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Les maisons, fermes et hameaux de la commune de Locmaria-Berrien (fusionnée en Poullaouen en 2019)

Dossier IA29003921 réalisé en 2009

Fiche

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L´enquête de terrain a été réalisée en 2009 par un chercheur et un chargé de mission, en intégrant les éléments recueillis lors de deux anciennes études (une de 1969, relativement succincte, l´autre de 1974, plus développée mais partielle).

Ce dossier collectif vise deux objectifs : appréhender une « famille » d'édifices représentés en grand nombre et dégager les caractères communs ou spécifiques à cette famille. Reflétant une sélection raisonnée sous forme d´échantillonnage, certains éléments, jugés représentatifs et pas (ou peu) dénaturés, ont été traités en dossiers individuels.

Environ 93 édifices sur un total de 225 immeubles (chiffres INSEE 1999), soit environ 40 % du bâti, ont été répertoriés. Au sein de ce corpus, 18 oeuvres (édifices individuels ou hameaux entiers) ont fait l'objet d'un dossier individuel alors que 87, simplement repérés, ont été systématiquement illustrées, soit dans un dossier « hameau », soit à la suite de ces observations générales.

Au sein de certains hameaux, entités spatiales ou historiques cohérentes et significatives, plusieurs édifices ou ensembles d´édifices ont pu être retenus.

Le bourg, qui n´est chef-lieu de paroisse que depuis 1802, revêt un caractère essentiellement rural ; la synthèse qui suit concerne aussi bien le bâti du bourg (une quinzaine d'édifices) que l´habitat rural, c'est-à-dire les maisons et fermes isolées ou situées en écart ainsi que des hameaux entiers lorsque aucun élément ne méritait, à cause des remaniements successifs, un traitement spécifique.

CONTEXTE HISTORIQUE

Peu de documents permettent de connaître l´espace rural avant la seconde moitié du 18e siècle. La topographie apparaît partiellement sur la carte de Cassini (vers 1770) et surtout sur les premiers relevés cadastraux de 1835 qui reflètent encore le parcellaire et le bâti des siècles précédents. Le réseau des voies de communication et les structures des hameaux, tels qu´ils apparaissent en 1813, perdurent au-delà des modifications de certains tracés intervenues depuis la seconde moitié du 19e siècle.

Ce secteur situé à l´est sud-est des monts d´Arrée, en bordure sud-est de la forêt domaniale de Saint-Ambroise, est irrigué par quelques cours d´eau dont l´Aulne (formant la limite est de la commune) et ses affluents, le Beurc´hoat et la Rivière d´Argent. L´habitat, dispersé, est regroupé en une petite dizaine de hameaux de petite et moyenne importance et une bonne vingtaine de petits hameaux et de fermes isolées. Une ancienne métairie noble, La Haie-Douar, qui s´apparente plus à une demeure rurale cossue, a été traitée dans ce dossier. La plupart des hameaux ont évolué pendant la seconde moitié du 19e siècle, tout en gardant leur structure ancienne. Beaucoup de constructions de cette période correspondent à des reconstructions in situ. C´est à cette époque que l´activité agricole est la plus importante.

La carte de localisation des éléments bâtis étudiés montre une répartition relativement bien équilibrée, à l´exception de l´extrémité sud-est et de la frange nord-ouest occupée par des zones forestières (forêt de Botvarec et bois du Hélas).

Des résultats observés, et dans une moindre mesure les chronogrammes relevés sur les bâtiments, se dégagent plusieurs tendances situant le corpus des constructions rurales dans une chronologie allant du début du 17e siècle aux années 1930. Aucun édifice ne semble antérieur au 17e siècle et rares sont les maisons, fermes ou parties de hameaux remontant aux 17e et 18e siècles.

Le 19e siècle - il se prolonge jusqu´en 1918 - est caractérisé, comme ailleurs en Bretagne, par le renouveau des constructions rurales. Deux cas de figures dominent : la destruction de l´habitat ancien remplacé, in situ, par un nouveau logis ou la conservation des logis anciens alors déclassés en parties agricoles.

Une partie du bâti ancien a connu, suite à la déprise agricole à partir des années 1960, un délaissement progressif suivi de réhabilitations ponctuelles.

