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Château fort (Léhon fusionnée en Dinan en 2018)

Dossier IA22018107 réalisé en 2013

Bâtie sur un éperon rocheux, la forteresse de Léhon défendait l'entrée de la vallée de la Rance. Le château est mentionné pour la première fois en 1034, lors de la guerre d'héritage qui opposa Alain et Eudon, fils du duc de Bretagne, Geoffroy Ier. Le rôle militaire du château de Léhon a été important pendant tout le moyen-âge : verrou d’un nœud routier, il commandait une agglomération qui s’était développée autour de l’abbaye fondée au 9e siècle. En 1169, il fut rasé selon les conditions du traité de paix conclu entre Louis VII, roi de France et Henri II, roi d’Angleterre. Ce sont les ruines de la forteresse construite au 13e siècle qui nous sont parvenues aujourd’hui. Son tracé qui adopte un plan polygonal trapézoïdal est caractéristique des forteresses dites « philippiennes ». Les courtines sont défendues par une tour semi circulaire placée sur chaque angle, et des tours intermédiaires en forme de fer à cheval, renforcent les murailles au milieu. Modifié et renforcé aux 14e et 15e siècles, tombé en déshérence aux siècles qui s’en suivent puis restauré récemment, le château de Léhon conserve encore tout son pouvoir de fascination et de puissance féodale.

La "tapisserie" de Bayeux

Brodée en Angleterre dans la seconde moitié du 11e siècle, cette célèbre toile de lin est une commande de Odon, évêque de Bayeux, demi-frère de Guillaume le Conquérant. Ce grand cycle narratif a pour vocation d'apporter une justification religieuse à la conquête du trône d'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie. Les différentes scènes représentées sont tissées comme une épopée sans réel souci de véracité. Une inscription en latin évoque la famille de Dinan : Hic milites willelmi ducis pugnant contra Dinantes, qui se traduit : ici les soldats du duc Guillaume combattent contre les Dinan et Conan rend les clés. En 1064, comme l'indique Simon Guinebaud, le site de Dinan est le siège d'une seigneurie naissante dont la fondation remonterait aux années 1030 1035. Bien que cela ne soit pas impossible, il apparaît étonnant qu'une puissante forteresse y soit déjà édifiée d'autant plus que le château de Léhon n'est distant que de quelques kilomètres. Mais, c'est surtout la présence du coffre reliquaire brodé au sommet de la tour qui interpelle et peut évoquer les reliques de Saint-Magloire conservées à l'abbaye de Léhon, centre spirituel important et lieu de pèlerinage. Ainsi, le château représenté sur la tapisserie pourrait être non pas celui de Dinan, mais celui de Léhon.

Dénominations château, château fort
Aire d'étude et canton Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Dinan
Lieu-dit : Léhon
Précisions commune fusionnée après inventaire Commune inventoriée sous le nom de Léhon

Historique réalisé à partir des travaux de Charles-Laurent Salch, et de la mise en ligne de l'évolution du château sur le site de la ville par Françoise Picarda.

11 e siècle : un château de bois.

Peu après l'an Mil, un vicomte de Dol prend possession de la partie méridionale de l'ancien évêché d'Aleth (plus tard transféré à Saint-Malo). Il établit le centre de sa seigneurie à Léhon. Le château subit une première

destruction en 1034 par le Duc de Bretagne, une seconde en 1065 par le Duc de Normandie. Il est alors abandonné en faveur d'un nouveau château à Dinan qui

devient le centre de la seigneurie .

12e siècle : des pierres en réemploi

Du château roman, fondé au début du XIe siècle, donné

en 1065, mais reconstruit à deux reprises en 1124 et 1170, il ne reste rien de visible, sinon des pierres en réemploi.

13e siècle : un château ducal de plan régulier

Du château ducal bâti dans le dernier tiers du 13e siècle, il reste l'essentiel du plan. C'est un tracé quadrangulaire dont la forme trapézoïdale est due à la volonté d'utiliser au maximum l'assiette rocheuse. Il était régulièrement flanqué, aux angles, de tours presque rondes (de plan outrepassé), au milieu des côtés, de tours en fer à cheval. Dans les plans du XIIIe siècle, le donjon commande la défense du côté le plus menacé par les machines de guerre. S'il reste un donjon au milieu de la place, comme le laissent entendre les descriptions sommaires des 17e et 19 siècles, il est un reliquat d'un château antérieur.

