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L'architecture religieuse

Dossier IA56007471 réalisé en 2009

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Le territoire ne compte pas moins de 66 édifices religieux, églises paroissiales et chapelles confondues (dont 12 églises et quatre chapelles privées, Keryargon en Belz, Kercadio en Erdeven, Saint-Georges à Nostang et Kerbalay à Kervignac), parmi lesquelles 12 sont protégés au titre des Monuments historiques. C'est un nombre important pour douze communes, d'autant que l'une, Etel, démembrée d'Erdeven ne comprend que son église et Merlervenez, seulement l'église et la chapelle de la Madeleine. Encore faut-il y ajouter plusieurs chapelles disparues, telles celle du Minihy à Locoal-Mendon, celle du bourg à Belz, datant du 16e siècle et détruite en 1919, celle de la Congrégation au bourg de Sainte-Hélène, la chapelle privée de Kerouriec à Erdeven, ainsi que les chapelles de Saint-Goal à Kergal, Saint-Michel à Locmiquel, Saint-Hervé de Trélusson et la Madeleine à Ploemel, celles de Sainte-Brigitte, Saint-Avit, Notre-Dame et de la Madeleine à Plouhinec, de la Madeleine à Kerioual en Nostang, de Sainte-Anne à Kerguen et Saint-Gildas au nord du bourg à Kervignac, sans oublier les chapelles privées de plusieurs châteaux : Rongouët à Nostang, Lannouan à Landévant.

Si la période gothique est, comme ailleurs en Basse-Bretagne, la plus représentée, plusieurs édifices romans subsistent, souvent à l´état fragmentaire.

Les premiers témoins : époques carolingienne et romane

Les églises et chapelles du territoire autour de la ria d´Etel appartenaient au Moyen-Âge au doyenné de Ponbelz qui comprenait 18 paroisses, dont le siège était primitivement à Belz, avant d'être transféré à Mendon au 11e siècle. La christianisation très ancienne du territoire, avec la présence hypothétique du moine Cadoc (ou plutôt de Catwodus, émissaire du comte Waroch) et celle du moine Goal au 6e siècle, s´explique entre autres par la présence d´îles sur la rivière qui ont favorisé l´établissement d´ermitages à Locoal et sur l´île Saint-Cado. Certains autres toponymes tels le Minihy, le Moustoir à Locoal-Mendon, à Sainte-Hélène et Ploemel, où subsiste une croix romane, Kerminihy en Erdeven, Le Moustoir et Kervehennec à Plouhinec, rappellent peut-être la présence d´anciens établissements monastiques. S´il ne subsiste rien des édifices sans doute modestes alors édifiés, le territoire peut cependant s´enorgueillir de conserver deux monuments remarquables et très anciens : les stèles de Prostlon à Penpont (Locoal-Mendon) et de Britou à Langombrac´h (Landaul), fig. 1. Les deux pourraient d´ailleurs être des stèles de l´Âge du fer : la seconde remployée en stèle funéraire au 8e ou 9e siècle porte l´inscription : « Britou, fils de Conbritus et de son épouse Drilégo ». La première, remployée à la fin du 9e siècle, rappelle le souvenir de Prostlon, épouse de Pascweten, comte de Vannes.

