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Les carrières industrielles de l'Ouest (Erquy)

Dossier IA22004198 réalisé en 2005

Fiche

Œuvres contenues

AppellationsLes Carrières de l'Ouest
Parties constituantes non étudiéesforge
Dénominationscarrière
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Pléneuf-Val-André
AdresseCommune : Erquy
Lieu-dit : le Pendu, les Lacs Bleus, le Sémaphore, le Cap d'Erquy, la Fosse Eyrand, le Port Blanc
Cadastre : 1987 A

Depuis longtemps, on savait tirer parti à Erquy de la présence abondante du grès rose pour la construction, mais l'on se contentait d'exploiter les affleurements naturels de la Garenne (les pierres de Garenne) et les escarpements du bord de mer (le poudingue). La famille Dolledec d'Erquy à la fin du 18ème siècle avait commencé cette exploitation. Cependant, les premières carrières ne furent véritablement ouvertes qu'au début du 19ème siècle, par les familles de maçons, aux abords du Pendu (famille Cholet) et du sémaphore (Dagorn, Rault, Le Gentil). En 1848, l'extraction se développa avec l'ouverture de la carrière du Maupas (le Lac Bleu) dont on tira les matériaux d'empierrement nécessaires à la réalisation de la route nationale. En 1854-55, la commune accorda l'exploitation des pointes rocheuses autour de Saint-Michel à Barrier, entrepreneur au Mans, qui utilisait le grès rose pour le pavage des rues. En 1891-92, la Société des Carrières de l'Ouest racheta la société Barrier et fit l'acquisition de toutes les carrières ouvertes sur le cap d'Erquy entre le Noirmont et les Trois Pierres, puis jusqu'à Pléhérel. Elle se lança dans l'exploitation industrielle du grès rose, essentiellement tournée vers l'exploitation des pavés. En 1866, la construction du Port Barrier inaugurait le développement commercial des carrières (pavés) par la voie maritime. A la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, les carrières emploient jusqu'à 400 ouvriers. Le dernier bateau à vapeur transportant le grès s'appelait le "Quartzite". Une partie du personnel des carrières était logée sur le port. Le village de la Fosse Eyrand fut réalisé par la Société des Carrières de l'Ouest pour loger ses ouvriers occupés à l'exploitation des carrières voisines, transformées aujourd'hui en centre de vacances. Les carrières exploitées par des artisans répondaient aux besoins d'une clientèle locale et fournissaient des cheminées, linteaux et entourages de portes et fenêtres, poteaux de hangar et d'entrée de champ, dalles pour le sol, moellons de maçonneries et d'énormes masses de remblais utilisées pour les routes et les chemins. Au fond des carrières, les ouvriers s'abritaient derrière un rudimentaire clayonnage. L'activité des carrières fut à son maximum entre 1900 et 1927, puis la production s'affaiblit progressivement, victime de la concurrence et d'un manque de mécanisation. Les sites les plus favorables avaient été exploités sans ménagement et l'urbanisation aux abords des carrières de Tu es Roc interdit l'extension de celles-ci. A partir de 1914 : fermeture de l'extraction par creusement sur le cap devenu les "lacs Bleus". En 1930, les carrières de la Fosse-Eyrand périclitent. Cependant, en 1943, les Allemands relancent l'exploitation de la Fosse-Eyrand pour produire le granulat nécessaire à la construction du Mur de l'Atlantique. A partir des années 1950, La Société des Carrières de l'Ouest délaisse la production de pavés pour celle des granulats. Les carrières furent définitivement fermées en 1960. Le barrage de la Rance fut construit en 1961-65 avec les débris de la carrière de la Fosse Eyrand. La construction du nouveau port de pêche fut réalisée en 1971 avec les débris amassés jusqu'en 1937-38 à proximité. Cependant, en 1986, la SARL Grès et Tradition d'Erquy reprenait une partie de la concession (sous l'ancien sémaphore, avec un lieu de vente située à la Couture). Depuis 1991, l'extraction a recommencé sur Erquy. Cette entreprise produit des moellons, parements, pavés, cheminées et mobilier poli. A Fréhel, existe la dernière entreprise locale appartenant à la Société des Carrières de l'Ouest. Elle a pu perdurer, grâce à sa reconversion, vers les années 1950, dans la production industrielle de granulats. Nous avons repéré deux œuvres sur le circuit des carrières de la pointe d'Erquy : les bâtiments en partie en ruines de la forge au-dessus du port et l'ancienne poudrière sur le site de Port-Blanc. L'étude de la forge a été effectuée.

