 1866, Scrignac compte 361 exploitations agricoles alors que huit familles vivent du tissage. Un ‘routoir´ (bassin à rouir le chanvre) existe encore en 1911 à Kergréac´h. Le déclassement d´anciens logis en dépendances agricoles est perceptibles, tout comme la modernisation des bâtiments, particulièrement récurrente et même générale entre 1850 et 1900, suivi, depuis le recul de la petite exploitation agricole depuis les années 1960, de réhabilitations ponctuelles, mais aussi d´un nombre élevé d´abandons entraînant la ruine des bâtiments et hameaux entiers.

On constate l'absence d´habitat isolé, sauf en cas d´implantations postérieures à 1850. Les hameaux anciens sont en constante évolution sans dépasser sensiblement, à quelques exceptions près, le nombre des constructions en place au début du 19e siècle.

En 1911, avec 3832 habitants, la population de Scrignac atteint son plus haut niveau qui va de pair avec une standardisation de l´habitat où la catégorie sans cohabitation avec le bétail et plus particulièrement le logis à étage et trois travées devient prépondérant.

La carte de localisation des édifices recensés montre des implantations régulièrement réparties sur le territoire communal, à l´exception des parties nord et nord-ouest qui correspondent aux landes - dont celles du Cragou - dépourvues d´habitat. Peu de lieux-dits ne conservent pas un ou plusieurs éléments bâtis recensés.

Des résultats observés, et plus particulièrement des chronogrammes, se dégagent plusieurs tendances situant le corpus des constructions rurales dans une chronologie allant du milieu du 17e siècle (marginal) aux années 1928. On constate l´absence de témoins antérieurs au 17e siècle, bien que les travaux historiques révèlent une occupation généralisée des sites dès le 15e ou 16e siècle, surtout par certains hameaux, manoirs, moulins et métairies nobles. Le taux de reconstruction est particulièrement élevé dans la seconde moitié du 19e siècle.

LES COMMANDITAIRES.

Les inscriptions figurant sur les bâtiments, plutôt rares, ou les archives révèlent parfois le nom des couples bâtisseurs : Blavon Duchesne et Guynament (Kergréac´h), Follezou et Masson (Guern Braz), Le Masson et Le Bihan (Kerdanaou), Auffret et Fer (La Garenne), Veuder (?) et Le Lann (Poulpry).

Certains bâtiments comme (écurie ou cellier au rez-de-chaussée, salle à l´étage) correspondaient peut-être à des habitats de prêtres (Kersers, Rutan, Trénivel).

COMPOSITION D´ENSEMBLE.

La majorité des édifices se situe au sein de villages à l'origine composés de plusieurs exploitations agricoles disposant chacune de dépendances et donnant sur des espaces ouverts ou des voies de passage. En ce qui concerne les parties agricoles telles que les étables, les écuries ou les granges, leurs abandons ou transformations récentes occultent souvent les fonctions et dispositions d'origine. En règle générale, les dépendances sont dissociées du logis et se situent autour d'une cour. L´implantation linéaire est exceptionnelle et tardive mais a été remarquée, entre autres, à Créac´h Mann, Guern Braz, Kergoat, Pen Ar Roz et au Poivre.

22 PUITS (repérage non exhaustif) ont été localisés ; construits en moellon ou en pierre de taille de granite, ils sont couverts de dalles de pierre posées sur les montants ou couverts en pierre de taille en forme de pignon.

Un seul village pouvait compter jusqu´à deux ou trois puits (Kerizac, Porz Jaffrennou). Les puits de Traon Donan (1893), Troguerven Huella, Henguer, Kerizac et Keralain (1901) sont représentatifs et bien conservés.

Huit FOURS A PAIN (repérage non exhaustif) ont été répertoriés. Ils sont généralement construits à l´écart du logis, sauf à Bellevue où le four se greffe sur la façade postérieure de l´habitation, ou associés à une grange (Keralain).

