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L'architecture religieuse de l'ancienne communauté de communes du Pays d’Évran

Dossier IA22017213 réalisé en 2010

Fiche

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Le patrimoine religieux

Modestie des premières églises romanes

Nef unique et chevet plat

Le patrimoine religieux de cette partie du Val de Rance mérite un détour, les églises de Saint-André-des-Eaux, Saint-Maden et Tréfumel remontent pour l´essentiel aux XIe et XIIe siècles et affichent des particularités de l´art roman en Haute Bretagne : dimensions modestes, proportions harmonieuses, absence d´ornementation sculptée, parti à nef unique, choeur à chevet plat, et enfin entrée unique pour les fidèles par un côté de la nef.

L´ancienne église du Quiou, remplacée en 1864 par l´actuelle nous est connue par des descriptions antérieures à sa démolition qui permettent de la rapprocher des églises romanes de Saint-André-des-Eaux, de Tréfumel et de Saint-Maden. «... La nef était d´une assez belle élévation. Elle avait six mètres de largeur, tandis que la partie du sanctuaire n´avait que 4m 50. Une voûte (arc triomphal) séparait la nef du sanctuaire. Au haut de la nef, des deux côtés de la voûte, étaient deux petits autels, l´un dédié à la Vierge, l´autre à saint-Lunaire. Sous la voûte se trouvait le choeur qui était d´une extrême exiguïté. Le sanctuaire était aussi petit, proportion gardée, ce qui rendait impossible toute espèce de cérémonie. Une grande chapelle se trouvait auprès du sanctuaire, côté nord, et en était séparée par une autre voûte (arcade). Cette chapelle ressemblait plutôt à une grange qu´à un édifice religieux. C´était une espèce de grotte qui jamais n´eut de pavé et était surmontée d´un mauvais plancher. Plus de la moitié des fidèles qui s´y trouvaient aux offices ne pouvaient voir le prêtre ni en chaire ni à l´autel. Cette chapelle était bien postérieure à l´église. La sacristie, au milieu du sanctuaire était un petit souterrain (crypte) d´une affreuse humidité. Tous les ornements entassés dans un petit vestiaire qui s´y trouvaient exhalaient une odeur dégoûtante lorsqu´on les dépliait. La nef de l´église n´avait plus qu´une partie de son lambris. Six petites croisées trois de chaque côté placées presque en haut des murs, ne donnaient qu´un faible jour tant elles étaient très étroites. A peine avaient-elles 20 cm de largeur. Aussi environ depuis 60 ans, afin de donner plus de jour à l´église, avait-on placé plus bas du côté midi trois grandes croisées. Ces croisées étaient droites et presque carrées et faisaient un bien triste contraste avec les petites fenêtres du haut qui, sans avoir aucune architecture, annonçaient au moins une grande antiquité. ».

Cette description de l´église en 1858 par l´abbé Faisant recteur du Quiou, est révélatrice de l´insalubrité de l´édifice. On y retrouve la même structure à nef unique, un choeur rétréci à chevet plat séparé par un arc diaphragme. La grande chapelle accolée au nord du choeur à une date postérieure était très vraisemblablement l´ancienne chapelle seigneuriale du Hac. Ainsi ces quatre églises constituent une famille architecturale bien identifiée à laquelle il convient de rattacher les églises des 11e et 12e siècles du Lou-du-Lac et de Saint-Léger-des-Prés en Ille-et-Vilaine.

L´absence de porte en façade ouest

Le choix d´une unique entrée pour les fidèles par un côté de la nef, du côté sud à Saint-André des Eaux et Tréfumel, du côté nord à Saint-Maden et l´absence de porte en façade ouest, confirmée par des fouilles récentes à Saint-André-des-Eaux et les dates plus tardives des 15e et 16e siècles des portails de Tréfumel et Saint-Maden, vont dans le sens de la simplicité et du relatif dépouillement souhaité pour ces premières églises. Leur architecture épurée, dépourvue de contreforts, de modénature et de décor sculpté ne laisse guère pressentir la richesse originelle de leur décor intérieur peint dont seules les ruines de Saint-André-desEaux ont conservé le souvenir.

