Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

La transformation et la vente des ressources marines (Parc naturel régional du Golfe du Morbihan)

Dossier IA56132142 réalisé en 2017

Fiche

Voir

Les populations littorales ont exploité de nombreuses ressources marines telles que la zostère, le poisson et les algues. Pour être valorisées, ces ressources ont fait l'objet de transformations. Les témoins bâtis de ces activités de transformation sont peu nombreux sur le périmètre d’étude (inventaire de 12 communes du Parc naturel régional du Golfe du Morbihan). Il en va de même pour les ouvrages témoignant de la vente des ressources marines comme les criées.

La zostère

La zostère est une plante aquatique marine présente dans les fonds marins du Golfe du Morbihan. Elle forme de grandes prairies sous-marines appelées herbiers. Selon les sources, elle est appelée “béhain”, béhin” ou “varech1”.

En 1913, une entreprise nommée “Industrielle des varechs” est créée pour exploiter cette ressource marine. Cette entreprise est dirigée par une famille parisienne. Elle installe, notamment, un centre de stockage et de traitement de la zostère à Ludré sur la commune de Saint-Armel. Ce dernier prend place dans les locaux de l’ancien moulin à marée, devenu minoterie. Par la suite, dans les années 1960, le site accueille de façon éphémère un zoo marin2.

Ressource naturelle importante au début du XXe siècle, la zostère est récoltée à Ludré, à l’Île d’Arz, à Ilur, à Iluric et à Penthièvre en baie de Quiberon. Au lieu-dit Rudevent sur l'Île d’Arz et dans le village de l’île d’Ilur, deux hangars nommés hangars à varech et aujourd'hui remaniés, témoignent de cette activité. Il s’agissait de centres de récolte et de séchage. La compagnie employait 12 ouvriers à l’Île d’Arz et 5 à 6 ouvriers à Ilur.

La zostère était récoltée à marée basse puis étendue au sol. La pluie lavait et dessalait le varech. L’action conjuguée du vent et du soleil permettait, quant à elle, d’assurer son séchage. Une fois séchée, la zostère était expédiée, par voie maritime, à Saint-Armel pour y être entreposée et transformée. Elle pouvait subir diverses manipulations : foulage, pressage, ensachage, cordage, etc.

D’après l’Industrielle des varechs, “grâce à ses propriétés natives et à une préparation spéciale, le varech [...] est souple, élastique, imputrescible, inaltérable, inodore, aseptique, isolant, ininflammable, et, à volume égale cinq fois plus léger que la laine”3. Ainsi, cette plante aquatique marine servait pour de multiples usages comme l’ameublement (rembourrage des sièges, confection de matelas à destination des hôpitaux, de l’armée), l’emballage d’objets fragiles, etc.

Suite à la raréfaction des herbiers de zostère due à une maladie, l’activité périclita dans les années 1930.

Les algues

Les populations littorales ramassaient en quantité le goémon de rive pour enrichir les terres cultivées.

En parallèle de ces pratiques populaires, une activité industrielle s’est développée sur le littoral breton : la production d’iode. En effet, suite à la découverte de l'iode par le chimiste Bernard Courtois pour soigner les soldats, le XIXe siècle, va voir fleurir les premières usines en Bretagne. Durant cette période, un important réseau d’usines à iode s’implante sur le littoral breton.

Dans le Golfe du Morbihan, une usine à iode a été construite en 1853, au lieu-dit La Garenne à Séné. Elle a fonctionné jusqu’à la fin des années 1870. Au début des années 1930, l’usine a été démantelée pour vendre les pierres qui la constituaient4. Aujourd'hui, seule la jetée de débarquement et d’embarquement des marchandises, construite en pierres de granite maçonnées, est visible.

Le poisson

Les presses à sardines ont connu un développement important sur le littoral breton entre le XVIIe et le milieu du XIXe siècle avant le développement des conserveries. Les sardines y étaient entassées dans des barriques et pressées. Des couches de sel étaient ajoutées dans les barriques afin de conserver les sardines lors de leur exportation vers d’autres ports. Les presses étaient de très grandes consommatrices de sel.

