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Les maisons en milieu urbain sur la commune de Saint-Cast-le-Guildo

Dossier IA22000784 réalisé en 1998

Fiche

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Le corpus recensé en 1998, dans le cadre de l'étude du patrimoine balnéaire de la Côte d'Emeraude, est formé de 320 maisons situées dans la station et dans ses abords immédiats, correspondant aux sections AB, AC, AD, AE, AH, AI, AK, AL, AM, AN et AO du cadastre actuel.

Les édifices recensés sont les maisons de villégiature identifiées comme telles, en fonction de leur emplacement et de leur typologie, mais également des maisons construites dans les mêmes secteurs qui peuvent être habitées par des résidents. Le recensement, effectué depuis la voie publique, sans que les édifices aient été visités, ne permet pas toujours d'établir avec certitude la distinction en raison d'un usage possible et saisonnier des maisons mais également de leur usage actuel qui a nécessairement entraîné des mutations du bâti.

Historique

Le corpus recensé peut être divisé en trois périodes principales :

- le lancement de la plage, des années 1880 jusqu'au premières années du 20e siècle, c'est à dire avant la construction de la voie ferrée : 87 maisons ont été recensées, parmi lesquelles 62 maisons de villégiature.

- le 1er quart du 20e siècle, des années 1905-1910 jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale : 144 maisons ont été recensées, parmi lesquelles 108 maisons de villégiature.

- le 2e quart du 20e siècle, correspondant à l'entre-deux-guerres : 88 maisons recensées, parmi lesquelles 47 maisons de villégiature.

Comme le montre le graphique, la période de construction la plus importante se situe entre 1905 et 1920. Jusqu'à cette date, le taux de construction des maisons de villégiature est plus important que celui de l'ensemble des maisons ; la tendance est inversée entre les deux guerres où les rénovations sont cependant importantes, comme le montre, par exemple, la villa située 20 boulevard de la Mer.

Peu d'architectes ont pu être identifiés. Plusieurs maisons présentent des parentés stylistiques avec les oeuvres attestées de l'architecte Audier (Les Musardises) qui semble avoir été actif dans la station, entre 1900 et 1914, comme l'indiquent également les plans d'une villa non identifiée sur le terrain datant de 1910 (doc. 6 à 8). Deux interventions de l'architecte Eugène Olichon, en 1923 et 1925, sont également connues par des plans, la villa La Vallée et l'agrandissement de la villa Les Goélands, rue de la Colonne. Deux entrepreneurs sont particulièrement actifs dans la station, leur production reste à établir de manière exhaustive, l'entrepreneur Mathurin Macé et l'ingénieur Arthur Lesaux.

Implantation

Les maisons sont d'abord construites aux abords de la plage, aux Mielles, mais surtout sur des points hauts, lotissement Marinier, rue de Tourneuf et à l'Isle, dans le quartier du Port-Jaquet, comme le montrent les cartes postales du début du siècle (doc. 1 à 3).

Durant le 1er quart du 20e siècle, le développement du bâti est important mais il est toujours localisé dans les mêmes secteurs qui s'étendent à la rue de la Colonne et à l'Isle. Les premières villas construites au bord de l'eau sont construites, au bas de l'Isle (Le Brise-Lame) mais également à la pointe de la Garde (doc. 4).

Durant le 2e quart du 20e siècle, le nombre des constructions est également important, plutôt localisé dans les premiers secteurs d'implantation où il reste des parcelles disponibles.

Le parcellaire est très différent suivant les quartiers, les vastes parcelles irrégulières du Port-Jacquet et du Val-Saint-Rieul, les parcelles régulières du lotissement Marinier ou du quartier des Mielles, enfin les parcelles agricoles en lanière des zones périphériques où la construction s'effectue par à-coup avec des lotissements de parcelle de type poche et non de type filant, comme c'est le cas rue de Tourneuf ou rue de la Corniche-en-l'Isle, par exemple.

Les matériaux

Matériaux de couverture

L´ardoise est le matériau de couverture le plus fréquent (91%). Parmi les couvertures en tuiles, relativement marginales (5%), on distingue les tuiles plates utilisées autour de 1910, comme à Ker Cast et les tuiles mécaniques, le plus souvent associées aux chalets en bois, entre les deux guerres.

Ces deux matériaux restent des références, dans la station, comme l'indique le cahier des charges du lotissement de la Fosserole (1931) qui rend obligatoire l´utilisation de tuiles ou d´ardoise « à moins qu´il ne soit présenté d´autres matériaux agréables à l´oeil » (A. C. Saint-Cast).