Des peintures murales méconnues

Les récentes découvertes archéologiques menées par Mathias Dupuis sur l´église romane de Saint-André-des-Eaux ont mis en évidence l´occupation très ancienne du site, vers l´an mil, aux abords d´un gué sur la Rance. L´étude du décor peint roman, réapparu lors du démantelement de l´édifice en 1894 et dont subsistent aujourd´hui d´infimes vestiges, a permis de réveler la grande maîtrise technique et picturale de celui-ci. Les photographies prises au début du 20e siècle et les relevés effectués en 1916 par Charles Chauvet pour le Musée des Monuments Français retranscrivent un décor ornemental géométrique du 11e ou du 12e siècle et une scène historiée de la fin du 12e siècle ou du début du 13e siècle représentant la crucifixion. Cet ensemble, d´une grande finesse d´exécution, certainement réalisé par des artistes de haut niveau est probablement à mettre en relation avec le grand chantier contemporain de Saint-Sauveur de Dinan dont on connaît la filiation avec les ateliers du royaume Plantagenêt.

Des seigneurs mécènes aux 14e et 15e siècles

L´église en tant que monument reflète, sous l´Ancien Régime, le cadre de la société féodale qui l´a fait naître. Les prééminences des seigneurs se perçoivent notamment au travers de plusieurs droits et privilèges honorifiques : droit de litre (bande armoriée peinte ou sculptée, à l´extérieur ou à l´intérieur), droit de banc ou d´escabeau avec accoudoir, droit d´enfeu ou de sépulture (le plus souvent dans le choeur, sous une arcade), mais aussi à travers plusieurs dispositions particulières.

Chapelle privée et tribune seigneuriale

La tribune seigneuriale de l´église Sainte Agnès de Tréfumel est un exemple remarquable des ces éléments distinctifs. Placée au nord du choeur, cette chapelle en étage ouvrant sur le maître autel par une large arcade en ogive datable du 14e siècle ou du début du 15e siècle, était accessible par une porte étroite, à gauche de celle de la sacristie, et une vis d´escalier en bois. Chapelle privative réservée au principal seigneur de la paroisse, elle fut transformée plus tard en tribune pour les chantres, appellation qui lui est restée depuis. Cette disposition peu courante, à l´image de la chapelle Saint-Armel, réservée à la famille ducale au nord de l´église de Ploërmel, est sans doute à mettre en relation avec les familles de Lanvallay, branche cadette de la maison de Dinan et celle de Coëtquen qui détiennent aux 14e et 15e siècle la seigneurie du Rouget à la limite de Tréfumel et de Saint-Juvat, ainsi que celle de la Rivière au sud-ouest de l´église. Le garde corps de menuiserie de la tribune, remplacé lors de la reconstruction de la sacristie en 1660, conserve à sa partie supérieure une claire voie en treillis de bois, permettant de voir l´office en toute confidentialité, signe évident du maintien de l´usage seigneurial de cet espace.

Inscription et blasons sculptés

L´ancienne église paroissiale de Saint-Judoce qui conserve quelques vestiges romans devient paroissiale au 14e siècle, époque à laquelle elle est en grande partie reconstruite comme l´atteste le portail ouest, le clocheton à jour surmonté d´une très belle croix percée et une baie dans le mur sud du choeur. La porte sud de la nef, de la fin du 15e siècle interpelle par son décor sculpté d´une inscription : « DIEX PARDOINT A VILLECMER » qui signale sans doute une fondation expiatoire afin de se racheter d´actes peu recommandables. Cette famille a laissé son nom à un lieu-dit de la commune la Ville-Mère, ou la Villemeres qui est devenu aujourd´hui la Ville-es-Mieres.

L´église de Guitté dont on sait qu´elle fut rebâtie au 15e siècle garde de cette période quelques vestiges dont un bas relief remonté dans la façade ouest représentant le Christ sortant de son tombeau et un blason orné de trois pieds de vache au dessus d´une baie sud de la nef. Ces armes réemployées dans la maçonnerie sont semblables à celles figurées sur le sceau d´un certain Alain de Beaumont en 1398. Chevalier, cousin de Du Guesclin, et présent à la montre du connétable à Pontorson en 1371, il l´accompagna en Périgord et en Espagne et fut nommé sénéchal du Poitou. Ce même Alain de Beaumont dit « Pied de Boeuf », seigneur de Beaumont-Guitté, aurait épousé autour de 1400, Jeanne de Meulan, dame du Molay-Bacon, près de Bayeux. La similitude des armoiries avec celles de la famille Piedevache, ancien lignage noble du pays de Rennes orienterait vers l´hypothèse d´un ramage de cette famille qui par le biais d´une alliance non encore connue serait devenu seigneur de Beaumont au cours du 14e siècle.

