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L'exploitation conchylicole de la rivière de Tréguier (Plouguiel)

Dossier IA22011749 réalisé en 2008

Fiche

Dénominations installation aquicole
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Tréguier
Adresse Commune : Plouguiel
Lieu-dit : Coat Zan Tual, Trédarzec, le Kastellic, le Carpont, le bois de Saint-Yves
Cadastre : Domaine Public maritime

La rivière de Tréguier est au moins depuis le 18ème siècle un centre important de ressources huîtrières, d'abord pour la pêche de ces coquillages et ensuite pour leur cantonnement et leur élevage a partir du 19ème siècle. Le Masson du Parc relève en 1720 le banc d'huîtres plates de Saint-Laurent, dont la pêche est interdite du mois de mai au mois d'août. En 1769, Duhamel du Monceau décrit la pêche au croc à la main et à l'aide d'une petite drague (interdite entre 1er mai et le 1er février). La pêche à pied et en bateau des huîtres, au moyen de petites dragues à poche, est très réglementée (arrêt du Parlement de Bretagne de 1755). Les premières demandes de concessions pour l´établissement des parcs à huîtres, dépôts d'huîtres, 'claires' ou 'réservoirs' dans la rivière de Tréguier sont datées du début du 19ème siècle : une première demande en 1820, la suivante en 1844 et deux autres en 1846. Celles-ci se font croissantes au fil du siècle. Des parcs, sont concédés au sieur Mesvel en 1864 et au sieur Brisset en 1869. En 1872, on signale un marchand d'huîtres sur la rivière, Lucas Fiacre. Un descendant de Brisset avait encore une échoppe ostréicole en bas de la rue Renan à Tréguier, au milieu du 20ème siècle. Les huîtrières naturelles d'huîtres plates sont situées en amont du port de Tréguier (anse de 'Sainte-Anne') et dans l'embouchure de l'estuaire. En 1848, le banc d´huîtres de Tréguier s'étend sur une lieue et demie de la pointe Beg Mez Even à la Roche-Jaune. Des cabanes de surveillance de ces parcs sont construites à la même époque. On peut remarquer les vestiges en pierres de plusieurs de ces constructions sur les deux rives du Jaudy, dont la cabane 'Brisset' et celle du 'Kastellic', gardé par Le Chevanton. Lucas Fiacre, marchand d'huîtres, est cité en 1872 comme concessionnaire d'une cabane en planches sur le Jaudy. En 1929, les bancs d'huîtres en amont du pont Canada sont déclassés sur décision de la Commission d'hygiène. Les huîtres pêchées ne pouvaient être vendues qu'à des parqueurs ayant des établissements reconnus salubres (décret du 23 juillet 1923). Juste avant la seconde guerre mondiale, les premiers ostréiculteurs en provenance du Morbihan, s'installent à la Roche-Jaune : Charles Henri en 1938 (ancien armateur au cabotage), Alphonse et Louis Rouzic, puis leurs descendants et comparses, Jacques Valentin, Moussy, Percevault et Paulic. Les parcs de Charles Henri (non enclos) sont disposés à Beg mélen et aux Turques, au Sud de Bellevue (Kerbors). Les premiers bassins en pierre et en ciment ont été construits en 1947 par un entrepreneur de Perros-Guirec, Giamberini. Les ostréiculteurs s'associent au début des années 1960 aux pêcheurs de la rivière de Tréguier (Arthur Rémond, Yves Montfort) pour pêcher les huîtres sauvages de la rivière et alimenter leurs parcs, situés dans l'estuaire. La pêche se pratique à la rame, à mi-marée. Cette nouvelle économie ostréicole transforme le paysage de l'estran (parc extensif pour le naissain sur 60 ha et élevage sur tables en poches). Il faut néanmoins 4 ans pour vendre l'huître plate. Des ateliers ostréicoles sont construits au port de la Roche-Jaune. Cependant, plusieurs facteurs cumulés, dont la pollution de la rivière par les élevages intensifs, l'envasement lié à l'érosion des sols et un virus (Bonamia) vont freiner puis faire disparaître l'élevage de l'huître plate (1979). Les derniers pêcheurs d'huîtres de la rivière de Tréguier se sont reconvertis dans les années 1970-80 en 'conchyliculteurs' ou en 'aquaculteurs' (élevage de truites de mer). Le groupement de pêcheurs du Jaudy (GPAT) est créé dans les années 1980 par les marins de Plougrescant et de Plouguiel pour organiser localement la profession et gérer au mieux les ressources naturelles. Une concession leur est amodiée dans la rivière, dont Arthur Rémond, marin pêcheur devient le premier gardien. Le GPAT devait par la suite initier les premières cages à saumons au Carpont, avec l'aides fonds compensatoire de la marées noire de 'l'Amoco'. L'ostréiculture continue aujourd'hui à se développer avec l'huître creuse à l'embouchure de l'estuaire, entre la côte, les îles d'Er et Loaven. Le port de La Roche-Jaune est aujourd'hui un petit centre ostréicole familial (entreprise Percevault), complété par l'entreprise de l'ancien moulin Arére (baie de l'Enfer).

