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Bornage, pêches côtières et d'estran

Dossier IM22005099 réalisé en 2002

Fiche

Œuvres contenues

Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Matignon
Localisation Commune : Saint-Cast-le-Guildo
Lieu-dit : Saint-Cast

Annexes

  • Eléments historiques de l´activité maritime à Saint-Cast-Le-Guildo aux 19e et 20e siècles.

    La pêche côtière est peu développée sous l´Ancien Régime, comme dans de nombreux petits ports de la côte, dont la configuration géographique, ne permet pas un accès facile (côtes à falaises et grandes plages ouvertes aux vents dominants). L´arrière-pays agricole offre des ressources moins aléatoires. En 1726, lors de son enquête sur les ports et les activités maritimes entre le Couesnon et la baie de la Fresnaye, Le Masson du Parc relevait la présence d´une quinzaine de pêcheurs-laboureurs dans la paroisse de Saint-Cast, de quelques petits parqueurs et de seulement deux gabarres, au port de l´Isle, armées par 5 à 10 hommes, employées tantôt à transporter la pierre, tantôt à pêcher le maquereau.

    L´Amirauté est représentée à Saint-Cast par un commis et un garde-bris, ce dernier plus spécialement chargé de surveiller les naufrages.

    Le bornage.

    Nous trouvons encore aujourd´hui les traces de certaines activités liées aux ressources littorales de Saint-Cast : les « perrayeurs » (carriers) oeuvrent dans les carrières de schiste d´où sont extraits les « platins » (carrières de Besnault, de la Pointe de l´Isle). Ces dalles plates de schiste sont utilisées pour construire les maisons, daller les églises et les fontaines ou encore pour paver les rues et participer à la construction du grand port de Saint-Malo et des modestes quais et cales du port de Saint-Cast. Ces dalles sont encore utilisées comme lest pour les « glaos » et autres embarcations de pêche et de bornage.

    Le trafic portuaire de Saint-Cast est dominé par transport des pierres vers Saint-Malo de la fin du 17e au milieu du 18e siècle. En 1681, 71 bateaux pour un tonnage annuel de 519 tx échangent avec Saint-Malo. En 1750, trois bateaux partent quotidiennement du port Jacquet vers la ville corsaire, pour livrer du blé et des pierres. En 1830, le port reçoit la visite de 170 navires, totalisant 11. 443 tonneaux. Le cabotage concerne : le poisson frais, les huîtres, les céréales et les pierres. Mais l´absence de véritable port nuit au développement économique et maritime de Saint-Cast. Les pêcheurs se font plutôt rares, en comparaison des ports voisins de Saint-Jacut. L´habitat du marin-pêcheur castin se confond avec l´habitat rural domestique, en écart ou au bourg, dans le quartier de l´Isle, proche du port, de Lesrot (de l´ancienne paroisse de Saint-Germain-de-la-mer), de la Ville-Norme, rue du Cdt. Charcot. Les maisons forment des rangées, longères du pays à deux travées, avec un petit courtil, un appentis pour ranger le matériel de pêche, abriter une petite étable et disposent d´un espace commun extérieur pour sécher et réparer les filets. Parfois, la présence d´os de mouton, fichés dans le mur, à une certaine hauteur, pour faire sécher les raies et/ou les filets, ou encore une couverture parie en coquilles Saint-Jacques, témoignent de l´identité professionnelle du résident.

    La petite pêche.

    En 1832, de tous les ports du quartier maritime de Dinan, Saint-Jacut est celui qui prend la part la plus active dans cette branche d´industrie. Trente bateaux, armés par 175 matelots draguent les huîtres, se livrent à la pêche du maquereau, pêchent aussi à l´aide de folles ou de chalut, des raies, des turbots, des soles (cité par MM. Audouin et Milne Edwards, dans « Recherches pour servir à l´Histoire naturelle du littoral de la France, ou Recueil de mémoires sur l´anatomie, la physiologie, la classification et les moeurs des animaux de nos côtes, Voyages aux îles Chausey et à Saint-Malo », Paris : Crochard, 1832, p. 148). Cette analyse est confirmée par le rapport du commissaire du quartier de Dinan en 1860, qui parle de 22 bateaux jaguens armés par 125 hommes, pratiquant majoritairement le chalut, jusqu´à 25 milles au loin des côtes. Dans les années 1860-80, la pêche du maquereau favorise la vie matérielle des pêcheurs, qui arment des petits bateaux creux de 2,5 tx. Le gréement jaguen, fait son apparition, inspiré du gréement de lougre (2 mâts avec misaine, taillevent et foc).