Enfeux et pierres tombales

Ici comme ailleurs, enfeux et pierres tombales commémorent le souvenir de ces illustres familles et de leurs alliances. A Tréfumel, deux pierres tombales du 15e siècle sont dressées l´une contre la porte nord du choeur aux armes des Hingant, seigneurs du Hac et de Carmeroc, l´autre placée dans la nef porte les armes d´alliance Coetquen et Beaumanoir. Armoiries que l´on retrouve également sur le calice de Tréfumel qui passe pour avoir été offert par Marie de Coëtquen qui épouse Rolland de Beaumanoir en 1474. Une branche de la maison de Coëtquen est devenue au 14e siècle seigneur de la Rivière à Tréfumel et de la Bintinaye à Rennes, terre dont elle prit le nom. Les armes figurant à senestre correspondent aux armes de Coëtquen, brisées d'une fasce brochante, armes adoptées par la branche de la Bintinaye. Les armes figurant à dextre, d'azur à 11 billettes d'argent, correspondent à celles des Beaumanoir, famille dont le berceau se trouve non loin de Tréfumel sur le territoire d´ Evran. A Saint-Maden deux gisants également du 15e siècle reposent dans la nef. Le premier non identifié est présenté mais jointes avec une épée sur son ventre symbole étroitement associé au chevalier. Il est vêtu d´une houpellande, robe à larges manches évasées à la mode jusqu´au début du 15e siècle. Le deuxième gisant, très stylisé est présenté également les mains jointes, vêtu en armure avec éperons ascérés, sa cotte est aux armes de la Houssaye, seigneurs de Saint-Maden dont un pan de mur du château féodal demeure encore en place.

L´emprise de riches et puissants commanditaires

L´église Saint Gervais et Saint Protais de Guenroc, du 15e siècle, maintient quant à elle l´essentiel de sa structure gothique originelle, trois vaisseaux séparés par des arcades en tiers point dont les nervures pénètrent dans de solides piles en pierre. La date de 1465 qui correspond à ce chantier d´envergure est inscrite en lettres gothiques sur les chapiteaux du portail de la façade ouest. La qualité de la construction entièrement maçonnée en pierre de taille de granite et l´ambition de son programme à trois vaisseaux dénotent l´influence de riches commanditaires, probablement les seigneurs de Beaumont qui reconstruisent à la même période leur château de Guitté. La chapelle sud autrefois privative leur était réservée tandis que la chapelle nord, légèrement plus petite était aux seigneurs de la Roche, dont le château situé à l´ouest de la commune a été remplacé au début du 19e siècle par une demeure moderne. Les écus disposés dans les maçonneries extérieures ont perdu leurs armoiries, celui du portail ouest un écu penché surmonté d´un casque ouvert est vraisemblablement contemporain de la construction de l´église, ceux du mur sud du choeur, de formes ovoïdes, plus tardifs rendent compte des travaux financés au 18e siècle sans doute par la famille de Saint-Pern qui détenait sur la paroisse l´important château du Lattay, aujourd´hui disparu.

Porche et ossuaire

On constate que la plupart des églises anciennes du territoire, Saint-André-des-Eaux, Tréfumel, Genroc, Saint-Maden, Saint-Juvat possèdent ou possédaient un porche hors oeuvre greffé contre le mur sud de la nef. Ceux qui sont en place très simples sont maçonnés, dallés au sol et couverts d´une charpente apparente. Des bancs en pierre situés à l´intérieur témoignent que s´y tenaient palabres et réunions diverses. Celui de l´église Sainte Agnès de Tréfumel datable du 15e siècle présentait une formule mixte porche et ossuaire. Il a été amputé de ses deux appentis latéraux qui devaient reposer sur des poteaux de bois, la partie supérieure était, comme pour la partie centrale, divisée par un plancher afin de pouvoir y entreposer les ossements à l´air libre. Cette formule mixte, sans doute également pratique et économique se retrouve au 17e siècle dans les porches des églises de Cardroc, Miniac-sous-Bécherel, Hédé et Iffendic. Cette cohabitation de la mort et de la vie fréquente au Moyen Age et aux périodes qui s´en suivent rappelait à tout un chacun leur destinée mortelle et le recours nécessaire au salut des âmes.

