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Demeure d'écrivain, Keransquer (Quimperlé)

Dossier IA29000546 réalisé en 2001

Fiche

1427 : un manoir est attesté à Keransquer situé dans la trève de Saint-David, alors paroisse de Rédené, évêché de Vannes (jusqu´en 1791).

1487 : lieu d´exercice de moyenne justice.

1540 : le manoir appartient à Louis du Bouyer dont les armoiries figureraient sur la fontaine. Un aveu de la même année fait état « dudict manoir de Keransquer, ce qui ensuit soubz estable, maison du four, court et jardrin, entre la maison principalle d´iceluy manoir et le mydy, envyron quatre journaulx de terre ». Le logis ainsi que la chapelle dédiée à Saint-Louis remontent partiellement à cette époque, notamment la partie est du logis avec une tour abritant un escalier en vis en pierre ainsi que certaines parties de la chapelle (baies, niches).

17e siècle : agrandissement du logis (rehaussement de la partie ouest et mise en place du corps central couvert d´un toit en pavillon).

Fin 17e siècle - début 18e siècle : date probable de la tribune de la chapelle (modifiée au 19e siècle). Les propriétaires successifs n´y résidant que passagèrement, le manoir et les terres sont désormais exploités par des fermiers ou des métayers.

1764-1778 : la seigneurie, avec « logement, métairie, chapelle et deux fermes » est achetée par Antoine Grognard et Gilles Cambry. Ce dernier, « maître-constructeur » à la compagnie des Indes de Lorient, transmet Keransquer à son fils Jacques Cambry, écrivain et homme politique qui y séjourne temporairement. Dans une lettre adressée à Voltaire en 1776, Cambry évoque le lieu : « On aime à se cacher dans le joli bois du Rossignol, à Keransquer, à lire, à deviner tous les emblèmes, tous les chiffres gravés sur les arbres de cette jolie terre ».

1780 : Keransquer appartient à Jean-Jacques Le Cointe, trésorier de la compagnie des Indes et maire de Lorient qui le fait réparer ; certaines modifications de baies semblent remonter à cette époque.

1787 : la propriété (terre, maison, manoir, chapelle) est en vente chez Leguével-Ducorrois, notaire à Lorient. Le « château », après « réparations considérables », est « actuellement dans le meilleur état, pouvant loger agréablement et commodément une famille nombreuse ».

1825 : le manoir, ses dépendances, la chapelle et la ferme figurent sur le plan cadastral.

1850-1853 : Théodore Hersart de La Villemarqué, écrivain, et sa femme, Clémence Talbé des Sablons, acquièrent Keransquer en 1850 pour 48 000 Francs.

Contrat entre les propriétaires et Célestin Barbe, agent voyer et conducteur de travaux à Quimperlé, pour restaurer le manoir destiné à devenir une dépendance d´une nouvelle demeure à construire. « Pour approprier cette future résidence à l´état de leur fortune, de dépenses considérables doivent être faites. Ainsi la maison d´habitation actuelle est inhabitable en l´état et cette maison et les autres édifices existants sont trop vieux, dans un état de délabrement trop grand pour servir à leur ancien usage. Seulement ils doivent être utilisés comme dépendances de la maison principale qui doit être construite ».

A côté des travaux à exécuter dans les anciens bâtiments (cuisine transformée en écurie, salle à manger en remise et sellerie, maison de jardinier en crèche, suppression de trois cheminées, démolition et reconstruction, en l´abaissant, de la toiture d´un des pavillons, démolition de l´ancienne écurie), on prévoit le creusement d´une pièce d´eau de 165 mètres de circonférence afin d´assainir la partie ouest des terrains. Un mur en pierres sèches de deux mètres de haut (en partie conservé) est destiné à « clore le parc de la propriété » ; il est complété par des palissades de saule et de châtaignier exécutées par Pierre Mauguen, jardinier.

Résidant tantôt à Kerbertrand à Quimperlé, tantôt à Paris, les propriétaires font appel à l´architecte Joseph-Antoine Froelicher pour construire le « nouveau manoir ». La demeure a été bâtie conforme au projet et devis très détaillé de l´architecte. Les murs, en moellons extraits sur la propriété, sont « hourdés de mortier de chaux, sauf les chaînes des angles et des deux avant-corps construites en pierre de taille de granite », le granite provenant de Pont-Aven. On préconise l´emploi d´ardoises de Rochefort ou de Châteaulin et de briques provenant de Lorient.

