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Forteresse de Castel-an-Trébez

Dossier IA29000947 réalisé en 2002

Fiche

Á rapprocher de

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Castel-an-Trébez par Yves-Pascal Castel

"Venant de Morlaix et franchissant le pont de Lannuguy pour bifurquer vers Carantec ou vers Taulé, peut-on d'ailleurs se douter que les hautes frondaisons dominant la patte d'oie couronent un site médiéval au nom bien significatif. Castel-an-Trébez est véritablement le château du trépied. Ceux qui ont forgé le destin de cette colline ne pouvaient adopter meilleur toponyme dont le sens sonne clair au bretonnant le moins averti. En effet, la colline fortifiée jadis a la forme générale d'un triangle dont les angles constituent trois postes de guet parfaitement intégrés dans l'économie défensive du lieu. La première des pattes de notre trépied domine la baie, le confluent du Dourduff, au Nord.

La remontée de la rivière de Morlaix est vérifiée par une seconde, tandis que la surveillance des hauteurs de Pennelé et de sa vallée ou remonte la marée se fait par une troisième patte au Sud.

L'observation de l'assaillant assurée, la configuration du terrain offre des facilités pour la défense contre des entreprises. Les aspics sur les deux cours d'eau constituent la grande moitié de la longueur de l'enceinte. Le complément nécessaire pour protéger les pentes de l'ouest est constitué par une levée de terre massive dont la crête domine de manière imposante au travers des arbres qui ont envahi l'aire entière de Castel-an-Trébez. Elle est la preuve matérielle de la destination défensive du site. Vers le sud-est, la ligne d'un talus de hauteur moyenne tendue en arc de cercle pourrait bien être un autre élément de la clôture protégeant la pente du sud-est qui va vers le confluent des vallées. Ainsi Castel-an-Trébez s'apparente aux classiques éperons barrés de l'époque gauloise. De la forteresse médiévale elle-même il ne reste rien en dehors des enceintes évoquées plus haut. Près de l'entrée Ouest, des fondations noyées dans la végétation sont les vestiges de la ferme portée au cadastre de 1828. Quant à la nature du remblais qui barre l'accès à l'ouest, il faudrait y effectuer des sondages. Quelques blocs de schiste et de quartzite émergent néanmoins ça et là.

Castel-an-Trébez est un de ces hauts lieux de l'histoire du Léon, qui pour être situé près des voies de communication n'en est pas moins méconnu. A l'origine où le morcelage des influences, dans une vie quasi tribale amenait la création de nombreux points de refuges, Castel-an-Trébez servit, comme tout éperon barré à accueillir une population menacée par de proches voisins. Plus tard, l'éperon protège la côte, on pense aux incursions en provenance du Nord. Il faut en arriver au 12e siècle pour avoir, sur la rôle de Castel-an-Trébez, quelques certitudes. A cette époque, la colline surmontée d'une forteresse a une fonction logistique spécifique intégrée au système de défense de l'ensemble du pays de Léon. Saint-Pol-de-Léon dont le nom breton Castel-Paul porte en lui sa fonction faisait partie du système. Les affrontements farouches qui opposèrent les comtes du Léon aux ducs de Bretagne, désireux de renforcer leur pouvoir centralisateur firent de Castel-an-Trébez un point stratégique fort disputé à partir de 1166, au moment ou Henri II Plantagenêt, le puissant voisin d'outre Manche a de sérieuses visées sur la Bretagne. Duc de Normandie, comte d'Anjou, duc d'Aquitaine, roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt désire faire entrer la Bretagne dans la mouvance de son empire. Une simple politique de mariage pouvait suffire. Ainsi en 1166, il fiance son fils Geffroy, jeune enfant à Constance la fille de Conan IV, le duc de Bretagne qui n'a semble-t-il pas d'espérance d'héritier mâle. Mais cette combinaison se heurte aux réticences léonardes. Guyomar IV, comte de Léon, préfère la poursuite de la révolte directe qui l'oppose depuis plusieurs années au duc Conan IV, et n'hésite pas désormais à faire front à plus puissant que lui. En bonne règle féodale, le roi d'Angletterre Henri II, vient en personne, aider son vassal le duc contre le rebelle, le comte. En 1166, les places de Lesneven, de Saint-Paul et de Castel-an-Trébez sont enlevées par l'ambitieux monarque qui comprend l'importance de la triple vigie sur la rivière en aval de ce Morlaix, toujours fidèle à sa devise et qui est résolument resté attachée au comte de Léon. On ne peut suivre au jour le jour les tribulations de Castel-an-Trébez. Le château fut repris, par Guyomard dont l'attitude est faite d'une alternance de révoltes et de soumissions. La lourde défaite de Croas-Mélar, Commana 1171 où ses léonards plient en face des Cornouailais alliés à l'Angleterre ne suffit pas à l'abattre. Huit ans plus tard en 1179, le mariage de Geffroy et de Contance enfins majeurs stimule Guyomard qui se soulève à nouveau. Mais au bout du compte ses adversaires ont raison de l'opposition irréductible de Guyomard. Ce dernier d'ailleurs n'a aucune pitié pour ceux qui désapprouvent sa politique. Hamon l'évêque de Saint-Pol, rallié aux intéréts du duc de Bretagne, ne fut-il pas assassiné sur ordre du comte de Léon en 1172. Finalement, Castel-an-Trébez est détruit et démantelé. La haute colline du Trépied, couronnée de sa puissante muraille demeure. Démantelée elle respire le mystère. Un jour peut-être des fouilles révèleront quelques-uns des secrets pour le moment précieusement gardés sous l'épaisse couche végétale protectrice".

Parties constituantes non étudiées enceinte, poste d'observation, ouvrage fortifié
Dénominations forteresse
Aire d'étude et canton Bretagne Nord
Adresse Commune : Taulé
Lieu-dit : Forêt de Lannigou

Fonction : fortification protohistorique de l'âge du fer servant de refuge en cas de danger momentané.

Période(s) Principale : Protohistoire
Secondaire : 11e siècle
Secondaire : 12e siècle

Murs terre
schiste
quartzite
rocaille
États conservations vestiges

Sentiers pédestres.

Statut de la propriété propriété publique
propriété privée
Intérêt de l'œuvre vestiges de guerre

Références documentaires

Périodiques
  • CASTEL, Yves-Pascal. "Castel-an-Trébez". Société archéologique du Finistère, vol. 116, 1987.

(c) Inventaire général (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne - Lécuillier Guillaume