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Les carrières de kersantite (Hôpital-Camfrout)

Dossier IA29005514 réalisé en 2012

Fiche

Á rapprocher de

Le Kersanton et son exploitation sur le territoire de l'Hôpital-Camfrout :

La pierre de kersanton est présente dans l’architecture bretonne, les monuments funéraires et la statuaire. A Hôpital-Camfrout, on en trouve, de différentes, sur le portail de l’église paroissiale. Les monuments actuels, composés de kersanton, sont des traces archéologiques de cette pierre dont les sites contemporains d’extraction nous sont inconnus. "La trace écrite la plus ancienne faisant référence au kersanton, date de 1474, année où un marché est passé par la ville de Nantes pour la réalisation de 1 800 boulets en pierre de Daoulas » (L. Chauris). La dureté nécessaire à un usage militaire indique qu’il s’agit très certainement de kersanton.

Jusqu’au 17e siècle, il est fait mention de la pierre de Daoulas. Selon Yves-Pierre Castel, le nom de kersanton est attesté dès 1607. Le nom de kersanton provient du hameau de Kersanton en Loperhet (Kersanton, actuellement en Hôpital-Camfrout, n’est pas mentionné sur le cadastre de 1825). Les qualités de taille de la pierre sont louées en dépit d’une confusion, jusqu’au 19e siècle, avec le granit. Pour le Président de Robien, en 1756, « la pierre de kersanton [est] la plus belle de tous. » Pour Cambry, à la fin du 18e siècle, « la pierre la plus communément employée par les sculpteurs [est] un fort beau granitello noir, à grain très fin ». L’annuaire statistique du département du Finistère pour l’an XII de la république indique que « la pierre dite de kersanton est d’un grain assez fin et d’un gris bleuâtre ; elle se coupe très facilement en sortant de la carrière, mais exposée à l’air, elle acquiert une très grande dureté".

Ce n’est qu’au début du 19e siècle, que la différence est faite, par Bigot de Morogues, ingénieur des mines, avec le granit. Il livre aussi une appréciation technique, commerciale voire industrielle, de la pierre de kersanton : « cette roche devenue très chère à Brest, ne s’y emploie plus que pour les ouvrages de luxe ». « Il serait avantageux d’en trouver des carrières abondantes qui pourraient alimenter les marbreries de Brest, et passer dans le commerce, cette roche étant beaucoup plus aisée à tailler que le granit».

Si on trouve du kersanton dans le bassin de Châteaulin, c’est essentiellement dans la rade Brest, sur les rives de la rivière de l’Hôpital-Camfrout, que se situent les principaux sites d’extraction. Bonnemaison, pharmacien à Quimper, fournit, en 1820, une description des carrières de Logonna et l’Hôpital-Camfrout : "les gisements de l’Hôpital-camfrout et de Logonna, dans un encaissement formé de roches schisteuses. Le Kersanton se trouve dans les parties déclives les plus voisines de la mer, sur les rives droites de L’Hôpital-Camfrout et de Daoulas. » Il site les hameaux de Runbihan et Rosmorduc et indique aussi les différences de couleur entre ces deux gisements séparés de quelques kilomètres. Sept années plus tard, Puillon-Boblaye « les roches de kersanton que l’on a désignés longtemps sous le nom de diorite granitoïde micacée, s’observent dans les communes de l’Hôpital-Camfrout, de Daoulas et de Logonna ; elles se trouvent en masses arrondies au milieu d’une arène ferrugineuse résultat de leur composition». En 1834, un rapport d’un ingénieur du port militaire de Brest précise que le kersanton est présent sur la côte nord-nord-ouest de l’île ronde et sur la côte de Plougastel. Présent aussi avec le micro-granit où ils forment la séparation de la rivère du Faou, de l’Hôpital et de l’Oberlac’h. « On peut alors sans crainte se tourner vers cette pierre qui, par sa finesse de son grain, présente plus de sécurité à l’art des constructions et qui en même temps, exige moins de main d’œuvre, des frais d’outils moins considérables".

On retrouve au cours de ce second quart du 19e siècle une approche industrielle de l’exploitation du kersanton. E. Fourcy, ingénieur des mines, indique en 1844 que l’usage du kersanton est tombé en désuétude. Le kersanton de l’Hôpital-Camfrout est utilisé pour les travaux du port de Brest. En «1838 les deux carrières de Sainte-Marguerite et de Kerascoët étaient les seules qui fussent encore exploitées d’une manière permanente". Or, en 1850, 8 carrières de Logonna, territoire actuellement appartenant à l’Hôpital-Camfrout, sont activités (Le comte de La Frugalaye, 1850). Ce n’est pas un hasard, si l’exploitation du kersanton se développe au milieu du 19e siècle, à un moment où les études scientifiques sont publiées sur cette pierre à l’enjeu commercial et économique important. Le mot Kersantite est créée par Delesse, professeur à l’université de Besançon, 1850.