COMPOSITION D´ENSEMBLE

La majorité des édifices se situe au sein de villages (ou isolés) à l'origine composés de une ou plusieurs exploitations agricoles disposant chacune de dépendances. En ce qui concerne les parties agricoles (étables, écuries, granges), leurs transformations récentes occultent souvent les fonctions et les dispositions d'origine. Les communs sont la plupart du temps dissociés du logis, se situant soit autour d'une cour (Pont Miquel), soit en alignement du logis (Kerliou-Vraz) ; de rares fermes (cinq au total en comptant celles du bourg) étaient de type logis-étable, avec une cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit.

Le nombre de puits est très faible. Seulement neuf exemplaires (repérage non exhaustif), construits en moellon de schiste, de granite, de grès et couverts de dalles d´ardoise ou de granite posée sur les montants, ont été repérés.

Quant aux fours à pain et fournils, huit spécimens ont été recensés : cinq fours à pain (Kerliou-Vraz, Saint-Ambroise, Kerjoly, maison forestière du bois du Hélas, Rouzoucon) ; un fournil (Kerret) et deux fournils associés à une étable (bourg, Bruguec). Jadis présents dans tous le écarts, bon nombre d´entre eux a disparu.

Parmi environ sept granges ou remises repérées, deux possèdent une porte charretière en façade. Les granges de Resthervé et de Saint-Ambroise sont les plus caractéristiques.

MATERIAUX ET MISE EN OEUVRE

Le sous-sol schisteux, granitique ou gréseux qui affleure par endroits fournit la quasi totalité des matériaux de construction dont témoignent plusieurs petites carrières. Les granites et les schistes extraits de ces carrières constituent, depuis des siècles, des matériaux de construction de qualité. Pour le gros oeuvre, l´emploi du schiste, du grés et du granite, généralement en moellon et plus rarement en pierre de taille, est majoritaire. Les encadrements des baies ainsi que les chaînages d´angle de nombreuses constructions sont en granite (granite local ou de Huelgoat).

Le schiste se débite en lames plus ou moins épaisses qui peuvent atteindre des dimensions importantes ; il a été utilisé comme matériau de couverture (usage marginal à Rumeïn par exemple), de revêtement de sol ou pour le parement des logis.

L´emploi de la brique, essentiellement pour les encadrements des baies, reste marginal. Il apparaît à la fin du 19e et au début du 20e siècle et coïncide avec l´arrivée du chemin de fer. Les premières constructions employant ce type de matériau sont d´ailleurs les infrastructures ferroviaires (gare, maisons de garde barrière), puis certaines maisons, notamment au bourg.

STRUCTURES ET FONCTIONS

Les traits dominants de l´architecture rurale de Locmaria-Berrien s´inscrivent dans deux grandes catégories, l´habitat mixte, caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit, et le logis indépendant, défini par l´absence de cohabitation entre hommes et animaux.

1. L'habitat mixte (hommes, bétail, stockage)

Six édifices (quatre ruraux et deux dans le bourg), sur un total de 93 (maisons et fermes rurales et du bourg), entrent dans cette catégorie, soit environ 6 % du corpus étudié (corpus total : rural et urbain). Ces fermes regroupent, sous le même toit, les fonctions d´habitation et d'abri pour le bétail. Le partage existe dès la construction du bâtiment. On observe à Locmaria-Berrien un seul type : le logis-étable à deux portes. Pour ces édifices toujours en rez-de-chaussée ou à comble à surcroît, les accès sont individualisés, l'un pour les hommes, l'autre pour le bétail. Ainsi, même si les deux fonctions (logement et étable) regroupéesont sous le même toit, les espaces dédiés aux hommes et au bétail sont séparés par un mur de refend. Les portes d´accès se situent sur la même façade ou sur des façades différentes.

Les exemples de ce type ont été localisés au bourg, à Kerambellec, Kerret, Saint-Ambroise, Ty-ar-Gall et Rosingar. Aucun exemple ne semble antérieur au 19e siècle.

Une variante, représentée par un seul édifice, existe cependant : il s´agit d´un logis sur étable présent au bourg. Adapté à la déclivité du terrain, l´accès à l´étable se fait sur la façade opposée à celle du logis, accessible par un escalier extérieur.