    En fait, la bi-polarité pêches côtières et Grande Pêche fonctionne davantage avec les marins castins, plus attirés par le large que les marins jaguens. Les Castins embarquent à la grande pêche ou au long cours, sauf pendant les guerres de la Révolution et de l´Empire, qui arrêtent les pêches pour Terre-Neuve et profitent aux pêches côtières. C´est au lendemain de ces guerres, que se développe l´ostréiculture, à partie des gisements naturels de Bec Rond en Saint-Cast, qui vont alimenter un peu plus tard les parcs de Cancale et de Courseules-sur-mer.

    Des ports pour la pêche, le commerce et l´essor de la plaisance.

    En juillet 1860, le conseil municipal de Saint-Cast examine la situation de la pêche locale. C´est, dit-il « l´industrie spéciale et alimentaire » d´une grande partie de la commune. » En réalité, l´administration maritime appelle à diminuer l´effort de pêche dans les frayères proches de la côte et fait détruire les dernières pêcheries. En 1854, le navire garde-pêche « l´Eveil » détruit les écluses de Saint-Cast. Si les bas-parcs sont davantage plus tolérés sur l´estran de Saint-Jacut que de Saint-Cast, c´est encore que les marins jaguens sont plus nombreux et plus disciplinés que les Castins, et que l´économie des Castins est davantage tournée vers l´agriculture et l´élevage que la population jaguine, plus insulaire, et composée majoritairement de pêcheurs et de pêcheurs à pied. Les Jaguens appellent par dérision les Castins, « Le ptits jaunes », parce qu´ils travaillent la terre.

    De la même façon, les premiers aménagements portuaires du littoral jaguen seront priorisés par rapport au port de Saint-Cast (la digue de la Banche 1853, la grande digue-jetée du Châtelet 1854-59, la cale de la Houle Causseule 1867).

    Il faudra attendre la fin du 19e siècle (1886), pour que l´adjudication d´une digue soit réalisée au port du Vallais, à la grande satisfaction des 160 pêcheurs de Saint-Cast, armant 30 bateaux. Mais c´est surtout la création de la station balnéaire qui permettra d´obtenir la décision finale, après 40 ans de doléances. Les bateaux de cette époque sont gréés en lougre (dragou et bisquine), plus rarement avec des voiles carrées (les glaos sont abandonnés), pour la pêche au chalut à barre et le bornage, avec une seule misaine (boucadas), pour les lignes aux maquereaux et le casier.

    En 1867, le port du Guildo est celui qui charge le plus de céréales entre Saint-Malo et Saint-Brieuc. 5000 tonneaux de grains y transitent par an. Le premier quai édifié en 1874 n´a que 35 mètres de long.

    Le trafic portuaire se développe cependant jusqu´au milieu du 20e siècle entre les ports de la côte du Trégor et ceux de la côte d´Emeraude, pour les primeurs, les pommes à cidre (le côtre borneur « Louis-Marie », armé par un équipage originaire de Pleubian vient régulièrement au Guildo dans le 1e quart du 20e siècle), avec la Grande-Bretagne et les pays nordiques, pour le bois, le charbon et les engrais. Les gabares ou chalands chargent la marne en amont du pont et remontent avec les borneurs de 20/30 tonneaux jusqu´au port de Plancoët, avec le flot.

    Les usages de l´estran.

    La pêche à pied

    Si le Guildo ne peut pas être considéré comme un port de pêche, c´est un espace de pêche à pied et de pêche au carrelet, fort convoité par les Castins et les Jaguens. La pêche du chevlin au havenet représente une spécificité locale pour fournir de la bouëtte pour les maquereautiers. Les autres métiers de l´estran, de la pêche aux crevettes (au havenet), aux coques, aux couteaux, aux lançons et aux anguilles (à l´aide de carrelets fixes ou mobiles), sont représentés sur les grèves du Guildo et de la baie de la Fresnaye. Les lignes de fond et les raies à pied barrent les chenaux des larges estrans. Le doris et la plate (inspirée des plates charentaises, métissées de doris) représentent l´embarcation polyvalente, la mieux adaptée à ces différentes techniques de pêche et à ces côtes, bordées de falaises, où le bateau est halé à l´abri.

    La marne.

