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Les maisons, fermes et hameaux de la commune de Loqueffret

Dossier IA29003744 réalisé en 2008

Fiche

L´enquête de terrain a été réalisée en 2008. Contrairement à certaines communes du P.N.R.A. inventoriées, on ne dispose pas, pour Loqueffret, d'une enquête des années 1970 qui aurait permis d'entrevoir l'évolution du bâti rural. Ce dossier collectif vise deux objectifs : appréhender une ‘famille´ d'édifices représentés en grand nombre et dégager les caractères communs ou spécifiques à cette famille. Reflétant une sélection raisonnée sous forme d´échantillonnage, certains éléments, jugés représentatifs et pas (ou peu) dénaturés, ont été traités en dossiers individuels.

Environ 80 édifices sur un total de 315 logements (chiffres INSEE 2005), soit environ 25 % du bâti, ont été répertoriés. Au sein de ce corpus, 24 oeuvres (édifices individuels ou hameaux entiers) ont fait l'objet d'un dossier individuel alors que 66, simplement repérés, ont été systématiquement illustrées, soit dans un dossier ‘hameau´, soit à la suite de ces observations générales.

Au sein de certains hameaux, entités spatiales ou historiques cohérentes et significatives, plusieurs édifices ou ensembles d´édifices ont pu être retenus.

Le bourg, dont le développement s´est fait à partir de 1850, revêt un caractère ‘urbain´. La synthèse qui suit concerne uniquement le bâti rural, c'est-à-dire les maisons et fermes isolées ou situées en écart ainsi que des hameaux entiers lorsque aucun élément ne méritait, à cause des remaniements successifs, un traitement spécifique. Les maisons du bourg (quatorze édifices) sont traitées dans le dossier bourg.

CONTEXTE HISTORIQUE

Peu de documents permettent de connaître l´espace rural avant la seconde moitié du 18e siècle. La topographie apparaît partiellement sur la carte de Cassini (vers 1770) et surtout sur les premiers relevés cadastraux de 1813 qui reflètent encore le parcellaire et le bâti des siècles précédents. Le réseau des voies de communication et les structures des hameaux, tels qu´ils apparaissent en 1813, perdurent au-delà des modifications de certains tracés intervenues depuis la seconde moitié du 19e siècle.

Ce secteur, situé au sud sud-est des monts d´Arrée, en bordure sud-est du Yeun Elez, est irrigué par quelques cours d´eau dont la rivière de l´Ellez (formant la limite nord de la commune) et ses affluents. L´habitat, dispersé, est regroupé en une dizaine de hameaux de petite et moyenne importance et une bonne vingtaine de fermes isolées, anciennes possessions seigneuriales. Deux anciens manoirs ou métairies nobles, les Tourelles et Quistillic, qui s´apparentent plus à des demeures rurales cossus, ont été traités dans ce dossier. La plupart des hameaux ont évolué pendant la seconde moitié du 19e siècle, tout en gardant leur structure ancienne. Beaucoup de constructions de cette période correspondent à des reconstructions in situ. C´est à cette époque que l´activité agricole est la plus importante.

Loqueffret est également marquée par la présence de nombreux prêtres qui ont laissé leur empreinte (ancien presbytère de Saint-Herbot, ancienne maison de prêtre du bourg, ancien presbytère du bourg reconverti en ‘musée du recteur et des pilhaouerien´).

La carte de localisation des éléments bâtis étudiés montre deux secteurs de densité importante d´édifices repérés ou sélectionnés, le sud-ouest et le nord-est du territoire. Entre ces deux zones et aux abords du Yeun Elez, les densités sont plus faibles (zones de lande, Ménez-Keryéven).

Des résultats observés, et plus particulièrement des chronogrammes relevés sur les bâtiments, se dégagent plusieurs tendances situant le corpus des constructions rurales dans une chronologie allant du début du 17e siècle aux années 1930. Aucun édifice ne semble antérieur à 1602 et rares sont les maisons, fermes ou parties de hameaux remontant aux 17e et 18e siècles.

Le 19e siècle - il se prolonge jusqu´en 1918 - est caractérisé, comme ailleurs en Bretagne, par le renouveau des constructions rurales. Deux cas de figures dominent : la destruction de l´habitat ancien remplacé, in situ, par un nouveau logis ou la conservation des logis anciens alors déclassés en parties agricoles.

