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Corps de garde, blockhaus et sémaphore sur la commune d'Erquy

Dossier IA22004222 réalisé en 2005
Aires d'étudesCommunes littorales des Côtes-d'Armor
Dénominationscorps de garde, blockhaus, sémaphore
AdresseCommune : Erquy
Lieu-dit : la Vallée Denis la Heussaye Saint-Pabu

L'architecture militaire de l'Ancien Régime : Les premiers retranchements de la côte d'Erquy sont réalisés sous le règne de Louis XIV, avec la création des premiers garde-côtes, selon un régime mi-militaire, mi-civil (1694). La carte du "Neptune françois" de 1693 signale le corps de garde de La Guette de la Ville-Berneuf. En 1702, on relève la batterie et le fort de la Bouche (1702), ainsi que le fort de la Roche au Nay. Sont attestés au milieu du 18ème siècle, le corps de garde des Trois Pierres, de Lanruen et de la Bouche. Pour le chevalier Mazin, en 1756, les batteries d'Erquy ne représentaient qu'une simple levée de terre avec un parement en pierre. Le plan de ces défenses littorales furent relevées par l'ingénieur géographe du duc de Penthièvre Levavasseur en 1785 (cadastre du Penthièvre). Deux postes militaires fixes existaient au Gué Madeuc, près du gué du Cavé et au Château-Tanguy près de la Roche Jaune à La Heussaye. Un corps de garde existait au début du 20ème siècle (repéré mais non daté, non étudié) sur le rocher Follet, habité par un couple de carriers qui vivaient aussi de la pêche à pied ("la petite Marianne").Les ouvrages de défense militaire utilisaient pour le béton armé les roches dures, comme le grès d'Erquy, mélangées au ciment et au fer. C'est une architecture mono-bloc, réalisée dans un béton liquide, fluide, un monolithe moderne. Ils représentent plusieurs formes architecturales : - poste de guet - coupole d'acier - embrasure - encuvement - section courbe - angles abattus - épaulements latéraux - dôme frontal. Les fortificatiuons littorales allemandes : Nous avons repéré 4 ouvrages de défense militaire datés de 1944 : 2 blockhaus et un abri pour un groupe de combat, situés dans la villa Beaumont, dans la villa de La Heussaye, sur la plage de Saint-Pabu et étudié 2 blockhaus, ceux de la Villa Beaumont et de la Heussaye. Aujourd'hui, il existe encore de nombreux ouvrages militaires témoins matériels de cette époque, en particulier des ouvrages bétonnés, en bon état, dissimulés sous la végétation, ou intégrés aux anciennes villas et nouvelles constructions de l'après guerre. En 1943, les menaces de débarquement se précisaient sur les côtes, particulièrement en Manche ; les Allemands accrurent leurs systèmes de défense, avec l'organisation Todt (plan de tir de côte du Penthièvre). Ce système de défense contemporain a semé ses équipements le long des côtes de la Manche et de l'Atlantique : Des milliers de mines furent enfoncées sur les plages du Val-André, d'Erquy, des Sables d'Or, de PLéhérel, jusqu'aux défenses en falaise). Les accès aux plages furent fermées par des "portes Maginot" (obstacles métalliques de 2 mètres de hauteur). Les points stratégiques souvent situés en hauteur furent aménagés avec des blockhaus, des casemates, des Tobrouks, des canons et des mitrailleuses dirigées vers la plage de Caroual, de la Rade et de la Bouche, selon un tir croisé. Le sémaphore d'Erquy fut aussi équipé pour surveiller le ciel. Cette architecture militaire, vestige de la deuxième guerre mondiale, représente une architecture spécifique, qui met en scène le paysage de la frontière qu´impose la guerre totale, aux limites mêmes de l´espace littoral. Elle montre aussi la typologie des ouvrages du Mur de l´Atlantique et de leurs fonctions : - bloc de tir à créneau, - bloc de tir à cloche cuirassée - bloc d´observation d´infanterie ou d´artillerie, avec PC de tir des batteries côtières - bloc pour la défense aérienne : DCA, abri, poste de direction de tir, radio-radar - bloc passif : troupes, munitions, centre de transmission, canons, chars, poste de secours.

