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Les cales, digues et quais (île-de-Sein)

Dossier IA29131188 réalisé en 2014

Fiche

L'histoire de l'île de Sein est ponctuée de tempêtes, de raz-de-marée et d'inondations. Ainsi, le patrimoine maritime de l'île-de-Sein se caractérise par un nombre important de quais, cales et digues de protection mais aussi de débarcadères et rampes de lancement dont le but est de faciliter les liaisons terre/mer.

Plusieurs inondations, aux conséquences plus ou moins importantes et désastreuses, sont décomptées depuis au moins le 17e siècle :

Le Père Maunoir indique qu'une partie des maisons furent renversées par la mer et remplies d'eau en 1638. En 1703, 1752, 1756, 1761 l'île est inondée. En 1791, la population est excédée par les destructions récurrentes des digues en raison de la fréquence des tempêtes. Découragement d'autant plus vif qu'il revient aux îliens d'entretenir les digues.

En 1821, 1/3 des habitations est inondé et sept maisons sont détruites.

En 1824 la tempête entraîne la rupture des digues, construites par les Sénans pour protéger les terrains, la destruction des muretins clôturant les terres labourées et des maisons sont inondées (30 soit presque la moitié des habitations). La fragilité des digues est aussi due à la médiocrité de leur mise en oeuvre : il s'agit souvent de simples murets.

G. Goury, ingénieur en chef au corps royal des ponts et chaussées, en charge du Finistère, précise dans un rapport ayant trait aux destructions occasionnées par les tempêtes des 22 et 23 novembre 1824 qu"il faut que cette île reste habitée : si l'intérêt de la Marine, du Commerce, de l'humanité même ne le requérait, celui de la politique plaiderait vivement la cause des insulaires. Il est donc indispensable que le gouvernement s'occupe au plus tôt d'ouvrages plus protecteurs et plus durables".

L'ingénieur Goury projette donc la création de digues de protection permettant la liaison entre le nord et le sud de l'île. Il évoque aussi la nécessité de protéger le port en le clôturant par une digue de protection implantée sur Roc'h-Piquet.

Les tempêtes de 1836 et 1856 font des dégâts. En 1865 et 1866, l'île est de nouveau inondée. Suite à cela, les quais et les parapets sont construits devant les maisons. En 1868, le quai est construit à partir de remblais composé de galets pris au sud de l'île. Entre 1867 et 1875 de nombreux travaux de consolidation ont lieu sur les digues. En 1897, c'est la digue au niveau du Gueveur qui se rompt. En 1882, l'île est partiellement submergée, les digues, des maisons et des bateaux sont emportés.

Au cours du 19e siècle sont construites la cale du port (1847), celle de Men-Brial (1870), le quai contre la cale du port (1875), la digue de protection entre entre Beg-ar-c'hale et Ervily (1877), en 1879, c'est la digue de Kerlaourou qui est prolongée.

Ces travaux sont possibles grâce d'une part à la mise à disposition des ouvriers du chantier d'Ar Men et de Tévennec et, d'autre part, au travail actif, et faiblement rémunéré des femmes de l'île (0,80 cts pour les hommes ; 0,60 cts pour les femmes et 0,40 pour les enfants). L'ingénieur en charge des travaux signale que les femmes sont "vigoureuses, faciles à diriger" et rendent "les plus grands services". Elles exécutent les déblais de galets, transportent les produits des fouilles, les remblais, le sable". En moyenne le chantier employait de 12 à 15 marins et de 15 à 20 femmes. En 1867, le manque de motivation des hommes de l'île déçoivent l'ingénieur. Par contre, les femmes montrant une bonne volonté, l'ingénieur indique qu'il en vient à ne les employer presque exclusivement.

Lettre de l'ingénieur datée du 17 mars 1874 et rapportée par Louis Chauris : "l'expérience a montré que les femmes font à peu près la même besogne qu'un manoeuvre ordinaire pour un salaire deux ou trois fois moindre."

Au début du 20e siècle, en lien avec l'établissement de la station de sauvetage plusieurs cales sont construites pour permettre l'accès du canot à la mer indépendamment du coefficient.

Les digues sont régulièrement entretenues et réparées quand d'autres sont créées sous la responsabilité de l'ingénieur des Ponts et Chaussées, Fernand Crouton arrivé à Sein en 1906. C'est à lui que l'on doit, entre autres, la construction de la digue de protection de Roc'h-Piguet dont les travaux s'achèvent en 1929 et l'ancienne corne de brume du Gueveur.

Les tempêtes de 1924 et 1929 détruisent digues et maisons. Les Ponts et chaussées envisagent de faire évacuer l'île en 1924. D'autres ouvrages sont construits pour faciliter la liaison maritime par basse mer ou mauvais temps : prolongation de cale, modification de leur inclinaison, création de terre-plein et construction de l'embarcadère à Men-Brial (1975).

Les ouvrages de protection ont un rôle fondamental dans la protection de l'île et de sa population. Ils ont trois buts : protéger le port, empêcher ou atténuer les effets des inondations et arrêter le recul du littoral ; les constructions et les travaux d'entretien sont donc très nombreux, et réguliers, depuis le 19e siècle.

Corréjou : 1867, 1875, ébranlé en 1896 ; rupture en 1974

Pors Caïc : 1875, ébranlé en 1896 ; base parabolique en 1926

Kerlaourou : 1879, 1929 ; rupture en 1948

Roc'h Piquet : 1929

Digue de Men-Brial : 1964

Môle du Guernic : 1975 (protection de l'avant-port)

Place du Général de Gaulle : Création du terre-plein en 1936

Digue du phare de l'île de Sein : 1935, prolongé en 1950 (le trait de côte a reculé de 20 mètres depuis 1855)

le Lenn : inondation en 1974, 1979.

(Nous ne savons pas si les photographies réalisées par l'ingénieur F. Crouton ont été réalisées dans le cadre de ses missions professionnelles, pour le compte des Phares et Balises, ou à titre personnel aussi nous indiquons à la fois collection privée et ministère des phares et balises dans l'attente d'en savoir plus.)

Aires d'étudesParc Naturel Régional d'Armorique
Dénominationscale, quai, digue
AdresseCommune : Île-de-Sein

Selon Louis Chauris, les matériaux lithiques proviennent de : escaliers des quais (granites locaux) ; dallage des quais (Languédias) ; Men Brial (Kersanton de l'Hôpital-Camfrout) ; moellons de Kerlaourou.

Références documentaires

Périodiques
  • Louis CHAURIS. Pierres de constructions à l'île de Sein et ses abords. in Progrès-courrier. Août-septembre 1997.