L´implication des fabriques au 17e siècle

Les reconstructions des sacristies au 17e siècle des églises de Tréfumel (1660), Saint-Juvat (1668), Saint-André-des-Eaux (1696) et du Vieux Bourg de Saint-Judoce sont à mettre en relation avec les décisions de plus en plus importantes prises par les conseils de fabrique. Ces derniers composés de membres du clergé, le plus souvent le recteur, et de laïcs influents issus d´une classe rurale aisée, administrent les biens de la paroisse. Ils s´imposent petit à petit dans la société rurale et affirment leur rôle par une bonne gestion du numéraire qui leur permet de programmer des travaux parfois d´envergure. Une inscription gravée dans le bas-côté nord de l´église de Saint-Juvat attribue avec précision les extensions à Jean Caharel et Julien Bifart du temps de Gilles le Corvaisier, prêtre de la paroisse. « A ESTE BASTY DU TEMPS DE MISSIRE GILLE LE CORVASIER RECTEUR DE CEANT ET DE ME IAN CAHAREL ET JULIEN BIFART TRESORIERS L´AN 1668. ». Ces travaux concernent également le rétablissement de la sacristie qui comprend désormais un étage pour la trésorerie. Elle est accessible du choeur par une belle porte en plein cintre cantonnée de pilastres. Son vantail d´origine est renforcé par un solide blindage afin de mettre la trésorerie en sécurité. Cette porte était surmontée d´une arcade actuellement murée qui menait à une tribune surplombant le choeur à l´imitation de celle de Tréfumel. Elle est distribuée par un escalier en vis situé dans l´épaisseur du mur ouest de la sacristie. Ce principe de salle haute à tribune, initialement réservé à l´usage du seigneur principal et emprunté au modèle médiéval a été transformé en lieu de réunion pour le conseil de fabrique et illustre en cela l´émergence du rôle des laïcs dans l´administration locale.

Au logis presbytéral de Plouasne en 1693 et 1696, le nom gravé du trésorier de la paroisse Jean Le Marchand Casset, associé a celui l´abbé du Guermeur de Coroar est une forme de reconnaissance des fonctions et de la position sociale de Jean Le Marchand Casset qui selon une pratique qui se répand alors à l´imitation de l´usage nobiliaire associe a son patronyme le toponyme de son lieu de résidence, en l´occurrence le lieu-dit du Casset en Plouasne.

Les reconstructions du 19e siècle

Au 19e siècle et au début du 20e siècle, il n´y a pas de projets inédits concernant l´architecture religieuse. Les églises reprennent les grands courants stylistiques qui traversent cette période, des accents de style néoclassique pour les intérieurs des églises d´Evran et de Saint Judoce, la mise en place progressive du style néogothique avec les églises du Quiou, Plouasne et le grand clocher porche d´Evran et enfin le choix d´un néo roman éclectique pour la nouvelle église de Saint-André-des Eaux.

Des accents de style néoclassique

L´église Saint Pierre et Saint Paul d´Evran a été reconstruite en plusieurs étapes. Les premiers travaux sont effectués en 1828 par un architecte local Joseph Delion des Champs-Géraux, ils sont poursuivis en 1848 par Jean-Baptiste Delarochelion, architecte à Dinan qui rehausse la nef, reprend les bas côtés et reconstruit le choeur ainsi que le transept. Le parti néoclassique de la nef conçu par Joseph Delion, arcades en plein cintre, faux pilastres, entablement fortement marqué n´a pas été entièrement écarté par Jean-Baptiste Delarochelion qui reprend en partie ces poncifs. Hormis le dessin des nouvelles arcades du déambulatoire, désormais en tiers point et les voûtes d´ogives qui ont remplacé l´ancien couvrement en lambris de la nef, l´architecte s´est adapté au parti initial. Le maître autel également de style néoclassique est accompagné d´un ensemble de cinq statues posées sur des colonnes, tels des modèles antiques, Oeuvres du sculpteur rennais Jean-Baptiste Barré offertes par la famille Pinault du Petit Mottay.