42 immeubles seraient, suivant les données de l´INSEE, antérieurs à 1915. Une partie du bâti ancien a connu, suite à la déprise agricole à partir des années 1960, un délaissement progressif suivi de réhabilitations ponctuelles.

COMPOSITION D´ENSEMBLE

La majorité des édifices se situe au sein de villages (ou isolés) à l'origine composés de une ou plusieurs exploitations agricoles disposant chacune de dépendances. En ce qui concerne les parties agricoles (étables, écuries, granges), leurs transformations récentes occultent souvent les fonctions et les dispositions d'origine. Les communs sont la plupart du temps dissociés du logis, se situant soit autour d'une cour (Leïnscoff), soit en alignement de la maison (Poulfoan) ; de rares fermes (quatre au total en comptant celle du bourg) sont de type logis-étable avec une cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit. La présence de pierres d'attache pour le bétail s´observe aussi bien sur la façade du logis qu´à l´intérieur des anciennes étables.

Le nombre de puits est très faible. Seulement six exemplaires (repérage non exhaustif), construits en moellon de schiste, granite, grès, quartzite et couverts de dalles d´ardoise posée sur les montants, ont été repérés.

Quant aux fours à pain et fournils, seulement cinq spécimens ont été recensés, trois fours à pain (Kergarrec, Kerprouet, le Rest) ; et deux fournils (Kerguélen, Pennaneac´h). Jadis présents dans tous le écarts, bon nombre d´entre eux a disparu.

Parmi une douzaine de granges et de remises repérées, neuf possèdent une porte charretière en façade. Les granges du Goaffe, Couzanet et Rosingar sont les plus caractéristiques.

Un seul hangar à orthostats a été recensés à Kermarc. Ils est constitué de piles en pierres de taille de granite plantées dans le sol et portant une charpente et couverte de tôle.

MATERIAUX ET MISE EN OEUVRE

Le sous-sol schisteux, granitique ou quartzitique qui affleure par endroits fournit une partie des matériaux de construction dont témoignent plusieurs carrières comme celles de Reundu. Les schistes extraits de ces carrières constituent, depuis des siècles, des matériaux de construction de qualité. Pour le gros oeuvre, l´emploi du schiste, du quartzite et du granite, généralement en moellon et plus rarement en pierre de taille, est majoritaire. Les encadrements des baies ainsi que les chaînages d´angle de nombreuses constructions sont en granite (granite de Brennilis ou de Huelgoat).

Le schiste se débite en lames plus ou moins épaisses qui peuvent atteindre des dimensions importantes ; il a été utilisé comme matériau de couverture (usage marginal), de revêtement de sol (Kergombou) ou pour les logis (Kerguélen, Neaslarc´h Huella).

La mise en oeuvre des matériaux de plusieurs maisons anciennes, essentiellement du 17e ou du 18e siècle, est assez particulière. Alternant des lits réguliers de moellons de schiste et de quartzique soigneusement appareillés, l´accent est mise sur l´effet décoratif des bâtiments (Kermarc, Leïnscoff).

STRUCTURES ET FONCTIONS

Les traits dominants de l´architecture rurale de Loqueffret s´inscrivent dans deux grandes catégories, l´habitat mixte, caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit, et le logis indépendant, défini par l´absence de cohabitation entre hommes et animaux.

1. L'habitat mixte (hommes, bétail, stockage)

Quatre édifices (trois ruraux et un dans le bourg), sur un total de 80 (maisons et fermes rurales et du bourg), entrent dans cette catégorie, soit environ 5 % du corpus étudié (corpus total : rural et urbain). Ces fermes regroupent, sous le même toit, les fonctions d´habitation et d'abris pour le bétail. Le partage existe dès la construction du bâtiment. On observe à Loqueffret un seul type : le logis-étable à deux portes. Toujours en rez-de-chaussée ou à comble à surcroît, les accès sont individualisés, l'un pour les hommes, l'autre pour le bétail. Ainsi, même si les deux fonctions (logement et étable) sont sous le même toit, les espaces dédiés aux hommes et au bétail sont séparés par un mur de refend. Les portes d´accès peuvent être sur la même façade ou sur des façades différentes.

