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Écart dit village de Lanneros (Pleubian)

Dossier IA22014810 réalisé en 2009

Fiche

Á rapprocher de

Œuvres contenues

Appellations Lanneros
Parties constituantes non étudiées dépendance, mur de clôture, route, station de captage, usine, maison
Dénominations écart
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Lézardrieux
Adresse Commune : Pleubian
Lieu-dit : Lanneros
Cadastre : 1829 A1

L'écart, dit 'village de Lanneros' (ou 'Lanros', 'Lannros') a toujours été le territoire privilégié des marins-paysans de l'Armor-Pleubian, qui se partageaient une double activité entre la culture de petites parcelles gagnées sur la mer, souvent inondées les jours de grande marée, la collecte des amendements marins (sable, goémon) et la petite pêche côtière. On les appelait les 'Camarguais' en raison de la proximité des marais de la baie de Lanneros. L'habitat est caractérisé par un regroupement linéaire le long d'un petit axe charretier (puis routier) conduisant au site de Penn Lann, parallèlement au rivage, entrecoupé de chemins de traverse. L'Îlot Hadren fait partie de cet écart avec ses habitations datées du 1er quart du 19ème siècle. Les maisons traditionnelles (19ème siècle), de taille très modeste, présentent un étage carré sous combles avec des ouvertures fermées au Nord et ouvertes au Sud et des dépendances (crèches). Le seul bâtiment à étages de ce hameau fut une ancien hôtel, transformé en résidence aujourd'hui détruit. L'habitat s'est considérablement développé dans cet écart, avec des habitations modestes, souvent liées à l'auto-construction. La population s'est renouvelée à la fin du 20ème siècle avec de nouveaux résidents secondaires. Cependant, quelques familles de goémoniers et de pêcheurs à pied habitent toujours ce hameau. L'industrialisation du site de Pen Lan s'est développée dans les années 1980, après la disparition de l'ancienne usine d'algues, la réalisation d'une centre de recherche et de valorisation des algues (CEVA) et l'implantation de plusieurs ateliers de traitement industriel des algues. Vingt ans plus tard, une zone artisanale maritime a ensuite pris le relais pour favoriser l'installation d'ateliers conchylicoles. Aujourd'hui, une distillerie de whisky complète l'industrialisation de cette zone. On peut constater la permanence d'une mixité sociale dans l'appropriation différenciée et renouvelée de ce territoire, alors que la population traditionnelle vieillit considérablement.

Période(s) Principale : 1er quart 19e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

L'écart de Lanneros est caractérisé par la forme physique 'en crochet' de l'ancien cordon de galets, qui prolonge en parallèle, la base du Sillon du Talbert, de Mer Melen à Penn Lann. La carte des Ingénieurs géographes, datée du 3ème quart du 18ème siècle, montre la séparation de cet écart avec l'Armor et son isolement insulaire aux grandes marées. Le parcellaire découpée sur la partie Sud-Ouest s'arrête au niveau de Penn Lann (parcelle unique). Cette 'presqu'île à part entière, étroite bande de terre, large de moins de 500 mètres se termine par une pointe (Penn Lann) qui fuit les houles d'Ouest. A grande marée et jusqu'à une période récente (4ème quart 20ème siècle), malgré les travaux de busage, la place de Lanneros était submergée par le flot, qui isolait cette presqu'île de l'écart de l'Armor. Elle abrite une large baie ou marais littoral, anse très plate, parsemé d'îlots (Îlot Hadren), protégée par le cordon littoral. Le ruisseau dénommé 'Prat an Gwen' délimité cet écart avec la commune de Lanmodez et la partie Sud de la baie de Lanneros. Sur le cadastre de 1829, on peut remarquer les longues parcelles en lanière perpendiculaires au rivage, qui étaient en partie cultivées jusqu'à une période récente.

Statut de la propriété propriété publique
propriété privée

Annexes

  • Les 'Camarquais' ou Carmarquois' de Lanneros, L'Armor Pleubian

    Extrait du témoignage de Marcel Queiniec, 27 février 1995.