2. Le logis indépendant

87 édifices de cette catégorie sur un total de 93 ont été recensés, soit plus de 93 % du corpus total. On distingue essentiellement trois variantes :

Le logis de type ternaire

27 logis, soit environ 29 % du total repéré, présentent des façades ordonnancées, majoritairement à trois travées. Ils remontent, pour l´essentiel, à la période allant de 1840 à 1940. La normalisation de l´habitat intervient lors du renouveau amorcé depuis le milieu du 19e siècle, avec le recours aux modèles en vogue dans les bourgs et en ville. Le plus souvent à étage, mais également à haut comble à surcroît (faux ternaire), des édifices représentatifs ont été repérés, entre autres, à la Gare, au Hélas Izella et à Kervallon.

Le logis à deux pièces

Il peut être considéré comme une variante du précédent duquel il se distingue par l´absence d´un étage habitable. En rez-de-chaussée ou à comble à surcroît, la porte s´ouvre sur un couloir qui sépare la salle de la chambre. 30 logis de ce type ont été recensés, soit 32 % du corpus étudié. Datant essentiellement du 19e siècle et du début du 20e siècle (un exemple, non repéré car dénaturé, à Camblan, semble dater du 18e siècle), certains hameaux conservent des exemples significatifs comme Rumeïn, Saint-Ambroise et Ty-ar-Gall.

Le logis à une pièce

En rez-de-chaussée ou à comble à surcroît, il correspond à l'habitat de journaliers ou d'une population modeste. Les ouvertures se résument à une porte et une fenêtre. 29 logis de ce type ont été repérés, soit 31 % du total. Ils datent essentiellement du 19e siècle ou du début du 20e siècle ; les villages de Bruguet, Kerliou-Vraz et Resthervé en conservent quelques exemples.

Cas particuliers : Parmi eux, deux logis double à Rumein (constitué de deux logis à pièce unique à comble à surcroît) remontent vraisemblablement au 17e siècle. Dans l´un des deux (dossier individuel), un escalier dans-oeuvre en vis en pierre permet d´accéder au comble.

Cas particuliers

Un dernier type de logis, que l´on retrouve dans bon nombre de secteurs de la Bretagne, est très minoritaire à Locmaria-Berrien. Il s´agit de la maison à avancée dont une seule (non repérée car dénaturée) subsiste à Camblan (à comble à surcroît et toit en bâtière) datant probablement du 17e siècle. Malgré un taux d´érosion certainement important, cet unique témoin montre également que ce type d´habitat devait être minoritaire.

Au delà des variantes évoquées précédemment, deux logis se démarquent : l´ancienne ferme de Saint-Ambroise et l´ancienne métairie noble de La Haie Douar (voir dossiers individuels). A Saint-Ambroise, l´ancienne ferme, certainement de type logis-étable du 17e siècle, présente, sur la façade postérieure, un appentis abritant l'escalier et le cellier accessibles depuis la salle par des portes en plein cintre jumelées.

La Haie Douar conserve une distribution particulière : salle et chambre au rez-de-chaussée, chambre à l'étage desservi par un escalier demi-hors-oeuvre en vis en granite. Cet espace pourrait correspondre aux appartements du seigneur venant séjourner à la métairie.

COUVERTURES

La quasi-totalité des maisons rurales est coiffée d'un toit à longs pans.

Durant plusieurs siècles et jusqu´à une période récente, les schistes ardoisiers étaient exploités dans les communes du nord des monts d´Arrée (Plounéour-Ménez, Commana et Sizun). L´emploi le plus visible demeure, aujourd´hui, celui des couvertures. Ces belles toitures se distinguent par une mise en oeuvre particulière : les épaisses ardoises qui, à cause de leurs poids, sont posées à pureau décroissant (la dimension des ardoises diminue entre la partie inférieure du versant du toit et le faîtage). Des exemples subsistent notamment à Rumeïn.

Le remplacement de l´ardoise épaisse par le fibrociment ou la tôle est important pour les bâtiments annexes (bourg, Kerliou-Vraz) ou ceux qui attendent une réhabilitation. L´emploi de la tuile mécanique en couverture est marginal et tardif (1er quart 20e siècle) mais existe, en remplacement de l´ardoise, au Bruguec, à la Gare ou à Toul-Trink.