Les exemples de ce type ont été localisés au bourg, à Couzanet, Kermarc et Rosingar. Aucun exemple ne semble antérieur au 19e siècle.

2. Le logis indépendant

62 édifices de cette catégorie sur un total de 66 (édifices ruraux) ont été recensés, soit plus de 94 % du corpus total. On distingue quatre variantes :

Le logis à étage de type ternaire

18 logis ruraux, soit environ 30 % du total repéré, présentent des façades ordonnancées, majoritairement à trois travées. Ils remontent, pour l´essentiel, à la période allant de 1860 à 1930. La normalisation de l´habitat intervient lors du renouveau amorcé depuis le milieu du 19e siècle, avec le recours aux modèles en vogue dans les bourgs et en ville. Des édifices représentatifs ont été repérés, entre autres, au Cosquer, à Kerguélen et à Saint-Herbot.

Le logis à deux pièces

Il peut être considéré comme une variante du précédent duquel il se distingue par l´absence d´un étage habitable. En rez-de-chaussée ou à comble à surcroît, la porte s´ouvre sur un couloir qui sépare la salle de la chambre. 16 logis de ce type ont été recensés, soit 26 % du corpus étudié. Essentiellement du 19e siècle et du début du 20e siècle (un seul exemple date du début du 18e siècle), certains hameaux conservent des exemples significatifs comme Kernon, le Guilly et Toularest.

Le logis à une pièce

En rez-de-chaussée ou à comble à surcroît, il correspond à l'habitat de journaliers ou d'une population modeste. Les ouvertures se résument à une porte et une fenêtre. 17 logis de ce type ont été repérés, soit 27 % du total. Ils datent tous du 19e siècle ou du début du 20e siècle ; les villages de Couzanet, Poulfoan et Rhunguen en conservent quelques exemples.

Le logis à avancée

Il s´agit d´un logis de plan rectangulaire avec un avant-corps de faible largeur ; la partie portée en avant de l'alignement, généralement sur la façade principale, se nomme avancée ou avant-corps. Ces logis ont certaines caractéristiques en commun : les fenêtres de l'avant-corps sont généralement placées vers le pignon abritant le foyer, ce qui correspond à l'aménagement intérieur (place réservée à la table, aux bancs, aux armoires et lits-clos).

Dans cette catégorie, on peut distinguer trois types, en rez-de-chaussée, à comble à surcroît et à étage. Ces trois types se déclinent, à leur tour, en deux variantes qui confèrent aux édifices des morphologies très diversifiées, encore accentuées par deux formes de toitures, le toit rampant et le toit en bâtière.

Le recensement révèle l'existence de 12 logis à avancée, soit 19 % de la totalité des logis indépendants repérés. Selon l´analyse stylistique et les chronogrammes extrêmes relevés, ils ont été bâtis entre le début du 17e siècle (Neslarc´h Izella), et le milieu du 18e siècle à Ty Crenn.

Les avancées sont, sauf à Poulfoan, généralement placées sur l´élévation principale.

Logis à avancée à comble à surcroît : sept édifices (cinq avec toit en bâtière ; deux avec toit rampant). Cette variante, assez répandu au 17e siècle, tend à disparaître au 18e siècle. Les exemples les plus significatifs se trouvent à Couzanet, Leïnscoff et Neslarc´h Izella.

Logis à avancée à étage : cinq édifices (trois avec toit en bâtière ; deux avec toit rampant) ont été recensé. Ils se situent à Bilirit, Couzanet, Kermarc, Poulfoan et Quistillic. La maison à avancée évolue et s´adapte aux besoins des habitants.

Cas particuliers

Au delà des variantes évoquées précédemment, plusieurs logis se démarquent. Les maisons à avancée de Quistillic (ancienne métairie noble) et Coatiligou, restaurée sur le modèle de la première, présentent deux avant-corps. L´avancée de la façade principale est réservée à l´emplacement de la table, bancs, armoires et lits ; celle de la façade postérieure abrite un escalier tournant en pierre. La présence de deux portes en plein cintre en façade (également le cas à Neslarc´h Izella) indique soit une subdivision tardive du logis en deux parties (fonctions indéterminées), soit une division de l´espace dès la construction.

A Couzanet, une maison à avancée (logis 4) abrite un escalier dans-oeuvre en vis en pierre. Unique exemple à Loqueffret, ce type est assez répandu dans les communes voisines de Brasparts (Botbern, le Menglas, Guernandour) et La Feuillée (Kermabilou).