Période(s) Principale : 18e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Principale : 20e siècle

Les anciens parcs à huîtres de la rivière de Tréguier sont situés en aval du Pont Canada : - Coat Zant Tual - sur l'estran de Trédarzec (parc Brisset) - à la sortie du Guindy, devant le Kastellic - au Carpont - à Krec'h ar Sulhiet - devant le bois de Saint-Yves, près de la maison du passeur. En amont, le parc dit 'Parc Napoléon' était situé après le pont de chemin de fer, balisé par des cailloux. Le soubassement de la cabane de surveillance existe encore, avec un escalier pour descendre à la grève. Pour l'élevage des huîtres de 2 ans, il fallait un terrain avec du sable plus grossier, qui adhère au sol, pour que l'huître ne dérade pas avec les courants. L'envasement progressif du Jaudy et les différentes pollutions ont participé de la baisse de qualité des eaux de l'estuaire et de la production biologique.

États conservations désaffecté, inégal suivant les parties
Statut de la propriété propriété publique

Annexes

  • La pêche aux huîtres en rivière de Tréguier

    Au Moyen-Age, c´est pendant le temps de Carême, que la pêche aux huîtres est seulement autorisée, par le pouvoir royal et religieux.

    C´est la curie au port de Tréguier !

    A Tréguier, en 1860, la pêche des huîtres est autorisée dans la rivière du Jaudy depuis le Bec Mez Even jusqu'à la pointe dite de Saint-Yves, et dans la rivière du Guindy depuis son embouchure jusqu´au pont Saint-François. Elle commence le 22 février jusqu´au 10 avril ; le nombre de bateaux ne doit pas excéder quatre-vingt et ils sont divisés en deux séries pêchant alternativement le mardi, mercredi, jeudi et vendredi. Ils doivent appartenir au sous-quartier de Tréguier. Le commissaire de l´inscription maritime à Paimpol détermine les lieux où se font le triage et le débarquement des huîtres, et veille à ce que les huîtres de dimensions non réglementaires soient rejetées sur les bancs où elles ont été pêchées.

    La campagne huîtrière est commencée. A pied, elle est libre de droit, sauf pour la taille et les gisements. Cependant, la répression est difficile car le centre de l´huîtrière se trouve devant les quais de la ville, dont les huîtres sont à portée immédiate de la population.

    De Port-Blanc, de Pleubian, de Lannion, des centaines de bateaux affluent pour prendre les meilleures places sur un gisement très convoité. Les femmes embarquées sont affectées exclusivement au triage des huîtres à bord.