Aucun édifice religieux ne remonte à des temps aussi anciens, le 19e siècle ayant été le fossoyeur des anciennes églises romanes attestées à Landaul, Plouhinec, Belz (reconstruite en 1913) et sans doute à Ploemel, Erdeven, mentionnée dans le cartulaire de Quimperlé au 11e siècle et reconstruite au 18e siècle, et Saint-Pierre de Mendon, mentionnée dans le cartulaire de Redon en 1037 et dont la reconstruction entreprise sans argent avant la Révolution n´aboutit pas : le sanctuaire paroissial fut alors transféré dans la chapelle voisine Notre-Dame ; le pays compte cependant un nombre inhabituel de vestiges romans, dont l´église Notre-Dame de la Joie à Merlevenez est l´édifice phare (fig.2). Si l´hypothèse d´une fondation par les templiers semble improbable chronologiquement, la dimension de l´édifice suggère une intervention seigneuriale importante, sur un territoire qui relève des ducs bretons. Les parties les plus anciennes de l´église pourraient remonter à la fin du 11e siècle, bien que l´essentiel de la partie romane visible aujourd'hui date du dernier quart du 12e siècle. Dans la nef et les collatéraux à grandes arcades brisées, caractéristique du dernier art roman, se décèle l´influence poitevine, tant dans la structure à nef centrale aveugle que dans le décor sculpté. Chapiteaux (fig.3), culs de lampes et modillons forment un des ensembles les mieux conservés en Bretagne au répertoire varié, géométrique et figuratif, dont les thèmes se retrouvent à Saint-Sauveur de Dinan ou Saint-Gilles de Malestroit. Le chœur et la tour de transept supportée par une exceptionnelle voûte sur trompe (fig.4) supportant une voûte d´ogives remplaçant la coupole d´origine, ont été reconstruits au 15e siècle. L´église, en partie détruite lors des combats de la seconde Guerre mondiale, a été restaurée à l´identique.

Quoique plus modeste, la chapelle Saint-Cado (Belz) est sans doute mieux connue en raison de sa position pittoresque sur l´île éponyme, qui en fait un site fréquenté ; elle est reconstruite à la fin du 11e siècle ou au début du 12e siècle par les moines bénédictins de l´abbaye Sainte-Croix de Quimperlé dont elle dépend depuis 1089. De cette époque, la chapelle conserve une abside à contreforts plats, et quelques baies qui remontent à la fin du 11e siècle, tandis que les grandes arcades de la nef (fig.5) sont un peu plus tardives. Dans la chapelle sud, le « tombeau » de Saint-Cado est couvert d´une "lame de pierre dure qu´ils appellent le doit de Saint-Cado" (Dubuisson-Aubenay, 1636). D´importants remaniements ont lieu vers1400 : charpente de la nef et du choeur, porte et porche sud, porte ouest sont caractéristiques de la période (fig.6). L´ajout de l´aile sud est plus tardif.

Deux autres églises, celle de Locquénin à Plouhinec et l´église de l´ancien prieuré de Locoal, montrent quelques traces d´un premier édifice roman, auxquelles il faudrait ajouter la chapelle de Locoyarn de Kervignac, aujourd´hui en Hennebont. Située le long d´une ancienne voie romaine desservant la villa de Mané-Véchen, la chapelle romane de Locquénin a été victime de l´augmentation de la population littorale du Magouer et du Vieux Passage à la fin du 19e siècle : agrandie et modifiée par l´architecte vannetais Caubert en 1923, elle conserve cependant de son vaisseau primitif les grandes arcades du 12e siècle (fig.7), qui séparent l´ancienne nef du bas-côté nord. Quant à l´église de Locoal, son arc diaphragme et deux anciennes arcades noyées dans la maçonnerie du mur nord témoignent de son ancienneté.

L´architecture gothique

L´époque gothique est ici fertile en constructions religieuses, le mécénat seigneurial atteignant son apogée au cours de cette période économiquement et politiquement florissante : en témoignent les blasons apposés sur certaines des 25 chapelles édifiées durant les 15e et 16e siècles. La plus ancienne, Locmaria à Ploemel (fig.8), est peut-être à l´origine la chapelle privée du manoir de la famille de Broérec. Oeuvre homogène (bien que le chœur ait disparu) reconstruite à la fin du 14e ou du début du 15e siècle, cette chapelle abrite la tombe de Pierre de Broérec, décédé en 1340 (fig.10). De plan rectangulaire, couverte de sa charpente d´origine (fig.9), elle présente sans doute un des premiers exemples bretons d´éclairage de la nef par une fenêtre passante dans le bas-côté.

En partie contemporaine, la chapelle de Locmaria-er-Hoet (Landévant) est un lieu de pèlerinage important sur la route de Sainte-Anne d´Auray : le carré du transept (fig.11) qui remploie un chapiteau roman, preuve de l´ancienneté du lieu de culte, remonte au 14e siècle. Les seigneurs du Val dont le blason figure dans le chœur sont à l´origine de la reconstruction de ce chœur au 15e siècle. La restauration récente a mis en évidence un exemple rare ou unique de charpente polychrome (fig.12) ainsi que des peintures murales en cours de dégagement.