    Il nous faut passer le pont de Lézardrieux, 'bordal', de l'autre côté, quitter les rives du Goélo et le Trégor profond, pour s'engager dans ce territoire de l'extrême, tout au bord de la mer, dans ses marges les plus intimes et sauvages. Nous sommes justement dans la presqu'île 'sauvage', que d'autres appellent aujourd'hui, pour mieux la civiliser ou la rendre plus banale et séduisante, 'la presqu'île fleurie'. Mais c'est oublier son histoire de marins-paysans-goémoniers, les jours d'algue, à la criée des mouettes, lorsque la mer se retire en ses terres du côté de Lanneros, en l'Armor Pleubian. Au fond de cette presqu'île, les marais littoraux se succèdent entre les cordons de galets, schorre salé et herbus où vont paître les moutons et les vaches, parmi les gabarres échouées. Les enfants pêchent des anguilles jaunes et court les crevettes dans les ruisseaux de ce marigot. Au printemps, les 'solettes' et les jeunes bars pullulent à la recherche des petits crabes verts, eux mêmes chassées par les échassiers, ou les renards. Des bancs de maquereaux viennent s'échouer à la côte, que les cultivateurs vont charger avec la fourche à fumier. Dans les lavoirs de mer, à marée basse, on repousse le poisson. Les lignes de fond et les filets de barrage sont légion. les algues brunes 'vawac'h' crépitent dans les foyers. les chevaux partent à la grève avec de l'avoine germé. Les congres assommés avec une 'valsaod' font souvent le repas du soir, une fois dépouillés ou sont conservés, salés et fumés dans la cheminée. les berniques et les coques engraissent les cochons. Ce serait presque le paradis des 'pauvres' pour ces habitants de la petite Camargue bretonne. Une économie de troc à l'échelle d'un canton, où les gens se mariaient entre eux, ne quittaient leur commune que pour l'armée, le commerce ou la grande pêche. Un canton resté encore aujourd'hui très rural avec plus de 40% d'actifs agricoles, le plus agricole des cantons littoraux en Bretagne nord. Les cultivateurs vont encore en tracteur à la grève, pour pêcher à pied ou embarquer dans leur canot. Les lignes de fond ont encore leurs adeptes, y compris les élus locaux qui s'entendent mieux sur la gestion de leur estran que sur la coopération intercommunale. La mer rassemble les hommes de grève, lorsque les enfants du pays se font ostréiculteurs comme Gilbert Le Rouzes et savent faire partager leurs valeurs d'usage : nous ne sommes pas des prédateurs mais des éleveurs, on ensemence, on élève, on renouvelle les stocks.. c'est un métier ... qui couvre seulement 2% du domaine maritime.

    Pour évoquer cette vie de grève, nous avons demandé à Marcel Queiniec, fameux pêcheur de bar et de turbot au sillon de Talbert, habitant à Rhun Traou en l'Armor, près des 'Camarquais', de nous raconter l'histoire de 'L'Hom Padel'. Celui-ci vivait avec son père, sa mère et sa soeur dans une petite maison en terre battue, au bout du chemin de Rhun Traou, qui mène les champs à la petite grève... Il ne vivait que de la grève, comme bien d'autres 'armoricains', appelé les 'Rosis', en faisant plusieurs marées dans la journée si cela était nécessaire, ou une seule, si la récolte était suffisante. Il connaissait les noms de chaque rocher, les grottes pour les congres et les 'kéos', pour les homards, crochés avec une gaffe, comme d'autres connaissent le nom de chacune de leurs parcelles de terre ; 'Men Gueris', la pierre au froment au milieu de la baie blanche, 'Beg néro', réserve de pêche pour la plie sous les laminaires, 'Roc'h veniget', un platier couvert d'herbiers, où l'on frappait sa foëne dans le sens des aiguilles d'une montre, au ras de l'herbier pour faire sortir la sole. les praires étaient cueillies à la main, à la "chatouille" le long du 'genouille', quand le vent était au nordet, contraire au jusant. Les vieilles étaient pêchées à 'Men Buas', avec des lignes boëttées avec des coques ou des berniques, la pierre de la vache, le goémon se faisait à 'Nuellan'. 'L'hom Padel' maîtrisait parfaitement la technique du filet posé, expliquée par Marcel Queiniec Il fallait un certain coefficient de marée, de façon à pouvoir barrer une crique. Il fallait poser le filet à plat, ainsi que l'orin avec ses lièges, qui devait être bloqué par des cailloux légers de place en place ; si bien que à marée pleine, il suffisait de tirer sur les 'sauteurs', les bouts de l'orin, et celui-ci remontait avec le liège, le filet était 'dénoyé'. On appelait çà 'diveugn'. Le barrage était fait, et le poisson qui se trouvait là était pris au piège. On pouvait mettre des rajouts, selon la largeur de l'anse ou du chenal. Ensuite, avec une pique à un doigt, toujours pieds nus, il piquait le gros poisson sans l'abîmer et le rejetait à terre. C'était un 'écolo' avant l'heure ; il avait son poisson vendu à l'avance et ne prenait que ce dont il avait besoin pour vivre. Il lui arrivait de revenir avant la fin de la marée. Il se serait battu contre le chalutage aveugle à 'Toull Barajen', le grand herbier, où vient accoucher l'ange de mer, vivipare. Il avait une vache pour le lait, un champ pour les pommes de terre et les autres légumes, et le produit de sa pêche. C'était entre les deux guerres..." conclut notre narrateur, qui se rappelle lui même avoir noté dans ses carnets de pêche, soigneusement tenus, les circonstances de pêche d'un turbot de 7,5 kg par L. M. à 'Gouanton', par petit coefficient de marée.