AMÉNAGEMENTS INTÉRIEURS

Quatre édifices ou ensemble d´édifices parmi les plus représentatifs ont fait l´objet de relevés schématiques (La Haie Douar, deux ensembles d´édifices à Rumeïn, Saint-Ambroise). Ils permettent de mieux cerner fonctions, distributions, aménagements intérieurs, constantes ou particularités qui caractérisent l´habitat rural du secteur.

Au rez-de-chaussée, deux tiers de la surface étaient réservés à l'habitation (salle) ; l'autre tiers servait de cellier ou de réserve, avec, parfois, l´aménagement d´armoires murales dans l´épaisseur du mur et des niches hautes et larges situées dans le mur gouttereau du côté de la cheminée, servant à poser un banc semi-encastré ou de place au lit-clos, le kuz-gwele (Saint-Ambroise).

La présence de saloirs surmontés d´armoires murales encastrées dans l´épaisseur du mur était habituelle. Malgré un taux de disparition élevé, des exemples significatifs subsistent, entre autres, au bourg, au Hélas Izella, à Kerliou-Vraz, Resthervé, Rumein, Saint-Ambroise. Les sols étaient traditionnellement en terre battue ou couverts de grandes dalles de schiste (environ 1 m de long et 60 cm de large) ; elles ont souvent été supprimées lors de transformations récentes.

Les linteaux et les corbelets des cheminées sont en généralement en pierre pour les édifice anciens (Rumeïn, Saint-Ambroise) ou en bois pour les constructions du 19e siècle.

CONCLUSION

Les maisons rurales de la commune de Locmaria-Berrien ont, en grande majorité, subi des remaniements importants suite à l´évolution des manières de vivre. La forte récurrence de logis élémentaires à une ou deux pièces (en rez-de-chaussée ou à comble à surcroît), reflète, entre la fin du 18e siècle et le début du 20e siècle, une activité agricole relativement modeste. Quelques rares maisons antérieures à cette période sont encore en place et toujours lisibles.

A partir du milieu du 19e siècle, la transformation du bâti existant et la reconstruction de nouveaux logis d´allure urbaine et plus standardisé s´imposent.

La Haie Douar, Le Hélas Izella, Resthervé, Rumein et Saint-Ambroise conservent des réalisations marquantes de l´architecture rurale de la commune.

Aires d'étudesParc Naturel Régional d'Armorique
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Locmaria-Berrien
Lieu-dit :

Chronogrammes relevés : 1831 ; 1843 ; 1849 ; 1855 ; 1862 ; 1865 ; 1877 (2 fois) ; 1888 ; 1906 ; 1909 ; 1912.

Période(s)Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Décompte des œuvres repérés 93
étudiés 18

Annexes

  • SITES ET IMPLANTATIONS DU BÂTI

    La commune de Locmaria-Berrien doit la qualité de ses paysages à un milieu naturel riche et une pratique agricole laissant la part belle à la nature et au bocage. Non remembrée et sous une apparente homogénéité, elle inclut divers paysages caractéristiques et reconnus qui lui valent une protection au titre des sites (site des Monts d'Arrée, site pluricommunal, site inscrit par arrêté du 10 janvier 1966).

    MILIEU PHYSIQUE

    Locmaria-Berrien se situe en bordure est sud-est du massif de l´Arrée. Le territoire communal qui s´étend sur 1719 hectares est composé d´un plateau bocager caractérisé par un relief de collines associé à un réseau hydrographique encaissé (bassin versant de l´Aulne) et deux massifs forestiers (forêt domaniale de Saint-Ambroise : bois du Héla et bois de Meinguen ; forêt domaniale de Huelgoat : forêt de Botvarec). La diversité des sous-sols, sols, reliefs, activités, occupations des sols et paysages associés est importante.

    RELIEF : il est le résultat de la longue érosion du Massif Armoricain, une ancienne chaîne de montagne très élevée durant l´Ère Primaire. Il n´en reste aujourd'hui, concernant Locmaria-Berrien, qu'une vaste zone composée d´un plateau, incliné globalement ouest nord-ouest est sud-est, de faible altitude (130 à 200 m) et de vallées plus ou moins encaissées.

