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Église paroissiale sainte Agnès (Tréfumel)

Dossier IA00004812 réalisé en 1986

Fiche

Malgré ses dimensions modestes et son absence d’ornementation sculptée, l’église est un véritable joyau d’architecture dont le volume entièrement conservé et les proportions harmonieuses présentent les caractéristiques des églises romanes édifiées en haute Bretagne aux 11e et 12e siècles : une nef unique prolongée à l´est par un choeur à chevet plat plus bas et plus étroit. Cette architecture se retrouve localement dans une famille d’édifices religieux qui compte les églises de Saint-André des Eaux, de Saint-Maden, ainsi que l´ancienne église du Quiou, connue par des descriptions antérieures à sa démolition. Ce parti se retrouve également, en Ille-et-Vilaine au Lou-du-Lac ainsi qu’à Saint-Léger-des-Prés.

Vocables Sainte-Agnès
Parties constituantes non étudiées enclos, croix de cimetière
Dénominations église paroissiale
Aire d'étude et canton Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Tréfumel

Eglise du 11e siècle dont le volume initial est entièrement conservé. Plusieurs modifications au 14e siècle dont : percement d´une baie à deux lancettes à l´extrémité du mur sud de la nef, ouverture d´une arcade dans la partie supérieure du mur nord du choeur, lors de la création d´une chapelle seigneuriale en étage, probablement pour la famille de Coêtquen, seigneurs de Rouget et de la Rivière. On peut attribuer au 15e siècle le percement ou le renouvellement du portail occidental, la reconstruction du porche sud ainsi que la réfection de la charpente de l´ensemble de l´église avec une pente plus forte. Une nouvelle sacristie est reconstruite en 1660, contre le mur nord du choeur à l´emplacement de l´ancienne ; une grande fenêtre rectangulaire est probablement ouverte dans le choeur à la même époque. Des travaux de restauration à la façade sud en 1866 entraînent le percement de nouvelles baies, rectangulaires dont les linteaux sont surmontés de plates-bandes clavées formant arc de décharge. En même temps l´installation d´une vaste tribune en bois au bas de la nef permet d´augmenter la capacité d´accueil de l´église devenue trop petite. Une seconde campagne de restauration vers 1950 s´est traduite par l´enlèvement des enduits intérieurs. De cette période date également le rétrécissement de l'enclos paroissial qui conserve toutefois encore son ancienne croix de cimetière, de tradition médiévale, en granite monolithique. L´édifice est inscrit à l´inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1964.

L´évolution de l´environnement de l´église Le cadastre de 1833 représente l´église entourée de son ancien enclos dont la forme en amande se terminait en pointe du côté de l´est. Cet enclos alors isolé se trouvait à la rencontre des routes de Saint-Juvat, du Quiou et de Plouasne. La route venant de Guenroc, après avoir traversé le secteur du Marais, conduisait à l´église par un tracé courbe qui conservait peut-être le souvenir d´un site ancien lié au manoir de la Rivière, situé non loin de là, au sud-ouest. L´enclos de l´église est encore bien visible sur des photographies du début du 20e siècle ; les mêmes prises de vues après la première guerre mondiale révèlent que le contournement sud avait été comblé et annexé au cimetière. L´état actuel de l´enclos, réduit de près de moitié par rapport à sa surface originelle résulte d´un aménagement radical, peu respectueux mis en oeuvre après la seconde guerre mondiale au profit de la seule circulation automobile. Cet aménagement a considérablement élargi la voirie au point d´isoler l´église et de la transformer en rond-point. Les travaux de restaurations envisagés sur l´édifice, inscrit depuis 1964 à l´Inventaire supplémentaire des monuments historiques, justifient la reconsidération de son environnement. Celle-ci vient d´être récemment décidée, en décembre 2009 par une délibération du conseil municipal.

