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Grande pêche et cabotage

Dossier IM22005100 réalisé en 2002

Fiche

Œuvres contenues

Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Matignon
Localisation Commune : Saint-Cast-le-Guildo
Lieu-dit : Saint-Cast

Annexes

  • L´épopée malouine au service des Castins.

    L´appellation « Terre-Neuvas » est apparue au 13e siècle en Bretagne. En 1234, les pêcheurs de Penmac´h payaient des droits aux moines de l´abbaye de Saint-Mathieu. Nos recherches ne nous ont pas permis de savoir à partir de quelle époque précisément les Castins ont pratiqué la pêche à Terre-Neuve.

    Cependant, le développement du commerce triangulaire, initié par les armateurs malouins au 17e et au 18e siècle, a nécessité des équipages nombreux, recrutés dans la campagne littorale, entre la vallée de la Rance et le cap Fréhel. Les collections particulières que nous avons pu trouver dans le pays de Saint-Cast suggèrent un riche passé maritime, lié à la fortune de mer des Malouins, du grand cabotage, par les Amériques, le Cap-Horn, l´Espagne et la grande pêche à Terre-Neuve. La morue servait de monnaie d´échange avec les toiles de Castille et l´or du Chili. Dans un passé plus proche, les toiles de Bretagne (de Uzel à Quintin) transitaient par le port du Guildo et de Plancoët pour Saint-Malo. Le pays castin, davantage rural que maritime, a su profiter de cette économie maritime d´opportunité, pour orienter une main d´oeuvre masculine disponible vers les métiers du grand large et faire bénéficier la population locale de cette plus-value maritime. Les graviers se recrutaient auprès de la population agricole, alors que les équipages plus spécialisés de la Grande Pêche et du cabotage se recrutaient auprès des marins, dès le plus jeune âge. Rappelons que le cabotage a permis l´exportation des denrées agricoles et l´importation des matériaux de construction, comme les bois du Nord.

    La baie de la Fresnaye et Saint-Cast : une rade sans port.

    Si les Castins n´étaient pas armateurs, ils étaient de bons capitaines et les marins se recrutaient lors des foires, dans les familles nombreuses de cultivateurs. Les témoignages du capitaine Frélaux du Biot, les services du capitaine Bon du Guildo, à bord de nombreuses unités de pêche et de cabotage, créditent cette réalité maritime. En effet, Saint-Cast ne disposait pas de port suffisamment important et abrité liés à des infrastructures à terre et des dessertes routières pour abriter et accueillir des bâtiments hauturiers. Seule la baie de la Fresnaye pouvait offrir les conditions d´un avant-port, pour embarquer les équipages et servir de rade abri aux grands navires malouins. Il faudra attendre la fin du 19e siècle pour que Saint-Cast dispose d´une digue-abri et d´un quai au Vallais.

    De Terre-Neuve aux travaux des champs : une maritimité rurale et littorale.

    Une pluri-activité d´opportunité associée à des stratégies de transmission familiale de la propriété rurale et de vocation parfois contrainte, ont souvent décidé les trajectoires professionnelles des marins. La femme tenait un « clos de misère », pendant que l´homme partait entre 7 et 9 mois sur les bancs ou en Amérique du Sud. A son retour pour la foire de la Montbran (à la mi-septembre), les marins débarqués pouvaient trouver à s´employer dans des tâches spécialisées et ponctuelles - qui ne prenaient pas la place d´autres bras - comme le fagotage, la confection de barriques, la charpente marine, les métiers de la petite pêche et de l´estran, le travail du bâtiment (pour la nouvelle station balnéaire de Saint-Cast). De nombreux témoignages de Castins ont confirmé l'hypothèse d´une pluri-activité littorale, fondée sur la disponibilité saisonnière de la main-d´oeuvre maritime.

    Une nouvelle maritimité : de la pêche à la plaisance.

    Après la fin de la Grande Pêche dans les années 1950, les marins trouvèrent à s´embarquer dans la marine de commerce, la petite pêche ou les services à terre. Une génération venait de prendre sa retraite. Une autre allait prendre la relève de l´agriculture moderne et des nouveaux services du commerce et de l´artisanat du bâtiment, initiés par le tourisme de la jeune station de Saint-Cast-le-Guildo. Les nouvelles techniques de pêche côtière et les nouvelles productions maritimes (coquilles Saint-Jacques, praires, oursins, araignées de mer), allaient aussi révolutionner le monde de la pêche et renouveler ses acteurs, dans les années 1960-70.

    Le recul de la maritimité et de la ruralité castine.