    GEOLOGIE : le sous-sol de la commune se décompose principalement en trois catégories. Dans l´extrême majorité du territoire on trouve des schiste, des siltites et des grès-quartzitiques de différentes périodes géologiques, avec localement quelques affleurement de poudingues, de tuffites et d´arkoses (partie nord de la commune) ou de granite (secteur de Rumeïn ou de Kerambellec par exemple). Des couches d´alluvions fluviales arrachées à la montagne au Quaternaire puis transporté par les cours d´eau occupent les fonds des vallées de la rivière d´Argent et de l´Aulne. En limite ouest de la commune (près de Huelgoat), des filons de plomb, de zinc et d´argent était exploité. Par ailleurs, l´acidité des roches, associée aux conditions climatiques (fraîcheur, humidité constante) et un réseau hydrographique omniprésent ont favorisé le développement de sols spécifiques à ces milieux.

    PEDOLOGIE : quelle que soit la nature du sous-sol, granitique, schisteux ou gréseux, les sols sont acides, pauvres et plus propices à l´élevage qu'à la culture. Suivant la topographie, l´épaisseur du sol varie, avec un développement plus important en bas des pentes. En fond de vallons, les sols présentent un profil d´engorgement d´eau. Hydromorphes, ils sont en permanence ou périodiquement saturés d´eau.

    UN PAYSAGE DOMINANT : LE BOCAGE

    Jadis recouvert de forêts, le territoire a été, depuis l´Antiquité, progressivement déboisé sous forme d´aires de défrichements éparses (clairières). Mais ce n´est qu'à partir du 12e siècle que s´organise un défrichement systématique profitant d´un contexte politique, démographique et technique fort. La base de la vie agricole du territoire se crée peu à peu, avec un habitat dispersé composé de plusieurs unités agricoles entourées de terres cultivées. Des talus de terres ou de pierre délimitant les parcelles empêchent la divagation du bétail et assurent la protection des cultures. Ces talus marqueront par la suite la propriété privée. Le bois commençant à manquer au 17e siècle, les talus sont alors exploités grâce à la plantation de tous types d´arbres et d'arbustes. L´ajonc et le genêt servant de fourrage et de combustible sont également semés sur certains talus.

    Alternant polyculture et élevage, le mode d´exploitation des terres va peu à peu se transformer avec la mécanisation, l´électrification des campagnes et la mise en place d´une économie de marché après la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1960, le nombre d´exploitants agricoles a fortement diminué, alors que l´intensification des productions et l´expansion de l´élevage hors sol ont entraîné l´arasement de nombreux talus et le morcellement du maillage bocager, comme, par exemple, dans le sud de la commune, entre Camblan, Kerambellec et Cozilis.

    Certaines terres sont laissées à l´abandon et s'enfrichent, par exemple au nord-ouest de Kersaliou Laurent. C´est la déprise agricole qui aboutit à la fermeture des paysages.

    LES UNITES PAYSAGERES

    Le terme d´unité paysagère désigne une portion de territoire homogène dont les caractéristiques physiques et humaines (topographie, géologie, relief, activités, occupation du sol) apparaissent de manière constante. Une typologie de ces unités de paysage peut être ainsi définie pour la commune.

    LES ZONES HUMIDES, LES VALLONS ET LA VALLÉE DE L´AULNE

    Locmaria-Berrien est drainé par un réseau hydrographique assez dense composé de nombreux cours d´eau dont les principaux sont l´Aulne et ses affluents (dont la rivière d´Argent et le Dour Yvonnic). Les vallons et vallées que forment ces cours d´eau présente des profils différents : la vallée de l´Aulne, celle de la rivière d´Argent et le vallon du Beurc´hoat (limite est de la commune et au centre de la commune), à fonds plats, sont très larges (de 100 à 500 mètres au sud de Kervallon), contrairement aux autres vallons. Les cours d´eau sillonnent en général les parcelles de bocage offrant des paysages doux et variés et donnant souvent l´impression de fouillis végétal qui limite les perspectives visuelles. Le ruisseau de la Mine, la rivière d´Argent et l´Aulne bordent souvent des zones forestières limitant leur accès et leur visibilité. Réaménagée en « voie verte » par le Conseil général du Finistère, l´ancien tracé de la ligne de chemin de fer permet une progression le long du cours du Beurc´hoat et de l´Aulne.

