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Chapelle Saint-Nicolas (Plufur)

Dossier IA22132370 réalisé en 2015

Fiche

La chapelle Saint-Nicolas a été implantée ex nihilo au fond d’un vallon (traou Nicolas) du Yar autrefois très fréquenté, la parcelle se nomme placen saint Nicolas. Le Yar sert de limite aux paroisses de Plufur (à l'est) et de Trémel (anciennement Plestin, à l'ouest). Elle a été construite en 1499 pour Jehan de Plusquellec, seigneur de Bruillac en Plounérin par Philippe Beaumanoir agissant en qualité de "maître ouvrier en pierre". Jehan de Plusquellec serait l'auteur du devis. Élevée en pierre de taille de granite gris provenant sans doute des carrières de Bruillac à Plounérin (carrières qui appartenaient à Jehan de Plusquellec), la chapelle affecte un plan classique en croix latine. Sur l'élévation ouest, on peut déchiffrer une longue inscription lapidaire en lettre gothique.

Christian Millet (voir dans la bibliographie) nous propose la transcription suivante :

J(e)h(an) de Plusquellec de bon cueur

De Bruill(ac) / qui estoit seign(eur)

Fit le devis de ceste / eglise

En celle forme et a sa guise

R(ené) : Leros esto(i)t mis(e)ur

De ceste chapel(le) / et gouvarneur

Ph(ilippes) : Beaumanoir /

Fut sans faille M(aître) ouprier en pierre

De Mesa(n)bez [Mez ar Bes ou Mezambes] estoit seigne(ur) [dans la paroisse de Guimaëc]

J(ean) Marhec / qui est fo(n)d(at)e(ur)

De ceste eglise et dona / place

Dont de Dieu desert avoir gra(ce)

Lan m(il) CCCC IIIIxx

et XVIIII en ceste mainyere /

Fit com(m)ence(e) et ainssi prins /

Cest eupre avant et arriere

M(essire) : B(orgne) : Quep channone de t(re)g(u)er

Arp(r)etre / com(m)e direoule entrep(r)e(n)t

De dire office et / messe cel(e)b(rer)

En ceste chapel(l)e p(er)petual(le)m(ent)

G :Floch p(re)bre premierem(en)t

Donna / par sa devocion

Ycy une coupe (dessin) / d’arge(n)t

Dieu luy doit grâce. P(rions) ?

L'édifice se caractérise par une architecture novatrice pour l'époque :

- à l'ouest, un haut clocher-mur à contreforts surmonté d'une plate-forme bordée d'une balustrade (disparue) ; trois chambres de cloche (sur deux niveaux) surmontées d'une haute flèche octogonale. La tour est flanquée au sud d'une tourelle d'escalier hors-œuvre qui monte jusqu'au niveau de la plate-forme : elle se termine par un lanternon coiffé d'un toit en pyramide hexagonale.

- à l'est, une abside polygonale (ou chevet à noues multiples) dont chaque pan est couronné d'un pignon élancé (fronton triangulaire ou gâble) ouvragé. Rompant avec le modèle du chevet plat, cette solution permet d'accentuer verticalement le sanctuaire tout en faisant rentrer plus de lumière dans le chœur. On peut citer les exemples plus tardifs d'absides polygonales de Langonnet (église tréviale de La Trinité) ou de Pleyben (Saint-Germain).

- des baies multiples (huit au total) au remplage flamboyant ;

- des contreforts ;

- à l'ouest : une porte au décor gothique surmontée d'une accolade et d'une grande fenêtre à remplage ;

- une ornementation du répertoire gothique flamboyant : remplages à mouchettes, piles, pinacles, crochets...

- des crossettes ou gargouilles sculptées ;

- une plinthe moulurée qui court au pied de la chapelle ;

La sacristie - en appentis sur la nef et le transept sud - a été construite postérieurement. Voûtée en arc plein cintre et couverte en pierre de taille de granite, percée d'un unique petit jour vertical, c'était une véritable "chambre forte" pour les pièces d'orfèvrerie qui contenaient des reliques. Les pignons de l'abside portent des armoiries : les seigneurs du Plessis-Éon possédaient en effet des droits de prééminences. La chapelle porte également les armes de la famille Le Long de Keranroux. Elle fut acquise par Louis Clech le 2 juillet 1838 de la famille de Calan.

La chapelle Saint-Nicolas de Plufur est la première réalisation de la famille Beaumanoir qui travaille dans le Léon et dans le Trégor de 1480 à 1540 environ. Pour l'historien André Mussat, la chapelle Saint-Nicolas est "le plus pur exemple de l'art des Beaumanoir", qu'il considère comme un "chef d’œuvre".

