Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Chapelle dite "chapelle des Sept Saints" (Le Vieux-Marché)

Dossier IA22016826 réalisé en 2010

Fiche

Á rapprocher de

Dénominations chapelle, dolmen
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Plouaret
Adresse Commune : Vieux-Marché (Le)
Lieu-dit : les Sept Saint
Cadastre : B2 1110, 1111

La chapelle est construite de 1703 à 1714 selon l´inscription relevée par Couffon sur le pignon ouest aujourd´hui quasi illisible : "Je suis bâtie des aumônes et par les soins de Yves Le Denmat depuis 1703 jusqu´à 1714". Au-dessus de la porte, on relève : "LE 22 IUILLET 1708". Elle est restaurée en 1970. Elle est édifiée sur un dolmen datant du IIIe millénaire avant J.-C.

Période(s) Principale : Néolithique
Principale : 6e siècle
Secondaire : 1er quart 18e siècle
Dates 1703, daté par travaux historiques
1708, porte la date
1714, porte la date
Auteur(s) Personnalité : Louis Massignon, personnage célèbre, attribution par travaux historiques

Chapelle en écart, située dans un enclos avec échaliers, de plan en croix latine à chevet plat, construite en moyen appareil de pierre de taille, couverte d´un toit à longs pans sur pignons découverts, et d´un clocheton octogonal à deux égouts superposés à la croisée du transept. Clocher de plan rectangulaire à une chambre de cloche ajourée cernée d´une balustrade ornée d´acrotères surmontée d´une flèche octogonale ceinte à sa base d´une balustrade ornée d´acrotères et de quatre canonnières formant gargouilles. Porte ouest plein cintre à bossage. Nef à vaisseau unique couverte d´un lambris de couvrement avec entraits à engoulants et sablières. Dans le chœur, représentation des sept saints (Maximilien, Marc, Martinien, Denis, Jean, Séraphin et Constantin) et de Notre-Dame-de-Miséricorde. Sol couvert de dalles de granite. Ailes du transept surélevées de trois marches. Transept sud renfermant un dolmen formant la crypte accessible par un escalier extérieur de deux marches. Crypte formée de quatre orthostats verticaux, profonde de 5,25 m., large de 2,10 m., haute de 1,45 à 1,90 m. avec deux orthostats de 4 m. sur 3 m. et de 1 m. sur 3 m. formant le plafond. Transept nord réalisé en symétrie, renfermant la sacristie.

Plans plan en croix latine

Cette chapelle est l'unique témoin en France de ce culte aux Sept Dormants d'Ephèse. Caractéristiques architecturales : réutilisation d'un dolmen, bras de transept surélevés.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables chapelle
Protections classé MH, 1956/03/24
classé MH, 1889
Précisions sur la protection

Chapelle des Sept-Saints (cad. B2 1110, 1111) : classement par arrêté du 24 mars 1956.

Dolmen dit de la Chapelle des Sept-Saints (cad. B 1110, 1111) : classement par liste de 1889.

Annexes

  • Notice des Monuments Historiques extraite de la base Mérimée (PA00089748 ; 1992)

    "Chapelle du 18e siècle, dédiée aux sept frères dormants, martyrisés à Ephèse au 3e siècle. C'est une construction en forme de croix latine dont les ailes du transept sont surélevées. Un petit clocheton se trouve à la croisée des toitures. Le pignon ouest est surmonté d'un autre clocheton accessible par des marches sur le rampant. Cet édifice remplace une construction primitive dont a été conservée la partie la plus ancienne (caveau sous la partie sud du transept). Ce caveau, un ancien dolmen, est formé de trois quartiers de roches couverts de trois autres pierres, le tout en granit. Le caveau mesure deux mètres de large sur 4,50 mètres de profondeur. Cette chapelle est l'unique témoin en France de ce culte aux Sept Dormants d'Ephèse".

  • Le culte des Sept Saints remontrait au 6e siècle, parvenu en Bretagne par des moines, des missionnaires grecs ou des commerçants d´Orient suivants la route de l´étain jusqu´aux îles Scilly et d´Irlande en faisant étape au Vieux-Marché. Au 3e siècle, sous le règne de l´empereur Dèce (248-251), 7 jeunes gens furent emmurés vivants dans une grotte (le dolmen évoque ce lieu) sur le Mont Pion, près du tombeau de Marie-Madeleine à Ephèse aujourd´hui Selçuk en Turquie. Ils se nommaient Maximilianus, Iamblichus, Martolos, Dyonisius, Ioannes, Ekhsakoustodianus et Antonius ou Maximien, Malchus, Marcien, Denis, Jean, Sérapion et Constantin. Ils ne se réveillent que plusieurs années plus tard, durant le règne de Théodose Ier (379-395).