Période(s)Principale : 3e quart 19e siècle
Principale : 20e siècle

La carrière est située sur le point culminant d'Erquy : 75 m. L'extraction s'effectuait à ciel ouvert, à flanc de coteau entre le Pendu et la Pointe du port. Les ouvriers enlevaient d'abord la terre puis la "mauvaise pierre" du dessus, qui était concassée pour faire du béton. En dessous, se trouvent les beaux blocs dont le sens de coupe est pour toute la région : sud-ouest-nord-est. Cette pierre est de couleur rose avec des lignes horizontales plus claires et des filons presque verticaux de quartz. Les fronts de taille étaient coupés en gradins très inclinés et atteignaient de 15 mètres jusqu'à 20 mètres de hauteur. L'inclinaison des bancs de grès était de 30° dirigés vers le nord, en sens inverse des fronts de taille. Les parties supérieures des fronts de taille étaient parfois recouvertes d'un conglomérat qui était coupé en retrait avec le talus. De la côte d'Erquy à la Fosse Eyrand, les cinq chantiers couvraient une surface de 18, 10 ha en 1911, pour une longueur d'environ 800 m. Un réseau de voies Decauville (chariots sur chemin de fer) sillonnait le cap et aboutissait au-dessus de la jetée. Un système de funiculaire permettait la descente et la remontée des wagonnets. Goélettes et sloops se succédaient le long du quai pour prendre leur chargement de pavés qui étaient déversés sur le pont avant d'être rangés à fond de cale. Les voies Decauville de 0,50 développaient environ 1000 mètres pour relier les différents chantiers au port d'Erquy. Le chantier de Maupas avait une altitude de 26 mètres au-dessus du quai. Deux poudrières permettaient de stocker les explosifs dans un petit édifice en maçonnerie, recouvert de terre : la poudre noire et la poudre Favier.

États conservationsdésaffecté, vestiges

Le site industriel des Carrières de l'Ouest sur le Cap d'Erquy et la Fosse Eyrand, par la richesse de ses vestiges, mériterait d'être étudié dans le cadre d'un plan d'interprétation du grès d'Erquy.

Statut de la propriétépropriété du département
propriété de la commune
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • L'histoire industrielle des carrières des deux caps

    La première exploitation industrielle : l'entreprise Barrier

    Vers 1840, Louis Philippe favorisa l'installation à Erquy de deux sociétés de carrières de travaux publics : les sociétés Cholet et Jouanne de Saint-Servan. Elles louèrent les terrains du Pendu et du Gentil (les frères Cholet) et du Lantier, puis du Maupas (après 1848, la société Yves Jouanne). Les matériaux extraits servaient à empierrer les routes, notamment la carrière du Maupas qui servit plus tard à la réalisation de la route nationale n° 137. Cette activité amena l'Etat à construire la première partie du môle d'Erquy.

    Lorsque la Garenne devint en 1853 la propriété de la commune d'Erquy, celle-ci pensa trouver une source de revenus en favorisant l'ouverture d'autres carrières à Tu Es Roc et à la Garenne. Elle fit procéder à une enquête d'utilité publique. Il en résulta un avis favorable de tous les carriers du pays qui refusaient l'installation de tout étranger à la commune. La vente totale des landes de la Garenne ayant rempli les caisses de la commune, ces projets furent ajournés.

    L'exploitation en grand des carrières d'Erquy et de Pléhérel ne commença vraiment qu'en 1886, lorsque Barrier, entrepreneur de travaux publics au Mans, qui avait obtenu le marché de la fourniture de pavés pour la ville de Paris, puis ensuite des grandes villes du Nord de la France, s'intéressa aux carrières de Fréhel et d'Erquy. Novateur, il entreprit d'attaquer les falaises de grès par la base, le long du rivage de la mer, de façonner les pavés sur place et de les expédier par la voie maritime.