Parmi les quelques GRANGES répertoriées, toutes du 19e siècle, deux types se détachent : celles avec porte charretière en pignon, les plus anciennes (Convenant Le Borgne, Kerampage) et celles avec porte charretière placée au centre de la façade, plus tardives (Keralain, Kergoat, Landanou).

MATÉRIAUX ET MISE EN OEUVRE.

Les données géologiques du secteur sont à l´origine de la diversité des maçonneries. Situées à une quinzaine de kilomètres de Scrignac, les carrières de Guerlesquin ont livré un granite clair de qualité présent dans les constructions de toutes les périodes (Kerven, Keralain, Kerdanaou). Des grès clairs et des schistes foncés (appareil mixte en moellon) sont également présents dans les bâtiments ruraux et leur confèrent variété, qualité et effet décoratif (le Cloître, Guétel, Kermarguon, Keryvoas).

STRUCTURE ET ÉLÉVATIONS.

Dans ce secteur d´élevage et de cultures, les constructions rurales s´inscrivaient dans deux grandes catégories, « l´habitat mixte », caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit, et le « logis indépendant », défini par l´absence de cohabitation entre hommes et animaux.

Dans le secteur étudié, l´habitat mixte (logis et étable en alignement séparés par une cloison) paraît relativement rare mais s´observe, entre autres, à Porz Jaffrennou et Kersauz.

LES MAISONS A AVANCEE.

Elles font partie de la catégorie des logis indépendants (absence de cohabitation entre hommes et animaux). Avec plusieurs variantes, la maison à avancée devient plus rare dans l'architecture vernaculaire de Scrignac alors qu´elle est caractéristique d´une grande partie des campagnes du Léon et de la Cornouaille. Nous sommes ici aux franges de la diffusion de ce type de maisons. Environ 13 maisons à avancée ont été localisées, soit 10 % de la totalité des maisons rurales repérées. Elles ont été bâties entre 1653 (Kergoat) et la première moitié du 19e siècle.

La maison à avancée est un logis de plan rectangulaire avec un avant-corps de faible largeur ; la partie portée en avant de l'alignement, généralement sur la façade principale, se nomme avancée ou avant-corps. Ces logis ont certaines caractéristiques en commun : les fenêtres de l'avant-corps sont généralement décalées vers le pignon abritant le foyer en raison de l'aménagement intérieur (place réservée à la table, aux bancs, aux armoires et parfois aux lits-clos).

Dans cette catégorie, on peut distinguer deux types, la maison en rez-de-chaussée (huit récurrences) et la maison à étage (cinq récurrences).

Les avancées sont majoritairement placées sur l´élévation principale. L´emplacement en façade postérieure est marginal et semble correspondre à une modification tardive ou à un retournement de façade (Porz Jaffrennou, Guern ar Manac´h). Certaines avancées de faible profondeur et sans ouverture (Pellen) correspondent à l´espace réservé à l´emplacement du lit (kuz gwele).

LES MAISONS DE TYPE TERNAIRE.

Environ 88 logis ruraux, soit environ 80 % du total répéré, présentent des façades ordonnancées, majoritairement à trois travées et à deux pièces par niveau. Ils remontent, pour l´essentiel, à la période allant de 1840 à 1914 (Kerséach, Kerfounus Bihan, Keralain, Kergoat).

La maison élémentaire peut être considérée comme une variante de la précédente de laquelle elle se distingue par l´absence d´un étage habitable. Les récurrences observées sont fortes et correspondent à un habitat modeste et tardif (Coat Ar Rest, Lescombleiz, Pen Ar Hars, Pennanéac´h).

Une série de logis de ce type construits à la fin du 19e siècle (Keralain, Kergaradec, Kerennou Izella, Kervran, entre autres) se distingue par une mise en oeuvre soignée des façades en pierre de taille de granite, probablement réalisée par le même entrepreneur.

COUVERTURES.