    Dans le même temps, la cité balnéaire de Saint-Cast renouvelle peu une population vieillissante. Le nombre d´actifs et d´actifs maritimes diminue dans le dernier quart du 20e siècle. Les retraités de la Marine habitent parfois Saint-Cast mais aussi bien Pléboulle et Matignon (foyer logement). La population agricole recule comme la moyenne des cantons littoraux du département, laissant place aux retraités et aux résidences secondaires. La pression immobilière chasse les jeunes ménages vers les communes intérieures du canton de Matignon.

    Dans notre recherche, nous constaterons que la maritimité de Saint-Cast, qui a fortement diminué depuis la fin de la grande pêche et le récent recul de la pêche côtière (tempête de 1987), remplacée par la plaisance dans les ports, conserve des traces matérielles et mobilières dans les foyers plus ruraux, plus éloignés de la côte. Tel coffre de marin ou de paire de sabots-bottes se trouvera en limite rurale et en écart de la commune de Saint-Cast, ou dans des communes limitrophes, non maritimes.

    Les maisons de pêcheurs ont depuis longtemps été transformées pour de nouveaux occupants. Elles n´offrent d´ailleurs pas de caractéristiques particulières dans les formes d´habitat et de construction, qui pourraient les différencier d´autres formes de logements ruraux. Seules leur emplacement proche du port et du bourg (quartiers de Lesrot, de l´Isle, du Biot et du Guildo), pourraient indiquer leurs fonctions initiales et la nature professionnelle de leurs occupants d´origine.

    Une culture maritime inscrite dans la toponymie locale et dans les mémoires.

    Nous avons trouvé les traces matérielles de la grande pêche et du cabotage auprès des familles, héritières des équipements de navigation de ces marins (coffret d´instruments de navigation, manne à lignes, corne de brume de caboteur, compas de doris). Le collectage oral nous aura permis de situer et de caractériser certaines fonctions d´habitat (au port du Guildo en particulier), de découvrir certaines collections et les conditions de leur utilisation, de comprendre la structure de cette société et des liens qui l´unit.

    Nous avons ainsi pu constater que le capital symbolique du passé Terre-neuvas de Saint-Cast et des communes limitrophes était toujours aussi vivant dans la population. La toponymie de la cité castine, au travers les noms des rues, conserve le témoignage vivant de cette histoire maritime. La rue du Vieux Banc, l´allée des « Quatre frères » (nom d´un bateau perdu à Terre-Neuve en juin 1889, avec 172 hommes d´équipage), allée de l´« Evelyne » (goélette castine, naufragée en 1891 à Terre-Neuve, la même année que l´« Auguste-Léontine », dont une rue porte aussi le nom), la rue du Cdt Charcot. Le passé maritime côtier est aussi évoqué : la rue des Bourdinots, banc au large de Saint-Cast, très convoité par les Jaguens, la rue des pilotes, dans l´Isle Saint-Cast (station de pilotage, supprimées en 1922), la rue du Hilda, la rue du Baromètre. Cette dénomination des noms de rues serait apparue au début des années 1950, juste après la production et la projection du film, réalisé par Jean Richard, le photographe de Saint-Cast, « le sable de la dune », qui a ravivé la mémoire des Castins et fait agir la municipalité de l´époque, pour conserver les traces de son passé, et commémorer d´autres événements maritimes : le monument dédié à la Frégate Laplace en 1952.

    Le patrimoine maritime ethnologique de Saint-Cast-le-Guildo est encore vivant dans les mémoires et dans les usages littoraux. L´usage d´une embarcation comme le doris (héritier des doris de grande pêche) à des fins de pêche-plaisance, et les navigations pédagogiques du dragous « Frotte-Bernique » représente une forme vivante de réutilisation du patrimoine maritime, à des fins ethno-pédagogiques, culturelles et de loisir.

  • Témoignage oral - Jules Ohier

Références documentaires

Bibliographie
  • MOLLAT, Michel. Histoire des pêches maritimes en France. Toulouse : Privat, 1987.

  • LACROIX, Louis. Les derniers morutiers Terre-neuvas, islandais, groenlandais. Paris : Editions maritimes et d´Outremer, 1970.

  • LACROIX, Louis. Les derniers morutiers français. Luçon : Pouteau, 1949.

  • YVON. Avec les pêcheurs de Terre-Neuve et du Groënland. Rennes : Edition du Nouvelliste de Bretagne, 1936.

  • LE BOT, Jean. Les bateaux de la Bretagne Nord aux derniers jours de la voile. Grenoble : Debanne, 1984.