    Les premières estacades : points d'embarquement

    Il convenait d'aménager pour ce nouveau trafic des points d'embarquement situés au plus près des carrières. En 1886, Barrier achetait deux hectares de lande à la Grosse Falaise en Pléhérel et un hectare à la Fosse Eyrand. Il construisit au pied de la Grosse Falaise (pointe du Fournel) une estacade en bois : le port Barrier. Du coté d'Erquy, afin d'avoir la possibilité de construire un ouvrage semblable au port de la Noë, il acheta la concession des têtes de roche de "La Roche Pécheresse", la "Roche des Avirons", le "Petit Gouvray" (plage Saint-Michel) et "Follet", ainsi qu'une bande de terrain le long du rivage, ce qui lui permettait de conduire ses matériaux de la Fosse Eyrand au port de la Noë.

    Ce système d'embarquement par des estacades en bois était cependant peu sûr par mauvais temps. A Pléherel, Barrier voulut utiliser le Port-Nieux dans la baie de la Fresnaye. Cependant, les lourds charrois défonçaient les chemins communaux. Pléhérel voulut lui en imposer l'entretien. Barrier lui fit un procès qu'il perdit à Saint-Brieuc et gagna à moitié, en appel à Rennes.

    A la Garenne d'Erquy, Barrier avait acquis vers 1884 la concession des carrières familiales situées entre le Petit Port et Noirmont, à proximité du port dont l'Etat autant que les édiles communaux évaluaient bien la nécessité d'améliorer les installations ... En 1875, le prolongement de la jetée et l'établissement de quais avaient été réclamés, en vains. Le ministre avait refusé "vu le mauvais état des finances publiques" ... Mais en 1886, sous l'impulsion de Barrier, qui était fournisseur de l'Etat, le ministre programma sur le domaine public l'édification d'un quai et d'un chemin d'accès au pied du Noirmont. La commune d'Erquy était partie prenante pour 1/3 du financement de ces travaux. Barrier obtint la concession d'une bande de terre de 1,25 m de large le long de ce chemin d'accès ainsi qu'un espace pour édifier une estacade d'embarquement à l"endroit le plus sur du port". En échange, Barrier fournissait à taux très réduit les matériaux à une entreprise de Mayenne, Vital Galard qui avait soumissionné les travaux au quart du prix moins cher que le devis des Ponts et Chaussées (économie pour l'Etat et la commune). Barrier put installer son chantier de taille de pavés sur la plage de l'échaussée, avec les blocs amenés par wagonnets sur une voie ferrée établie sur sa concession. Après la réception des travaux (le 28 février 1889), la municipalité d'Erquy s'aperçut que Barrier était devenu le seul utilisateur du port au détriment de tous les autres commerçants qui avaient des difficultés à faire circuler leurs charrettes sur le nouveau quai, rendu glissant par une pente trop prononcée. Elle voulut faire annuler la concession Barrier ; ce qui provoqua une belle pagaille politique et administrative entre l'ingénieur des Ponts Guillemoto, le maire d'Erquy et le châtelain de Noirmont. Barrier dut installer au Légué son chantier en attendant la résolution du conflit.

    De Barrier à la Société des Carrières de l'Ouest

    En 1890, la société Barrier fut absorbée par la Société des Carrières de l'Ouest qui exploitait une dizaine de carrières dans tout l'ouest de la France, notamment à l'Île Grande, d'où elle tirait des bordures de trottoir. Son siège social était à Paris. Elle garda Barrier comme directeur pour Erquy et Pléhérel. C'est donc en cette qualité que Barrier acquit en 1891, à la commune d'Erquy, toute la côte du cap située entre le four à boulets et la pointe de Crève Coeur (non vendue en 1857). Cependant, cette partie de falaise ne fut jamais exploitée. En 1893 ; il acheta ce qui restait des carrières artisanales de Pléhérel dans la lande de la Chapelle aux Chèvres, près de l'anse du Grand Douët.

    La grande période des Carrières de l'Ouest put commencer jusqu'en 1939, ponctuée par le renouvellement des baux d'extraction, qui amenait des tensions vives entre la société et les collectivités locales. En 1936, l'armée fut même envoyée à Pléhérel par crainte des mouvements ouvriers...