Les carrières :

Les premières carrières sont issues d’une extraction subaffleurantes. L’extraction et l’exploitation de ces « perrières » étaient artisanales. Au 15e siècle, les bateaux partaient de Rosmorduc et moulin-mer chargés de pierres pour l’ornementation de la cathédrale de Quimper. A Rosmorduc, l’estran est jonché de débris de kersanton et il existe des débris observables en bordure de rivière. Selon Louis Chauris, à Kervaden, nous sommes en présence d’un des sites d’extraction le plus ancien. Louée en 1774 à Vincent Kermarec, moyennant une redevance annuelle de 3 livres payable à la seigneurie de Rosmorduc, la location de cette « perrière » doit être résiliée si le roi devait en avoir besoin pour ses travaux au port de Brest ou ailleurs. Sur une carte dressée par le service hydrographique de la Marine en 1771-1785, la carrière de Kerascoët est mentionnée.

Le lien avec le port de Brest est très fort et souligné par différents auteurs. J-F. Brousmische, vers 1830 : « Entre le moulin à mer et le bourg de l’Hôpital-Camfrout, on trouve des carrières de cette belle pierre de kersanton qui s’emploie pour tout les monuments publics : […]des barques [..] de vingt tonneaux remontent la rivière[..] Elles chargent pour Brest […] les pierres de taille des carrières". Les pierres extraites à Logonna et Hôpital-Camfrout servent aussi à l’édification des écluses, des quais, des bornes kilométriques du Canal de Nantes à Brest. Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, la roche est exportée en France et dans le sud de l’Angleterre et jusqu’au 1er quart du 20e siècle, se développent des infrastructures industrielles en raison d’une demande commerciale importante (habitat ; travaux publics).

Les carrières fournissent un emploi à la population. En 1878, 150 ouvriers sont employés par les carrières. En 1890, plusieurs exploitants, parfois entrepreneur à Brest, sont présents sur la commune : Derrien, Omnès, Poilleu, Pérés, Corre, Férec, Labous, Le Bars. A la fin du 19e siècle, « l’extraction de la kersantite fait de l’Hôpital-Camfrout un des centres ouvriers de la Bretagne »(Ardouin-Dumazet in Voyage en France, 1893). Il décrit les installations minières : « Les carrières auxquelles aboutissent de petites voies ferrées, s’ouvrent dans la colline de la rive droite, on en retire des blocs énormes représentant 7 à 8m3 , des collines entières qui, bruts ou taillés, sont embarqués sur des petits navires. Il y a près de 200 ouvriers, dont 55 à 60 forment une élite, ce sont les tailleurs, qui gagnent en moyenne 5 francs par jour alors que les manœuvres employés à l’abattage et à l’extraction arrivent rarement à un salaire de 2 francs. » Mais il dénonce aussi l’alcoolisme de l’ouvrier "[qui] manque de prévoyance et dépense tout à l’auberge". Le prix de vente du kersanton augmente durant la seconde moitié du 19e siècle : 22 francs le m3 en 1852 ; 80 francs en 1905. Le nombre d’employés est variable et dépend des fluctuations de la construction à Brest. Ainsi, par grande activité, on atteint 300 ouvriers (en 1904) dont certains sont journaliers, pêcheurs à pieds le matin et carriers le soir. Au début du 20e siècle, nous sommes en présence d’ »une industrie extractive de grande envergure » selon Camille Vallaux en 1905 qui précise qu'il y a« 4 carrières dont 2 très étendues [le Run-] avec machines à vapeur, treuils, wagonnet, rails. Le chargement se fait sur des gabares de 30 à 40 tonneaux qui remontent la rivière de l’Hôpital-Camfrout. »

En 1927, le niveau de vie s’est amélioré. Les propriétaires des carrières sont Derrien, Nédelec, Corre, Omnès, Gourdon et on dénombre 260 ouvriers répartis sur les sites d’extractions. A cette époque, trois sites sont encore très actifs.

La fermeture des carrières : La carrière du Run (Omnès), actuellement ennoyée, couvrait une superficie de 8 728m2 , en contact à l’ouest avec la carrière Derrien, (8 612 m2) dont le fond est noyé. Achetée à Raguet, entrepreneur à Brest, en 1880, la carrière Derrien comptait 35 ouvriers en 1914, grue mécanique, wagonnets, forge. La carrière Corre, extrayait jusqu’à 500 tonnes par an lors de sa fermeture. L’utilisation de pompes était nécessaire pour extraire l’eau (nappe phréatique et infiltration de la mer). L’activité des carrières de l’Hôpital-Camfrout a perduré jusqu’au milieu du 20e siècle : la carrière Omnès ferme en 1946 ; Corre en 1949 ; Labous en 1956 ; Derrien en 1960, Rachetée en 1974 par Sanquer elle a ensuite fermée ses portes.