La quasi-totalité des maisons rurales de la commune est coiffée d'un toit à longs pans, à l'exception des maisons à avancée et à toit en bâtière ; dans ce cas, les deux versants de l'avancée sont liés à la charpente principale par une noue. Aujourd´hui, l´ardoise comme matériau de couverture est prédominante alors que des documents anciens mentionne l´emploi très répandu du chaume et surtout du genêt. On constate la rareté de couvertures anciennes en ardoises épaisses extraites des monts d´Arrée (grange à Kerampage).

DISTRIBUTION INTERIEURE.

En raison des transformations importantes ou de l´impossibilité de l´accès, aucun édifice a fait l´objet d´un plan schématique. Mais selon les rares intérieurs authentiques aperçus (Kerloc'h Izella, Pennanéac´h), les fonctions, distributions et aménagements intérieurs ne se distinguent pas de l´habitat traditionnel du secteur.

Deux tiers de la surface du rez-de-chaussée des maisons à avancée étaient réservés à l'habitation (salle), l'avancée abritant généralement table et bancs ; l'autre tiers servait en général de cellier ou de resserre. Des armoires murales sont parfois aménagées dans l´épaisseur du mur (Kerloc'h Izella) et des niches assez hautes et larges, situées entre la cheminée et la fenêtre de l'avancée, servaient à poser un banc semi-encastré (Kersauz).

La présence de saloirs surmontés d´armoires murales encastrées dans l´épaisseur du mur était habituelle. Un seul logis (Rutan) conserve un escalier de distribution extérieur ; un autre de ce type existait à Trénivel (vestiges).

Les linteaux et les corbelets des cheminées sont généralement en bois ; la structure est particulièrement bien lisible dans des édifices en ruines (XXX Manac´h, le Parc) ou peu transformés. Le cheminées en granite étaient réservées aux constructions les plus anciennes ou les plus soignées (Kerloc'h Izella, Keryvoas, Rutan, Quillivel).

CONCLUSION.

Les maisons rurales traditionnelles de Scrignac ont connu des remaniements importants occultant souvent l´état d´origine. Les hameaux de KERGOAT, KERLOC'H IZELLA, KERSERS, PELLEN ET QUEFFORC´H conservent toutefois quelques exemples caractéristiques de l´architecture rurale de la commune.

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Dénominations maison, ferme, écart
Adresse Commune : Scrignac

Chronogrammes relevés sur les bâtiments ruraux : 1653 ; 1711 ; 1718 ; 1761 ; 1773 ; 1788 ; 1803 ; 1835 ; 1836 ; 1839 ; 1860 (2 fois) ; 1864 (2 fois) ; 1866 ; 1870 ; 1875 ; 1877 ; 1878 (2 fois) ; 1881 ; 1883 (2 fois) ; 1884 ; 1888 ; 1885 (2 fois) ; 1886 ; 1889 ; 1895 ; 1896 ; 1899 ; 1901 ; 1907 ; 1908 (2 fois) ; 1910 ; 1926 ; 1928, soit : 2e moitié 17e siècle : 1. 1ère moitié 18e siècle : 2. 2e moitié 18e siècle : 3. 1ère moitié 19e siècle : 4. 2e moitié 19e siècle : 22. 1900-1928 (repérage non exhaustif) : 7.

Période(s) Principale : 19e siècle
Décompte des œuvres repérés 142
étudiés 23

Annexes

  • SITES ET IMPLANTATIONS DU BÂTI

    La commune de Scrignac doit la qualité de ses paysages à un milieu naturel riche et une pratique agricole laissant la part belle à la nature et au bocage. Peu remembrée et sous une apparente homogénéité, elle inclut divers paysages caractéristiques et reconnus qui lui valent une protection au titre des sites (site des Monts d'Arrée, site pluricommunal, site inscrit par arrêté du 10 janvier 1966).