  • Extrait du procès-verbal concernant la délimitation du rivage de Lanmodez et de Pleubian, pour la coupe du goémon, 14 mai 1867

    Transaction passée entre le Général de Pleubian et celle de Lanmodez pour la séparation de la coupe du goémon des deux côtés.

    AD 22, 20 G 330.

    Commence de l'eau qui descend des Prageou de Gouriou à ladite Pen Lan en Roz et de là conduisant à Bug en Dour. Le côté du couchant appartient à la côte de Pleubian et d'aller de là jusqu'à Pont en Luellan qui conduit à l'Île de Maudez et aussi de là à descendre au Goas Glaz, le côté Nord audit Pleubian et conduisant au Campreyrou jusqu'au bas de l'eau et pour éclaircissement a été expliqué dans un premier article que le levant appartient à la côte de Lanmodezet le Goageou Glaz du côté du midi du même côté conduisant audit Campreyou jusqu'au bas de l'eau, et pour éviter à toute discussion a été accordé au Général de Lanmodez, la roche nommée Fry ar Souch sans toucher la pleine qui donne du bout du couchant séparé par eau morte, et ce faisant tant du consentement d'Yves Hervé, Jacques Saintjalm, Pierre Le Guern, Jean Libouban, Olivier Ar Guz et Jean Le Mevel qui avaient donné et des susnommés et par le Général de Pleubian est encore expliqué entre les deux général, qu'ils ne pourront couper le goémon pour l'utilité de leurs terres que chacun dans sa côte pour quelque cause que soit et ne pourront engraisser leurs terres de goémon de l'une paroisse à l'autre, à moins que ce ne fut du goémon jeté à la côte par les flots de la mer ; et en cas d'accident soit par mulon ou autrement un chacun aura droit de requérir le goémon coupé sur son territoire, ainsi que pour le transport, un chacun aura la liberté de faire le transport soit par mer que par terre, ainsi qu'ils le trouveront plus commode, sans opposition ni de part ni d'autre ; ce sont les séparations et conditions des parties qu'ils ont ainsi voulus promis de tenir sur l'obligation de tous leurs biens en général, fait et passé en nature de transaction irrévocable.

  • 20092210082NUCB : Collection particulière

    20092210722NUCB : Archives départementales des Côtes d'Armor

    20092210698NUCB : Collection particulière

    20092210598NUCB : Collection particulière

    20092209973NUCB : Collection particulière

    20092210334NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Bibliographie
  • LE POTIER, Guy. Au temps des goémoniers : le partage des grèves. In Les Cahiers de la Presqu'île, n° 10. Pleubian : Association Pleubian et son passé, 2005.

    pp. 34-38
Documents audio
  • QUEINIEC, Marcel. Pêche à pied et usages de l'estran. Pleubian, 9 août 1997.

    Témoignage audio
  • QUEINIEC, Marcel. Les 'Camarquais' de l'Armor-Pleubian. Pleubian, 27 février 1995.

    Témoignage audio