La période de construction la plus prolifique semble le 15e siècle pour l´ouest du territoire (Locadour, Lojean à Kervignac, Locmaria (fig.13) à Nostang, Kervarlay à Plouhinec), tandis que dans l´est, comme partout en Morbihan ce sont plutôt les chapelles du 16e siècle, qui dominent avec pas moins de 9 chapelles édifiées durant pendant cette période ; les plus remarquables se situent à Ploemel : la chapelle Saint-Méen, accompagnée d´une fontaine également remarquable ; moins développées, mais tout aussi soignées sont les chapelles Notre-Dame de Recouvrance, datée 1560, et Saint-Laurent, contemporaine. On y ajoutera à Erdeven la chapelle Saint-Sauveur, ainsi que celle de Langroaz (la Vraie croix), bien que très écourtée par la route qui traverse le bourg, et surtout Notre-Dame de Légevin à Nostang.

L´arc diaphragme séparant le chœur liturgique de la nef des fidèles est significatif des périodes les plus anciennes : il subsiste tant à Locmaria (Ploemel) qu´à Locmaria er Hoet (Landévant) ou à Locmaria (Nostang), fig.14. Cette dernière qui conserve des peintures murales remarquables dans le bras nord (devenu sacristie au 17e siècle), montre un plan en Tau, formule très répandue en Bretagne vers le milieu du 15e siècle. Ce plan permettait d´agrandir de manière significative l´espace du chœur. La chapelle Saint-Méen (Ploemel) présente au 16e siècle une variante de cette disposition avec son chevet à double pignon (fig.15) en raison du doublement du vaisseau principal par une grande chapelle seigneuriale au sud, créée pour la famille de Larlan, possesseur de la puissante seigneurie de Kercadio en Erdeven.

Si le plan à vaisseau unique prédomine dans les chapelles de petites dimensions, on rencontre d´autres structures. Ainsi le plan en croix latine, adopté à Locmaria-er-Hoët (Landévant), mais aussi à la très belle chapelle Notre-Dame de Mendon datée 1474, commanditée par les Rohan et le duc François II : Malgré la reconstruction de sa nef en 1875 suite sa transformation en église paroissiale au 18e siècle, la chapelle en pierre de taille de plan en croix latine conserve des éléments de grande qualité, tel le porche sud à apôtres (fig.16) et la fenêtre du chœur. Ce plan est aussi employé dans les chapelles Saint-Laurent et Notre-Dame de Pitié (Kervignac), disparues pendant et après guerre. Cette dernière datée 1553 était la plus imposante (avec celle de Mendon) des chapelles gothiques du secteur avec sa puissante tour occidentale (doc.2) inspirée de celle Notre-Dame du Paradis à Hennebont, construite vers 1525. La chapelle de Locadour (Kervignac) montre un plan inhabituel, une très longue chapelle nord perpendiculaire à la nef dans l´axe du chœur. Les chevets sont plats, à l´exception des chœurs polygonaux de deux chapelles du 16e siècle, à Langroez (bourg d´Erdeven) ainsi qu´à Légevin (Nostang), fig. 17.

Le porche sud, caractéristique de l´architecture religieuse bretonne, n´est présent qu´à l´église Notre-Dame de Mendon (fig. 16), où les niches intérieures abritaient les statues des apôtres, un trait plutôt rare en Morbihan. Cependant les portes sud font l´objet d´un soin décoratif qu´on ne retrouve pas sur la porte ouest souvent très simple (Saint-Laurent à Ploemel, Locmaria à Nostang, Saint-Sauveur à Erdeven (fig. 18), Kervarlay à Plouhinec). Sur l´élévation sud encore, le principe de la fenêtre passante ou de l´oculus éclairant le choeur se systématise au 17e siècle en raison de la mise en place de retables dans le chœur obturant la baie axiale.

Peu important, le décor de ces édifices est principalement d´inspiration flamboyante (fleurons, archivoltes, feuilles de choux), même au 16e siècle. Le répertoire décoratif de la Renaissance n´apparaît que dans trois édifices, à Légevin (Nostang), fig 18, où il est associé à un décor gothique abâtardi, dans une porte de l´église de Mendon et surtout à la chapelle Saint-Sauveur (Erdeven, fig.19).