    MILIEU PHYSIQUE

    Scrignac se situe en bordure nord-est du massif de l´Arrée. Le territoire communal qui s´étend sur 7094 hectares est composé d´un plateau bocager limité, au nord et nord-ouest, par une zone rocheuse et les du Cragou, au sud par le bassin de Huelgoat, caractérisé par un relief de collines associé à un réseau hydrographique encaissé qui jouxte la forêt domaniale de Saint-Ambroise. Cette zone de contact implique une diversité de sous-sols, de sols, de reliefs, d´activités, d´occupations des sols et de paysages associés.

    RELIEF : il est le résultat de la longue érosion du Massif Armoricain, une ancienne chaîne de montagne très élevée durant l´Ère Primaire. Il n´en reste aujourd'hui, concernant Scrignac, qu'une vaste zone composée d´un plateau, incliné globalement nord-ouest sud-est, de faible altitude (180 à 250 m) et de vallées plus ou moins encaissées.

    GEOLOGIE : le sous-sol de la commune se décompose principalement en trois catégories. Dans la partie sud, on trouve des granites et micro granites à grains fins, des grès et quelques tufs et tuffites très localisés. Les formations de schiste, de quartzite, de grès quartziques et de phyllades de différentes périodes géologiques constituent le sous-sol d´une large partie nord, est et ouest de Scrignac. Des couches d´alluvions et de colluvions arrachées à la montagne au Quaternaire occupent les fonds des vallons du Squiriou, du Mendy et de la vallée de l´Aulne. Par ailleurs, l´acidité des roches, associée aux conditions climatiques (fraîcheur, humidité constante) et un réseau hydrographique omniprésent a pour conséquence le développement de sols spécifiques à ces milieux.

    PEDOLOGIE : quelle que soit la nature du sous-sol, granitique, schisteux ou gréseux, les sols sont acides, pauvres et plus propices à l´élevage qu'à la culture. Suivant la topographie, l´épaisseur du sol varie, avec un développement plus important en bas des pentes. En fond de vallons, les sols présentent un profil d´engorgement d´eau. Hydromorphes, ils sont en permanence ou périodiquement saturés d´eau.

    UN PAYSAGE DOMINANT : LE BOCAGE

    Jadis recouvert de forêts, le territoire a été, depuis l´Antiquité, progressivement déboisé sous forme d´aires de défrichements éparses (clairières). Mais ce n´est qu'à partir du 12e siècle que s´organise un défrichement systématique profitant d´un contexte politique, démographique et technique fort, avec l´installation des moines cisterciens de l´abbaye du Relec (Plounéour-Ménez) et des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (La Feuillée). Grands propriétaires terriens, ils vont mettre en place deux modes de faire-valoir - la quévaise, remplacée plus tard par le domaine congéable - qui permettent de fixer des populations agricoles sur leurs domaines. La base de la vie agricole du territoire se crée peu à peu, avec un habitat dispersé composé de plusieurs unités agricoles entourées de terres cultivées. Des talus de terres ou de pierre délimitant les parcelles empêchent la divagation du bétail et assurent la protection des cultures. Ces talus marqueront par la suite la propriété privée. Le bois commençant à manquer au 17e siècle, les talus sont alors exploités grâce à la plantation de tous types d´arbres et d'arbustes. L´ajonc et le genêt servant de fourrage et de combustible sont également semés sur certains talus.

    Alternant polyculture et élevage, le mode d´exploitation des terres va peu à peu se transformer avec la mécanisation, l´électrification des campagnes et la mise en place d´une économie de marché après la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1960, le nombre d´exploitants agricoles a diminué moins qu´ailleurs, alors que l´intensification des productions et l´expansion de l´élevage hors sol ont entraîné l´arasement de nombreux talus et le morcellement du maillage bocager, comme, par exemple, dans l´ouest de la commune, entre Kerséac´h, Trénivel et Kermarzin, ou au nord-est, dans le secteur de Pellen.

    Certaines terres sont laissées à l´abandon et s'enfrichent, par exemple au nord et à l´ouest de Kerloc´h, en lien avec le ruisseau de Roudouhir. C´est la déprise agricole qui aboutit à la fermeture des paysages.