Implantée sur un nouveau site en 1922, l´église paroissiale du Sacré-Coeur de Saint Judoce est principalement financée par la famille Bouan du Chef du Bos qui habite le manoir de Champsavoy. Le choix du parti architectural a files de colonnes, portant directement sans arc la fausse vôute lambrissée du vaisseau central, rappelle de façon frappante l´église néo classique de la chapelle Chaussée construite en 1831 vraisemblablement par Louis Richelot. Ce parti architectural fait figure d´exception dans l´oeuvre de Regnault qui signe ici l´une de ses dernières réalisations.

Le choix du néogothique

De plan en croix latine à un seul vaisseau prolongé par un choeur à pans coupés cantonnés de sacristies, la nouvelle église du Quiou (1864-1866) est entièrement bâtie en pierre de taille dans le calcaire des faluns d´extraction locale. Dans un style dépourvu d´ostentation, elle est conforme aux exigences du clergé de l´époque ainsi qu´au goût alors émergent pour le gothique. Les plans ont été dressés par l´entrepreneur Jean-Marie Commereuc, maître menuisier et architecte à Irodouer, en conservant la tour porche ajoutée peu de temps auparavant en 1841. Ce dernier remploie de façon étonnante quelques fragments de l´ancienne église dont une crédence du 15e siècle dans la chapelle des fonts baptismaux, et deux écus martelés dans la maçonnerie de la tour du clocher afin sans doute de rappeler l´ancienneté de l´occupation du site.

L´église dédiée à saint Jacques Le Mineur et à saint Philippe de Plouasne a été quant a elle édifiée entre 1870 et 1872 par l'architecte diocésain Alphonse Guépin. Elle est consacrée le 5 octobre 1876. Contemporaine de l´église de Plougiel dont il dessine également les plans (1869-1873), elle s´inspire de la grande époque du gothique : élévations des façades largement percées de grandes baies, tri partition du clocher avec flèche polygonale cantonnée de lucarnes à pinacles. L´intérieur à trois vaisseaux d´une grande sobriété par l´absence de décor se rapproche de l´esthétique des églises gothiques bourguignonnes : ordonnancement à deux travées avec retombées des voûtes sur des demi-colonnes portées par des consoles.

Enfin, le style néo gothique triomphe avec la construction de la haute et puissante tour du clocher d´Evran commencée en 1867 par l´entreprise Meslay de Saint-Brieuc et achevée le 19 novembre 1873. Elle culmine la ville et assoit orgueilleusement Evran comme chef lieu du canton.

Un néo roman éclectique

L´église paroissiale SaintAndré de Saint-André-des-Eaux est conçue une dizaine d´années plus tard en 1894 par Jules Morvan, architecte diocésain, à l´initiative du recteur Hippolythe Durand ainsi que le rappelle l´épitaphe située à l´entrée de la nef. Construite en pierre de taille des faluns, elle se présente comme une réduction d´église à trois vaisseaux. Modeste dans ses dimensions, mais parfaitement soignée jusqu´au moindre détail, elle témoigne d´un programme concerté avec le prêtre de la paroisse. Son élévation intérieure, d´un style roman éclectique a probablement été choisie pour l´inscrire dans la continuité de style de l´ancienne église romane. Le mobilier en bois lui donne un charme indéniable et une intimité recherchée.

Trêves et chapelles privées

Les paroisses primitives très étendues, « plé », « « pleu », ou « plou », comme celle de Plouasne, se sont subdivisées au Moyen Age en « trêves », quartiers ou frairies en pays gallo. Cinq chapelles étaient encore mentionnées avant la Révolution sur Plouasne : le Val, la Saisonnais, Lantran, la Saudrais et Saint-Maur. Trois des cinq citées subsistent, la plus ancienne celle du Val, proche du lieu-dit la Rodais qui remonte au 14e siècle, a été reconstruite en 1521 puis agrandie en 1622 en pierre des faluns. Sa dédicace à sainte Marie Madeleine, indiquerait à l´origine une ancienne chapelle de lépreux. La tradition orale rapporte également que des pèlerins venaient y prier aussi saint Laurent pour guérir les maladies de peau.