Matériau de gros oeuvre

En dehors des constructions de style art-déco et des « maisons italiennes » qui sont systématiquement enduites en façade, les maisons construites en schiste apparent forment 94% du corpus. Parmi celles-ci, 10,5% sont enduites en façade et 16,5% comportent un enduit partiel, simulant le plus souvent un faux pan de bois en partie haute.

Toutes les demeures sont construites avec un schiste d´extraction locale : un premier gisement, situé au sud des Mielles, est exploité jusqu´au début du siècle : il s´agit d´un schiste ferrugineux de couleur rouille (50 édifices recensés qui correspondent aux premières villas de la station), un second gisement est exploité à partir de 1900 : il s´agit d´un schiste briovérien de couleur bleu-gris, parfois de teinte blonde (272 maisons). Vers 1900, on constate l´utilisation de schiste bleu en façade et de schiste rouge pour les façades secondaires, à l'exemple des villas du lotissement des Chalets Steck.

Une carrière est mentionnée vers 1885, sans doute celle qui est située à proximité du Couvent, pièce de terre localisée au sud des Mielles, une autre est mentionnée comme désaffectée dans la vallée Besnault, au début du siècle. Enfin le plan de 1932 figure des carrières au nord de l'Isle et au Châtelet, cette dernière vraisemblablement exploitée par l'entrepreneur Macé.

Quelques chalets en bois ont été recensés (7), leur rareté leur confère aujourd´hui une valeur de témoignage d´un phénomène relativement répandu jusque dans les années trente. On peut signaler ceux du lotissement Marinier (Ty Reinette, 2 rue des Bois, Ker Mamy, 35 boulevard de la Garde et Ker Jovial, 4 rue de la Corniche-Ouest) mais également le Chalet Sainte-Anne, allée de la Rabine. Enfin, 5 chalets en béton, construits dans le lotissement Marinier, constituent un phénomène unique à l'échelle de la Côte d'Emeraude (rue des Eaux, Mirasol, rue des Bois, Le chalet, rue d'Armor).

La maison construite entièrement en brique (Le Tertre, rue de la Vallée-Besnault), sans doute associée à l'ancienne usine électrique, reste une exception dans la station.

La typologie

La maison de villégiature, d'abord destinée à l'aristocratie, puis à la haute bourgeoisie, servira de modèle aux édifices conçus pour la bourgeoisie moyenne, suivant des principes définis, en 1864, par l'architecte César Daly : la fantaisie, l'irrégularité, la salubrité, enfin le point de vue. Elle s'adapte à un parcellaire vaste et irrégulier mais également au parcellaire réduit et régulier.

Dans la station, la typologie des maisons de villégiature présente un certain nombre de caractères communs. Elles sont toujours construites en rez-de-chaussée surélevé, avec étage de soubassement quand le terrain est en pente, et comptent un étage carré et un étage de comble, le nombre des chambres étant toujours important, comme le montre également le prospectus de vente d'Alfred Marinier (voir lotissement Marinier). Elles disposent toujours d'un jardin. Le point de vue y est déterminant et elles possèdent toujours balcons, bow-windows ou loggias, parfois combinés.

Durant la première période, on peut distinguer :

-les édifices de plan massé à travées, dont on trouve plusieurs exemples rue de Tourneuf (n° : 13-15, 18, 33, 35 et 37) et rue d'Ar-Vro, certaines à façade pignon (12 boulevard Alfred-Marinier, 9 rue Jacques-Cartier, 25 boulevard de la Mer) et demi-croupe (Chalets Steck, 48 et 50 boulevard de la Garde).

-les édifices de plan massé, dont la façade est rythmée par un pignon en décrochement (Les Bruyères, boulevard Alfred-Marinier), qui s'accompagne, autour de 1915, d'un traitement de la toiture en demi-croupe (Ma Jonj Eo, 11 rue de la Corniche-en-l'Isle, ainsi que sa voisine située au n°9). Cette volumétrie pittoresque est également utilisée pour les maisons à boutique, comme le montre la carte postale du début du siècle représentant l'épicerie Pluet (doc.5) mais également celle située à l'angle de la rue Alix et de la Corniche-Ouest, à la Garde ou encore, celle du 17 boulevard Duponchel.

Ces modèles simples, auxquels appartiennent les villas proposées à la vente par Alfred Marinier, semblent correspondre à des maisons de rapport, construites dans la station dès la fin du 19e siècle, comme le confirme leur présence sur le plan publicitaire de la station publié en 1902. La villa Le Brise-Lame, construite vers 1905, appartient à cette typologie même si elle se distingue par son soubassement contreforté et sa situation exceptionnelle.