    L´extraction de la « moure » ou « more », c´est à dire la marne, vase salée mélangée au sable est une activité littorale, pratiquée par les habitants des deux rives du Guildo, sans payer de droits à l´administration, puisque cette pratique s´effectue sur le domaine public maritime, dont tout un chacun peut jouir, avec une simple autorisation des affaires maritimes ou de la mairie. D´où l´importance de la limite de salure des eaux, fixant la limite du territoire maritime en amont du pont du Guildo. Le transport de la marne est effectué par des inscrits maritimes, alors que son extraction fait appel à des charretiers, qui vont livrer la marne aux cultivateurs. La littoralité rurale des communes s´exprime par cette relation d´usages avec la présence utile et nourricière de la mer, comme la collecte de la marne (pour les champs) et du goémon de rive (pour les jardins), la pêche à pied et les pêcheries, activité vivrière et/ou complément d´activité.

    Les pêches contemporaines.

    A partir des années 1960-70, la pêche côtière renouvelle sa flottille, qui avoisine une trentaine d´unités. Le syndic des gens de mer est stationné à Saint-Jacut, après avoir été à Plévenon au siècle dernier. Il couvre le territoire des cantons de Ploubalay, Plancoët et Matignon, dépend du quartier de Saint-Malo puis de Saint-Brieuc. Le territoire administratif maritime est aussi à géométrie variable. Les Charentais, arrivés dans les années 1950-60 vont s´emparer du territoire de l´estran, dans la baie de la Fresnaye et la baie des Quatre-Vaux. Leur mise en culture de la mer en bouchots à moules et en parcs à huîtres va renouveler la représentation de la mer côtière nourricière, comme le furent autrefois les pêcheries. Leurs bateaux amphibies vont stationner à terre, faute de port d´accès pendant que les bateaux coquillers et chalutiers séjournent dans la port du Vallais. Les praires et les maquereaux représentent les pêches principales, renouvelées par la technique de la drague pour les coquilles Saint-Jacques et le chalut pour les araignées. Ces nouvelles pêches vont favoriser de nouvelles vocations, mais aussi entraîner l´épuisement des ressources marines. Les chalutiers vont concurrencer les ligneurs et les caseyeurs. La tempête de 1987 va finir de ruiner la pêche côtière, détruisant la flottille castine, mal protégée dans son nouveau port. Ce dernier drame va relancer la polémique de la création d´un grand port en eau profonde pour la baie de Saint-Brieuc, d´abord réalisé à Saint-Quay, il est aujourd´hui question d´une réalisation nouvelle à Saint-Cast, pour ceinturer l´actuel havre portuaire de Vallais. C´est Ange Fromont, l´ancien marin-pêcheur côtier et pilote de Saint-Cast, qui serait heureux d´entendre son voeu enfin exhaussé.

    Le parler maritime Castin.

    Le parler maritime spécifique castin ou câtin a pratiquement disparu avec l´éclatement récent des communautés maritimes, la fin de la grande pêche et la diminution des pêches côtières. L´habitat aujourd´hui dispersé des familles de marins-pêcheurs ne facilitant pas une socialisation spécifique et indépendante des autres groupes sociaux. Le port de pêche, espace de travail et d´échanges produit une nouvelle forme de socialisation, avec l´intégration de la filière pêche dans des réseaux de plus ou plus ouverts. Le vocabulaire du bestiaire marin subsiste encore, particulièrement auprès des anciens. Nous avons pu collecter certaines expressions, retranscrites dans les notices sur la pêche à pied (usage du havenet) et sur la pêche au maquereau (panier), activités qui ont su conserver une certaine pérennité dans les usages et les représentations symboliques. Le parler castin est à rapprocher du parler jaguen, dont les caractères d´insularité et l´attention particulière de certains habitants pour ce patrimoine oral, ont permis de conserver certaines expressions bien vivantes (revue « Les Amis du Vieux Saint-Jacut », Michel Duédal).

  • La pêche à pied et son vocabulaire local.

    La pêche à pied se pratiquait surtout au premier pognant, quand la mer rapporte, pendant les marées d'Equinoxe d'hiver ou de printemps. Pendant les marées de mortes-eaux, "décheyant", on pouvait mettre des "rets", des "rets de pieds", pour pêcher des bars avec des lignes de fond et des filest de barrage. Les lignes de fond étaient constituées de cordes, munies d'empis, fil de carré en chanvre, avec un hameçon, réalisé avec de l'épine noire (d'aubépine). Le poisson avalait le broc de l'épine. Les cordes étaient "massées" ou "paillées", enfoncées dans la vase avec un bouchon de vas ou de paille : ne dépassait alors que l'ampis avec son hameçon, très léger, qui ne remontait pas. Le bar suivait le lançon et l'empêchait de descendre. On pêchait le lançon, lorsqu'il se souillait avec une bêche. Avec une houet, il fallait être deux. L'un faisait le sillon, tandis que l'autre ramassait la petite anguille prestement, pour le mettre dans un broc ou dans un seau. Un vocabulaire maritime spécifique était utilisé par les marins pour nommer ces productions maritime.