Période(s)Principale : 2e quart 18e siècle
Principale : 3e quart 18e siècle
Principale : 4e quart 18e siècle
Principale : 2e moitié 20e siècle
Toitsbéton en couverture
Mursbéton
Décompte des œuvres repérées 7
étudiées 4

Annexes

  • La Garenne militaire

    Comme le cap Fréhel, la garenne d'Erquy joua un rôle stratégique important dans la défense côtière pendant les guerres qui opposèrent les Français aux Anglais, de Louis XIV à la fin de l'Empire.

    Dés 1655, le frère du grand Colbert, Colbert de Croissy, en mission sur le littoral nord de la Bretagne, chargea un gentilhomme d'Erquy, Mathurin Garrouët, sieur de la Longraye, capitaine général garde côtes de l'évêché de Saint-Brieuc, d'atablir des gardes à la pointe d'Erquy et à la Bouche du Minieu. Trois paroisses de l'arrière pays, la Bouillie, Hénansal et Quintenic, devaient, avec Erquy et Plurien, fournir en cas de conflit un contingent de 800 hommes.

    Plus tard, lors de la guerre de Sept Ans, deux batteries furent installées (entre 1744 et 1754) sur la garenne d'Erquy. Une au-dessus du rocher Follet (disparue aujourd'hui), armée de deux canons de six pousses (180 mm). Elle devait, selon le rapport du chevalier Mazin, ingénieur de la place de Saint-Malo, qui la visita en 1754, protéger le mouillage au sud-est du rocher Saint-Michel, ainsi que celui du port de la Noë, où il signalait un petit commerce de cabotage "par barques de 7 à 8 tonneaux". On construisit peu au-dessus, un corps de garde voûté, avec magasin à poudre, selon le modèle réglementaire conçu par un ingénieur du port de Brest, M. du Breuil de Marchais. L'autre batterie, au-dessus de la pointe fermant le petit Port, dite aujourd'hui 'Pointe des trois pierres", armée de 2 canons de 12 pouces, sur deux plateformes distinctes, défendait l'entrée du port de l'échaussée d'Erquy et "protégeait les navires obligés de mouiller, par gros temps sous les Roheins" (aujourd'hui la tour des Evettes). On édifia, au-dessus de ces deux canons, un peu trop loin peut-être, à la cote 62, un corps de garde entièrement voûté, avec magasin à poudre écarté. Ce corps de garde est encore debout aujourd'hui.

    Enfin, sur la pointe de Lanruen, fut édifié un troisième corps de garde, qui n'était que d'observation. Ce corps de garde existe toujours dans la garenne de Lanruen au-dessus de la Fosse-Eyrand.

    Ce dispositif fut complété par un jeu de trois mâts de pavillon, permettant de transmettre des signaux le long de la côte. Le pavillon de la batterie de Follet répondait à celui du cap Fréhel, communiquait avec celui de Lanruen, qui transmettait à celui du Petit-Fort, qui communiquait à celui de Château-Tanguy de Pléneuf (Pointe de la Lingouare). Ces batteries ne jouèrent aucun rôle pendant la guerre de Sept Ans. Elles n'eurent pas à intervenir lors de la bataille de Saint-Cast qui se déroula à l'est du cap Fréhel. Elles ne furent guère efficaces pendant la Révolution. Celle du Petit Port, n'empêcha pas une division navale

    Anglaise commandée par Sydney Smith de détruire un convoi de navires marchands qui s'étaient réfugié, avec la corvette "L'Etourdie" qui les escortait, en rade d'Erquy, le 23 mai 1796. Ce corps de garde fut ensuite équipé d'un four à boulets, semblable à celui de Fort La latte, installé en 1795.