Plusieurs maisons de villégiature présentent également de simples façades ternaires (15 rue des Fontenelles ou 10 rue de la Mare), parfois agrémentées d'un fronton triangulaire qui coiffe la travée axiale (6 et 8 rue de Tourneuf). La Villa-Marinier, boulevard Alfred-Marinier, présente une typologie qui se réfère résolument au modèle des malouinières, comme les maisons d'armateur de la Garde.

Des modèles plus complexes, qui se caractérisent par des volumes assemblés, sont construits dans les premières années du 20e siècle, en particulier dans le quartier du Port-Jacquet (Ker Beaudoir, 7 impasse du Baromètre, le Clos-Jaquet, 36 rue du Port-Jacquet) ou dans le quartier des Mielles mais également Les étincelles, 56 rue de la Colonne, ou encore, le Clos-Cotillon, et La Vallée, plus tardives.

Les exemples les plus remarquables, dont les architectes restent à identifier, sont La Bertinière, 7 boulevard Alfred-Marinier, et La Rabine, 8 rue du Chêne-Vert, ou encore Les Fontarabins, 37 rue de la Colonne, mais également la villa Le Clos, allée du Val-Rieul.

Les styles

A Saint-Cast, les références aux styles d'inspiration savante sont peut nombreuses. Les villas de style néogothique (Les Musardises, 17 boulevard de la Mer) ou néo-roman (La Bertinière, 7 boulevard Alfred-Marinier) sont exceptionnelles, tout comme les villas italiennes (Belleza, rue des Ajoncs-d'Or, Les Fontenelles, rue des Fontenelles), la villa Ker Léo, de style mauresque, 1 boulevard de la Mer ou encore la monumentale villa Ker Léo dessinée par Boleslas de Jankowski, boulevard de la Mer, toutes deux détruites.

Le style régionaliste semble s'imposer très tôt dans la station, autour de 1910, comme le montrent la villa Le Clos, allée du Val-Rieul, ou encore Les étincelles, 56 rue de la Colonne ou encore la villa Ker Cast, dont l'auteur reste à identifier.

Il s'exprime d'abord par des habillages de pan de bois, nombreux dans le lotissement Marinier, puis par une esthétique minérale, dont la station compte également de très intéressants exemples : Le Bigorneau, rue de la Feuillade, Bagatelle, place Anne-de-Bretagne, Pen ti Breiz, 16 et 18 rue des Bois, puis Les Farfadets, rue de la Tiolais, enfin La Caravelle, 5 rue du Bec-Rond. Plusieurs de ces maisons sont construites sur les plans de l'ingénieur Arthur Lesaux, dont on a cru pouvoir identifier une dizaine d'oeuvres, soit par tradition orale, soit par les parentés stylistiques existant avec la maison qui figure sur une affiche publicitaire, Réjouis-toi, 30 rue de la Fosserole.

Dès leur apparition, les modèles des maisons de villégiature influencent la construction des maisons des résidents, comme le montre la villa L'Albatros, 7 rue de la Gare. Entre les deux guerres, les lois sur l'habitat social facilitent l'accès à la propriété et les entrepreneur construisent des maisons à Bon Marché (rue de la Ville-Orien, rue des Nouettes), qui s'inspirent du pittoresque des maisons de villégiature, comme c'est également le cas dans les lotissements de la périphérie des villes. De nombreux aménagements sont également réalisés pour permettre la location saisonnière partielle, en particulier la présence d'accès indépendants à chaque niveau (18 et 20 rue du Moulin-d'Anne, 6 rue de la Fosserole, La Mignonne, rue de Lesrot, avenue Richard-Chauvin).

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Dénominations maison
Adresse Commune : Saint-Cast-le-Guildo
Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
Décompte des œuvres repérées 357
étudiées 31

Références documentaires

Documents figurés
  • Saint-Cast. (C.-du-N.) La pointe de la Garde, carte postale, 1er quart 20e siècle (A. P.).

  • Propriété de M. Bécuwe à Saint-Cast. Façade côté salon, plan d'exécution d'après Audier, 1910 (A. P.).

  • Propriété de M. Bécuwe à Saint-Cast. Façade Hall, plan d'exécution d'après Audier, 1910 (A. P.).

  • Propriété de M. Bécuwe à Saint-Cast. Plan du rez-de-chaussée, plan d'exécution d'après Audier, 1910 (A. P.).

  • Saint-Cast. Vue vers la Gare (sic), prise de l'Isle, carte postale, 1er quart 20e siècle (A. P.).

  • Saint-Cast. La Garde. Un groupe de villas, carte postale, 1er quart 20e siècle (A. P.).

  • Saint-Cast - Les falaises de l'Ile, carte postale, 1er quart 20e siècle (A. P.).