    LES UNITES PAYSAGERES

    Le terme d´unité paysagère désigne une portion de territoire homogène dont les caractéristiques physiques et humaines (topographie, géologie, relief, activités, occupation du sol) apparaissent de manière constante. Une typologie de ces unités de paysage peut être ainsi définie pour la commune.

    LES ZONES HUMIDES, LES VALLONS ET LA VALLÉE DE L´AULNE

    Scrignac est drainé par un réseau hydrographique très dense composé de nombreux cours d´eau dont les principaux sont les ruisseaux de Roudouhir, du Mendy, du Squiriou ; affluents de la rivière de l´Aulne qui forme la limite communale sud. Les vallons et vallée que forment ces cours d´eau présente des profils différents : la vallée de l´Aulne et le vallon du Squiriou (autour de l´ancienne gare Scrignac-Berrien, à fonds plats, sont très larges (jusqu´à 500 mètres près de Merdy-Burunou), contrairement aux autres vallons. Les cours d´eau sillonnent en général les parcelles de bocage offrant des paysages doux et variés et donnant souvent l´impression de fouillis végétal qui limite les perspectives visuelles. Le Squiriou et l´Aulne bordent souvent des zones forestières limitant leur accès et leur visibilité. Réaménagée en « voie verte » par le Conseil général du Finistère, l´ancien tracé de la ligne de chemin de fer à partir de l´ancienne gare de Scrignac permet une progression le long du cours du Beurc´hoat et du Squiriou.

    Développée sur sol hydromorphe, la végétation des abords des autres cours d´eau, notamment du Squiriou et de ses affluents, le plus souvent composée de joncs, de grandes touffes de carex ainsi que de saules et d´osiers, est un refuge pour bon nombre d´espèces animales.

    LES LANDES ET LES ROCHERS DU CRAGOU

    Repères visuels, les zones de landes se situent sur les parties hautes de la commune, à l´extrémité nord-ouest et au nord. Quelques affleurements de quartz dominent ce milieu et culminent à environ 282 mètres d´altitude, en limite avec Le Cloître-Saint-Thégonnec et Plougonven. Comparées aux vastes zones de landes de la cuvette du Yeun Elez, celles de Scrignac sont restreintes. Selon des travaux scientifiques, les véritables landes sont assez peu étendues et résultent, bien souvent, de l´enfrichement récent de parcelles abandonnées et colonisées par une végétation de broussailles.

    Développée sur sols acides et pauvres, la végétation se compose essentiellement d´ajoncs, de bruyères et de callunes donnant un aspect sauvage à ce milieu. Ce sentiment est renforcé par une couleur d´ensemble allant de l´ocre clair au mauve, variant selon les saisons et nuancée selon les endroits et les espèces végétales.

    Les landes du Cragou constituent une réserve naturelle sensible qui s´étend sur plusieurs centaines d´hectares et sur plusieurs communes (le Cloître-Saint-Thégonnec Plougonven, Scrignac). Créé en 1986 pour son intérêt ornithologique, cet espace est propriété du Conseil Général du Finistère et de l´association « Bretagne vivante " SEPNB " qui le gère en collaboration avec les agriculteurs locaux.

    LE BOCAGE

    Cette unité paysagère regroupe deux fonctions : la production (espaces d´activités agricoles) et l´habitation (lieux d´implantation du bâti). On distingue deux types de bocage. Le bocage fermé qui correspond à un maillage serré sur relief mouvementé, comme autour de bon nombre de hameaux en général, et en particulier dans le secteur Léars, Quénéguen (à l´ouest), Ménez Kersers, Kerloc´h. Le paysage y est fermé, y compris à partir des voies de communication, le développement des friches contribuant à cette fermeture, comme c´est le cas à proximité de Kerloc´h ou du Henger. Les talus sont plus hauts, jouant parfois un rôle de mur de soutènement, et plus boisés, avec une strate arborescente généralement présente (notamment vers Quénécouler) et composée principalement de chênes pédonculés, hêtres, châtaigniers, noisetiers souvent associés à des fougères, ajoncs, genêts et callunes. Ce type de bocage reste en contact étroit avec les zones humides des vallées (ruisseaux affluents du Squiriou). Il est principalement présent dans des zones de pâturage ; presque toutes les parcelles de bocage, de petite taille, sont utilisées pour l'élevage.