    Sous l'Empire, cette batterie fut augmentée et en 1830, elle comprend trois forts séparés de 50 mètres environ, armés chacun de deux pièces de 360 mm. Le fort du Petit Port, battant l'ouest. Le Grand Fort près du four à boulets. Le Fort de la Rade battant sud. Un rapport de 1832, conseillait le transfert d'une de ces batteries sur la pointe de la Heussaye. Cette batterie ne fut déclassée que sous le second Empire. La batterie du Follet fut augmentée en 1830 de cinq pièces disposées en demi lune. Ces batteries et forts n'existent plus aujourd'hui.

    Lorsque les batteries furent déclassées sous le Second Empire, le corps de garde de Follet fut repris par l'administration des douanes qui avait établi, en exécution d'une loi de 1818, un chemin de douaniers le long de la côte nord de la garenne et une cabane de douaniers au-dessus de Lourtuais. Celui de Lanruen passa dans le domaine privé. Quant à celui du petit port, il fut abandonné à son sort et "squatté" par une femme originale, nommée Fanchon Sabot, et devint la maison de Fanchon Sabot. Celle-ci composait en gallo des chansons pour les visiteurs ; mais le refrain était invariablement le même : "C'est ici la maison du gouvernement. Je n'y entends chanter que le vent".

  • Les défenses côtières d'Erquy

    La rade d'Erquy est protégée depuis 1747 par deux batteries placées à la Pointe du cap d'Erquy. Le voeu de réalisation d'une échaussée dans la rade d'Erquy présenté par la paroisse aux Etats de Bretagne en 1768, fut renouvelée après l'avènement de la République avec un rapport favorable de l'ingénieur des Ponts et Chaussées. Cependant, il fallut attendre 1830 avant que l'Etat ne s'intéresse à cet abri naturel (des vents de nord-nord-est) en finançant la construction d'une première jetée. Alors que Bréhat et Portrieux avait déjà obtenu des crédits pour leurs aménagements portuaires (AD 22, 5 L 4).

    En mars 1793, Erquy possède trois batteries : deux à la Pointe pour protéger le port, et une à la Bouche (port de Saint-Michel et "plaine du Minieu" aux Sables d'Or). Elle était située dans le petit bois de pins qui domine le camping actuel.

    Le corps de garde et la poudrière de la Bouche exigent peu de réparations, mais ceux de la Pointe sont en mauvais état. Ils seront meublés, mais le corps de garde de la Pointe s'avère trop exigu pour loger 15 hommes comme prévu. Son agrandissement s'impose et un petit logement, attenant au pignon opposé de la poudrière, pourrait être bâti et abriter six hommes. Cet ajout est réalisé par les canonniers eux-mêmes, parmi lesquels se trouvent deux maçons. Cette disposition est encore visible. Le bâtiment, en partie restauré en 1987, est probablement celui de 1793 ; à sa suite, la poudrière, dont peut on voir encore l'échancrure de la double porte, a disparu. Le logement construit en 1793, est complètement en ruines. Des guérites en bois furent aussi construites sur le sentier côtier entre les corps de garde pour abriter les sentinelles dans leurs tournées. La guérite de la pointe n'existe plus.

    Synthèse d'après le texte de Guy Sallier Dupin "La guerre et la Révolution dans les Côtes-du-Nord", 1992, p 126-134.

  • Descriptif d'un corps de garde-type, 1744 (AD 22, 1 L 728)

    Longueur : 19 pieds (6, 16 m) hors d'oeuvre

    Largeur : 12 pieds (3, 25 m)

    Hauteur : 7 pieds (1,90 m) jusqu'à la naissance de la voûte

    Voûte en plein cintre et en pierres de moellons avec mortier de chaux et de sable

    Porte : hauteur : 5 pieds 9 pouces (1, 86 m) ; largeur : 2 pieds 6 pouces (0, 81 m)

    Cheminée : largeur : 3, 5 pieds (1, 14 m) ; corbelets, courges et manteau en pierre de taille ainsi que le couronnement.