Le rez-de-chaussée abrite le vestibule avec l´escalier, la cuisine, le garde-manger, l´office, la salle à manger, le salon et le cabinet (bibliothèque). Les sols sont en parquet de chêne, à l´exception du vestibule, en dalles blanches et noires et de la cuisine, en dalles bleues (schiste). Un « fourneau potager en maçonnerie avec ceinture en fer et paillasse carrelée en terre cuite et poissonnière en fonte » et une pierre d´évier en granite sont placés dans la cuisine. La salle à manger, « parquetée en chêne à feuilles de fougères », est pourvue d´un « poêle en biscuit », avec intérieur en fonte et colonne en biscuit. La cheminée du salon est en marbre blanc « rétréci à la Lhomond en panneaux de faïence ». Le papier peint provient de la manufacture Rousseau dont le magasin se situe boulevard de la Madeleine à Paris. Le cabinet est équipé d´armoires vitrées et de rayonnages.

Le premier étage abrite les chambres et les cabinets de toilette des maîtres de maison ainsi que celles des bonnes et des enfants. La cheminée d´une des chambres est « en marbre de Flandres à petites consoles », avec intérieur en faïence.

Trois chambres, un garde-meuble et un grenier sont aménagés dans les combles.

Toutes les huisseries sont en chêne pour les pièces principales, en pitchpin pour les pièces secondaires, les plafonds « blanchis à la colle ». Les serrures « sont de bonne qualité et sortant de la maison Sterling, les boiseries, parquet et plancher, portes, croisées en bois de bonne qualité, coupé au moins depuis quatre ans, sans noeud, gélivure ni gerçure ».

L´édifice est construit sous le contrôle de Célestin Barbe par l´entrepreneur Parementier de Lorient. En même temps, on remplace d'anciennes plantations ou on en effectue de nouvelles. En 1852, les travaux ne sont pas entièrement terminés lors du passage de l´architecte Froelicher. Les piliers d´entrée et les grilles ont été réalisés suivant le projet de Guilloutoux de 1852. Non daté, le projet du parc imaginé par les frères Bühler est probablement contemporain de la construction.

Le dolmen provient de la commune du Trévoux (canton de Bannalec) et a été remonté par dans le parc de Keransquer dans la seconde moitié du 19e siècle.

Genre d'écrivain
Vocables Saint Louis
Parties constituantes non étudiées manoir, chapelle, ferme, puits, parc, portail, logement, mur de clôture, dolmen
Dénominations demeure
Aire d'étude et canton Quimperlé - Quimperlé
Adresse Commune : Quimperlé
Lieu-dit : Keransquer
Cadastre : 1981 BZ 61, 63, 65, 67, 69

Le manoir, attesté en 1427, appartient en 1540 à Louis du Bouyer. La chapelle, modifiée ultérieurement, semble remonter à cette époque. Le logis date de la première moitié du 16e siècle, notamment la tour d´escalier. L´ensemble a été modifié et agrandi au 17e siècle (partie ouest), puis réparé en 1787, avant d´être déclassé en communs en 1850. Le « nouveau manoir » a été bâti pour l´écrivain Théodore Hersart de La Villemarqué et Clémence Tarbé des Sablons, d´après les plans de l´architecte parisien Joseph-Antoine Froelicher, sous la conduite de Célestin Barbe, agent voyer. Les travaux, achevés en 1852, ont été réalisés par l´entreprise Parementier de Lorient. L´entrée et la grille sont conformes à un projet de Guilloutoux de 1852. A la même époque, Pierre Mauguen, jardinier, met en place des clôtures en bois qui entouraient une partie des terres agricoles. Provenant du Trévoux, un dolmen de l'Age du bronze a été remonté dans le parc. Malmené par un ouragan en 1987, le parc, imaginé par les paysagistes Denis et Eugène Bühler, a été partiellement réalisé lors de la construction de la demeure.