    Les nouveaux aménagements portuaires

    L'augmentation de la production des carrières de la Garenne amena le ministre des travaux publics, la chambre de commerce de Saint-Brieuc et la municipalité d'Erquy à envisager le prolongement de la jetée différée en 1886. La visite du ministre à Erquy le 27 août 1892 déclancha sa mise en oeuvre. La Société des Carrière promit de fournir les matériaux (blocs de 300kg minimum côté port et 1000kg côté mer) pour un prix très minime. La commune ne put assurer qu'une partie du financement, avec un complément de la chambre de commerce moyennant la perception d'une taxe de tonnage. La nouvelle jetée fut achevée en août 1898 et le phare allumé en 1899.

    En 1895, Erquy concéda à Pottier, directeur particulier de la Société à Erquy, après Barrier, la concession d'un chemin de fer Decauville à voie étroite (50 cm) joignant Noirmont à Follet, en empruntant les voies communales, avec la permission d'établir dépôts, abris, hangars où cela lui convenait pour l'exploitation. Elle obtint ainsi d'établir une sorte de digue en pierres sèches entre la Fosse Eyrand et la grève du Gouvray (grève Saint-Michel au niveau des roches Pécheresses). On la distingue encore de nos jours. En 1903, elle obtint aussi de l'Etat la permission de baliser à ses propres frais, le rocher de la Pointe du port, à l'entrée du havre de la Noë avec la concession prioritaire d'y faire entrer ses bateaux avant ceux des marins pêcheurs.

    Il n'était pas encore question de Decauville sur le territoire communal de Pléhérel. L'exploitation de la Grosse falaise touchant pratiquement au port Barrier qui voyait ses estacades en bois remplacées par des digues en pierre aux formes bizarres incompréhensibles aux non initiés des problèmes de chargement. Cependant, lorsqu'en 1918, la Société ouvrit des carrières au Routin (actuelles carrières encore en activité) et à la Genière, elle dut s'engager à entretenir les chemins communaux qui les desservaient. En 1925, elle obtint la concession d'une voie Decauville rejoignant la station du Pont-Bourdais, où le chemin de fer départemental du second réseau emmenait sa production de sable et de graviers.

    A Erquy, l'agrandissement du terre-plein de la base ouest de la jetée, dont la Société qui l'avait créé avec ses déblais, avait la concession exclusive, l'amena à abandonner l'idée d'un atelier de taille de sous l'échaussée. D'autre part, le creusement des carrières lui permit de construire à flanc de coteau un chemin d'exploitation (que l'on peut emprunter de nos jours), rejoignant par Decauville chaque entrée de carrière au dit terre-plein. A l'aplomb de la jetée, les wagonnets empruntaient une rampe très pentue.

    Le versement sur les falaises, au dessous des carrières, d'une quantité considérable de déblais changea totalement l'aspect de cette partie de la Garenne d'Erquy. De toute la baie de Saint-Brieuc, on ne voyait que ces falaises roses, au pied des "lacs bleus", chantées par l'écrivain régionaliste Florian Le Roy qui se réjouissait de leur abandon dés avant la guerre 1939-1945.

    En 1923, la Société Civile Immobilière du cap Fréhel, qui avait acquis une grande partie des landes au duc de Feltre, ouvrit une carrière au pied même du cap, à la pointe de la Teignouse. Un rustique quai y fut aménagé. Une quarantaine d'ouvriers de la région y travaillèrent. Les pavés étaient exportés vers l'Angleterre à bord d'un bateau nommé "Achille". Mais la tempête de février 1927 détruisit les installations. La carrière fut abandonnée et ses ouvriers réemployés aux carrières de Louvigné du Désert.

    La fin des carrières industrielles, avant leur reconversion

    La guerre 1939-1945, l'emploi du goudron dans les villes, amena le déclin des carrières des deux caps. La Fosse Eyrand cessa ses activités vers 1960, la carrière de la Grosse falaise quelque temps plus tard. Seule aujourd'hui la carrière du Routin est en activité près du Vieux bourg de Pléhérel. Elle use inlassablement sa part de côte, réduisant en graviers et sables des "pans de pierre d'aplomb comme des murs"...

    La Société des Carrières a laissé à Erquy la digue étroite et fragile du port de la Noë (construite après 1922 par le Département et la Société), des logements pour les familles et leurs ouvriers, d'abord Mayennais puis Finistériens, à partir de 1905, et après 1920 Italiens et Espagnols. Elle a légué aussi ce patrimoine ethnologique à la fois technique et culturel, qui fait partie aujourd'hui de la mémoire ouvrière du pays des deux caps.

