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Glacière du port de Kéroman (Lorient)

Dossier IA56132136 réalisé en 2018

Fiche

Le frigorifique de Keroman est inauguré le 29 août 1920 par le sous-secrétaire d'Etat de la Marine marchande à l'occasion de la "Grande quinzaine du Poisson". L'article paru en novembre 1920 dans la Revue générale du froid (organe officiel de l'Association française du froid et de l'Association nationale des ingénieurs et techniciens du froid) nous éclaire sur le contexte économique et les relations internationales dans le domaine de la pêche en Atlantique du Nord dans le 1er quart du 20e siècle.

Le frigorifique est le point de départ du développement du nouveau port né de la volonté de l’État : travaux de remblaiement, digues, quais, criée, môle d'approvisionnement en charbon, magasins de mareyeurs et voies ferrées structurant l'ensemble.

A la date de construction de la glacière on pouvait conserver 2 000 tonnes de poisson, en congeler ou réfrigérer 30 tonnes (par journée de 10 heures) et fabriquer 120 tonnes de glace (par journée de 24 heures). Le fluide frigorigène est l’ammoniaque à détente directe et la puissance nécessaire pour réaliser l'installation est de 840 000 frigories-heure dont 640 000 employés à la fabrication de la glace. L'énergie est fourni par la société bretonne d’Électricité dont une centrale thermo-électrique est située à Lorient.

"Le frigorifique comprend deux bâtiments : l'un de quatre étages dans lequel se trouve l'entrepôt proprement dit, la fabrique de glace, la réserve de glace (ou glacière) et l'usine de congélation ; l'autre ayant la hauteur de deux étages, et comprenant la salle des machines avec ses annexes (salle du transformateur, bacs sous condenseurs, salle des condenseurs)." (Revue générale du froid, novembre 1920).

L'architecture du bâtiment principal permet de regrouper tout les services pour diminuer les distances à parcourir pour le transport des caisses de poisson : de la réception à l'expédition, l’efficacité est de mise.

Le rez-de-chaussée comprend : escalier, monte-charge, réception, expédition, usine de réfrigération (salle de triage, lavage ; 8 chambres froides de 8.25*4.60*4 chacune d'une capacité de 60 tonnes), salle d'entrepôt, anti-chambre pour la circulation des chariots électriques.

1er et 2e étage : 4 chambres froides (17*9.70*3.30) d'une capacité chacune de 200 tonnes et anti-chambre ; ascenseur à chaque angle du bâtiment.

3e étage : occupé par la glacière d'une capacité de 1 500 tonnes.

4e étage : occupé par la fabrique de la glace dans deux bacs de congélation avec les refroidisseurs de saumure.

La salle des machines : 5 compresseurs avec moteurs électriques, canalisations d'ammoniaque et 3 groupes de 2 condenseurs. L'eau de mer est utilisée pour réfrigérer les condenseurs. L'ensemble est complété par 2 petites salles où se trouve le transformateur (530 kilowatts) et la réserve de matériels.

Fabrication de la glace : deux générateurs à glace séparés pouvant produire 60 tonnes de glace chaque en 24 heures. Les bacs sont construits en béton armé et contiennent chacun 2 200 mouleaux en zinc. Pont roulant, appareil de remplissage et appareil de démoulage.

Broyeur à glace et appareil pour fabrication de neige : situés au 3e étage et chicane et silos de réserve en contre-bas (7.5 tonnes/heure/broyeur.

Schéma général du mode opératoire : poissons frais débarqués du chalut sur des camionnettes électriques vers la table de vidage et triage (par espèce, par grosseur ; vidage du poisson) amenés par palan électrique au dessus des cuves de congélation ou réfrigération. Après immersion dans de la saumure (température et durée selon l'objectif -réfrigération 20 à 30 minutes, 45mn à 2.30 heures pour la congélation-et la grosseur du poisson), le traitement se fait par palan électrique roulant sur monorail avant expédition ou réfrigération ou congélation du poissons.

Les 4 ascenseurs situés aux angles du bâtiment permettent la manutention de plate-formes qui depuis le rez-de-chaussée vers les étages de traitement amènent le poisson.

Le prix de revient du frigorifique de Lorient est de 6 millions (travaux de remblaiement et ferroviaire inclus). Il a été exécuté par la Compagnie Française du Froid aidée du personnel de la Marine marchande. La machinerie frigorifique a été fournie par la Compagnie de Constructions mécaniques (procédé Sulzer) et le gros œuvre établi par les entreprises du Nord et de l'est.

Dénominations usine à glace
Aire d'étude et canton Lorient - Lorient Centre
Adresse Commune : Lorient

Les travaux de la glacière débutent en 1918 et le bâtiment est inauguré en août 1920. Sa mise en service a lieu en 1922. La glacière de Keroman est l'édifice emblématique d'un site portuaire créé ex-nihilo suite à la décision de l’État (Administration de la Marine marchande) d'établir un grand port de pêche à Lorient.

Henry Verrière (1876-1965), polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées, en poste à Lorient de 1902 à 1910, est à l'initiative de la création de ce grand port à l'instar de ports étrangers déjà existants depuis la fin du 19e siècle.

Ce nouveau port de pêche situé à Keroman se devait alors de répondre aux mieux à des objectifs de diversification, innovation et organisation des lieux de vente et d’expédition d'une pêche devenue industrielle : déchargement, ravitaillement en glace et en charbon. Le gain de temps devait permettre aux bateaux de repartir en mer le plus rapidement possible.