14e siècle : un nouveau donjon en éperon

La guerre de Cent-Ans n'épargne pas le château de Léhon. A l'angle Nord-Ouest, le socle rocheux et les courtines avaient été sapés et renversés. L'enceinte à dû être relevée en retrait par rapport au tracé précédent. De la tour de l'angle Nord-Ouest on a fait un fer à cheval. Les murs du front d'attaque, à l'ouest, ont été renforcés pour former un bouclier. La pointe de l'éperon a été garnie d'un nouveau donjon (tour ouest), puissante tour à fort talus habillant le rocher. Sur le front oriental (côté de l'accès), la tour intermédiaire a été dérasée et intégrée dans une barbacane. Certains auteurs ont supposé deux tours encadrant l'entrée, mais les

vues anciennes montrent toutes le côté Est sans tour médiane. Aucune de ces modifications n'a prévu la défense avec l'arme à feu. Les postes de tir sont des archères.

15e siècle : la transformation pour armes à feu

Les courtines ont probablement été haussées au niveau des tours. Leur base en tout cas a été puissamment renforcée à l'extérieur par un talus de

maçonnerie et à l'intérieur par un remparement, un talus de terre. D'anciennes meurtrières ont été élargies pour les armes à feu, de nouvelles, sans doute, ont été pratiquées pour le canon. Des fausses-braies forment une plate-forme à canon extérieure sur le front d'attaque à l'ouest.

17e siècle : une démolition partielle

1644 : Donation du château par Charles Bruslard, aux religieux de Léhon qui détruisent le donjon. Les pierres serviront à la reconstruction du cloître et des bâtiments conventuels.

18e siècle : la vente du château

Le 28 mars 1791, le château de léhon est vendu avec tours, glacis, éperonss et autres dépendances à Monsieur Reslou du Guemen. Par acte du 13 mars 1872, madame de Kersauson, petite fille de l’acquéreur donna les ruines de la forteresse à la

paroisse, à la condition qu’une chapelle y soit élevée. Don anonyme d’une statue de saint Joseph en provenance d’un atelier d’Angers.

19e siècle : une chapelle en guise de donation

1809 : Démolition partielle des tours pour la restauration du chemin du Pavé.

1873 : Construction de la chapelle Saint Joseph de

Consolation par l’architecte Aubry de Dinan à la demande de Madame Kersauson.

20e siècle : réhabilitation

1926 : inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

1931 : annulation de la protection.

1963 : destruction de la chapelle saint Joseph

1998-1999. Les ruines du château de Léhon sont restaurées.

2004 : réinscription à à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Période(s) Principale : 13e siècle
Secondaire : 14e siècle
Secondaire : 15e siècle

Le château de Léhon occupe le sommet d'un éperon rocheux qui était bordé par la Rance à l'est, barré par un fossé à l'ouest et protégé par un étang et des marécages au nord et au sud.

Il adopte un plan polygonal trapézoïdal. les courtines sont défendues par une tour semi-circulaire placée sur chaque angle, et des tours intermédiaires, en forme de fer à cheval qui renforcent les murailles en leur milieu. Un donjon placé au centre de l'enceine est attesté par différents documents. les tours étaient percées d'archères, simples ou à niches.

Murs granite
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections inscrit MH, 2004/11/09

Annexes

  • Note sur la protection de l'immeuble

    A. CRMH, Rennes, 2004 par Martine NICOLAS.

    Les ruines de la forteresse de Lého ont été incrites sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 4 février 1926. La demane de démolition de trois tours constituant un danger public faite par le conseil municipal réuni le 15 février 1931, a conduit à l'annulation de la protection par arrêté du 16 avril 1931. La commission des monuments historiques a en effet estimé que " les restes de l'ancien château de Léhon qont dans un état des plus lamentables" et que le coût de travaux de restauration serait trop important pour des ruines qui "ne présentent plus aucun intérêt", aussi "il y a lieu de rayer ces tours de l'inventaire supplémentaire et de laisseer la commune libre d'en disposer comme il lui conviendra".