  • Témoignage de M. Vouvrat, directeur des Carrières de l'Ouest

    Historique :

    Les Carrières de l'Ouest étaient établies à Alençon en 1886. La carrière de Fréhel a été ouverte à cette époque en 1886. Depuis cette date, l'exploitation y a été permanente, mais avec des objectifs de production changeants. En 1920, elles ont repris l'entreprise Barrier. Elle sont été absorbées en 1968 par la Société Basaltes, dont elles représentent aujourd'hui une des filiales (1/4 de la production). La filiale des Carrières de l'Ouest existe à Fréhel, Cherbourg, Sud Caen, Alençon et Mayenne.

    Dans les années 1950, la société produisait des pavés, des granulats à 70% et des explosifs (monopole européen, amorce balle de chasse du groupe Chédit).

    Au début du siècle, elle employait plus de 120 personnes sur le site d'Erquy ; abandon pendant la guerre puis reprise par les Allemands pour construire les blockhaus. En 1945, elle employait encore autant de main d'oeuvre. Depuis l'automatisation des années 1960, baisse de l'effectif, actuellement 18 personnes employées.

    Le gisement de grès rose de Fréhel représente 97% de la production en Bretagne. Il comporte des bancs de dolérite infiltrés dans les failles (3%), de 4, 5m de large, orientés nord sud. Cette spécificité ouvre aujourd'hui un nouveau marché.

    Constitution du grès :

    Le grès provient du sable comprimé et compressé, redevenu pierre sous l'effet des mouvements géologiques. Il est à nouveau transformé en sable, cette fois par l'intermédiaire de l'homme. Les bancs de dolérite ont déterminé l'histoire de l'exploitation de ces carrières : on a obtenu quatre zones :

    - 1er trou : le "Courcou" (situé en dessous du niveau de la mer), qui comprend de la dolérite plus dur que le grès rose de Fréhel.

    Ce gisement est en projet de réhabilitation : créer un point de mouillage en 2010 après l'exploitation de 1Million de m3 : "point de mouillage exceptionnel pour l'accès et le site ! ".

    - 2ème trou : "La Colonie", concession jusqu'en 2005. Cette concession de 30 ans est en voie de réhabilitation pour être remblayée avec des boues de lavage et des apports extérieurs (avec cependant un risque d'enlisement).

    - 3ème trou : "Le Canyon", zone actuelle de stockage de l'ensemble du site

    - 4ème trou : le Coquillon.

    Les marchés

    Cependant, le sable fin, produit de qualité n'intéresse personne . Il est donc mélangé à un granulat bas de gamme et ainsi écoulé au rabais.

    Projet de débouché : port de Saint-Brieuc et exportation de granulat sur l'Angleterre (Londres).

    Les orientations de la carrière : Les travaux publics (enrochements) dans les années 1960 puis la fourniture de matériau pour la fabrication du béton.

    De nouvelles perspectives : la production de sable naturel. Les marchés se situent sur la côte nord, de Brest vers Caen et la côte sud de l'Angleterre.

    Les outils actuels

    - Un engin d'extraction : 50 tonnes de charge

    - Un concasseur à mâchoire

    - Un crible (triage)

    - Un crible scalpeur (suppression des éléments < 250 mm), utilisé pour la construction d'une digue à Jersey.

    Le Port Barrier

    Le port Barrier représente la richesse de cette carrière, son atout pour l'exportation. Elle fut créée en 1886 à cause des difficultés du transport terrestre et compte tenu du poids élevé des grès.

    A l'époque, les transports marchands s'effectuaient par mer ou par chemin de fer. Le port cessa son activité en 1956, parce qu'il n'était plus rentable. En 1994, l'opportunité des marchés de Jersey puis de Cherbourg entraîne sa restauration et son utilisation durant un an et demi. En 1999, commence le marché avec l'Angleterre sur le produit "couche de roulement". En juillet 1999 : arrivée d'un 8ème bateau, qui transporte l'équivalent de 56 camions.

    La fameuse route Paris-Roubaix a été en partie pavée en grès rose de Fréhel (et de l'Île Grande). Les Champs Elysées ont été pavés par les carrières de Fréhel.

    Particularité de la société : un groupe familial, contrôlé par 4/5 familles actionnaires.

    Les gérants successifs :

    Blanchard de 1972 à 1992

    Couvrat, à partir de 1998

    Transcription des entretiens réalisés en juin 1999 par Morgane Lasjaunias (Syndicat des Caps).