Non comptabilisé dans les maisons à avancée, l'atypique demeure dite ‘pavillon de chasse´ au lieu-dit Manoir de Kerguéven du début du 20e siècle présente pourtant un plan à deux avancées symétriques.

COUVERTURES

La quasi-totalité des maisons rurales est coiffée d'un toit à longs pans, à l'exception des maisons à avancée à toit en bâtière ; dans ce cas, les deux versants de l'avancée sont liés à la charpente principale par une noue.

Durant plusieurs siècles et jusqu´à une période récente, les schistes ardoisiers étaient exploités dans les communes du nord des monts d´Arrée à Plounéour-Ménez, Commana et Sizun. L´emploi le plus visible demeure, aujourd´hui, celui des couvertures. Ces belles toitures se distinguent par une mise en oeuvre particulière : les épaisses ardoises qui, à cause de leurs poids, sont posées à pureau décroissant (la dimension des ardoises diminue entre la partie inférieure du versant du toit et le faîtage). Des exemples subsiste au bourg, Coatiligou, Couzanet et Neslarc´h Izella.

Le remplacement de l´ardoise épaisse par le fibrociment ou la tôle est important pour les bâtiments annexes ou ceux qui attendent une réhabilitation. L´emploi de la tuile mécanique en couverture est marginal et tardif (1er quart 20e siècle) mais existe, en remplacement de l´ardoise, à Bilirit par exemple.

AMÉNAGEMENTS INTÉRIEURS

Six édifices ou ensemble d´édifices parmi les plus représentatifs ont fait l´objet de relevés schématiques (le bourg, Couzanet, Manoir de Kerguéven, Neslarc´h Izella et Toularet). Ils permettent de mieux cerner fonctions, distributions, aménagements intérieurs, constantes ou particularités qui caractérisent l´habitat rural du secteur.

Au rez-de-chaussée, deux tiers de la surface étaient réservés à l'habitation (salle), l'avancée (quand elle existe) abritant généralement table et bancs ; l'autre tiers servait de cellier ou de réserve, avec, parfois, l´aménagement d´armoires murales dans l´épaisseur du mur et des niches hautes et larges situées entre la cheminée et la fenêtre de l'avancée, servant à poser un banc semi-encastré (Couzanet).

La présence de saloirs surmontés d´armoires murales encastrées dans l´épaisseur du mur était habituelle. Malgré un taux de disparition élevé, des exemples significatifs subsistent, entre autres, au bourg, à Neslarc´h Izella et à Toularest. Les sols étaient traditionnellement en terre battue ou couverts de grandes dalles de schiste (environ 1 m de long et 60 cm de large) comme au bourg (ancienne maison de prêtre) ; elles ont souvent été supprimées lors de transformations récentes.

Les linteaux et les corbelets des cheminées sont en généralement en pierre pour les édifice anciens (bourg, Neslarc´h) ou en bois pour les constructions du 19e siècle.

CONCLUSION

Les maisons rurales de la commune de Loqueffret ont, en grande majorité, subi des remaniements importants suite à l´évolution des manières de vivre. La forte récurrence de logis élémentaires à une ou deux pièces (en rez-de-chaussée ou à comble à surcroît), reflète, entre la fin du 18e siècle et le début du 20e siècle, une activité agricole relativement modeste. Quelques rares maisons à avancée antérieures à cette période sont encore en place et toujours lisibles.

A partir du milieu du 19e siècle, la transformation du bâti existant et la reconstruction de nouveaux logis d´allure urbaine et plus standardisé s´imposent.

Le bourg, Couzanet, Kermarc, Neslarc´h Izella et Toularest conservent des réalisations marquantes de l´architecture rurale de la commune.

Aires d'étudesParc Naturel Régional d'Armorique
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Loqueffret

Chronogrammes relevés : 1602 ; 1655 ; 1692 ; 1705 ; 1709 ; 1790 ; 1825 (2 fois) ; 1826 (2 fois) ; 1838 ; 1840 (2 fois) ; 1844 ; 1851 ; 1859 ; 1862 ; 1864 ; 1866 (2 fois) ; 1869 ; 1887 ; 1889 ; 1891 ; 1901 ; 1903 ; 1924 ; soit : 1ère moitié 17e siècle : 1. 2e moitié 17e siècle : 2. 1ère moitié 18e siècle : 2. 2e moitié 18e siècle : 1. 1ère moitié 19e siècle : 8. 2e moitié 19e siècle : 10. 1er quart 20e siècle : 3.