    Selon Amélie Neuve-Eglise, les premières traces de l´histoire des Sept Dormants ont été retrouvées dans des manuscrits syriaques anciens datant des 5e et 6e siècles, ainsi que dans un récit de Syméon Métaphraste (homme d´Etat et historien byzantin du 10e siècle). En Occident, les éléments majeurs de cette histoire figurent dans le De Gloria Martyrium de Grégoire de Tours (6e siècle), dans les écrits de Paul Diacre, (moine bénédictin d´origine lombarde du 8e siècle), ainsi que dans la célèbre Légende dorée de Jacques de Voragine (1228-1298) relatant le martyre de nombreux saints et saintes chrétiens à l´époque romaine.

    Il existe un récit similaire dans la sourate XVIII du Coran intitulée Al-Kahf (La Caverne), qui évoque l´histoire des "Gens de la Caverne" également surnommés les "Gens de la Tablette" (Ashâb al-Raqîm). Les éléments majeurs de l´histoire telle qu´elle figure dans le Coran correspondent avec la version qui fut diffusée dans le monde chrétien. Cependant, un verset évoque que le nombre des dormants est connu seulement de Dieu et de "quelques personnes". Le nombre de sept n´est donc ici pas évoqué ni confirmé. En islam, les "Gens de la Caverne" incarnent les croyants opprimés par une force politique les empêchant de vivre librement leur foi, décidant alors de s´exiler volontairement et de s´en remettre à Dieu. Au-delà de leur religion "extérieure", les jeunes gens évoqués dans la sourate incarnent ici l´archétype du croyant parfait, ayant une confiance absolue en Dieu en toutes circonstances. Dans la mystique musulmane, l´histoire des "Gens de la Caverne" revêt une portée symbolique particulièrement riche : ils représentent ainsi l´éternelle jeunesse de l´amour divin, ainsi que la fidélité de l´amant envers l´Aimé, au-delà de toute temporalité. La caverne évoque également le motif de l´exil, et la nécessité de quitter le monde terrestre afin de "mourir à soi-même" pour accomplir ensuite une renaissance spirituelle. Elle symbolise aussi l´amour et la miséricorde éternels, gardant vivante toute personne se réfugiant en eux. Enfin, le sommeil, qui implique l´endormissement des cinq sens extérieurs noyant traditionnellement la conscience dans le flot des préoccupations du monde matériel, est l´état par excellence permettant aux "sens intérieurs" et spirituels de chaque être de se réveiller et de manifester à la conscience profonde de l´homme certaines vérités spirituelles qu´il ne saurait percevoir à l´état éveillé.

    La caverne ainsi que l´église que l´on y avait édifiée furent découverts à la fin des années 1920 sur le mont Pion, près du site d´Ephèse et de la ville de Selçuk. Les fouilles archéologiques permirent également la découverte de plusieurs centaines de tombes datant des 5e et 6e siècles, sur lesquelles figuraient de nombreuses inscriptions et prières dédiées aux Sept Dormants.

    Toujours selon Amélie Neuve-Eglise, on retrouve les traces d´un récit similaire à celui des Sept Dormants dans les traditions juive, indienne, germanique, chinoise, arabe... ainsi que dans la plupart des mythologies. Des sanctuaires leur étant dédiés ont également été érigés du Yémen à la Turquie, de la Syrie à la Scandinavie, et même jusqu´en Chine. Au Yémen, la tradition des "Gens de la Caverne" et leur invocation pour résoudre divers problèmes est particulièrement vivante. En Turquie, leur présence demeure très forte : leurs sept noms sont notamment récités par les enfants avant qu´ils ne s´endorment. Ils protégeraient également les hommes des morsures de chien. Leurs noms étaient également peints en lettres dorées sur les bateaux de la marine de guerre turque, leur invocation étant censée protéger des tempêtes en mer. Elle attira aussi l´attention de certains grands auteurs romantiques, et est notamment évoquée dans un poème de Goethe. Enfin, les Sept Dormants ont figuré sur différents calendriers dont celui des Grecs, des Latins, des Russes ou encore des Abyssins.

