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Église paroissiale Notre-Dame-de-Joie (Merlevenez)

Dossier IA56007675 réalisé en 2006

Fiche

En 1884, l´abbé Luco émettait l´hypothèse, d´une fondation des templiers, reprise par Le Méné en 1901. Même si cette hypothèse paraît impossible au regard de l'architecture de l'édifice, les précisions apportées par Le Méné concernant "les libéralités du seigneur de Kermadio en Kervignac et le concours du duc de Bretagne" pourraient être retenues : en effet, la taille et la qualité de l'édifice n'ont pu exister qu'avec un appui financier important et la présence du duc à Hennebont où il possède de nombreux fiefs est un gage de cet appui. Quant à la seigneurie de Kermadio, c'est une des plus puissantes de la contrée et elle est très proche géographiquement, bien qu'elle ne soit pas dans la même paroisse. D'après Le Méné, après la dissolution de l'ordre, l'église de Merlévénez aurait échue à l'évêque de Vannes qui l'aurait ensuite cédée à la paroisse (ou trêve) de Trévalsur qui y aurait transféré le service divin.

L'église de Merlévenez présente aussi bien dans la nef que dans la croisée du transept des arcs au profil brisé. Ce parti pris dans la construction est à rapprocher de celui que l'on observe dans les églises abbatiales cisterciennes : les moines cisterciens qui s'implantent en Bretagne dès la première moitié du 12e siècle construisent des édifices dont les grandes arcades présentent un profil brisé. La première église connue est celle de Bégard dont l'abbaye est fondée en 1130, aujourd'hui détruite, on conserve des photographies de la nef. De même, l'abbaye du Relec fondée en 1132 conserve sa nef et sa croisée du transept aux arcs brisés à double rouleau. Enfin, l'abbaye de Boquen fondée en 1137 témoigne également de ce choix d'un profil brisé à double rouleau pour les grands arcs de l'édifice.

A Merlévenez les piliers sur lesquels retombent les grandes arcades de la nef diffèrent de ce que l'on observe dans les églises cisterciennes, les supports y sont plus développés, plus recherchés et plus élancés.

Ces grandes arcades brisées très hautes sont à mettre en lien avec l'absence de baies, en effet la particularité de la nef de Merlévenez est d'être totalement aveugle. Seuls les bas-côtés sont pourvus de baies. Le mur sud de la nef est éclairé par deux baies larges et soignées tandis qu'au Nord existaient probablement des baies de type meurtrière (comme celle conservée).

On note d'ailleurs dans les choix architecturaux et ornementaux de cet édifice, une certaine valorisation du côté sud de l'église par rapport à l'élévation nord. Les baies des collatéraux sont plus larges et soignées au Sud, de même l'élévation méridionale est ouverte sur l'extérieur par deux portails : une porte au centre de la nef et un portail monumental contre le pignon du transept. Au Nord, seule une petite porte aux curieuses proportions percée dans le pignon du transept ouvre sur le cimetière. Enfin, le bras de transept sud possède dans son élévation intérieure des arcatures murales retombant sur des colonnes ornées de chapiteaux sculptés contre le mur occidental. Cette recherche d'animation murale n'apparaît pas au Nord. Tous ces éléments permettent de penser que l'accueil des fidèles s'effectuait par le côté sud de l'église, très certainement ouvert sur le bourg.

La façade occidentale de l'église est typique des façades romanes que l'on observe en Bretagne, terminée par un pignon amorti en triangle, épaulée par quatre contreforts, deux aux angles et deux à ressauts encadrant un portail central surmonté d'une baie. Elle est très proche de la façade de l'église voisine de Surzur.

Le portail sud, percé au centre de la façade latérale de la nef est à rapprocher de celui conservé à l'église de Trégon dans Côtes d'Armor. Le portail monumental, ajouté au pignon du transept sud, présente des caractéristiques qui rappellent le portail de l'abbatiale Saint-Magloire à Léhon.