Période(s)Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Décompte des œuvres repérés 80
étudiés 24

Annexes

  • SITES ET IMPLANTATIONS DU BÂTI

    La commune de Loqueffret doit la qualité de ses paysages à un milieu naturel riche et une pratique agricole laissant la part belle à la nature et au bocage. Non remembrée et sous une apparente homogénéité, elle inclut divers paysages caractéristiques et reconnus qui lui valent une protection au titre des sites (site des Monts d'Arrée, site pluricommunal, site inscrit par arrêté du 10 janvier 1966).

    MILIEU PHYSIQUE

    Loqueffret se situe au sud du massif de l´Arrée, à l´extrémité sud-est du Yeun Elez limité au nord par des crêtes schisteuses et au sud par les dômes gréseux du Ménez-Keryéven et du Ménez-Du. Le territoire communal qui s´étend sur près de 2770 hectares est composé d´un plateau bocager limité au nord-ouest par le lac Saint-Michel et la zone de landes qui l'entoure. Cette zone de contact implique une diversité des sous-sols, des sols, des reliefs, des activités, des occupations des sols et des paysages associés.

    RELIEF : il est le résultat de la longue érosion du Massif Armoricain, une ancienne chaîne de montagne très élevée durant l´Ère Primaire. Il n´en reste aujourd'hui qu'une vaste zone composée d´un plateau et de vallées plus ou moins encaissées, de faible altitude (150 à 290 m) et globalement incliné nord-ouest sud-est.

    GEOLOGIE : le sous-sol de la commune se décompose principalement en quatre catégories. Dans la partie nord-ouest on retrouve, en lien avec le lac Saint-Michel, des couches de colluvions. La formation du granite de Huelgoat s´étend jusqu'à l´extrémité nord-est de la commune. Des couches d´alluvions et de colluvions arrachées à ‘la montagne´ au Quaternaire occupent les fonds des vallées et des vallons. Les schistes, quartzites, grès et grès armoricains de différentes périodes géologiques couvrent le reste de la commune, à savoir la majorité du territoire, sous forme de bandes d´orientation ouest - est. Par ailleurs, l´acidité des roches, associée aux conditions climatiques (fraîcheur, humidité constante) et un réseau hydrographique omniprésent a pour conséquence le développement de sols spécifiques à ces milieux.

    PEDOLOGIE : quelle que soit la nature du sous-sol, granitique, schisteux ou tourbeux, les sols sont acides, pauvres et plus propices à l´élevage qu'à la culture. Suivant la topographie, l´épaisseur du sol varie, avec un développement plus important en bas des pentes. En fond de vallées, surtout dans la partie tourbeuse, mais également sur substrat granitique, les sols présentent un profil d´engorgement d´eau. Hydromorphes, ils sont en permanence ou périodiquement saturés d´eau.

    UN PAYSAGE DOMINANT : LE BOCAGE

    Jadis recouvert de forêts, le territoire a été, depuis l´Antiquité, progressivement déboisé sous forme d´aires de défrichements épars (clairières). Mais ce n´est qu'à partir du 12e siècle que s´organise un défrichement systématique profitant d´un contexte politique, démographique et technique fort avec l´installation des moines cisterciens de l´abbaye du Relec (Plounéour-Ménez) et des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (La Feuillée). Grands propriétaires terriens, ils vont mettre en place deux modes de faire-valoir - la ‘quévaise´ et plus tard le ‘domaine congéable´ - qui permettent de fixer des populations agricoles sur leurs domaines. La base de la vie agricole du territoire se crée peu à peu, avec un habitat dispersé composé d´unités agricoles entourées de terres cultivées. Des talus de terres ou de pierre délimitant les parcelles empêchent la divagation du bétail et assurent la protection des cultures. Ces talus marqueront par la suite la propriété privée. Le bois commençant à manquer au 17e siècle, les talus sont alors exploités grâce à la plantation de tous types d´arbres et d'arbustes. L´ajonc et le genêt servant de fourrage et de combustible sont également semés sur certains talus.