    Fenêtre qui est en face de la porte, en pierres de taille à son extérieur : hauteur : 18 pouces (0, 49 m) et largeur : 1 pied (0, 33 m), défendue à l'extérieur par une croix de fer, garnie à l'intérieur d'un vanteau à deux battants.

    Lit de camp opposé à la cheminée qui tiendra la largeur du corps de garde et aura 6 pieds de long (1, 95 m).

    Aire, depuis le lit de camp, pavée en pierres de moellon y compris l'âtre de la cheminée.

    Intérieur : mortier de chaux et de sable, blanchi avec du lait de chaux

    Extérieur : rechiqué avec du même mortier de chaux et de sable.

  • Les défenses ou points d'appui du secteur du Goulet et de la Heussaye

    Pendant la guerre 1939-1945, tout le secteur du Goulet et de la Heussaye fut transformé par les Allemands en "points d'appui". L'ensemble comprenait un poste de commandement (PC), avec tourelle blindée d'observation (sous la villa Marigny), 3 blockhaus de batterie de 75 mm (2 vers la plage du bourg, 1 vers la plage de Caroual), 3 abris souterrains (dortoirs + poste militaire), dont 1sous la villa Cornouailles et 1 surs la pointe relié à un tobrouck. 4 tobroucks dont 2 transformés en pagode. Un rampe de lance flammes, un magasin à munitions (villa Cornouailles).

    La Kommandantur était à la villa Scola. La troupe occupait l'hôtel des terrasses (colonie de vacances de Wendel) ; où se trouvait aussi le mess des officiers. Le Maréchal Rommel, en visite d'inspection y mangea le 24 janvier 1944. Il offrit des accordéons aux cuisiniers. Il repassa par Erquy le 18 mai avant de rejoindre Quintin pour une conférence d'Etat-major.

    Pendant les premières années de guerre, la villa Le Goulet fut habitée par un certain Maurice Zeller, héritier de Monsieur du Bellay, ex-commissaire de marine (chassé de la Marine pour usage de faux). Il reprit du service dans la L.V.F, puis à partir de 1943 dans la gestapo française ou la milice). Au début de 1944, il mena plusieurs opérations de police dans le Finistère contre les réseaux de résistance et fut responsable de l'arrestation et de la déportation d'au moins 10 personnes. Après s'être enfui en Allemagne, il fut condamné à mort par contumace le 14 février 1945, et ses biens, dont la villa "Le Goulet", confisqués. Le Goulet fut alors acquis par la famille Molard de Rennes. Texte, synthèse d'après le manuscrit de Jean-Pierre Le Gal La Salle, 2005.

  • Les points d'appui d'Erquy

    Les points d'appui de Saint-Pabu :

    - 1 blockhaus canon de 50

    - 1 blockhaus canon de 75

    - 1 tobrouck

    - 2 abris pour un groupe de combat

    1 tobrouck (Ville-Berneuf détruit)

    - 1 poste d'observation (Longueraies)

    Les points d'appui du Goulet :

    - 2 blockhaus 75 (vers la plage du bourg)

    - 1 blockhaus 50 (vers la plage de Caroual)

    - 1 abri PC + groupe de combat + tourelle d'observation

    - 1 abri pour 1 groupe de combat (Heussaye)

    - 1 abri 2 groupes de combat (Villa Cornouailles)

    - 1 soute à munitions (Villa Cornouailles)

    - 1 abri groupe de combat (Heussaye)

    - 1 emplacement mitrailleuse (Heussaye)

    1 antenne radio

    1 Standfort-Kommandantur + emplacement mitrailleuse

    Les points d'appui de la Bouche

    - 1 blockhaus canon de 150 (Val-Rosa)