Du 17e au 19e siècles

L´époque classique fut moins bâtisseuse que la fin du Moyen Âge. Quelques chapelles très modestes, en particulier à Locoal-Mendon, sont réédifiées durant cette période (chapelle Sainte-Marguerite datée 1646). Pour des raisons d´économie, le remploi d´éléments des édifices antérieurs est fréquent, nuisant à leur compréhension. L´église paroissiale de Nostang est sans doute la seule qui montre une réelle rupture dans le style. Édifice homogène construit en 1684, à l´exception de la tour ajoutée en 1869, elle se distingue par sa parfaite stéréotomie, son absence presque totale de décor, son style sévère hérité des ingénieurs chargés de la construction des ouvrages militaires des villes voisines de Port-Louis et Lorient (fig. 20 et 21). Le grand retable qui orne le chœur, œuvre exceptionnelle de l´alréen Gravay, date de 1717 (fig.22).

Le 19e siècle reste l´époque de la reconstruction des églises paroissiales, justifiée par l´augmentation de la population rurale et maritime. En 1834, celle de Ploemel s´associe avec la belle chapelle gothique située au sud : ce phénomène, réunissant aux 16e et 17e siècles l´église et une chapelle sur le placître, était présent dans presque toutes les communes de la ria. Ploemel en est aujourd´hui (avec Erdeven) le seul exemple, les reconstructions ayant abouti à la suppression d´au moins un des édifices de l´ensemble paroissial : à Plouhinec comme à Belz, église romane et chapelle gothique remplacées par une église de la fin du 19e siècle ; à Landaul, église romane détruite, la chapelle étant agrandie en église au 19e siècle ; même phénomène à Kervignac, quoique l´église ait déjà été reconstruite au 18e siècle (détruites depuis la guerre).

L´église de Landévant, reconstruite en 1834 dans le style des ingénieurs (fig.22), avait remplacé un édifice des années 1480 : il n´en subsiste que quelques éléments sculptés remployés dans la maçonnerie extérieure du nouveau bâtiment.

Quelques chapelles sont aussi reconstruites, plutôt à la fin du 19e siècle : les chapelles de Kerclément et Kerdonnerc´h à Belz, Locmaria à Sainte-Hélène, Saint-Guillaume, Sainte Brigitte de Loperhet et les Sept-Saints à Edeven, ces deux dernières entièrement remaniée (les Sept-Saints) ou reconstruite (Sainte Brigitte pour dommage de guerre) au 20e siècle. La guerre aura également été la cause de la reconstruction de l´église de Kervignac, du clocher de l´église de Nostang et du porche de l´église de Landévant, de la reprise complète des églises de Merlevenez et Sainte-Hélène, vers 1950 ; les deux premiers chantierds sont dus au même cabinet d´architecte, Conan et Delayre. La nouvelle église de Kervignac a été inscrite dans la liste du patrimoine 20e siècle (fig.23).

En conclusion, on mettra l´accent sur le nombre important de chapelles du 15e siècle, les plus remarquables étant celles de Locmaria-er-Hoët (Landévant), Locmaria (Nostang), Locmaria (Ploemel), Notre-Dame de Mendon.

Dans la série de chapelles construites au 16e siècle à Ploemel, et au 17e siècle à Locoal-Mendon, il faut peut-être voir l´intervention d´un ecclésiastique non identifié.

Pour les édifices majeurs, Merlevenez et Saint-Cado de Belz sont évidemment le mieux connus en raison de leur ancienneté et pour Saint-Cado, de sa localisation sur une île. Pourtant, les quatre chapelles du 15e siècle précédemment citées méritent aussi une meilleure reconnaissance.

Aires d'études Ria d'Etel
Dénominations église, chapelle
Période(s) Principale : Temps modernes
Principale : 19e siècle
Murs granite
Décompte des œuvres repérées 55
étudiées 51

Annexes

  • 20095606392NUCB : Archives communales de Plouhinec

    20105607218NUCB : Archives départementales du Morbihan, 9 Fi. Kervignac.