    Alternant polyculture et élevage, le mode d´exploitation des terres va peu à peu se transformer avec la mécanisation, l´électrification des campagnes et la mise en place d´une économie de marché après la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1960, le nombre d´exploitants agricoles a considérablement diminué, alors que l´intensification des productions et l´expansion de l´élevage hors sol ont entraîné l´arasement de nombreux talus et le morcellement du maillage bocager, surtout dans la partie sud de la commune.

    Certaines terres sont laissées à l´abandon et s'enfrichent, surtout dans la partie nord-ouest, à proximité du lac Saint-Michel. C´est la déprise agricole qui aboutit à la fermeture des paysages.

    LES UNITES PAYSAGERES

    Le terme d´unité paysagère désigne une portion de territoire homogène dont les caractéristiques physiques et humaines (topographie, géologie, relief, activités, occupation du sol) apparaissent de manière constante. Une typologie de ces unités de paysage peut être ainsi définie pour la commune.

    LES ZONES HUMIDES, LES VALLONS ET LA VALLÉE DE L´ELLEZ

    Les principaux cours d´eau offrent des paysages doux et variés, donnant souvent l´impression de fouillis végétal qui limite les perspectives visuelles. Il s´agit essentiellement du vallon qui marque la limite ouest de la commune, en majeure partie occupé par des zones de reboisement (friches en tous genres) ou du bois de Bodriec et dont l´encaissement est parfois très important (une centaine de mètre dans le secteur de Reundu). La vallée de l´Ellez et les vallons de ses affluents sillonnent les parcelles de bocage et de boisements parfois parsemées de chaos granitiques créant des ambiances variées. Malheureusement, trop peu de sentiers aménagés permettent une progression en fond de vallée.

    Développée sur sol hydromorphe, la végétation des abords des autres cours d´eau, le plus souvent composée de joncs, de carex et d´orchidées, est un refuge pour bon nombre d´espèces animales.

    LE LAC SAINT-MICHEL

    Il s´agit d´un lac artificiel mise en eau dans les années 1930 lors de la création d´une centrale hydroélectrique à Brennilis, à la confluence du ruisseau de Roudouhir et de la rivière de l´Ellez (commune de Botmeur et de Brennilis), au centre de la cuvette du Yeun Elez. D´une surface de 500 ha, il a ensuite été utilisé pour refroidir le réacteur de la première centrale nucléaire française (de 1967 à 1982). Seule l´extrémité sud-est du lac se situe sur le territoire de Loqueffret. Il constitue un refuge pour plusieurs espèces de poissons (truite fario, truite arc-en-ciel, brochet introduits par la suite en gestion piscicole). L´acidité de l´eau (pH compris entre 5 et 5,5), sa couleur brune et la faible teneur en éléments minéraux ont pour conséquence une absence quasi-systématique de végétation amphibie. Néanmoins, la zone qui jouxte le lac correspond à une ceinture inondable dont la végétation se compose essentiellement de laiches et de joncs diffus.

    LES LANDES

    La cuvette du Yeun Elez est une ancienne tourbière de dimension importante (environ 5 km d´est en ouest et 3 km du nord au sud) qui s´est formée en plusieurs milliers d´années par accumulation de matière organique (végétale) qui n´a pas pu se dégrader du fait de conditions climatique (froid et humidité) et édaphique (acidité importante du sol). La tourbe, pouvant atteindre des épaisseurs importantes (jusqu´à 5 mètres), était exploitée comme combustible jusqu´à la Seconde Guerre mondiale. Un sentier de grande randonnée (GR 380 - 37) qui longe le lac Saint-Michel (depuis le barrage de la centrale) permet une progression au coeur de la tourbière.

    Les dômes gréseux du Ménez-Keryéven et du Ménez-Du qui départagent la commune en deux parties culminent respectivement à 296 et 293 mètres d´altitude. Ils bordent le sud de la cuvette du Yeun Elez et sont couverts de landes et de parcelles en friches, laissées à l´abandon.

    Développée sur sols acides et pauvres, la végétation de ces milieux alterne entre zones de landes et petites tourbières. Elle se compose essentiellement d´ajoncs et de bruyères (pour les landes) ou de sphaines associées aux linaigrettes ou aux narthécies (pour les tourbières), donnant un aspect sauvage à ce milieu. Ce sentiment est renforcé par une couleur d´ensemble ocre clair, variant selon les saisons et nuancée selon les endroits et les espèces.