Sur le territoire d’étude, des presses étaient présentes à Saint-Philibert, entre les lieux-dits Les Presses et Kernevest. Si les traces de cette activité sont peu visibles aujourd’hui au-delà de la toponymie, l’observation du cadastre napoléonien de 1830 permet d’attester de l’importance de cette activité à Saint-Philibert, rivière de Crac’h. En effet, sur le cadastre napoléonien, les légendes “vieilles presses de Kerveneste” et “vieilles presses de Port-guen” sont associées à de nombreux bâtiments.

D’après l’Association de Sauvegarde et de mise en valeur du Patrimoine Arzonnais, une conserverie a existé à Port-Navalo sur la commune d’Arzon : la conserverie Jolin-Dubois. Il s’agissait d’un établissement pour la conservation et la salaison du poisson et notamment du hareng et de la sardine. Le bâtiment, situé à proximité de la criée, a ouvert en 1855. Dans les années 1905, l’édifice a été démoli.

Le commerce du poisson

Une seule criée a été recensée sur le territoire d’étude, elle est située à Port-Navalo sur la commune d’Arzon. D’après les travaux de l'Association de Sauvegarde et de mise en valeur du Patrimoine Arzonnais, l’idée de construire une criée a été émise en 1897. Celle-ci a ouvert en 1899. La criée a été édifiée sur un terre-plein sur le Domaine Public Maritime. L’édifice principal est flanqué au nord et à l’est de petites constructions annexes. La criée avait pour fonction d'acheter le poisson aux pêcheurs pour le revendre ensuite. En 1948, la commune d’Arzon est devenue propriétaire de la criée. Son existence a été compliquée puisqu’elle a connu de longues périodes de fermetures. C’est en 1978 que son activité cesse définitivement. Depuis 1987, la criée est devenue un lieu d’exposition.

1Le terme de varech est généralement employé pour parler de manière générique des algues. Pour rappel, la zostère est une plante marine et non une algue.2Moulin à marée du Ludré, puis minoterie, puis exploitation ostréicole, puis usine de traitement du varech (Saint-Armel) [en ligne], disponible sur : http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/moulin-a-maree-du-ludre-puis-minoterie-puis-exploitation-ostreicole-puis-usine-de-traitement-du-varech-saint-armel/8112023c-ff1a-4941-9a8b-dd57fdd1de6c (consulté le 13 avril 2018)3Exposition permanente du musée “Marins & Capitaines” de l’Île d’Arz4ROME Yanic, Le passage de Saint-Armel – Séné, Liv’Editions, 2010, 120 p. et Jetée de la Garenne [en ligne], disponible sur : http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/jetee-de-la-garenne/b3ea466f-6cde-4b5a-a334-b796696932b5 (consulté le 16 avril 2018).
Aires d'études PNR Golfe du Mobihan

Références documentaires

Bibliographie
  • AMGHAR Julien, La construction portuaire et les activités maritimes dans le Golfe du Morbihan, du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, DEA d'Histoire, Université de Bretagne Sud, Lorient, 2001, 380 p.

  • BRAMOULLE Yves, Goémoniers des iles : Histoires et naufrages, Brest, Éditions Le Télégramme, 2000, 185 p.

  • ANGST B., PHILIPPE M., URIEN M, HERRY J., BALLE-BEGANTON J., PASCO R, CASSE M., BAILLY D, Synthèse des connaissances sur les herbiers de zostère en appui à leur gestion dans le golfe du Morbihan, Rapport AMURE et SIAGM, 2014, p. 92.

  • ROME Yannic, Le passage de Saint-Armel – Séné, Liv’Editions, s.l., 2010, 120 p.

  • Association de Sauvegarde et de mise en valeur du Patrimoine Arzonnais, Le port de Port Navalo…, 2015, 32 p.

  • Résumé de la conférence de Dominique Brault, directeur du CEVA et de Pierre Arzel, ethno-biologiste, dans le cadre de la manifestation “Presqu'île : Tradition Goémon”, septembre 2006, [en ligne], disponible sur : http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/pleubian/Geoviewer/Data/html/IA22014794.html (consulté le 24 avril 2018).

Périodiques
  • “L'industrie du varech à Ludré 1913-1932”, Cahiers d’histoire maritime du Morbihan, n°26, 1994, p. 120-127.