  • Témoignages autour de la carrière de la Fosse Eyrand et du quartier des Hôpitaux : Pierre Péron, Roberte Martin

    Témoignage de Pierre Péron, ancien directeur de la Maison familiale de la Fosse-Eyrand :

    Les bâtisses sont d'anciennes habitations des carriers (corons). Les habitants possédaient jardins attenants et animaux. L'architecture a subi une évolution au début du 20ème siècle : les encadrements des fenêtres les plus anciens sont en grès rose et les plus récents (après 1914) en briquettes. Il y avait une forge, une boulangerie (le bureau du contremaître était dans la partie haute). Contrairement aux carrières d'Erquy (trop escarpées), on utilisait les chevaux à la Fosse-Eyrand et un treuil.

    Il y avait des carriers permanents et des occasionnels (pêcheurs de leur état). Environ 150 carriers travaillaient dans cette carrière et y habitaient. Les conditions de travail étaient très dures : les carriers pouvaient attraper la silicose et devenir sourds à cause du déminage.

    La carrière appartenait à la même société que La Carquois et celle du cap d'Erquy (la Société des Carrières de l'Ouest). Les moellons de la Fosse Eyrand étaient plus friables. La carrière de la Carquois fournissait des pavés, des mosaïques et des gravillons, transportés en train.

    Les monticules de débris ont servi à la construction du barrage de la Rance entre 1961 et 1965.

    Témoignage de Roberte Martin

    Madame Roberte Martin, née Allain, est fille d'un ancien carrier ayant travaillé à la Fosse Eyrand puis à Fréhel. Elle habite la Moinerie.

    Son père Robert Allain fut embauché aux carrières très jeune, au titre d'"épinceur de mosaïque" pour "débosser" la pierre. Plus tard, il taillait et coupait la mosaïque, appelée alors "paquet de tabac". Ces pavés mesuraient 26 x 26 cm sur 14 cm d'épaisseur. Il taillait et coupait également les moellons destinés à la construction des maisons.

    Tous les carriers habitant la Moinerie ou les Hôpitaux, partaient travailler à pied à Pléhérel, en passant par les Sables-d'Or. Les maisons de pêcheurs des Hôpitaux n'avaient pas de fondations ; elles étaient montées sur la roche, appelées "tertres de pierre", c'est-à-dire lieux où on travaillait la pierre sur d'anciennes carrières individuelles. Une massette, un burin et un poinçon ont été trouvés dans une étable.

    En 1952, le salaire de l'épinceur de mosaïque était de 97 francs de l'heure. "Les gens gagnaient peu mais vivaient assez bien, car ils avaient peu de besoins, comparé à aujourd'hui", dixit Roberte Martin.

    Robert Allain était un très bon ouvrier et il recevait donc très souvent des "primes de rendement" car il travaillait vite et bien. Il a reçu la médaille du meilleur ouvrier à Paris avec félicitations.

    Pendant la guerre 1939-1945, les carrières de la Fosse Eyrand, alors inexploitées, devinrent le terrain de jeu des enfants, qui utilisaient les wagons comme moyen ludique de transport.

  • Etude ethno-technique : le traitement du grès rose : processus socio-technique

    Texte rédigé à partir du croisement de plusieurs témoignages et du rapport de Morgane Lasjaunias, Syndicat des Caps.

    Le grès rose quartzite est une roche très dure, très abrasive, mais que l'on parvient à débiter à l'aide d'un outillage simple : masse et barre à mine. A la fin du 18ème siècle, on ramassait à la surface du sol "des pierres de Garenne", larges et plates, qui rompues à coup de maillet, convenaient pour dresser les encoignures des maisons, ainsi que des morceaux de poudingue.

    On les employa dès le Moyen-Age pour la construction des églises. A cette époque, pour les constructions soignées, les pierres de taille de granite venaient de Chausey, via Saint-Malo et le port de la Noë. Cependant, les maçons d'Erquy, dès la fin du 18ème siècle, ont commencé à exploiter des carrières au sud du cap. A l'anse de Port Blanc, ils tiraient avec difficulté une pierre au grain fin, se prêtant à la taille et qu'ils appelaient "granit". D'autres exploitaient la dangereuse carrière en surplomb du port.