    LE BOCAGE

    Cette unité paysagère regroupe deux fonctions : la production (espaces d´activités agricoles) et l´habitation (lieux d´implantation du bâti). On distingue deux types de bocage. Le bocage ‘fermé´ qui correspond à un maillage serré sur relief mouvementé, comme autour de bon nombre de hameaux (à l´exception de l´extrémité sud-ouest), et en particulier dans les secteurs de Couzanet, du bourg et de Forc´han. Le paysage y est fermé, y compris à partir des voies de circulation, le développement des friches contribuant à cette fermeture, comme c´est le cas autour de Reundu. Les talus sont plus hauts, jouant parfois un rôle de mur de soutènement, et plus boisés, avec une strate arborescente généralement présente (notamment au sud du bourg). Ce type de bocage reste parfois en contact étroit avec les zones humides de la vallée de l´Ellez. Il est principalement présent dans des zones de pâturage ; presque toutes les parcelles de bocage, de petite taille, sont utilisées pour l'élevage.

    Le bocage ‘ouvert´ est présent dans plusieurs secteurs très localisés de la commune comme par exemple dans une large partie sud-ouest (à l´ouest et au sud-ouest du bourg) et également à l´extrémité nord-est, dans le secteur de Rosingar. Les talus sont beaucoup plus bas et découverts, laissant apparaître la trame distendue du bocage. Les grandes cultures intensives dominent parfois ces secteurs situés sur des points élevés et exposés aux vents forts.

    LES BOISEMENTS

    Les surfaces boisées, nombreuses et éparses, se répartissent sur l´ensemble du territoire communal. Cependant, deux zones boisées apparaissent de manière étendue au sud-ouest et à l´est. Il s´agit des anciens bois seigneuriaux de Bodriec et du Rusquec. On distingue des boisements traditionnels de feuillus et des boisements exotiques de conifères occupant des parcelles rectilignes.

    D´une manière générale, l´impact des boisements de conifères sur le paysage est fort. Leur feuillage persistant et leur couleur sombre perturbent l´équilibre originel des paysages avec leurs parcelles et leurs cheminements rectilignes qui contribuent à leur aspect artificiel. Ils occupent le centre et le nord de la commune, en lien avec les zones de landes.

    De nombreuses parcelles sont en friches sur l´ensemble du territoire communal et plus spécialement au nord-ouest. Ces parcelles étaient anciennement exploitées en bocage ou en lande mais, du fait de la déprise agricole et de la baisse importante du nombre d´agriculteur, ces terres sont laissées à l´abandon.

    Les boisements de feuillus, qui étaient exploités en taillis pour servir de bois d´oeuvre et de bois de chauffage, sont également laissés à l´abandon.

    SITES REMARQUABLES

    Deux sites se démarquent, à l´échelle de la commune mais également des Monts d´Arrée : la cascade de Saint-Herbot et les affleurements rocheux du Reundu. Situées au sud-est du manoir du Rusquec, la cascade de Saint-Herbot était considéré comme l´un des plus beaux sites de Bretagne. L´Ellez, à partir du moulin du Rusquec (détruit vers 1920), dévalait les pentes abruptes parsemées d´énormes chaos granitiques en un véritable torrent après la saison des pluies. Depuis la création de la centrale hydroélectrique (voir dossier individuel) et la construction de la conduite forcée, la cascade est quasiment asséchée et le lieu couvert d'une forêt. Anciens sites de carrières, les affleurements rocheux et escarpés de Reundu forment une gorge dans laquelle sillonne un ruisseau qui prend source à moins d´un kilomètre au nord. Délaissé, ce site est pourtant l´un des plus saisissants de la commune.

    L´IMPLANTATION DU BÂTI DANS LE PAYSAGE

    Dans ce territoire de plateau bocager, l´habitat est dispersé sur l´ensemble de la commune, à l´exception de la zone centrale et nord-ouest occupée par la lande, les dôme gréseux, des zones de friches et le lac Saint-Michel. La majeure partie des habitations sont regroupées en une quarantaine de villages (dont le bourg). Parmi ces implantations, cinq sont des écarts de grande envergure (Couzanet, Forc´han, Kerfermon, Kermarc et Saint-Herbot) qui comptent entre cinq et douze anciennes fermes et situés exclusivement au nord. On compte également une trentaine de petits hameaux (moins de cinq fermes), de fermes ou anciens sites de moulins isolés (Kerguélen, Moulin de Mardoul) ainsi que les sites d´anciens manoirs ou de métairies nobles.