Les matériaux de construction et les élévations L´église est essentiellement construite dans deux matériaux : un granite brun doré, à cassure irrégulière, semblable à celui que l´on rencontre à Guitté et Guenroc, et la pierre locale, le calcaire coquillier des faluns, associés de manière différente selon les parties de l´édifice. L´ensemble de la nef repose sur une assise en calcaire coquillier ; la côtière nord présente jusqu´au tiers de sa hauteur, des bandes de plusieurs lits de calcaire alternant avec des assises de granite, immédiatement surmontées d´une portion en granite et pour la partie supérieure une majorité de calcaire comportant quelques pierres de granites éparses, trace indéniable, avec les proportions écourtées des baies, d´un remontage ultérieur. Les lits alternés en petit appareil de calcaire et de granite très visibles dans la portion ouest du mur sud, sont remplacés à l´est du porche par un appareil en majorité de granite, en partie bouleversé par la création de fenêtres rectangles au 19e siècle. Enfin, curieusement, on ne retrouve pas sur le parement intérieur des murs, entièrement en calcaire, la mixité mise en oeuvre pour l´extérieur. Les parties d´élévation conservées dans leur état originel se remarquent par leur petit appareil de moellons réglés et assisés. La surélévation des trois pignons, bien visible, correspond au renouvellement de la charpente de l´église au 15e siècle, avec la sacristie rebâtie en 1660 elle a été entièrement réalisée en calcaire des Faluns. La fenêtre à lancettes du 14e siècle percée dans la partie est de la nef de même que la très petite baie carrée visible dan la partie haute du mur sud du choeur se distinguent par l´emploi d´un granite à grain fin semblable à celui de Languédias.

Le plan Le plan à nef unique prolongée à l´est par un choeur à chevet plat plus étroit est à comparer avec ceux de Saint-André des Eaux, de Saint-Maden et de l´ancienne église du Quiou (citée par M. Déceneux) . On retrouve ce même plan dans les églises du Lou-du-Lac et de Saint-Léger-des-Prés. Il faut remarquer à Tréfumel comme à Saint-André des Eaux, l´existence d´une porte donnant directement accès au choeur du côté nord. Cette porte appelée à Tréfumel « la porte des moines », fait probablement référence à l´ancien prieuré-cure, situé au nord de l´église, à l´emplacement du presbytère, actuellement mairie. Enfin on ne peut que mettre en parallèle l´absence de porte ouest attestée à Saint-André-des-Eaux, avec le fait que celui de Tréfumel nettement plus tardif que l´édifice, pourrait n´avoir été percé qu´au 16e siècle. Enfin, comme à Saint-André-des-Eaux et Saint-Maden, l´église n´a pas de contreforts mais simplement un double chaînage d´angle constitué de blocs de granite de moyenne grandeur.

Le porche sud Au dessus de la porte donnant accès à la nef, incontestablement romane, un larmier ancien, atteste, comme à Saint-André-des-Eaux qu´un porche de dimensions plus réduites existait dès l´époque romane Le porche actuel remonte probablement au 15e siècle, comme l´indique sa charpente à chevrons fermes et entrait chanfreinés, d´un modèle semblable à celle qui couvre la nef. Les cinq trous de boulins parfaitement alignés visibles à l´extérieur des murs latéraux de même que les deux trous situés à la même hauteur dans la face de ces murs, attestent de l´ancrage de poutrelles constituant de part et d´autre un appentis reposant sur des poteaux de bois et abrité par les prolongements du toit principal. Dans les sablières intérieures du porche, deux mortaises, en vis-à-vis l´une de l´autre devaient servir à bloquer une poutrelle transversale permettant l´installation d´un plancher isolant la partie supérieure du porche. Cette disposition ancienne explique en outre que la face supérieure de l´entrait qui traverse l´ouverture du porche, n´est pas chanfreinée puisque ce dernier servait de poutre pour recevoir le plancher. L´existence en Haute Bretagne de plusieurs porches des 16e et 17e siècle, dont la partie supérieure servait d´ossuaire, permet d´envisager cette hypothèse, confirmée par la tradition locale.

L´intérieur L´ancrage du clocher de charpente par de grands poteaux, à la rencontre de la nef et du choeur est un principe que l´on retrouve dans plusieurs églises anciennes remontant à l´époque romane, comme celles de Vendel en Ille-et-Vilaine où ce dispositif est probablement contemporain de la charpente, du 14e siècle, elle-même entièrement portée sur des poteaux de bois. Cette disposition qui se retrouve également à Saint-Lunaire, existait encore dans l´église de Morieux en Côtes d´Armor, avant la restauration récente de l´édifice. (cf. Roger Grand) . La reprise de l´arc diaphragme du côté de la nef se rattache probablement aux importants travaux du 17e siècle. La large moulure du voussoir ajouté vient en se rétrécissant à la rencontre des ailes des retables latéraux en pierre est sans doute directement liée à leur installation en même temps qu´à celle du groupe de la crucifixion au 17e siècle.