    Pour séparer les dalles, trois ouvriers formaient une équipe : l'un tenait la barre que les deux autres frappaient à coup de masse. Une fois la dalle détachée, on la soulevait à l'aide de crics, puis on la déplaçait sur des rouleaux de bois. Lors de l'extraction en hauteur sur le front de taille, la manoeuvre présentait des dangers et un accident était toujours grave. Sans compter le risque de briser une telle dalle après tant d'heures d'efforts pour l'extraire. L'extension se faisait de plus en plus haut à mesure de l'extension de la carrière. Les hommes travaillaient encordés pour prévenir des chutes. Le contremaître surveillait la manoeuvre, le clairon à la main. L'instrument signalait l'explosion imminente d'une mine et l'on criait aux alentours : "Gare à la mine".

    Les tailleurs de pierre étaient rémunérés à la tache, au nombre de pavés réalisés. Les enfants de 12-14 ans représentaient un quart de la masse salariale dans les carrières artisanales jusqu´en 1903. Il n´y avait pas de limite d´âge pour travailler dans les carrières. Debout, face à son baquet de sable, le tailleur façonnait à la demande les dimensions suivantes : du 17 cm x 30 cm ou du 14 cm x 24 cm. Les plus petits calibres 10 cm x 10 cm étaient communément appelés "paquets de tabac".

    Lorsque l'usage d'une mine était nécessaire, l'ouvrier carrier forait à la barre un trou régulier. A chaque coup de masse, la barre était tournée d'un quart de tour pour éviter qu'elle ne se bloque. La tige métallique pénétrait la roche lentement sous les chocs des lourds marteaux qui frappaient en cadence dans un ensemble parfait. Seule la nécessité de reforger la pointe venait interrompre l'ouvrage. L'arrivée tardive des aciers suédois put limiter le retour à la forge.

    A partir des éclats de roche, des traces des pavés ratés, on peut aujourd'hui déterminer les différents postes de travail des carriers : fendeurs, bouchardeurs. L'ancienne forge de la carrière du Maupas est visible sur un escarpement rocheux au-dessus du nouveau port. Chaque ouvrier pouvait forger ses outils. Une brouettée était souvent nécessaire pour une semaine de travail.

    Les traces des rails et parfois les rails eux-mêmes sont encore visibles sur le tracé de la voie Decauville (chariots sur un chemin de fer). Ce réseau de voies sillonnait le cap et aboutissait au-dessus de la jetée. Un système de funiculaire permettait la descente et la remontée des wagonnets remplis de pavés que la Société des Carrières de l'Ouest exportait par caboteur vers les ports de la Manche.

    Les carrières de grès s'étalaient de la pointe d'Erquy jusqu'à la mer (au nord des Hôpitaux) ; mais il était interdit de rompre les pointes d'une crique à l'autre. Le concessionnaire devait respecter le trait de côte et n'entreprendre de forage qu'à l'intérieur. Les pierres de décharge servaient de remblais, qui furent en autre utilisés pour la nouvelle digue du port d'Erquy.

    Le grès extrait du cap Fréhel est différent, plus violacé. Le grès d'Erquy présente cependant des couleurs différentes selon le site d'extraction : le grès de la carrière du Pendu est de couleur plus gris. Le grès rose est utilisé dans les monuments prestigieux de Erquy aux communes voisines : le château de Bien-Assis, la chapelle de Saint-Alban et jusqu'au pays de Lamballe.

  • Interprétation du grès dans les éléments naturels, artificiels et le bâti d'Erquy (Guy Prigent)

    La côte de grès rose d'Erquy est caractérisée par l'îlot Saint-Michel, la Fosse-Eyrand, le rocher Pélouère, les roches Princesses et la roche à la fée. Les sites d'extraction appelés "fronts de taille", aisément "lisibles", avec leurs profils inclinés, les fissures, sont nombreux sur le littoral d'Erquy, au nord du cap, entre "les trois pierres", les "lacs bleus" et le sémaphore : le bord de mer au 15ème siècle et en surplomb : 19ème et 20ème siècle. Au nord-est : la Fosse-Eyrand, la grève et le port des Hôpitaux (second pôle d'exploitation industrielle de 1870 à 1950) : bâtisses alignées (logements des ouvriers et coopérative), digue (enrochement et maçonnerie), ancien quai en ruine à proximité et vestiges de l'appontement en bois. Le sentier longeant la grève montre le tracé de la voie "Decauville" (disparue) reliant la fosse-Eyrand au port.