VocablesNotre-Dame-de-Joie
Dénominationséglise paroissiale
Aire d'étude et cantonRia d'Etel - Port-Louis
AdresseCommune : Merlevenez

Les origines de l´église de Merlevenez sont totalement inconnues faute de sources anciennes mentionnant l´édifice. Ce n´est en effet qu´à partir du 18e siècle que celle-ci est mentionnée dans les textes. En 1884, l´abbé Luco émettait l´hypothèse, reprise par Le Méné en 1901, d´une fondation par les templiers, qui ne s´appuie sur aucune source et paraît impossible chronologiquement : les Templiers arrivent en Bretagne dans la première moitié du 12e siècle et les parties les plus anciennes de l´église pourraient remonter à la fin du 11e siècle. Toutefois l'essentiel de l'oeuvre romane visible aujourd'hui date du dernier quart du 12e siècle. C'est alors qu'on édifie la nef et les collatéraux à grandes arcades brisées, arcs appareillés à deux rouleaux et colonnes adossées sur de larges pilastres. Cette riche élévation caractéristique du dernier art roman s'interrompt brusquement au-dessus des grandes arcades. Il semble que le projet initial ambitieux prévoyant peut-être un niveau supérieur avec fenêtres hautes ait été abandonné. La partie supérieure des murs de la nef en simples moellons enduits pourrait correspondre à ce repentir qui transforme l'édifice en église à nef obscure. Au 14e siècle, on modifie le voûtement de la tour de croisée, en remplacement d´une coupole dont on conserve les trompes aux quatre angles et on construit alors une voûte sur croisée d´ogives portant un tambour octogonal et une tour sur le même plan, l'ensemble surmonté d'une flèche. La reprise des pignons de transept et du chevet avec leurs baies de style flamboyant datent très probablement elles aussi de la fin du 14e siècle. Un document signé du recteur A. Hétet, daté de 1878, nous renseigne sur l´existence d´un tympan sculpté au portail Sud de l´église. Celui-ci, détruit au moment de la Révolution, représentait une Vierge ainsi que deux anges ; des motifs de fleur de lys présents sur l´une des voussures ont également été martelés à cette période. Ce choix iconographique correspondant au vocable de Notre-Dame-de-Joie tend à indiquer que le portail Sud devait jouer déjà un rôle primordial dans l´édifice à l´époque romane. Au début du 19e siècle, les restaurateurs interviennent sur les deux portails, Sud et Ouest, ainsi que sur les baies des collatéraux : au Sud, les baies d´origine, en arc plein-cintre à double voussure, dont il semble qu´elles reposaient sur des colonnettes ornées de chapiteaux (d´après une gravure datée de 1847), sont remplacées par de larges baies en plein-cintre à simple rouleau. En 1944-1945, l´église subit des bombardements. La flèche et presque tout le clocher s´effondrent alors sur l´édifice, comme la plupart des parties hautes de celui-ci. Le pignon du bras de transept Nord s´écroule entièrement et la voûte en berceau de son absidiole s´effondre également. L´ensemble du mur latéral septentrional est percé de trous. Le pignon du chevet est également touché. Seules les parties supérieures du pignon de bras de transept méridional ont souffert. La façade occidentale et l´intérieur de l´édifice ont été presque entièrement épargnés. Seule la corniche supérieure et un des chapiteaux hauts de la nef ont été abîmés. Les restaurations du service des Monuments Historiques débutent avec l´architecte Cornon qui travaille sur la nef, à cette période l´ensemble des chapiteaux des colonnettes engagées dans les murs gouttereaux du bas-côté Nord sont refaits à neuf (sur le modèle de ceux du bas-côté sud) et la charpente est entièrement restituée. A partir de 1955, l´architecte Lisch prend la suite des travaux et intervient sur le transept, le chevet et la tour de croisée. C´est en supprimant la sacristie à l´angle Sud du transept et du chevet, qu´il découvre les fondations de l´ancienne absidiole sud de transept. On découvre alors sous les enduits l´arc d´entrée de cette dernière, qui possédait le même plan et les mêmes dispositions que son pendant au Nord, c´est-à-dire un plan carré, une simple baie en meurtrière très ébrasée à l´intérieur et une voûte en berceau. L´ensemble des restaurations s´est achevé dans les années soixante.

Période(s)Principale : 4e quart 11e siècle
Principale : 4e quart 12e siècle
Secondaire : 14e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire : 20e siècle