    - 1 blockhaus canon de 75 (Val-Rosa)

    - 1 abri 2 groupes de combat (Val-Rosa)

    - 1 blockhaus de 75

    - 1 abri 2 groupes de combat

    - 1 abri PC + 1 groupe de combat + 1 tourelle d'observation

    - 1 tobrouck + 1 poste mitrailleuse en casemate

    Le sémaphore d'Erquy :

    - 1 radar de surface + 1 radar anti-aérien

    - 1 tour d'observation dans anciens bâtiments

    - 3 tobroucks + mortiers

    - baraques.

  • Le Mur de l'Atlantique : Bunker Archéologie

    Les ouvrages du "Mur de l'Atlantique" balisent l'horizon des plages, comme autant de bornes témoins de la guerre des hommes, mais surtout de leur désir de combler ce vide qu'offrent l'océan et ses limites littorales.

    Cette archéologie à la fois minérale et dunaire ne représente pas seulement un ensemble d'ouvrages d'artillerie légère, mais s'identifie à un espace quasi-religieux, de formes architecturales abandonnées avec leurs souvenirs, les traces d'un habitat de défense éphémère dans sa fonction première, mais combien permanent dans ses réminiscences et sa matérialité presque éternelles. C´est une mise en scène du paysage, du passage de la frontière à la guerre totale, aux limites de l´espace littoral.

    Le Mur de l´Atlantique s´organise à partir de 4 structures principales :

    la forteresse portuaire, la batterie côtière à longue portée, la batterie d´artillerie lourde à moyenne portée et enfin le point d´appui, comme pour la côte de Pléneuf-Val-André.

    Construit à partir de plans types correspondants aux cinq catégories, présentées dans la typologie des ouvrages du Mur de l´Atlantique ; le bunker est ensuite adapté aux conditions géographiques et stratégiques de son implantation, ainsi qu´aux exigences de l´armement dont il sera le bénéficiaire.

    Ces ouvrages du génie militaire fonctionnant en réseau sont dans un rapport de tension avec le paysage.

    Habitacles autant que réceptacles, ce qui les distingue de l´architecture ordinaire, ils se lovent dans le continuum du paysage, tendant à le revêtir, pour se camoufler, s´indifférencier des formes géologiques, dont la géomorphologie résulte des forces et de conditions extérieures : une architecture défensive, instrumentale (Paul Virilio, "Bunker Archéologie").

    Objet autonome, le bunker est lié à son environnement par un rapport qui n´est pas seulement celui des formes au fond, mais aussi, inversement, du fond à la forme.

    Une architecture monobloc, réalisée dans un béton liquide, fluide ; dans la construction béton-masse, c´est la cohésion du matériau unique qui assure l´équilibre du bâtiment. Il n´y a pas d´assemblages d´éléments discontinus, comme dans la construction de brique ou de pierre, avec le rapport sommet-base. Le centre de gravité tient lieu de fondation. La fondation n´est plus assise au sol (embasement).

    Le blockhaus représente l´une la première architecture mono-bloc, comme pour les premiers phares en béton (phare de Rastina au Maroc), comme s´il flottait sur le sol, à l´instar du phare en mer.

    Il est proto-historique, selon Virilio ; le bunker représente un mythe, présent, absent, sans fonction actuelle que celle symbolique d´une histoire qui s´achève ; là où se termine la longue organisation des infrastructures, au seuil continental.

  • Les phares et balises dans la tourmente et le temps de la reconstruction

    L'occupation

    Les forces armées allemandes occupent le département des Côtes du Nord à partir du 18 juin 1940. La Bretagne représente en effet une région stratégique dans la perspective de la poursuite de la guerre contre l´Angleterre qu´Hitler envisage d´envahir à court terme. Les ports sont réquisitionnés par la Kriegsmarine. Une surveillance intense du littoral est mise en place avec la présence des soldats allemands dans les phares et les sémaphores, en doublon du personnel français.