    La commune apparaît alors comme scindée en deux parties avec au nord des hameaux de dimensions relativement importantes assez éloignés les uns des autres et au sud de petits regroupements proches les uns des autres.

    Très restreint et de forme concentrique au début du 19e siècle (dix constructions tout au plus), le bourg s´est développé de manière linéaire le long de la route départementale D 36 suivant un axe sud-ouest nord-est.

    LES MODES D´IMPLANTATION DU BATI

    Comme partout ailleurs, la population rurale a choisi des lieux d´implantation propices, protégés des vents dominants et des intempéries, proches des diverses sources d´eau. Cependant, suivant la taille des regroupements et leur position géographique, le mode d´implantation varie.

    L´implantation en hauteur de colline s´observe dans la partie est de la commune à Kerfermon, Rosingar, Pennanéac´h, le Rusquec, les Salles. Lieu stratégique d´observation, ce mode d´implantation est très ancien.

    L´implantation à mi-hauteur sur versant , entre hauteurs et vallées, est très majoritaire. Lorsque la topographie le permet, les replats ou les sites faiblement pentus sont choisis comme lieux d´implantation où l´habitat peut se développer de manière plus étendue (Couzanet, Forc´han, Kermarc, Kerguéven). En cas de relief accusé (bourg, le Goaff, Kergarrec, Rhunguen), le bâti s'adapte et se resserre.

    Les fonds de vallée ou de vallon sont les lieux d´implantation privilégiés des moulins et des habitations associées (Kerguélen, Moulin de Mardoul).

    En règle générale, au nord des dômes gréseux les hameaux sont plus grands et plus éloignés les uns des autres (500 mètres à 1,5 kilomètres) ; ils s´implantent sur les replats, à mi-hauteur sur versant. A l´extrémité nord-est, les hameaux sont plus petits (également d´anciens manoirs, fermes isolés), plus rapprochés les uns des autres et implantés sur les parties planes des hauteurs de collines et à proximité de la rupture de pente (le Reundu, Roc´h Glaz). Dans la partie sud, les implantations sont plus restreintes (petits hameaux, fermes isolées) et très rapprochées les uns des autres (200 à 500 mètres) ; ils sont implantés à mi-hauteur sur versant, parfois à même la pente et sur le flanc sud d´un vallon (les Tourelles, Coz Castel, Kergarrec, Rhunguen, Langle, le Goaff).

  • 20082908240NUCB : Archives départementales du Finistère, 2 Fi 16.

    20082908241NUCB : Archives départementales du Finistère, 2 Fi 141.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Finistère, 2 Fi 16.

  • A.D. Finistère, 2 Fi 141.

Bibliographie
  • DESHAYES, Albert. Dictionnaire topographique du Finistère. Coop Breizh, 2003.

    p. 161
  • MEYRIEUX Marie Françoise. Aspects biogéographiques de l´Arrée. Tome III : Le Yeun et les crêtes. Université de Bretagne Occidentale. Faculté des lettres et sciences humaines de Brest. Travail d´étude et de recherche préparé sous la responsabilité de Jacques GARREAU, agrégé de l´Université. 1972.

  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. 1ère édition 1778-1780. Nouvelle édition, revue et augmentée par MM. A. Marteville, et P. Varin, avec la collaboration principale de MM. De Blois, Ducrest de Villeneuve, Guépin de Nantes et Lehuérou. Rennes, 1843.

    p. 523
  • Ouvrage collectif. Autour du Yeun Elez. Revue Mouezh ar Ménez. n°7 , Association des amis et usagers de l'Ecomusée des Monts d'Arrée, 1988.

  • Ouvrage collectif. Le bocage des Monts d'Arrée. Paysage de bocage. Gestion des espaces naturels, agricoles et forestiers. Fédération des Parcs naturels régionaux. Parc naturel régional d'Armorique. Ministère de l'agriculture et de la pêche. Paris, 2000.