    A la fin du 19ème siècle, la pêche aux huîtres est autorisée en bateau pendant huit jours seulement au mois de février ou au mois de mars dans les rivières du Trieux et de Tréguier. Elle attire un grand nombre d´étrangers. 80 bateaux draguent une moyenne de 2500 huîtres chacun en 1884 dans le Trieux. Il y a sur les deux rives un millier de personnes faisant la pêche à pied : 40 à 50 huîtres par pêcheur. Dans la rivière de Tréguier, la pêche est beaucoup plus fructueuse. On compte 270 bateaux inscrits. C´est vers dix heures que commence la pêche à pied, favorisée par un temps splendide. 8000 pêcheurs sont recensés sur l´estran. En bateau, la récolte est toujours très abondante. La drague est réservée aux patrons pêcheurs, armant un bateau de moins de 7 tonneaux, avec leurs équipages déclarés sur le rôle. L´annexe du bateau est montée en moyenne par quatre hommes et dispose d´une drague. Seuls les avirons de nage sont autorisés à la manoeuvre du canot. Le poids de la drague et du sac ne devra pas excéder 10 kg. La pêche est autorisée exclusivement pendant les 8 jours de grande marée, dans la rivière du Jaudy et du Guindy, sur le Banc du Taureau et de la Pointe de Beg Mez Even à l´embouchure de la rivière de Tréguier. Une réserve est gardée en amont du Pont Canada, de la roche Toul an Zélian à la Fontaine de Grève, en aval. La taille réglementaire des coquillages est fixée à 5 cm et plus.

    Mais l´avenir de l´huîtrière semble compromis à cause de cette sur-pêche, qui ralentit la croissance du naissain. L´aviso 'Le Cuvier' et le brick de l´Etat 'L´Elan', accompagnés du garde-pêche 'Le Canard' sont toujours présents sur les lieux de pêche, avec le renfort des douaniers. En effet, la contrebande des huîtres avec l´Angleterre est fréquente. Des navires à vapeur et des caboteurs à voiles remontent régulièrement l´estuaire pour recueillir le produit de la pêche.

    En 1929, le conseil municipal de Tréguier demande le déclassement d´une partie de l´huîtrière (entre le pont de Canada et le pont de chemin de fer) car le maintien de cette réserve insignifiante empêche la circulation et la pêche à pied sur toute l´étendue de la rivière. Le sous-secrétaire d´Etat au ministère des travaux publics refuse le déclassement car après examen, il estime que l´existence de ce banc n´est susceptible d´apporter aucune entrave à la circulation sur le Jaudy, et il risquerait de tarir rapidement une source de profits très appréciable pour les pêcheurs de profession. Par contre, il rappelle que la pêche à pied y est effectivement interdite et pour la protection même du gisement coquillier.

  • La création des premiers parcs à huîtres dans l' estuaire du Jaudy

    L´évolution de la pêche des huîtres conduit les autorités, devant la menace d´épuisement des gisements, à édicter des règlements particuliers : en 1755, le Parlement de Bretagne rend un arrêt qui interdit de draguer des huîtres sur le banc de Tréguier hors toutefois le temps de Carême. Vingt ans plus tard une limitation de la saison de pêche est fixée (du 1er février au 1er mai), et il est défendu de ramasser des huîtres à la main pendant les basses marées dans les mois ou la pêche est prohibée. Il défend aussi de faire des amas d´huîtres sur les berges et grèves depuis La Roche Derrien jusqu'à l´Ile d´Er. Il interdit également les exportations frauduleuses vers l´Angleterre qui entrepose dans ses propres eaux ces huîtres de contrebande. Mais la Révolution, en supprimant les amirautés, détruit le cadre de cette surveillance et de la police des pêches.

    Les premiers propriétaires de parc sur le littoral du quartier de Tréguier sont généralement négociants dans la ville. Le détenteur d´un parc à huître doit payer une redevance à l'Etat pour la concession qui lui est allouée. Celle-ci varie suivant la surface de la propriété, le nombre de parcs et le type d´établissements huîtriers mis en place. Sont autorisés les parcs et réservoirs à huîtres flottants qui doivent répondre à des critères très précis. Ainsi l´article 2 d´un arrêté du préfet des Côtes-du-Nord du 6 Janvier 1888, précise que le parc sera limité à la partie supérieure par un mur ayant 0,8 mètre de hauteur et 0,6 mètre de longueur (...) Il sera balisé à sa partie supérieure par des pieux, dépassant de 2,5 mètres au moins les plus fortes marées, peints en blanc et terminés par un écriteau également peint de la même couleur et portant en caractère noir le numéro du parc à sa partie inférieure. Quant au réservoir flottant, il doit être formé d´une caisse rectangulaire retenue au fond à l´aide de chaînes d´amarres. Ainsi Auguste Le Goaster, obtient l´autorisation de créer un parc à huîtres (30 m x 12 m) sur la pointe de Beg Melen, en la commune de Plouguiel. Il doit pour cela une redevance annuelle de 13 F à l´Etat.