    Développée sur sol hydromorphe, la végétation des abords des autres cours d´eau, notamment de l´Aulne et de ses affluents, le plus souvent composée de joncs, de grandes touffes de carex ainsi que de saules et d´osiers, est un refuge pour bon nombre d´espèces animales.

    LE BOCAGE

    Cette unité paysagère regroupe deux fonctions : la production (espaces d´activités agricoles) et l´habitation (lieux d´implantation du bâti). On distingue deux types de bocage. Le bocage fermé qui correspond à un maillage serré sur relief mouvementé, comme autour de bon nombre de hameaux en général, et en particulier dans le secteur de Kerliou-Vraz et Saint-Ambroise. Le paysage y est fermé, y compris à partir des voies de communication, le développement des friches contribuant à cette fermeture, c´est par exemple le cas au nord-ouest de Kersaliou Laurent. Les talus sont plus hauts, jouant parfois un rôle de mur de soutènement, et plus boisés, avec une strate arborescente généralement présente (notamment entre Saint-Ambroise et Kerret) composée principalement de chênes pédonculés, hêtres, châtaigniers, noisetiers souvent associés à des fougères, ajoncs, genêts et callunes. Ce type de bocage reste en contact étroit avec les zones humides des vallées (ruisseaux du Beurc´hoat). Il est principalement présent dans des zones de pâturage ; presque toutes les parcelles de bocage, de petite taille, sont utilisées pour l'élevage.

    Le bocage ouvert est présent en périphérie extérieure du bocage fermé qui entoure bon nombre de hameaux (Kersaliou-Vraz), mais également dans le sud de la commune, entre Camblan, Kerambellec et Cozilis ou autour de Coscoat. Les talus sont beaucoup plus bas et découverts, laissant apparaître la trame distendue du bocage. Les grandes cultures intensives dominent parfois ces secteurs.

    LES BOISEMENTS

    Les surfaces boisées, diffuses et éparses, se répartissent sur l´ensemble du territoire communal. Cependant, plusieurs zones boisées apparaissent de manière étendue au sud, en limite communale avec Poullaouen et Plouyé ainsi que sur la frange ouest et nord-ouest. Il s´agit des forêts domaniales de Huelgoat (forêt de Botvarec) et de Saint-Ambroise (bois du Meinguen, bois du Hélas), massifs forestiers importants composé d´une chênaie-hêtraie mais également de reboisements en conifère.

    On distingue des boisements traditionnels de feuillus et des boisements exotiques de conifères épars occupant des parcelles rectilignes.

    D´une manière générale, l´impact des boisements de conifères sur le paysage est fort. Exotiques, au feuillage persistant et de couleur sombre, les conifères perturbent l´équilibre originel des paysages avec leurs parcelles et leurs cheminements rectilignes qui contribuent à leur aspect artificiel. Ces boisements se situent essentiellement en bordure du bois de Meinguen au nord de la commune.

    Les forêts de Huelgoat et de Saint-Ambroise est le reliquat de l´ancienne forêt royale qui dépendait de la Maîtrise des Eaux et Forêts de Carhaix. D´après un plan de 1787-1788, sa superficie atteignait 1356 hectares ; elle était « déchiquetée au hasard et parsemée d´habitations, de champs, de prés et de landes. Les administrateurs précédents, toujours trompés, en ont toujours encouragé la destruction en affectant à chaque destructeur le terrain qu´il demandait à mesure qu´il essartait ». Il ne s´agissait alors pas d´un massif boisé continu, mais d´un assemblage disparate de parcelles boisées, de landes, de prés et de terres cultivées. En 1785, la futaie de Botvarec s´étendait sur 285 arpents (soit 144,837 ha) ; celle des bois du Hélas et de Meinguen couvrait 500 arpents (254,1 ha). L´aménagement de 1788 divisait la forêt en trois zones, dont celle de Saint-Ambroise traitée en taille simple (taillis). A cette période, l´exploitation des mines de plomb argentifères de Locmaria-Berrien, grande consommatrice de bois, met en péril le massif forestier : exploitation abusive et désordonnée, terrains à l´état de friches ou, puisque devenus inutiles, abandonnés à des particuliers par la Compagnie des Mines. En 1822, c´est à 598 hectares qu´est réduit le massif domanial qui ne compte alors plus que 486 hectares réellement boisés. S´ensuit une longue période de reboisement qui explique la présence d´essences exotiques telles que des sapins, pins, sapins douglas et bien d´autres.

