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Croix de procession de Saint-Coulomb

Dossier IM56006308 réalisé en 2006

Fiche

Vannes. Musée (collection de la Société Polymathique du Morbihan)

Croix de procession de Saint Coulomb.

Feuilles de cuivre sur âme de bois, gravure au pointillé et au tremblé ; fonte d´art ; émaux champlevés : dorure ; pâte de verre.

Atelier limousin, dernier tiers du XIIIe siècle.

Cette oeuvre exceptionnelle à maints égards, est sans doute la plus ancienne croix de procession ou croix hampée de Bretagne. Une tradition la rattache à la paroisse de saint Coulomb, située dans l´ancien évêché de Dol, près de Cancale.

La croix, relativement étroite est pattée : l´arrêt du dessin qui couvre le fond des bras par un trait en travers des bras prouve que cette forme est d´origine, et veut sans doute rappeler ici les anciennes croix du haut Moyen-Age. Ses bras comportent quatre renflements ovales qui sur la face antérieure étaient destinés à recevoir de part et d´autres du Christ les figures en demi relief de la Vierge et de saint Jean ainsi qu´au sommet, très probablement un anges, tous trois disparus. Seul subsiste au pied de la croix la figure de saint Pierre. Sur la face postérieure des médaillons en émail champlevé représentant les figures du Tétramorphe encadrent au centre de la croix une plaque émaillée carrée représente le Christ reconnaissable à son nimbe crucifère, debout sortant des nuées bénissant de la main droite et tenant dans la main gauche à l´aide d´un pan de son manteau le livre ouvert des évangiles. Cette composition iconographique est récurrente dans les croix limousines des XIIe et XIIIe siècles. Elle se retrouve par exemple sur la croix de Jouac en Limousin, un peu plus ancienne puisque datée du milieu du XIIIe siècle mais qui présente et la même forme pattée et la même association du Christ bénissant et des symboles des évangélistes.

A la différence de la plupart des croix du limousin, la croix elle-même n´est pas ici en cuivre fondu mais en bois recouvert de plaques de cuivre gravées et dorées. Le décor est essentiellement obtenu à l´aide de cabochons de pâte de verre bleus et verts alternés. Ces pierres factices se détachent sur un fond mati gravé au tremblé et semé de petits motifs losangiques ou quadrilobés. La dorure des feuilles de cuivre, aujourd´hui très altérée sur la face antérieure de la croix devait contribuer pour beaucoup à l´effet de richesse de l´objet. Sur la face postérieure, les plaques émaillées selon la technique du champlevé présentent une gamme chromatique réduite : bleu intense de lapis lazuli pour les fonds, turquoise pour les bordures et rouge rubis pour les auréoles, les nuées et les attributs, gamme tout à fait caractéristique des dernières décennies du XIIIe siècle. Le parti de figures réservées en métal et non émaillées se détachant sur un fond de couleur est également typique de cette époque, de même que les rinceaux un peu raides également traités en réserve. La gravure des figures du tetramorphe et du Christ, de grande qualité, associe trois techniques, le trait continu pour les plis et les traits courts, le trait au tremblé pour les contours et le trait au pointillé pour les parties tournantes du dessin. Le Christ en croix est très semblable à celui de la croix d´Argentat, datée de la deuxième moitié du XIIIe siècle ; une reprise en ciselure visible dans les cheveux, la barbe, la couronne et le torse, contribue avec l´ensemble du décor à distinguer cette croix de la production courante de cette époque.