    Au début du 20ème siècle, l´huître creuse ou portugaise cohabite avec l'huître plate. L'importation de cette nouvelle huître a été autorisée par le gouvernement de Napoléon III pour repeupler les gisements côtiers. En 1920, une maladie anéantit presque totalement l´huître plate mais épargne la portugaise qui va alors assurer l´expansion de l´ostréiculture pendant une cinquantaine d´années. En 1967 elle disparaît du fait d´une autre maladie et est remplacée par la japonaise (crassostrea gigas : géant), l´huître creuse que nous pouvons consommer aujourd´hui. L´huître plate existe toujours mais du fait de sa fragilité par rapport à l´huître creuse et de sa moindre abondance, elle se vend beaucoup plus cher.

    Quant à l´expansion des exploitations, elle est surtout le fait de l´après-guerre. Le Jaudy de la Roche-Jaune à Plougrescant en aval de Tréguier couvre seulement 8 ha. Après 1960, les surfaces doublent et les concessions en eau profonde remplacent les anciens parcs. Dans le Jaudy, 40 bateaux pêchent 31 tonnes d´huîtres pour un seul jour de pêche en 1970. Les huîtres pêchées servent aussi à ensemencer les parcs. Dans la rivière de Tréguier les concessions perdurent jusque dans les années 1970, mais les exploitations sont de petites tailles (5 ha) : 42 concessions couvrent 35, 5 hectares ; on compte à cette époque 8 pêcheurs et 5 ostréiculteurs. Les chantiers sont en majorité regroupés à la Roche-Jaune en Plouguiel, sur la rive gauche de l´estuaire. C´est le plus petit centre ostréicole autonome de Bretagne Nord : sa production oscille entre 100 et 200 tonnes.

  • Témoignage oral - Ostréiculture
  • 20082208730NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Suppl. Art. 15.

    20082208731NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Suppl. Art. 15.

    20082208732NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Suppl. Art. 15.

    20082208729NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Suppl. Art. 15.

    20082208728NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Suppl. Art. 15.

    20082208734NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Suppl. Art. 15.

    20082208733NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Suppl. Art. 15.

    20082208737NUCB : Collection particulière

    20082208736NUCB : Collection particulière

    20082208760NUCB : Collection particulière

    20082208759NUCB : Collection particulière

    20082208735NUCB : Collection particulière

    20082208800NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives Départementales des Côtes-d'Armor. S Suppl. Art. 15. Plan de concessions ostréicoles, rivière de Tréguier, 1864, 1869.

Bibliographie
  • DARDEL Eric, Etats des pêches sur les côtes de la France Occidentale d'après les rapports de Le Masson du Parc, Paris : PUF, 1941.

  • DUHAMEL DU MONCEAU, H.L. Traité des pesches. Paris, 1769.

    p.
  • GUILLET, Jacques ; GUILLET, Ronan. L'ostréiculture de 1850 à no jours. Spézet : coop Breizh, 2008.

    p.
  • LE PERSON, André, LE PERSON, Gwennaelle. Les huîtrières du Jaudy et du Trieux . In : Le Chasse-Marée n° 147.

    p. 22-35
  • PRIGENT, Guy, LEVASSEUR, Olivier. Faudacq, marines. Rennes : Apogée, 2003.

    p.
Documents audio
  • MONTFORT Yves. Témoignage oral sur la pêche aux huîtres, la pêche côtière et les sabiers. Trédarzec : 2008.

    Témoignage oral
  • REMOND, Arthur. Témoignage sur la pêche des huîtres en rivière de Tréguier. Plouguiel : 2 août 2008.

    Témoignage oral