Des nécessités d´usage

La création d´une chapelle dans un écart ou hameau s´explique le plus souvent par les nécessités d´usage dues à l´éloignement de l´église paroissiale mais aussi du presbytère pour le recteur. Tel est le cas de la création de la chapelle Saint Mathurin à Guitté, élevée en 1744 à l´initiative volontariste du recteur Mathurin Bechu de La Ville au Corgne, dont les archives paroissiales nous relatent les circonstances et les faits. « En 1743, le presbytère de Guitté était à environ 900 mètres de l'église. En hiver, cela était très incommode. Messire Béchu résolut d'y remédier. Sous son inspiration, le 21 avril 1743, le général de la paroisse de Guitté demanda à l'évêque de Saint-Malo l'autorisation de démolir la chapelle de Saint-Jean et de reconstruire celle de Saint-Gourgon, ruinée depuis plus de cent ans, cette dernière étant à une centaine de mètres seulement du presbytère. L'évêque donna son autorisation par ordonnance du 27 mai 1743. La décision de construire, le plus économiquement possible, un édifice durable, apparaît dans les délibérations du général de Guitté le 8 mars 1744. Messire Béchu a noté tous les détails intéressants sur la réédification de la chapelle de Saint-Gourgon, dédiée par lui aux saints Mathurin et Gourgon. Dans une note rédigée le 20 décembre 1744, pour ses successeurs, au bénéfice de Guitté. « Il était de mon devoir, de transmettre à la postérité les circonstances qui concernent l'édification de la chapelle de St Mathurin, telle qu'elle est à présent dans la pièce de terre dite la Maladrie, proche du presbytère, et de faire connaistre les moyens que la divine providence m'a fournis pour venir à bout d'une chapelle qui m'a paru avantageuse au public pour les processions et si utile et commode à messieurs les Recteurs tant pour la célébration de la Ste messe dans la mauvaise saison que pour le catéchisme pendant le carême ». (Extrait du registre des archives paroissiales, 1744).

Des implantations singulières

Certaines chapelles privées de manoir placées aux abords de chemins étaient ouvertes à la communauté et aux gens de passage. C´est le cas de la chapelle du Haut Tréveleuc au Quiou. Sa position en hauteur et décalée par rapport à l´implantation du logis seigneurial ainsi que la présence d´un élément défensif indiquent qu´elle servait aussi de point de contrôle, dans la première moitié du 16e siècle, du grand chemin du Quiou à Plouasne situé à l´ouest. Les sept candélabres du décor sculpté de la porte ont été récemment interprétés comme faisant référence au passage du pèlerinage du Tro Breiz consacré aux saints fondateurs des évêchés bretons.

Un voeu exhaussé et une promesse de fondation expliquent certaines implantations isolées de chapelle. Celle de Notre Dame de Bon Secours située en bordure de la forêt de Coëtquen est élevée à la suite d´un accident en voiture à cheval, survenu en 1821, et qui aurait pu être mortel sans l´invocation de la sainte Vierge. « La famille de Lorgeril, qui habitait la Motte-Beaumanoir en Plesder, revenait de Dinan avec notamment leur petite fille Louise, âgée de 5 ans. En passant à Saint-Solen, le cheval s´effraya, prit le mors aux dents et s´élança sur la route de Combourg. Dans sa course folle, l´animal renversa la voiture qu´il traîna jusqu´au côté droit du ruisseau qui descend des hauteurs de la Rouvraie. Malgré la gravité de l´accident, aucun membre de la famille ne fut blessé ; la petite Louise fut retirée indemne des débris de la voiture et toute la famille reconnut là une intervention de la sainte Vierge qu´elle avait suppliée au cours du danger ». [Cf. Le Pays de Dinan. DELON Patrik En forêt de Coetquen : la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.]

Les croix monumentales : une variété de formes et de décors

Croix celtiques

Plus d´une cinquantaine de croix anciennes essaiment le territoire et témoignent d´anciens lieux dits et axes de communication. Parmi les plus belles, et les plus anciennes la Croix Plate de Plouasne peut remonter au Haut Moyen Age. Elle est exceptionnelle à plusieurs titres, son bon état de conservation, le maintient de sa situation originelle sur les hauteurs de la commune et son décor gravé de motifs celtiques : croix nimbée appelée aussi croix irlandaise, motifs géométriques et entrelacs. La croix du Paradis sur la commune de Saint-Juvat moins ancienne datable du 16e ou du 17e siècle reprend ce motif de la croix irlandaise qui s´inscrit dans un anneau. Les branches de la croix dépassent légèrement du cercle qui peut être interprété comme symbolisant la Sainte Hostie.