L´église de Merlevenez présente un plan en croix latine, avec nef à trois vaisseaux et cinq travées, transept saillant avec chapelle orientée sur chaque bras et choeur terminé par un chevet plat. La façade occidentale présente un pignon à trois travées de largeurs inégales délimités par des contreforts à ressauts. Malgré sa symétrie, cette façade présente quelques irrégularités. Le contrefort d'angle sud est moins haut que son pendant au nord, qui occupe toute la hauteur du mur. Aux sommets de ces deux contreforts d´angle correspondent des ressauts irréguliers dans la construction du mur de façade. Roger Grand les expliquait comme témoins d´une reprise totale de toutes les parties supérieures de l´ensemble de l´édifice. Le portail est percé dans un massif de maçonnerie formant saillie sur le mur, amorti en pignon triangulaire et présente quatre voussures légèrement brisées, reposant sur des piédroits à bases et chapiteaux sculptés. Au-dessus du massif de portail, se trouve une baie haute, en arc plein-cintre à simple rouleau. Le mur septentrional de l´édifice conserve une baie d´origine dans la partie supérieure du mur, étroite et de faible hauteur, avec un linteau incisé. Elle contraste fortement par ses dimensions avec les deux autres baies qui sont des modifications du 19e siècle. De minces et étroits contreforts en grand appareil, amortis en larmier, s´appuient contre le mur et l´angle occidental du croisillon de transept. A l´angle formé par le mur latéral de la nef et le mur occidental du bras nord du transept, se trouve une tourelle de plan carré, renfermant un escalier à vis, contemporain du clocher qui couvre la croisée du transept. Le mur pignon du bras Nord de transept est percé d´une porte en plein-cintre haute et étroite. Les chaînages d´angle sont en grand appareil de granit. L´absidiole Nord est éclairée à l´Est par une baie étroite et ébrasée, caractéristique de la période, tout comme le mur Est du bras de transept. Le chevet, plat, est également épaulé par des contreforts plats amortis en larmier disposés aux angles et au centre des murs latéraux entre les deux baies qui éclairaient chaque côté du choeur. A l´Est il est éclairé par une grande baie de style flamboyant. La façade méridionale de la nef présente deux baies, remaniées au 18-19e siècle. A l´origine la façade était percée de deux baies connues par une gravure de 1847 et par les descriptions de L. Rosenzweig en 1860. Il s´agissait de deux baies en arc plein-cintre, larges et à double rouleau. Des colonnettes portaient un décor de figures grimaçantes. Les contreforts de cette façade sont des ajouts du 14 ou du 15e siècle. Au centre de cette façade est conservé un portail en arc plein-cintre, percé dans la maçonnerie et non en saillie sur le mur du bas-côté. C'est un portail à double voussure, surmontées de deux tores reposant sur de courtes colonnettes en délit à bases et chapiteaux sculptés. Le bras de transept sud présente les mêmes dispositions que celui du Nord, à l'exception du portail monumental encadré de deux contreforts. La chapelle absidiole est, dont l´emplacement a été retrouvé suite à des fouilles, est une reconstitution du 20e siècle. Comme le portail ouest, mais de forme différente, le portail du bras Sud du transept est percé dans un massif de maçonnerie saillant qui masque les deux contreforts médians du pignon du transept, contre lesquels il s´appuie lors de sa construction, plus tardive. Il présente quatre voussures brisées reposant sur des colonnettes multiples à bases et chapiteaux sculptés. Le massif faisant saillie est couronné par une corniche à modillons sculptés. A l´intérieur l´édifice présente une nef à trois vaisseaux et cinq travées de plan barlong. La nef centrale est séparée des bas-côtés, plus étroits, par de hautes arcades à double rouleau brisé. Les piles de plan cruciforme sont flanquées sur les quatre faces de demi-colonnes. Du côté de la nef et des collatéraux ces demi-colonnes, engagées sur un dosseret, montent jusqu´à hauteur d´une corniche moulurée horizontale (formant l´abaque des chapiteaux couronnant les supports) qui court sur toute la longueur du mur, au-dessus de l´extrados des arcades brisées. Cette corniche forme la limite de l'appareil en pierre de taille, le haut des murs de la nef étant en moellon. A chaque support cruciforme correspond, au niveau des murs gouttereaux, une colonnette en moyen appareil, tronquée, couronnée d´un chapiteau sculpté de motifs végétaux et reposant sur un cul-de-lampe sculpté de grotesques. Ces colonnettes sont placées dans la partie supérieure du mur et prennent appui sur celui-ci, à mi-hauteur à peu près, au-dessus d´une corniche moulurée horizontale. Ce dispositif bien particulier de supports se retrouve dans d´autres édifices bretons. Il est à mettre en relation avec le mode de voûtement adopté. Plusieurs hypothèses existent quant au choix de voûtement de cette nef : il est probable qu'initialement était prévu un voûtement de pierre, jamais réalisé. Le vaisseau central de la nef est dépourvu d´éclairage. Le mur du bas-côté Nord était à l´origine percé en hauteur de baies étroites fortement ébrasées. Si la porte plein cintre qui s'ouvre dans le collatéral Sud est contemporaine du portail ouest, il n'en est pas de même des deux larges baies en plein-cintre à double voussure, peut-être du 18e siècle : on remarquera qu'avant les destructions de la dernière guerre, elles ne dépassaient pas le niveau de la toiture . La nef communique avec la croisée du transept délimitée par quatre grands arcs brisés à double rouleau qui reposent sur des piles cruciformes à colonnettes engagées. Dans le mur occidental du croisillon Sud du transept ont été construites, dans un massif en légère saillie sur le mur, trois arcades en plein-cintre reposant sur des colonnes massives. Deux sont des arcatures aveugles, la troisième correspond au passage permettant la liaison entre le transept et le bas-côté Sud de la nef. Il faut probablement voir dans ces arcades un ajout postérieur à l´élévation du mur, que l´on pourrait attribuer au 12e siècle. Ces éléments, que l´on rencontre à Locmaria de Quimper et à Fouesnant, avaient probablement une fonction décorative, d´animation de la surface murale qui correspond à une volonté claire de mettre en valeur l´accès sud de l´édifice.