    La succession des strates indique l'origine et l'ancienneté de cette roche sédimentaire, le grès, parfois associé au poudingue. En contre-bas de la falaise du port d'Erquy, on peut remarquer la roche à nu, les excavations, les tas de pierres de rejet, les éboulis, les galets sur la grève. Sur le site, les traces d'extraction par creusement, les éclats de taille, les passages et circulations des wagonnets sur rails, la forge, le lieu de stockage de la dynamite, la "sainte-Barbe", l'abri du treuil et le socle du concasseur.

    La toponymie représente une source d'interprétation de l'histoire du grès et des hommes, en particulier dans le village de carriers et de pêcheurs de Tu-Es-Roc : la rue des carrières, la rue des grès roses, la rue du Nord des carrières, la rue des pierres-levées, la rue des Terre-Neuvas.

    Les murs d'enceinte de l'ancienne motte féodale du bourg et l'alignement des maisons avec gerbières témoignent de cette histoire du grès dans la construction (depuis les traces de la féodalité jusqu'à l'histoire balnéaire), que l'on retrouve depuis les temps préhistoriques (dolmen en grès de la Ville-Hamon, pont en dalles de grès du Plessis-Plorec, enclos des pierres levées entourant la réserve de chasse des ducs de Penthièvre), jusqu'au viaduc de Turquais (1916), construit en grès, poudingue et béton. Le grès rose est majoritaire dans le bâti d'Erquy et l'architecture vernaculaire : du simple muret aux nombreux édicules (puits, fontaines, lavoirs, fournils, soues à cochons, longères), des maisons traditionnelles aux villas et hôtels à l'architecture souvent hétéroclite. Le cimetière communal est riche en éléments de grès aux multiples usages (brut, bouchardé, poli, sculpté, gravé), qui témoignent de l'attachement durable des habitants à l'utilisation du grès rose dans l'art funéraire. La chapelle Notre-Dame-des-Marins (1867), restaurée récemment et le château de Noirmont construit entièrement en grès rose. Le grès se prête à toutes les fantaisies : fonctionnalité et abondance hier, luxe et rareté aujourd'hui. Certains quartiers présentent une mixité de matériaux de construction (grès, poudingue, roche magmatique, brique, ciment) : Caroual-Plage, Caroual-Village, rue Foch, au bourg, Cependant le grès a quasiment disparu depuis les années 1970 dans l'architecture et l'urbanisme. Il vit aujourd'hui une nouvelle histoire artisanale avec l'entreprise "Grès rose d'Erquy".

  • 20042208398NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Sup. Art. 582.

    20042208355NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Série S J184.

    20042208756NUCB : Musée Mathrin Méheut de Lamballe

    20042208441NUCB : Collection particulière

    20042208591NUCB : Collection particulière

    20042208593NUCB : Collection particulière

    20042208444NUCB : Collection particulière

    20042208484NUCB : Collection particulière

    20042208566NUCB : Collection particulière

    20042208567NUCB : Collection particulière

    20042208594NUCB : Collection particulière

    20042208596NUCB : Collection particulière

    20042208597NUCB : Collection particulière

    20042208599NUCB : Collection particulière

    20042208604NUCB : Collection particulière

    20042208595NUCB : Collection particulière

    20042208603NUCB : Collection particulière

    20042208598NUCB : Collection particulière

    20042208605NUCB : Collection particulière

    20042208602NUCB : Collection particulière

    20042208600NUCB : Collection particulière

    20042208601NUCB : Collection particulière

    20042208592NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Fi.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes-d'Armor. Série S ; sous-série S Sup. Art. 582.. Demande de concession des carrières de la Costière et de Lourtuet par les Carrières Industrielles Barrier, 1886.

  • AD Côtes-d'Armor. Série S ; sous-série S Sup. Art. J 184. Plan de la concession Barrier et projet de jetée ou cale abri, 1890.

  • Musée Mathurin Méheut. Dessin de Mathurin Méheut : Le funiculaire au-dessus du port d'Erquy.

Bibliographie
  • LASJAUNIAS, Morgane. La commune d'Erquy, le grès rose : plan d'interprétation. Erquy : Syndicat des caps, 2000.