Croix de justice seigneuriale

Sur la commune de Saint-Juvat, la croix de la Mettrie se distingue de l´ensemble des croix répertoriées par ses insignes sculptées : armoiries et épée qui évoquent une croix de justice seigneuriale près de laquelle devait se trouver les potences seigneuriales des seigneurs du Bois Ruffier, seigneurs de la Mettrie au 14e siècle. Fichée dans un socle granitique quadrangulaire, la croix en granite monolithique présente un fût aux angles abattus garnis de boules appelées aussi boutons ou écots. Les bras courts chanfreinés, irréguliers et légèrement pattés sont un signe d´ancienneté comme les rosaces sculptés de quatre-feuilles et le dessin de l´épée.

Croix historiées et calvaire

On appelle traditionnellement une croix historiée une croix avec la représentation du Christ en relief, dans ce cas elle est dite simple. Les croix historiées sont dites doubles quand elles présentent des sculptures des deux côtés, face et revers. Plusieurs de ce type ont été recensées dans le Pays des Faluns. La plus ancienne du 15e siècle, la Croix Macquerel, dont le nom est celui d´une famille, est située à Evran, proche du village des Petites Pâtures et des Planches. Elle présente de face le Christ les bras en croix assisté à sa gauche de saint Jean et à sa droite de la Vierge. Les positions de ces deux personnages sont très expressives, saint Jean tient sa tête avec sa main gauche et la Vierge joint les mains en signe de prière. Au revers Marie présentée debout tient l´Enfant Jésus dans son bras gauche tandis que sa main droite expose une boule cerclée d´un crucifix que montre son fils. La partie haute de la croix couronnée d´une large moulure en fronton, ou bâtière, rappelle les gâbles de l´époque gothique.

Une croix de la fin du 16e siècle ou du début du 17e siècle qui provient de l´enclos du cimetière paroissial du Quiou a été remontée au début du 20e siècle près de l´entrée du château du Hac, dans un cadre valorisant qui fait figure d´exemple malgré le déplacement de site. La croix diminuée, peut-être de moitié, en raison d´une cassure très ancienne conserve tout son intérêt par

la présence d´une iconographie traditionnelle, Christ en croix avec « titulus », Vierge à l´Enfant et personnages, croix pattées cerclées dans les sections rondes, qui l´inscrit dans une tradition héritée du Moyen-Age.

Croix historiée ou calvaire, celle de l´enclos paroissial de Saint-Juvat représente d´un côté, le Christ sur le Mont Golgotha entouré des deux larrons et de l´autre côté une Vierge de Pitié encadrée de deux Saintes Femmes. La visibilité de ce revers est actuellement difficile car l´enclos paroissial a été considérablement réduit et la croix a été trop rapprochée du mur sud de la nef. Sa composition habile combine une forme connue de croix à double traverse et une croix cerclée. Cette croix qui peut remonter à la fin du 16e siècle ou au début du 17e siècle, fut offerte par les seigneurs de la paroisse dont les blasons, aujourd´hui bûchés, devaient porter les armoiries.

Croix à double traverse

La croix à double traverse, dite aussi croix de lorraine ou croix archiépiscopale par sa présence dans les blasons des archevêques est une forme moins commune que l´on retrouve notamment à Guenroc, croix des Défas, à Plouasne proche du lieu-dit le Chauchix et à Calorguen. Elles ne possèdent aucun décor, leur sobriété en constitue une particularité avec leur histoire. Celle de Guenroc aurait été érigée sur une fosse commune où reposent les victimes d´une épidémie de peste bubonique de 1638-1639.

Croix simple avec inscription

La croix de la Cour Neuve au Quiou est similaire à de nombreuses croix qui se dressent aux parcours des chemins. Son inscription et sa date : 1771 M. BEAUMANOIR font référence au commanditaire et son érection. Le patronyme de Beaumanoir est peut-être celui d´un membre d´une des multiples branches non nobles de cet important lignage d´origine féodale dont plusieurs représentants sont mentionnés dans les registres paroissiaux des paroisses voisines du Quiou entre le 16e siècle et le 19e siècle. Bien datée cette croix constitue une référence pour de nombreuses autres croix du même type dépourvues d´ornementation.

Aires d'études Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Dénominations église, croix monumentale
Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine
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