Philippe Beaumanoir serait directement intervenu pour la construction des églises de Ploumilliau (22), Ploulec’h (22), Locquémeau (22), Trédrez (22), Plougonven (29), Plouigneau (29), Taulé (29), Henvic (29), des chapelles de Saint-Gildas à Carnoët (?) (22) et de Saint-Jagut à Plestin-les-Grèves (22) et au manoir de Kermerzit à Trémel (22).

Toute proche, l'église Notre-Dame de Trémel est vraisemblablement l’œuvre des Beaumanoir (tourelle d'escalier, collatéral sud à deux niveaux, chevet à noues multiples et crossettes sculptées). Les productions architecturales de cet "atelier", constitué par une famille de maître maçons et de tailleurs de pierre originaire de Plougonven (29) ont été beaucoup imitées. Ce modèle donnera naissance à un courant néo-Beaumanoir dont les exemples sont mis en œuvre au 17e et au 18e siècle.

Mobilier mentionné en 1940 par René Couffon :

- trois autels en pierre de taille de granite ;

- une niche-crédence ;

- un sacraire de la même époque ;

- plusieurs bénitiers ornés d'accolade ;

- des statues anciennes de saint Nicolas, sainte Trinité, Ecce Homo, saint Jean l'évangéliste, saint Nicodème et deux angelots Renaissance au retable du maître-autel (statues déplacées).

La chapelle Saint-Nicolas a été classée au titre des Monuments historiques le 11 mars 1911 en raison de son intérêt historique et architectural. Elle a été restaurée à plusieurs reprises (1914 ; 1962 ; protection des vitraux ; 1989 : charpente et couverture ; 2009 : restauration à l'identique de trois portes).

En 1971, le journal Ouest France titrait : "la chapelle oubliée". L'année suivante, on pouvait lire (Ouest France, 13 septembre 1972) : "Isolée dans la vallée de Plufur, la chapelle Saint-Nicolas revivra-t-elle ? La petite cathédrale des chênes est aussi celle de l'oubli. […] Pourquoi ce joyau d'architecture a-t-il était conçu ici ? Cette chapelle est un mystère souriant... ses pèlerins sont les arbres, les oiseaux, les poèmes peut-être".

Vandalisé à plusieurs reprises dans les années 1960, l'édifice est aujourd'hui vide de tout mobilier. Les statues ont été transférées dans l'église de Plougras. Des vitraux neufs avaient été imaginés dans les années 1980 par Hubert de Sainte Marie, maître verrier.

Une fontaine est signalée à proximité de la chapelle Saint-Nicolas.

Vers le hameau de Kerroué est référencée une motte féodale (voir notice individuelle).

Au nord de la chapelle se dresse le moulin à eau Saint-Nicolas, ce dernier est daté de 1824 (voir notice individuelle) .

Dénominations chapelle
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Plestin-les-Grèves
Adresse Commune : Plufur
Lieu-dit : Saint-Nicolas
Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Dates 1499, porte la date
Auteur(s) Auteur : Beaumanoir Philippe
Murs granite pierre de taille
maçonnerie
Toit ardoise
Plans plan en croix latine
Typologies chambre forte, clocher trégorrois, chevet à pans coupés et pignons
États conservations état moyen, inégal suivant les parties

La chapelle conserve, à l'extérieur, tous les principaux éléments architecturaux intacts, la difficulté d'accès de cette chapelle l'ayant préservée des mutilations. Une inscription s'étend sur toute une assise sous le bandeau de la façade principale, au-dessus de l'entrée.

Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1911/03/11
Précisions sur la protection

Chapelle Saint-Nicolas (cad. E 527) : classement par arrêté du 11 mars 1911.

Références documentaires

Bibliographie
  • COUFFON, René. Répertoire des Eglises et Chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939-1947, 779 p.

  • Bourde de la Rogerie, Henri. Fichier artistes, artisans, ingénieurs... en Bretagne. Rennes : APIB, 1998.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
Périodiques
  • COUFFON, René. "Un atelier architectural novateur à Morlaix à la fin du 15e siècle", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. XIX, 1938, p. 65-89.

  • COUFFON, René. "Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier : nouvelles additions et corrections". Société d'émulation des Côtes-d'Armor, n° 76, 1947, p. 163-204.

  • MILLET, Christian. "Regards renouvelés sur l'atelier Beaumanoir". Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome CXXVII, 1998.

  • MILLET, Christian. Les Beaumanoir - Une dynastie de maîtres d’œuvre au temps de la duchesse Anne. Morlaix, Skol Vreiz, collection bleue, n° 72, 2017, 84 p.

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