    Le bocage ouvert est présent en périphérie extérieure du bocage fermé qui entoure bon nombre de hameaux, mais également dans certains secteurs localisés à l´est de la commune comme, par exemple, entre Kerséac´h, Trénivel et Kermarzin ou au le nord-est dans le secteur de Pellen. Les talus sont beaucoup plus bas et découverts, laissant apparaître la trame distendue du bocage. Les grandes cultures intensives dominent parfois ces secteurs situés sur des points hauts et exposés aux vents forts.

    LES BOISEMENTS

    Les surfaces boisées, diffuses et éparses, se répartissent sur l´ensemble du territoire communal. Cependant, plusieurs zones boisées apparaissent de manière étendue au sud-ouest et au sud-est, en limite communale avec Berrien, Locmaria-Berrien et Poullaouen. Il s´agit du prolongement des forêts domaniales de Huelgoat et de Saint-Ambroise dont fait partie le bois de Guernaon, l´unique massif forestier important de l´Arrée composé d´une chênaie-hêtraie.

    On distingue des boisements traditionnels de feuillus et des boisements exotiques de conifères épars occupant des parcelles rectilignes.

    D´une manière générale, l´impact des boisements de conifères sur le paysage est fort. Exotiques, au feuillage persistant et de couleur sombre, les conifères perturbent l´équilibre originel des paysages avec leurs parcelles et leurs cheminements rectilignes qui contribuent à leur aspect artificiel. Ces boisements se situent essentiellement à l´extrémité nord et nord-est de la commune, parfois en lien avec des zones de landes.

    La forêt de Huelgoat et de Saint-Ambroise est le reliquat de l´ancienne forêt royale qui dépendait de la Maîtrise des Eaux et Forêts de Carhaix. D´après un plan de 1787-1788, sa superficie atteignait 1356 hectares ; elle était « déchiquetée au hasard et parsemée d´habitations, de champs, de prés et de landes. Les administrateurs précédents, toujours trompés, en ont toujours encouragé la destruction en affectant à chaque destructeur le terrain qu´il demandait à mesure qu´il essartait ». Il ne s´agissait alors pas d´un massif boisé continu, mais d´un assemblage disparate de parcelles boisées, de landes, de prés et de terres cultivées. L´aménagement de 1788 divisait la forêt en trois zones, dont celle de Saint-Ambroise traitée en taille simple (taillis). A cette période, l´exploitation des mines de plomb argentifères de Huelgoat, grande consommatrice de bois, met en péril le massif forestier : exploitation abusive et désordonnée, terrains à l´état de friches ou, puisque devenus inutiles, abandonnés par la Compagnie des Mines à des particuliers, comme, par exemple, le bois de la Grande Lande. En 1822, c´est à 598 hectares qu´est réduit le massif domanial qui ne compte alors plus que 486 hectares réellement boisés. S´ensuit une longue période de reboisement qui explique la présence d´essences exotiques telles que des sapins, pins, sapins douglas et bien d´autres.