    La commune de Léhon a entrepris dernièrement la restauration des vestiges en éliminant les erreurs effectuées lors d'une précédente campagne de travaux réalisés en 1996-1997, avec des matériaux inappropriés et du mortier de ciment. Aucun programme de fouilles archéologiques n'est envisagé pour l'instant. Il est donc convenu entre le service régional de l'archéologie et la conservation des monuments historiques, que la réserve archéologique existante soit préservée.

    Les travaux s'effectuent sous la surveillance quasi quotidienne de l'architecte Frédérique Le Bec Hellou.

    En 1931, les ruines se trouvaient très envahies par la végétation et leur intérêt historique et architectural n'était sans doute plus suffisamment perceptible. Aujourd'hui qu'elles apparaissent plus dégagées, et bien qu'il ne subsiste que très peu de dispositions intérieures, elles demeurent exemplaires des constructions royales philippiennes définies à la fin du 12e siècle et du début du 13e siècle. Construite dans le second tiers du 13e siècle, la forme quadrangulaire trapézoïdale de l'enceinte est lisible et les trois tours subsistant sur un seul niveau, sont percées de deux modèles d'archères caractéristiques de cette typologie.

    En conséquence, nous proposons la réinscription sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques des ruines de la forteresse de Léhon.

  • Gouverneurs du château de Léhon

    1340 Hervé de Penhouët, comte de Léhon et Goëllo

    1362 Patry de Châteaugiron

    1378 Bertrand Duguesclin, capitine

    1385 Josselin de Guitté, capitaine

    1402 Raoul de Coëtquen, capitaine

    1406 Guillaume de Montauban

    1439 Robert de Guitté

    1449 Raoul V sire de Coëtquen

    1458 Jean de Coetquen

    1471 Jehan de Rosnyvinen

    1476 Jehan II de Coetquen

    1480 Jeaan de la Cornillère

    1488 Amaury de la Moussaye

    1513 Jehan, duc de Rohan

    1516, Guillaume de Fray

    1520, Jean de Malestroit

    1530, Guy de la Motte

    1540, Gaillard de Forsanz

    1543 Jehan de Forsanz

    1563 Marc de Rosmadec, sieur de Pont-Croix et de l'rgentaye

    1589 de Bompart (our le duc de Mercoeur)

    1591 Jean d'Avaugour de Saint-Laurent

    1598 Sébastien de Rosmadec

    1616 Tanneguy de Rosmadec

    1643 Sébastien II de Rosmadec

    1654 Jean du Breil de Rays

    1666 Le Moyne Marquis de Trévigny

    1676 Guillaume Marot, sieur de la Garaye

    1693 Gilles Botherel, sieur de la Bretonnière

    1709 Anne-Nicolas Botherel, sieur de la Bretonnière

    1754 Yves de Monoye

    1770 Anne Françis de Monoye, commandant des villes et châteaux de Dinan et Léhon.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. Conservation Régionale des Monuments Historiques, Rennes. NiCOLAS Martine. Note sur la protection de l'immeuble. Rennes, le 9 aôut 2004.

Documents figurés
  • Château de Léhon, dessiné par De la Pylaie ( A.D. I 1094).

Bibliographie
  • MESQUI, Jean. Châteaux- forts et fortifications en France. Flammarion, 1998. ISBN : 2080122711.

  • CHEDEVILLE, André. Dinan au temps des seigneurs des origines à 1283. In : Revue de Bretagne, 1909.

  • FROTIER DE LA MESSELIERE, Henri. Le Poudouvre et le canton de Dinan-Est: leurs monuments, leurs fiefs, leurs manoirs et leurs possesseurs, étude historique et catalogue illustré des monuments de cette région. Brest, 1948.

  • BORDERIE, A. de la. Un château breton du XIIe siècle : LEHON. In : Hstoire de Bretagne, tome 3, p.96. J. Floch, 1975.

  • PICARDA F., Léhon entre rêve et Rance, Manchecourt, Maury imprimeur, 1997.

  • SALCH Charles-Laurent, MICHEL Jérôme-M, BURCKEL Benoit. Le château de Léhon. Strasbourg : centre d'étude des châteaux-forts, 1996.

  • GUINEBAUD Simon. Guillaume le Conquérant a t-il assiégé Dinan ?. In : Le Pays de Dinan, tome XXXII, 2012.

Liens web