Les évolutions technologiques du début du 20e siècle permettent de répondre à des enjeux économiques et géo-politiques qui motivent la construction de la glacière.

Les problématiques de ravitaillement au cours du premier conflit mondial ont démontré qu'il fallait penser la ressource alimentaire à l'échelle mondiale. Une réflexion est menée sur la pertinence d'une chaine de froid qui relierait la glacière de Saint-Pierre-et-Miquelon à celle de Lorient.

Le développement du chalutage et la motorisation progressive des navires entraînent une augmentation du tonnage de poissons pêchés. Cette surpêche a pour conséquence une hausse des rejets en mer d'espèces jugées soit impropres à la consommation soit économiquement peu rentables. L'évolution des techniques de conservation par le froid (procédé Ottesen) et de fabrication industrielle de la glace artificielle permet de congeler ces poissons apportant ainsi une plus-value à la pêche lorientaise.

La connexion de la glacière à la gare ferroviaire (compagnie de chemin de fer Paris-Orléans), via le port et la criée (1889) contribue à faire du port de Keroman un lieu économique essentiel à toute une zone de pêche.

Suite à la construction de la glacière, le quai de la criée et le môle d'approvisionnement en charbon sont érigés. Et c'est l'ensemble du site portuaire qui est inauguré le 17 juillet 1927.

Le slipway, dont le mode de fonctionnement s'apparente à celui des garages de locomotives, est mis en chantier en 1928 d'après les plans de l'ingénieur anglais Gordon Glover.

Les bombardements de 1943 détruisent la salle des machines de la glacière. Le sommet de la glacière est modifié lors de la reconstruction (couverture en tuiles plates métalliques initialement) et sa remise en fonctionnement est effective le 17 juin 1946.

Par la suite, le frigorifique de Keroman s'est adapté à une nouvelle technique de production : fabrication de la glace en paillette (1965). L'eau ruisselle sur un cylindre refroidi à -21°C, figée elle est brisée par une fraise. Le stockage se fait en silo, elle s'écoule directement dans des chariots pour la livraison.

La fabrication des pains de glace prend fin en 1985 : les bateaux de pêche et les mareyeurs s'équipent de machines à glace. Les premiers générateurs de glace à paillettes apparaissent rendant la fabrication de la glace plus facile et moins couteuse.

En 1986, une nouvelle unité de production est mise en service 50 tonnes/jour (quai sud).

Quelques chiffres/matériaux : 1 380 m3 de béton ; 3 895m3 de maçonnerie ; 1 669 m3 de béton armé ; 10 000 m. de tubes ; 18 720 m² carré d'enduits ; 7 844m3 de cloisons ; 6 023 m² de dallage ; 567 m3 de liège aggloméré ; 337 m3 de liège granulé ; 20 000 m de serpentin.

Quelques chiffres/évolutions de la production de la glace :

La capacité de production était de 120 tonnes/jour en 1922 ; 240 tonnes/jour en 1951 et 450 tonnes/jour en 1970.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle
Dates 1920, daté par source
Auteur(s) Auteur : Compagnie du Froid-Sec, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Verrière Henry,
Henry Verrière (1876 - 1965)

Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, directeur des travaux du frigorifique


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ingénieur des Ponts et Chaussées, attribution par source

Bâtiment de 5 niveaux reposant sur un ensemble de piliers et de voûtes en béton qui prennent appui sur la roche ; mur en maçonnerie ; l'intérieur du bâtiment est constitué d'une ossature en béton armé (piliers, poutres, planchers) ; les piliers des rez-de-chaussée, 1er et 2e étages sont en béton fretté pour supporter au mieux la charge ; cloisons intérieures en aggloméré ; isolation par agglomérés à la caséine ou par du liège granulé ; conservation du poison ; production de pain de glace et de neige artificielle.

Les pains de glace sont fabriqués au dernier étage de la glacière. Dans de grands bacs à saumure, des séries de mouleaux sont remplis d'eau douce à -10°C pendant une douzaine d'heures. A l'aide d'un pont roulant (transporteur à rouleaux) les rames de mouleaux sont soulevées puis démoulées sur une table. Les pains de glace de 25kgr descendent au niveau inférieur par un toboggan pour être soit stockés soit concassés (compresseur de glace). Glace pillée acheminée sur tapis roulant aux bateaux ou aux wagons jusqu'aux halles et magasins des mareyeurs. La glacière fonctionnait 24/24 et 7/7.

Les chambres froides situées aux 1er et 2e étage ont une capacité de stockage de 2 000 tonnes. Le stockage de glace, situé au 3e étage, est de 1 500 tonnes. Le système de fermeture des zones frigorifiques se fait par des portes étanches dites américaines.

Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, 4 étages carrés, rez-de-chaussée
Escaliers escalier demi-hors-oeuvre : escalier en équerre
Autres organes de circulations ascenseur
États conservations établissement industriel désaffecté, menacé
Mesures l : 50.5 m
la : 27.5 m
Précision dimensions

dimensions du bâtiment principal : 50.50*27.5

Site emblématique et historique de la création du port de Keroman ; lieu appelé à disparaitre.

Statut de la propriété propriété d'un établissement public
Intérêt de l'œuvre à étudier

Références documentaires

Périodiques
  • Association française du froid. Revue générale du froid : organe officiel de l'Association française du froid et de l'Association nationale des ingénieurs et techniciens du froid : l'entrepôt frigorifique de la Perrière : publication mensuelle / directeur Pierre Guieu. Editeur Association des ingénieurs et techniciens du froid et des industries connexes, Paris, 1920.

    p.353-362 Bibliothèque nationale de France

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