La sacristie et la chapelle seigneuriale La porte de la sacristie, flanquée de pilastres conformes à la date de 1660 inscrite sur son linteau, est surmontée de pinacles écrêtés qui semblent des remplois gothiques. La porte de gauche, très simple, ouvrait sur un escalier dérobé en vis en bois conduisant à la tribune au-dessus. L´arcade en tiers point qui ouvre celle-ci sur le choeur est évidemment nettement antérieure à la (re) construction de 1660. Sa mouluration à larges redents ourlés de cavets, de même que les tailloirs qui lui tiennent lieu de chapiteaux la situent dans la seconde moitié du 14e siècle. Son appellation de « tribune des chantres » reflète sans doute un usage assez tardif. Il s´agit en fait d´une tribune seigneuriale, réservée à une famille de rang important. Cette disposition remarquable dont on connaît en Bretagne quelques autres exemples comme celles de l´église Saint-Armel de Ploërmel, de l´ancienne collégiale de Champeaux, ou encore des églises de Visseiche et de Villamée, est sans doute à mettre en relation avec les familles de Lanvallay et de Coëtquen qui détiennent aux 14e et 15e siècle la seigneurie du Rouget à la limite de Tréfumel et de Saint-Juvat, ainsi que celle de la Rivière au sud ouest de l´église. Le garde corps de menuiserie replacé de façon impropre au revers de l´arcade devait reposer sur la corniche qui règne au dessus des deux portes. La mise en oeuvre de ses panneaux signale une réalisation du 17e siècle contemporaine de la reconstruction de la sacristie. Sa partie supérieure constituée d´une claire voie en treillis de bois, permettant de voir l´office en toute confidentialité.

La charpente La nef de l´église est surmontée d´une charpente lambrissée tandis que le choeur est couvert par un plafond en planches peint en ciel étoilé, peut-être installé au début du 18e siècle, en même temps que le retable du maître-autel. La charpente de la nef, à chevrons-fermes porte un lambris cloué dont les raccords sont masqués par des couvres joints eux-mêmes cloués. Le profil en plein-cintre de cette charpente, la mouluration relativement sommaire des couvre-joints ainsi que les clefs pendantes en forme de balustre qui rythment le sous-faitage correspondent à une date de refection de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle. Dans la partie qui correspond au clocher, la sous-face des chevrons de cette charpente qui ne présente aucune trace de clou atteste que la construction du beffroi et la charpente de la nef son contemporaines.

La charpente du chœur masquée par le plafond décrit plus haut, n´est accessible que depuis l´étage de la sacristie. Elle a conservé l´ensemble de sa structure à chevrons-fermes en forme d´arc brisé. Une ferme sur deux est moulurée avec soin, en plein bois, d´un tore principal séparé par des gorges de deux autres tores plus petits. Cette charpente est aujourd´hui habillée d´un hourdis de terre ruiné, armé de lattes engagées dans des rainures pratiquées dans la section des fermes moulurées. Ce hourdis qui vient en grande partie masquer l´élégante mouluration de cette charpente n´est pas d´origine mais résulte d´une remise en état sommaire qui pourrait dater du 17e siècle. Il est certain en revanche que le raffinement de cette charpente correspondait à un lambris encastré, pratique employée au 14e et 15e siècle pour les ouvrages les plus soignés.