Apport des recensements de la population au cours du 19e siècle :

1836 : 0.70%

1841 : 1%

1846 : 3%

1856 : 2%

1866 : 7%

1876 : 4%

Les habitants travaillant pour les carrières sont situés près des carrières (le bourg) mais aussi à Run vihan et run braz (hameaux situés avant 1946 sur le territoire de Logonna-Daoulas). Ainsi, on constate qu'à Coz-feunteun, pour 7 maisons en 1866, on compte 6 tailleurs de pierre. Le chiffre est le même en 1891 avec 3 manoeuvres en plus. En1876, pour 6 maisons on dénombre 2 tailleurs de pierre et un chef carrier.

Le faible pourcentage s'explique par le fait que les zones habitées les plus proches des carrières sont situées sur un territoire anciennement à Logonna-Daoulas. Il est donc mal aisé d'inclure des chiffres des hameaux annexés en 1946.

Les recensements de la population durant le 19e siècle précisent les métiers liés au travail de la pierre : mineurs, fendeurs, piqueurs, polisseurs, tailleurs de pierre, les graveurs (souvent les patrons ; Derrien sculptait croix et crucifix pour les tombes), manoeuvres.

Pistes de valorisation du patrimoine géologique :

Projet en 2009 de la commune pour réaliser des :

1. Identification des sites sur le terrain.

2. Edition de documents pédagogiques.

3. Réalisation des itinéraires géologiques balisés.

4. Création d'un centre d'interprétation du pays de la Kersantite.

Dénominationscarrière
Aire d'étude et cantonParc Naturel Régional d'Armorique
AdresseCommune : Hôpital-Camfrout
Période(s)Principale : 17e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 18e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 19e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 2e moitié 20e siècle

Les carrières sont situées sur une zone qui jusqu'en 1946 appartenait à Logonna-Daoulas. Elles se situent en bord de rivière. La carrière de Kersalguen est située sur une ligne de crête dominant le bourg. Une carrière existait à Kerascoët au 18e siècle, exploitée jusqu'au début du 19e siècle.

Chaque carrière, au 19e et 20e siècle, possédait une forge (entretien des outils), une tranchée d'accès, une aire de stockage, une aire de taille (travail manuel), un quai d'embarquement à 2 niveaux (selon niveau de la marée). Les zones d'extraction sont de profondeur variable de 5 à 10 mètres allant jusqu'à 30 mètres. Les carrières sont actuellement abandonnées, ennoyées ou comblées.

Précision dimensions

Superficie : Omnès, actuellement Colombier (8 778m2) ; Corre actuellement Coussement (1ha09) ; Derrien actuellement Sanquer (8 612m2)

Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Avenir et valorisation du kersanton

    Louis Chauris rapporte dans son ouvrage Le Kersanton, une pierre bretonne, une rencontre entre élus, géologues et propriétaires des carrières sur l'avenir de la carrière de Run-vraz en Hôpiatl-Camfrout, en 1999.

    1. Patrimoine géologique d'intérêt international. C'est le nom breton qui a donné le nom scientifique de kersantite. L'idée étant de classer la carrière en réserve naturelle.

    2. Archéologie industrielle : modalité d'extraction ; taille sur le terre-plein ; mode d'embarquement ; accumulation des rebuts.

    3. Environnement des carrières, mémoire des lieux et impact sur le paysage. Pour aller vers une approche touristique de ce patrimoine.

  • Géologie du kersanton

    Roche magmatique. Le kersanton appartient à la famille des lamprophyres.

Références documentaires

Bibliographie
  • CHAURIS, Louis. Le kersanton, une pierre bretonne. PUR, 2012.

  • ARDOUIN-DUMAZET, Victor-Eugène. Voyage en France, Editeurs Berger-Levrault, Paris, 1893.

Périodiques
  • Association du patrimoine "Dec'h, hizio, warc'hoazh".

    n°11, septembre 2009
  • FOUCHER, Jean. Les tailleurs de pierres de l'Hôpital-Camfrout à la "Belle Epoque. in Cahiers de l'Iroise, n° 2014, 1973.

    p. 249
  • Donnard, Jean-Noël, CEVAER, Lucien. L'Hôpital-Camfrout : une identité gravée dans la kersantie. in Cahiers de l'Iroise, n° 193, mai 2002.

Liens web