    L´administration française et notamment celle des Ponts et chaussées doit se mettre au service des occupants, mais nombre de ses agents, quelque soit leur fonction et leurs responsabilités, de l´ingénieur à l´ouvrier du parc, du mécanicien au gardien de phare, dans un même élan patriotique sauront faire acte de résistance avec leurs familles, toujours au péril de leur vie.

    Cependant, des dispositions avaient été prises dés septembre 1939 par le Service des Phares, sous les directives de l´Armée et de la Marine, pour camoufler certains édifices en temps de guerre au moyen d´une peinture adaptée, diminuer leur portée, éteindre à la demande le feu ou couvrir la lanterne de rideaux noirs. Ces consignes étaient décrites dans des lettres cachetées et confiées à chaque gardien de phare.

    Au cours de cette période de l´été 40, le bateau-feu « Dick » fut coulé par les Junkers de la Luftwaffe, alors que les deux bateaux baliseurs « Georges-de-Joly et « André Blondel » avaient rejoint Plymouth, et allaient participer aux côtés de la Trinity House, durant 5 ans à toutes les opérations navales en Manche. Pendant le débarquement, ils étaient chargés de mouiller les bouées nécessaires à la matérialisation des routes des convois maritimes.

    Le renversement du cours de la guerre à partir de 1942 va donner au littoral Nord de la France, un enjeu majeur dans l´issue du conflit mondial. Dorénavant ce sont les avions alliés qui survolent régulièrement la France afin de détruire les bases aériennes, les gares de triages, les ports, les casernements. A la fin de l´été 1942 l´Organisation Todt engage la construction du Mur de l´Atlantique destiné à empêcher un débarquement allié en Europe continentale. Des centaines de Blockhaus sont édifiés sur les falaises et les saillants côtiers, qui constituent des positions avancées dans la Manche, particulièrement en Bretagne Nord. On peut d´ailleurs noter une certaine permanence dans le choix d´installer des dispositifs militaires sur ces sites stratégiques des Sept-Iles au cap Fréhel ; où les corps de garde, les fortifications Vauban et les batteries côtières occupaient hier les mêmes emplacements que les batteries allemandes.

    La pointe de Ploumanac´h (Perros-Guirec), la pointe de Créach-Maout (Pleubian), le cap d´Erquy et le cap Fréhel sont dotées de stations radars pour repérer les avions et navires alliés ou récupérer des aviateurs et résistants. L´imposant radar du Cap Fréhel mesurait 450 m2 et s´élevait à 30 mètres de hauteur. Sa portée était de 300 kilomètres. Le site comportait également des réflecteurs paraboliques pour guider les avions de chasse et les tirs de la défense antiaérienne (FLACK).

    La situation se dégrade sérieusement après la le 8 novembre 1942, date du débarquement allié en Afrique, le Service des Phares de Méditerranée est lui aussi occupée. L´armée allemande plus agressive considèrent tous les gardiens placés au première loge d´un débarquement éventuel comme des espions potentiels. Tous les phares à terre et en mer sont occupés par l´armée et des guetteurs, d´autres sont mis sous scellés. Ils sont intégrés dans un système général de défense et à ce titre, ils sont les uns après les autres minés. Le Directeur des Phares De Rouville s´inquiète de cette tension et demande à tous ses subordonnés d´abriter la majeure partie du matériel et notamment les précieuses et si fragiles optiques. Grâce aux relations de respect mutuel qu´entretenaient De Rouville et son homologue allemand Gerhard Wiedermann, certains établissements, voués à la destruction totale, purent être préservés, comme le phare des Héaux de Bréhat, et certains conflits locaux purent trouver des solutions honorables.