Le mobilier L´intérêt de l´église de Tréfumel tient enfin dans le maintien d´un ensemble mobilier cohérent de la deuxième moitié du 17e siècle et du début du 18e siècle. Les deux petits retables en pierre calcaire adossés contre l´arc triomphal sont vraisemblablement contemporains des travaux de la sacristie datés de1660. Les fonts baptismaux placés contre le mur nord de la nef s'ornent d'une niche en bois formant un petit retable daté de 1679 dans lequel se situe un groupe sculpté du Baptême du Christ. Le maître-autel en bois, datable du début du 18e siècle, œuvre du sculpteur Edouard Piel, d´après les dessins du frère François de la Morissais, a conservé son autel et son tableau d´origine. Il faut également signaler la bannière de la paroisse sur laquelle on peut lire la date de 1778 et la signature de l'artiste : l'Epine, de son vrai nom Jean Loup, maître brodeur à Rennes actif entre 1732 et 1778.

A mentionner encore parmi les nombreuses statues polychrome, une éducation de la Vierge du 16e siècle et des dalles funéraires du 15e siècle dont celle de la famille Hingant du Hac, actuellement adossée à l´ancienne porte nord ainsi qu´une dalle en haut de la nef retaillée à l´époque moderne en forme d´écu figurant en bannière les armes en alliance des familles de Coëtquen et de Beaumanoir.

Période(s) Principale : 11e siècle
Principale : 15e siècle
Principale : 3e quart 17e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 14e siècle
Dates 1660, porte la date
1866, daté par travaux historiques

Eglise romane de plan allongé à un seul vaisseau. Choeur plus étroit que la nef terminé par un chevet plat. Porche latéral au sud avec ossuaire détruit. Sacristie accolée contre le mur nord du choeur. Enclos paroissial diminué avec maintien d'une croix de cimetière au sud-est.

Murs granite
falun
bois
moellon
moellon
Toit ardoise
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Couvrements lambris de couvrement
Couvertures toit à longs pans
flèche polygonale
pignon découvert
croupe
Statut de la propriété propriété publique
Protections inscrit MH, 1964/02/22

Annexes

  • 20102211640NUCA : CRMH (Rennes)

    20102211634NUC : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    20102201652PB : Collection P. Marqué

    20102201647PB : Collection P. Marqué

    20102201650PB : Collection P. Marqué

    20102201644PB : Collection P. Marqué

    20102201649PB : Collection P. Marqué

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Côtes d'Armor : 6O J, fonds Frotier de la Messelière.

Documents figurés
  • Plan au sol (sn, sd) . A. : Conservation Régionale des Monuments Historiques.

  • Etat suppposé du porche ossuaire au 15e siècle, dessin Inventaire Jean-Jacques Rioult, 2010.

  • 323 - Tréfumel (C. du- N) - Le Bourg, carte postale du début du 20e siècle. (Coll.P. Marqué).

  • 3. TREFUMEL (C.- du - N). - Place de l'église, carte postale, vers 1930 (Coll.P. Marqué).

  • (L'église et le centre bourg], carte postale, vers 1960, Rennes : Adison. (Coll.P. Marqué).

  • W.L.652.- TREFUMEL. - Intérieur de l'église, carte postale ancienne, (Coll.P. Marqué).

Bibliographie
  • COUFFON, R. Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc : Les Presses Bretonnes, 5 vol., 1939-1941.

    p. 542
  • DECENNEUX, Marc.La Bretagne romane. Rennes : éditions Ouest-France, 1998.

    p. 46-47
  • DUCOURET, Jean-Pierre. L'église de Tréfumel. Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne. Tome LXXVI, 1998.

    p. 553-556
  • FROTTIER DE LA MESSELIERE. 10 promenades en Côtes-d'Armor. Kervaux, Plouagat : GP impressions.

    p. 125
  • GRAND, Roger.L' Art Roman en Bretagne. Paris : Editions A. et J.Picard et Cie, 1958.

    p. 360
  • OGÉE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Nlle éd. [1778-1780] rev. et augm. Rennes : Molliex, 1843, 1853.

    p. 916
  • MONIER, M.E. Châteaux, manoirs et paysages ou quinze promenades autour de Dinan. Mayenne : Joseph Floch, 1975 (nouvelle édition revue et augmentée).

    p. 375
  • Le patrimoine des communes des Côtes-d´Armor . Paris : Flohic éditions 1998, 2 tomes, (Le patrimoine des communes de France).

    p. 358
  • Tréfumel, la course du temps en pays des Faluns. Mairie deTréfumel : impression ece-SITECMO Paris, 1988.

Liens web