    Coquillages et crustacés .

    Ormée : ormeaux

    Ricardaux : coquilles Saint-Jacques

    Coque rayée : praire

    Coucou : bulot, buccin

    Gravelouse : balane

    Poinclos : crabes

    Chevrette : crevette rose, bouquet

    B´nîs ou m'nîs : berniques

    Brigau : bigorneau comestible

    Mançot : solen, couteau

    Petonge : pétoncle

    Camis : crabe « dormeur », tourteau

    Catacau : crabe commun, crabe vert

    Colâs : araignée de mer adulte

    Grapp´ : jeune araignée de mer, moussette

    Olivette : étrille

    Poissons et assimilés.

    Glou : beaudroie ou lotte

    Brane : daurade

    Barset : petit bar

    Berlette : petit carrelet

    Béyôtîs : petit poisson de basse qualité

    Cong´ : congre

    Goujon : jeune congre

    Gournaud : grondin

    Ripon : chinchard

    Guitan : tacaud

    Hâs : chien de mer

    Loriquet : petit lieu, de couleur olivâtre

    Maqu´ret : maquereau

    Marache : peau bleu (sorte de requin)

    Margatte : seiche

    Minard : pieuvre

    Etique : raie

    Râe : raie. Consommée rassie, sinon la chair est filandreuse. C´est ce qu´on appelait la raie « cônée ».

    Flâe : grande raie à peau claire

    Chien d´mé : roussette

    Orphu : aiguillette

    Hayette : petit sprat

    M´nuse : petit poisson de la famille des sprats, vivant en bancs, harcelés par les sternes et pouvant attirer les bancs de maquereaux. C´est ce harcèlement que les marins-pêcheurs appelaient le « battûn ».

    Souane : la vieille

    Moulard : grosse vieille de couleur brune

    P´tit prêtre : éperlan

    P´tits Saint-Jean : petit maquereau que l´on pêche à la Saint-Jean, en début et à la fin de la « marquerlason » (Saint-Jean d´été le 24 juin et d´hiver le 27 décembre)

    Pestiche : ver velu que l´on trouve dans du granite pourri.

  • Les pouéchous de macrés connaissaient parfaitement la topographie de la côte et savaient nommer comme les jaguins, le moindre rocher, la moindre pointe : les Loups, pour exemple, sont un groupe de basses dans le nord de la pointe de Saint-Cast ; le plain de mars représente la grève de Pen-Guen ou des Callots, avec la pointe de la "Nonaise". Les porfonds représentent le petit et le grand fond de Saint-Cast. La pointe de Saint-Cast, c'est le "passoué". Le banchenou, c'est le banc, par extension le marais. Les Bourdinots représentent ce banc très convoité comme "rente halieutique" par les Castins et les jaguins (la guerre des Bourdinots), au large de Saint-Cast. Le Canevez est le dernier écueil devant l'anse de la Vache. Le pilote de Thomassin (1875) décrit avec précision l'accorre de ces côtes, en s'inspirant de la toponymie locale et des expressions vernaculaires. La pointe du Grouin ou le Grouin de la Fosse, près de la plage du même nom, représente géographiquement un promontoire. La pointe du Châtelet vient du vieux français "Chastel" (1155). Elle disposait d'une batterie et de plusieurs corps de garde. La pointe du Bay est une estacade, dont le nom provient du gaulois "beccos" = pointe ou cap. La pointe de Tiqueras est un carrefour entre deux baies. La pointe de la Garde recouvre un ancien éperon barré. C'est un lieu fortifié depuis la préhistoire. Un fort est mentionné au 18e siècle. La baie de la Fresnaye représente une ancienne vallée, noyée par les eaux par un ras de marée au début du 8e siècle. Les terrains auraient été à l'origine, plantés de fresnes et d'ormes. Ce serait une fresnaye-ormaie littorale, dont les ostréiculteurs trouvent régulièrement les souches enfouies dans la vase, comme des couérons (arbres morts).

Références documentaires

Bibliographie
  • LE BOT, Jean. Les bateaux de la Bretagne Nord aux derniers jours de la voile. Grenoble : Debanne, 1984.

  • MOLLAT, Michel. Histoire des pêches maritimes en France. Toulouse : Privat, 1987.

  • DARSEL, Joseph. La pêche sous l'ancien Régime dans l'évêché de Saint-Brieuc. In Mémoires de la Société d'émulation des Côtes du Nord. Saint-Brieuc, 1962, 90.

    p. 69-95.