    Sur l´ensemble du territoire communal, de nombreuses et petites parcelles de feuillus, aujourd´hui souvent délaissées, étaient exploitées en taillis pour servir de bois d´oeuvre et de bois de chauffage

    L´IMPLANTATION DU BÂTI DANS LE PAYSAGE

    Dans ce territoire de plateau bocager, l´habitat est dispersé sur l´ensemble de la commune, à l´exception de l´extrémité nord-ouest, de secteurs localisés au nord (lande, friches, boisements de conifères) et de la bordure sud et sud-est couverte de forêts. On dénombre plus de 120 regroupements d´habitats à Scrignac dont le bourg et au moins une dizaine d´anciens sites de moulins. Plus de la moitié de cet habitat dispersé correspond à des fermes isolées ou des villages de dimensions très restreintes (deux ou trois fermes). Une dizaine d´écarts atteignent un certain développement, avec dix à quinze anciennes fermes (Creac´h Niver, le Cloître, Kertanguy, Kerseac´h, Quefforc´h ou Lannouédic). Souvent de structure forme concentrique (Kerseac´h, Trénivel), ils correspondant parfois à des anciennes quévaises et comportent plusieurs noyaux plus ou moins éloignés les uns des autres et regroupent entre cinq et quinze anciennes exploitations (Kersauz, Quefforc´h, Toul ar Groaz).

    LES MODES D´IMPLANTATION DU BATI

    Comme partout ailleurs, la population rurale a choisi des lieux d´implantation propices, protégés des vents dominants et des intempéries et proches des diverses sources d´eau. Cependant, suivant la taille des regroupements et surtout leur position géographique, le mode d´implantation varie. Pour les besoins de l´étude, seuls les écarts sélectionnés ont été pris en compte.

    L´implantation en hauteur de colline concerne le bourg et quelques hameaux (Kergréac´h, Lannouédic). Lieu stratégique d´observation, ce mode d´implantation est très ancien.

    L´implantation à mi-hauteur sur versant, entre hauteurs et vallées, est majoritaire. Lorsque la topographie le permet, les replats ou les sites faiblement pentus sont choisis comme lieux d´implantation où l´habitat peut se développer de manière plus étendue (le Cloître, Keralain, Kerloc´h Izella, Kersauz, Quillivel). En cas de relief accusé, essentiellement dans la partie sud-ouest et sur l´extrémité sud de la commune, près des vallées de l´Aulne et du Squiriou (Coat-Quéau, le Henger, Kerizac, Pellen, Troviliec), le bâti s'adapte et se resserre.

    Les fonds de vallon sont les lieux d´implantation privilégiés des moulins, isolés ou associés à des habitations (moulin de Burunou, moulin de Kergarrec, moulin de Lannouédic).

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Finistère, 3 P 277. Tableau d'assemblage, 1836.

Bibliographie
  • BARON Françoise. Aspects biogéographiques de l´Arrée. Tome IV : Le pays d´Huelgoat. Université de Bretagne Occidentale. Faculté des lettres et sciences humaines de Brest. Travail d´étude et de recherche préparé sous la responsabilité de Jacques GARREAU, agrégé de l´Université. 1972.

  • GUILLEMIN, Joseph. En Arrée et Poher : un monde rural au 17e siècle. Une paroisse de Cornouaille : Scrignac en pays de Poher, de Louis XIII à Louis XV. Mémoire de maîtrise d´histoire. Université de Bretagne occidentale. Centre de recherche bretonne et celtique, Brest, 1997.

  • PENVEN, Michel. Scrignac. Association Sur les traces de François Joncour. Brasparts, 1990.

  • PLONEIS, Jean-Marie. Une autre histoire du monde rural. Le canton de Huelgoat, au coeur des monts d´Arrée. Dans : Bulletin de la société archéologique du Finistère, Quimper, 1984, t. CXIII.

    p. 137-156
  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. 1ère édition 1778-1780. Nouvelle édition, revue et augmentée par MM. A. Marteville, et P. Varin, avec la collaboration principale de MM. De Blois, Ducrest de Villeneuve, Guépin de Nantes et Lehuérou. Rennes, 1843.

    p. 890-891
  • Ouvrage collectif. Le bocage des Monts d'Arrée. Paysage de bocage. Gestion des espaces naturels, agricoles et forestiers. Fédération des Parcs naturels régionaux / Parc naturel régional d'Armorique / Ministère de l'agriculture et de la pêche, Paris, 2000.