    A Vieux-Marché, la tradition s´est perdue au Moyen Age et le culte des Sept Saints dormants est transformé par l´Eglise après l´échec des prétentions de Dol (1199) en sept saints fondateurs des évêchés de Bretagne. Ils sont nommés Malo, Brieuc, Tugdual, Pol, Aurélien, Corentin et Paterne. Vers 1950 un acte du 22 juillet 1707 est découvert aux Archives Départementales des Côtes d´Armor où il y est fait mention des 7 saints « dormants » faisant ainsi le lien avec les 7 saints dormants d´Ephèse. La ressemblance troublante entre la gwerz relatant l´histoire des Sept Dormants avec les versets de la Caverne (Ahl al-Kahf) de la sourate18 du Coran, incite le professeur et orientaliste Louis Massignon à mettre en place une rencontre islamo-chrétienne autour du pardon des Sept Saints dès 1954. La chapelle devient alors le lieu d´un pèlerinage commun aux Musulmans et aux Chrétiens. Le pardon des Sept Saints est l´occasion d´une rencontre interreligieuse annuelle à Vieux-Marché, pendant laquelle une messe célébrée à la chapelle et une cérémonie musulmane psalmodie la sourate à la fontaine des Sept Saints. L´ensemble est ponctué par un colloque rassemblant les représentants des trois religions monothéistes ainsi que des agnostiques, dans un esprit de dialogue et d´ouverture à l´autre.

    (Fauchille Gwénaël, 2010).

  • 20112205413NUCA : Archives départementales des Côtes-d'Armor, B2.

    20112205450NUCA : Archives départementales des Côtes-d'Armor, B2.

Références documentaires

Bibliographie
  • BONNET, Jacques, Artémis d´Ephèse et la légende des sept dormants, Paul Geuthner, Paris, 1977.

  • HAMIDULLAH, Mohammad (trad.), Le Coran, Tawhid, 2001.

  • JOLLIVET (P.-B.), Les Côtes du Nord : histoire et géographie de toutes les villes et communes du département, Guingamp, imprimerie Rouquette, 1859, tome 4.

  • JOURDAN, Francis, La tradition des sept dormants, Maisonneuve et Larose, Paris, 1983.

  • MASSIGNON, Louis et MOUBARAC, Yoakim, "Le culte liturgique des VII Dormants Martyrs d´Ephèse (Ahl al-Kahf) : trait d´union Orient-Occident entre l´Islam et la Chrétienté" (1961), in Louis Massignon, Opera Minora, III, P.U.F, 1969.

  • MASSIGNON, Louis. "Les fouilles archéologiques d´Ephèse et leur importance religieuse (pour la chrétienté et l´Islam)", Dar el-Salam, Le Caire, 1952.

  • MERDRIGNAC, Bernard. "Article : Sept Saints" in Dictionnaire du patrimoine de Bretagne, (?), (?).

    p. 901
  • PIRIOU, Jean, Si Plouaret m´était conté..., Lannion, 1984.

  • ROZELET, Anne-Marie. "Massignon et les pèlerins des Sept Dormants à Vieux-Marché", in Louis Massignon et ses contemporains, Karthala, 1997, 384 p.

  • STETIE, Salah. Les Sept Dormants au péril de la poésie, Leuvense Schrijversaktie, 1991.

  • TOURS (de), Grégoire, Le livre des martyrs, Editions Paléo, Sources de l´Histoire de France, 2003.

  • VORAGINE (de), Jacques, La Légende dorée, I et II, Seuil, Points Sagesses, 2004.

Périodiques
  • Conseil Général des Côtes-du-Nord, En visitant le département, rappelez-vous l´histoire, s. d.

  • DEBARGE, Louis, "La caverne des Sept Dormants - une légende chrétienne dans le Coran", Esprit et Vie, 12 novembre 1991.

  • LEROUX, Alain. Les Sept Dormants d´Ephèse et leur culte en Asie mineure, en Afrique du Nord et ... à Vieux Marché en Bretagne. Société d´archéologie et d´histoire du pays de Lorient, 1999.

  • MASSIGNON, Louis. La crypte-dolmen des VII Saints Dormants d´Ephèse au Stiffel (Le Vieux Marché), Mémoire de la Société d´Emulation des Côtes du Nord, 1992.

  • NEUVE-EGLISE, Amélie. "Les Sept Dormants d´Éphèse et les "Ahl al-Kahf"", La revue de Téhéran, mensuel culturel iranien en langue française, n° 28, mars 2008 (en ligne sur internet).

  • RAVIGNAN (de), François, "Les Sept Dormants : lieu de rencontre abrahamique", Horizons Maghrébins, n°20-21, 1993.

Liens web

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Fauchille Gwénaël - Lécuillier Guillaume