Période(s) Principale : Age du bronze
Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Dates 1852, daté par source
Auteur(s) Auteur : Froelicher Joseph-Antoine, architecte, attribution par source
Auteur : Barbe Célestin, agent voyer, attribution par source
Auteur : Parementier, entrepreneur de maçonnerie, attribution par source
Auteur : Bühler Denis et Eugène, paysagiste, attribution par source
Auteur : Mauguen Pierre, jardinier, attribution par source
Personnalité : Du Bouyer Louis ?, commanditaire, attribution par source
Personnalité : Hersart de La Villemarqué Théodore,
Théodore Hersart de La Villemarqué
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commanditaire, attribution par source
Personnalité : Tarbé des Sablons Clémence, commanditaire, attribution par source

Le logis de l´ancien manoir enferme un escalier en vis en pierre et est partiellement couvert d´un toit en pavillon ; la partie ouest compte deux étages carrés. Le puits circulaire est en granite. La nouvelle demeure est construite en moellon enduit, à l´exception du soubassement, des travées centrales, des chaînes d´angle, bandeaux, corniches et encadrements des baies, en pierre de taille de granite.

Murs schiste
granite
enduit partiel
moellon
pierre de taille
Toit ardoise
Étages sous-sol, 1 étage carré, 2 étages carrés
Élévations extérieures élévation à travées, jardin de niveau
Couvertures toit à longs pans
toit en pavillon
croupe
Escaliers escalier tournant, en maçonnerie, en charpente
Jardins massif d'arbres, pelouse
Typologies manoir à tour d'escalier postérieure. Demeure de style néo-gothique. Plan double en profondeur. Composition d'ensemble concertée
Techniques sculpture
Représentations armoiries monogramme
Précision représentations

Armoiries du Bouyer sur le pignon de la fontaine. Monogramme Hersart de La Villemarqué sur le fronton est du logis de 1852.

L´endroit est intimement lié à la vie et à l´oeuvre de Théodore Hersart de La Villemarqué (1815-1895), l´un des premiers collecteurs de littérature orale en France et auteur du "Barzaz-Breiz", recueil de récits populaires bretons publié en 1839. Même si Keransquer est une des réalisations les plus modestes de l´architecte Joseph-Antoine Froelicher en Bretagne, elle présente tous les éléments caractéristiques prisés dans les milieux aristocratiques parisiens, ligériens et bretons, la monumentalisation de la travée centrale, l´ordonnancement strict des élévations et le recours aux formes néo-classiques ou néo-gothiques. Les fonctions des espaces et les décors intérieurs dénotent des manières de vivre citadines et bourgeoises largement diffusées dans les maisons de campagne à cette époque. Les paysagistes Eugène et Denis Bühler dont les réalisations bretonnes (Le Thabor à Rennes, Kernévez à Saint-Pol-de-Léon et Trohanet à Langolen) sont bien connues, dessinent ici un parc à l´anglaise partiellement conservé dont l´écrin végétal, tout en mettant en valeur l´architecture, réserve une vue panoramique sur la ville de Quimperlé, conforme au souhait du commanditaire très lié à sa ville natale. Comme à Kernévez en Saint-Pol-de-Léon, construit pour la famille de Guébriant en 1849, on fait ici appel à la même équipe de concepteurs, indice d´une démarche identique des commanditaires désireux d´aboutir à une cohérence entre l´architecture et son site.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre maison d'homme célèbre

Annexes

  • 20032901425NUCA : Archives départementales du Finistère, 3 P 292.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Finistère, 3 P 292. Cadastre de 1824 , section B1 dite de Keransquer.

  • A.D. Loire-Atlantique, B 2068/2. Aveu de 1540.

  • A P.Keransquer.

Bibliographie
  • CALVEZ, Nathalie. Les manoirs dans la châtellenie de Quimperlé, d´une réformation à l´autre (1426-1536). Mém. D.E.A. : Hist. : Brest, Université de Bretagne occidentale, centre de Recherches Bretonnes et Celtiques : 1991 [inédit ; dactylographié].

    p. 45
  • CAMBRY, Jacques. Voyage dans le Finistère ou l´état de ce département en 1794 et 1795. Edition critique par Dany Guillou-Beuzit. Quimper : Société archéologique du Finistère , 1999.

    p. XI-XII, 400
  • INVENTAIRE GENERAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE. Région Bretagne. Quimperlé et son canton. Finistère. Collection Images du Patrimoine n° 217, Rennes, 2002.

    p. 13, 79