    La libération et la reconstruction

    Après la percée d´Avranches, les alliés pénètrent en Bretagne au début du mois d´août 1944 annonçant la libération. Les unités allemandes stationnées sur le littoral se replient pour la plupart vers les places fortifiées de Brest, Lorient et Saint-Nazaire. Mais avant de quitter nos côtes, elles vont faire sauter presque la totalité des phares du département, le Cap Fréhel, les Roches Douvres (complètement rasé), les Sept Iles, Mean-Ruz, ceux de Bréhat le Rosédo et le Paon les feux de l´estuaire de Tréguier (St-Antoine), du Trieux, la Croix, Bodic et Coatmer, et le parc de balisage de Lézardrieux. Les destructions dans le département sont trois fois supérieures à la moyenne nationale. Cette vague de destructions est-elle due à la rage de l´Oberleutnant Werner en poste à Lézardrieux furieux d´avoir été dupé par les résistants des Phares et Balises ? La reconstruction est engagée rapidement dés 1947, mais certains phares ne sont remis en activité qu´au début des années cinquante. Ainsi la vieille tour de Fréhel, construite par Garengeau en 1702 reprendra-t-elle du service pour abriter un feu provisoire, avant que le nouveau feu soit allumé en 1950.

    La plupart des phares ne furent pas reconstruits à l´identique, sauf ceux qui avaient été décapités, comme les Héaux de Bréhat ou Bénodet. Bodic retrouvera en partie son modèle antérieur. La subdivision de Lézardrieux doit remettre en service l´ensemble des feux et en reconstruire une douzaine, en régie interne ou avec l´aide d´entreprises privées. Le nouveau phare des Roches-Douvres évite le béton en bénéficiant d´un stock de granite rose et gris, abandonné par les allemands et habilement récupéré par l´ingénieur Le Bras, celui qui fut le digne héritier de ses prédécesseurs « les bâtisseurs de phare ».

    Alain Lozac´h.

  • 20042208159NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, C 3670.

    20042208150NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, C 3670.

    20042208119NUCB : Collection particulière

    20042208678NUCB : Collection particulière

    20042208255NUCB : Collection particulière

    20042208254NUCB : Collection particulière

    20042208262NUCB : Collection particulière

    20042208260NUCB : Collection particulière

    20042208256NUCB : Collection particulière

    20042208259NUCB : Collection particulière

    20042208258NUCB : Collection particulière

    20042208261NUCB : Collection particulière

    20042208257NUCB : Collection particulière

    20042208269NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Ille et Vilaine. Série C ; sous-série , C 3670. Plan-type d'un petit corps de garde et d'une guérite, modèle 1744, par le chevalier de Lescouët ; plan-type d'un corps de garde, modèle 1744 : profils et élévation.

Bibliographie
  • BERNANGE, Georges, LANNOY (de), François, BÖ, Andersen, MCNAIR, Ronald, CHAZETTE, Alain, GUILLOU, Michel. La Bretagne en guerre 1939-1945. Editions Heimdal, 1994.

  • CHAZETTE, Alain, DESTOUCHES, Alain, PAICH, Bernard. AtlantikeWale. Le mur de l´Atlantique en France 1940-1944. Editions Heimdal, 1995.

  • LE GAL LA SALLE, Jean-Pierre. Histoire d'Erquy. Erquy sous l'Ancien Régime. Bannalec : Imprimerie Régionale, 1991, 1.

    p. 126-137
  • LEVEQUE, Charles. Le cap Fréhel de l'Occupation à la Libération : exposition. Plévenon : Mairie de Plévenon, mai 2005.

  • VIRILIO, Paul. Bunker Archéologie. Paris : Les éditions du Demi-Cercle Heimdal, 1991.

Périodiques
  • SALLIER DUPIN (DE), Guy. La mer et la Révolution dans les Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc : Les Presses Bretonnes, 1992.

    p. 126-135
Documents audio
  • PRIGENT, Guy. Témoignage oral de Michel Grimaud. Erquy, 2005.

    Témoignage oral de Michel Grimaud