En l´absence de toute source ancienne, il faut se fier à la seule mention de l´inventaire des collections de la Société Polymathique du Morbihan effectué en 1921, précisant que la croix provient de Saint Coulomb. Cette paroisse, ancienne enclave de Dol aurait pu recevoir à la Révolution des éléments du mobilier de l´ancienne métropole doloise. Cependant les inventaires anciens de la cathédrale saint Samson ne font état d´aucune croix de procession de cette sorte. Il faut donc envisager que cet objet exceptionnel, le seul de ce style et le plus ancien de ce type de toute la Bretagne à notre connaissance, a bien été offert au XIIIe siècle à la paroisse de Saint Coulomb. Or plusieurs personnages ont pu avoir à cette époque de bonnes raisons d´offrir ce présent somptueux à la paroisse. L´ancien château du Guesclin ou du Guarplic lieu originel de la famille du même nom, est situé sur une île proche du rivage, au nord de cette paroisse. En 1247 Bertrand III du Guesclin décide d´élever au milieu des terres une nouvelle place forte qui prit le nom de Plessix-Bertrand. En 1259 et 1269, le même Bertrand signe des accords avec le chapitre de Dol qui mettent fin à des conflits sur la perception des dîmes. Ce personnage, ancêtre de l´illustre connétable breton, pourrait apparaître comme un des donateurs possible de cette croix. Mais il convient aussi de rappeler que la forteresse du Guesclin après avoir été tenue par une garnison anglaise au début du XIIIe siècle avait été donnée en garde à Henry d´Avaugour comte de Goello par le roi de France saint Louis. Sans entrer dans le détail très complexe des conflits territoriaux et dynastiques de cette époque il apparaît que ce puissant seigneur, de haut lignage qui avait l´oreille du roi de France et avait participé aux deux croisades de 1240 et 1249, était aussi l´héritier, spolié par les manoeuvres du duc de Bretagne, de la moitié de la seigneurie de Dinan. Très pieux il contribua par ses dons à l´implantation du couvent des Cordeliers dans cette ville, et finit ses jours dans ce couvent après avoir pris l´habit monastique. Dans ce contexte politique délicat, qui voit progressivement s´imposer le pouvoir des ducs, il est également important de mentionner qu´en 1275, le duc Arthur II de Bretagne épouse Marie de Limoges, héritière du comté du même nom. Cette alliance est peut être aussi pour quelque chose dans la venue en Bretagne de cette exceptionnelle croix. Pour autant les raisons de son affectation à la paroisse de Saint Coulomb restent à ce jour inconnues.

Dénominationscroix de procession
Appellationsde Saint-Coulomb
Aire d'étude et cantonHaute-Bretagne - Vannes Centre
AdresseCommune : Vannes
Emplacement dans l'édificemusée de Vannes

Cette croix de la 2e moitié du 13e siècle, originaire du Limousin et provenant de Saint-Coulomb (Ille-et-Vilaine) est entrée au cours du 19e siècle, à une date indéterminée dans les collections de la Société Polymathique du Morbihan où elle est attestée en 1921. Elle a été restaurée à la fin des années 1970.

Période(s)Principale : 2e moitié 13e siècle
Lieu d'exécutionÉdifice ou site : Limousin

Croix pattée à croisillon carré avec renflements précédant les pattes. Ame de bois recouverte de lames de cuivre doré, ornées de cabochons sur la face antérieure et de plaques émaillées sur la face postérieure.

Catégoriesorfèvrerie
Matériauxcuivre, doré, gravé, émail champlevé
bois
pâte de verre
Précision dimensions

h = 70 ; la = 35

IconographiesTétramorphe
les Evangélistes
saint Pierre
Christ bénissant
livre
Précision représentations

Sur la face antérieure, figure en demi relief de saint Pierre. Sur la face postérieure, plaques émaillées représentant le tétramorphe et le Christ bénissant.

États conservationsmanque
oeuvre restaurée
Précision état de conservation

Manque les figures de la Vierge, de saint Jean, une autre figure au sommet de la croix et le titulus. Les extrémités des bras ont été refaites lors de la restautration de la croix à la fin des années 1970.

Statut de la propriétépropriété d'un établissement public
Intérêt de l'œuvreÀ signaler
Protectionsclassé au titre objet, 1949/05/17