    Sur l´ensemble du territoire communal, de petites parcelles de feuillus, aujourd´hui souvent délaissées, étaient exploitées en taillis pour servir de bois d´oeuvre et de bois de chauffage.

    L´IMPLANTATION DU BÂTI DANS LE PAYSAGE

    Dans ce territoire de plateau bocager aux collines marquées par le relief, l´habitat est dispersé sur l´ensemble de la commune, à l´exception de l´extrémité sud et de la bordure nord-ouest couvertes de forêts. On dénombre plus d´une trentaine de regroupements d´habitats à Locmaria-Berrien dont le bourg. Plus de la moitié de cet habitat dispersé correspond à des fermes isolées ou des villages de dimensions très restreintes (deux ou trois fermes). Une demi-douzaine d'écarts environ atteignent un certain développement, avec au maximum une petite dizaine d´anciennes fermes (Camblan, Kergouarc´h, Kerliou-Vraz, Tya-ar-Gall et Saint-Ambroise). D´autres hameaux, relativement importants, ont été implantés à la fin du 19e siècle avec l´arrivée du chemin de fer (La Gare, Kervallon, Toul-Trink). Leur développement est linéaire, le long des voies de communication. La structure des autres regroupements est concentrique (Kerliou-Vraz, Ty-ar-Gall), témoins d´une implantation ancienne avec un ou plusieurs noyaux (au bourg par exemple). De nombreux écarts se sont implantés en bordure des forêts domaniales de Saint-Ambroise et de Huelgoat ; ils sont dit d´essartage et correspondent à un défrichement ancien de la forêt.

    LES MODES D´IMPLANTATION DU BATI

    Comme partout ailleurs, la population rurale a choisi des lieux d´implantation propices, protégés des vents dominants et des intempéries et proches des diverses sources d´eau. Cependant, suivant la taille des regroupements et surtout leur position géographique, le mode d´implantation varie.

    L´implantation en hauteur de colline est minoritaire, elle concerne quelques hameaux (la Molette, Bruguec, Kernévez, Resthervé). Lieu stratégique d´observation, ce mode d´implantation est très ancien.

    L´implantation à mi-hauteur sur versant, entre hauteurs et vallées, est majoritaire. Lorsque la topographie le permet, les replats ou les sites faiblement pentus sont choisis comme lieux d´implantation où l´habitat peut se développer de manière plus étendue (Kersaliou Lann, Rouzoucon, Kerlivet, Kerret). En cas de relief accusé, essentiellement dans la partie centrale de la commune (Rumeïn, Ty-ar-Gall, Kersaliou Laurent, Kerjoly, La Haie-Douar, le bourg), le bâti s'adapte et se resserre.

    Les fonds de vallon sont les lieux d´implantation privilégiés des moulins (moulin d´Argent) mais aussi des hameaux résultants de l´arrivée du chemin de fer (Kervallon, la Gare, Toul-Trink) et une ferme isolée (pont Miquel).

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Finistère, 2 Fi 129.

Bibliographie
  • BARON Françoise. Aspects biogéographiques de l´Arrée. Tome IV : Le pays d'Huelgoat. Université de Bretagne Occidentale. Faculté des lettres et sciences humaines de Brest. Travail d´étude et de recherche préparé sous la responsabilité de Jacques GARREAU, agrégé de l´Université. 1972.

  • DESHAYES, Albert. Dictionnaire topographique du Finistère. Spézet, Coop Breizh, 2003.

    p. 152-153
  • Ouvrage collectif. Le bocage des Monts d'Arrée. Paysage de bocage. Gestion des espaces naturels, agricoles et forestiers. Fédération des Parcs naturels régionaux. Parc naturel régional d'Armorique. Ministère de l'agriculture et de la pêche. Paris, 2000.

  • PEYRON, Paul, ABGRALL, Jean-Marie. Loc-Maria Berrien. Notices des paroisses du diocèse de Quimper et de Léon. Dans : Bulletin de la commission diocésaine d´architecture et d´archéologie, vol.6, 1922.

    p. 239-246