Mursgneiss
granite
moellon
Toitardoise
Plansplan en croix latine
Étages3 vaisseaux
Couvrementscharpente en bois apparente
Statut de la propriétépropriété de la commune
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquablestrompe, chapiteau
Protectionsclassé MH, 1927/09/22

Annexes

  • 20115605608NUCB : Archives départementales du Morbihan, 2O 130/7. Merlevenez.

    20115605606NUCB : Archives départementales du Morbihan, 2O 130/5. Merlevenez.

    20115605607NUCB : Archives départementales du Morbihan, 2O 130/5. Merlevenez.

    20105607217NUCB : Archives départementales du Morbihan, 9 Fi. Merlevenez.

    20105607231NUCB : Archives départementales du Morbihan, 9 Fi. Merlevenez.

    20105607206NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/7.

    20105607207NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/14.

    20105607208NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/20.

    20105607209NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/15.

    20105607210NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/16.

    20105607211NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/16.

    20105607213NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/2.

    20105607212NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 Fi 135/5.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Morbihan. Série P. Cadastre. Merlevenez. 3P 177. 1837. Plan d'assemblage. Plan cadastral par feuilles.

  • A. D. Morbihan. Série O. Administration communale. 2O 130/5. An X-1878. Merlevenez. Eglise.

  • DU HALGOUET, Hervé, Notes archéologiques sur le département du Morbihan. A.D. Morbihan.

    T. II, p. 25-26
Documents figurés
  • A. M. Lorient. 16 Fi 638 et 16 Fi 639. Vers 1945. Merlevenez, église Notre-Dame de la Joie en ruines. Photographie, collection Crolard.

  • A. M. Lorient. 16 Fi 642. Vers 1945. Merlevenez, église Notre-Dame de la Joie en ruines : portail sud. Photographie, collection Crolard.

  • A. M. Lorient. 16 Fi 640 et 16 Fi 641. Vers 1945. Merlevenez, église Notre-Dame de la Joie en ruines : intérieur. Photographie, collection Crolard.

Bibliographie
  • AROSIO-LINDON V. L´église de Merlévenez et l´art roman en Bretagne. Maîtrise d´histoire de l´art, sous la dir. de X. Barral, Rennes 2, 1983, 3 vol.

  • AUTISSIER A., La sculpture romane en Bretagne XI-XIIè siècles, Rennes, PUR, 2005.

    p. 302-303.
  • DECENEUX, Marc. La Bretagne romane, Rennes, Ouest-France, 1998, (coll. Références).

    p. 53, 86.
  • GRAND, Roger. L´art roman en Bretagne, Paris, Picard, 1958.

    p. 349-355.
  • GUIGON, Philippe. L´architecture pré-romane en Bretagne, le premier art roman, Rennes, PEAO, 1993.

    p. 35-36.
  • LE GUEN A., Merlevenez et son église romane, 1989.

  • LE MENE, Jean-Marie. Evêché, chapître, séminaire et collégiales du diocèse de Vannes. Vannes, Galles, 1901.

    p. 37
  • TILLET, Louise-Marie. Itinéraires romans en Bretagne. Zodiaque, 1987.

    p. 57-58.
  • TILLET, Louise-Marie., Bretagne romane, La Pierre-qui-Vire, Zodiaque, 1982, (coll. La nuit des temps).

    p. 57-58.
Périodiques
  • AROSIO-LINDON V., L´église Notre-Dame de Joie à Merlévenez, in : Congrès archéologique de France, Morbihan, 1983.

    p. 130-138.
  • AROSIO-LINDON V., Les sculptures du XIIè siècle de l´église de Merlévenez, in : Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, juillet 1987, T. 114.

    p. 3-18.
  • GRAND Roger.L´église de Merlévenez, in : Bulletin monumental, 1927.

    p. 67-101.

Liens web