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Bitte d'amarrage : pieu pour l'amarrage des dromes, Bonne Nouvelle (Lanmodez)

Dossier IA22013952 réalisé en 2008

Fiche

Dénominations ouvrage d'art
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Lézardrieux
Adresse Commune : Lanmodez
Lieu-dit : Bonne Nouvelle

Le pieu à dromes de Bonne Nouvelle est datable au moins du 4ème quart du 19ème siècle selon la tradition orale, mais il pourrait être plus ancien. Il a été construit par les cultivateurs de Lanmodez à des fins exclusives, afin d'amarrer les dromes ou radeaux de goémons, amenées par les goémoniers (à l'aide de perches plombées) au bord de la grève, pour être ensuite enlevées par les attelages. Le site de la grève de Bonne Nouvelle était le lieu d'échouage traditionnel des dromes, le plus usité sur Lanmodez et encore fréquenté avant 1950. La famille Kerleau possède encore les perches plombées utilisées pour manoeuvrer ces dromes. Une drome de goémon a été reconstituée en 2005 lors d'une fête des algues dans la petite grève du sillon du Talber. Cet usage ancien des dromes est attesté par une gwerz autour du naufrage d'une drome, déhalée par un enfant, sauvé grâce à l'intercession de saint Yves (13ème et 14ème siècle). L'usage des dernières dromes de goémon s'est arrêté au cours du second quart du 20ème siècle à Lanmodez.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle

Le pieu est une ancien tronc de chêne, qui mesure environ 1, 50 mètres de hauteur. Il est enfoncé dans le sol et s'appuie contre un mur de pierres sèches. Il est situé en bas d'un ancien charroi.

Murs bois
États conservations bon état

Le pieu à dromes de Bonne Nouvelle est à protéger et à signaler comme unicum sur la commune. Il témoigne des anciens usages goémoniers des dromes.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Des outils et des hommes : une technologie de pointe en amont mais des méthodes ancestrales en aval

    Il y a peu d'évolution dans les formes traditionnelles de ramassage du goémon à pied depuis le Moyen-âge. Aujourd'hui encore, les outils sont les mêmes. Néanmoins, les trégorrois ont inventé au début du 20ème siècle l'ancêtre du scoubidou moderne, le "tire-bouchon", utilisé en bateau, avec une forte perche de bois de 5 à 6 m, où s'adapte un disque de fer portant deux crochets diamétralement opposés. Mais son utilisation restera pénible et délicate et ne perdurera pas avec la mécanisation et la force hydraulique.

    Pour le goémon de coupe, les outils sont simples et peu coûteux aussi bien pour le ramassage que pour la coupe ou le transport et adaptés aux circonstances du lieu : les bras des travailleurs de la mer, le grand râteau en bois ('ar rastell braz'), la petite faucille ('ar gwignet'), la civière ('ar c´hravaz') et leur chargement (ar c´hravazad), le tombereau, la charrette attelée, puis de nos jours, le tracteur et sa remorque.

    Les anciens chemins charretiers 'men karr' utilisés pour transporter les dromes de goémon de la grève, témoignent encore aujourd´hui de cette pratique ancestrale (jusqu´à une période très récente).

    drome :

    Le flottage du goémon, procédé très ancien, connu sous le nom de drome, 'droll', en breton, dont le témoignage nous est donné par un manuscrit de la vie de saint-Yves (1253-1303), conservé aux archives départementales. Ce manuscrit daté de 1330, relate le sauvetage miraculeux d'un enfant de Trédarzec, près de la rivière de Tréguier, dont le radeau de goémon s'était disloqué. On rapporte souvent de mémoire locale ce genre d'accident fréquent sur les côtes trégoroises et du Nord Finistère. Certaines complaintes ou gwerziou sont célèbres dont la gwerz de Catherine Le Troadec, fille de goémonier de Pleubian.

    Les dromes ont été d'un usage courant jusqu'aux années 1940, parfois accompagnées ou tirées par un bateau et un inscrit maritime (obligatoire à bord).

    Ces dromes formaient des radeaux de goémon de 5 mètres de diamètre et 2 m de hauteur, qui étaient confectionnées pendant plusieurs marées, et ficelées avec une rosace en chanvre, lestées avec des cailloux, en attendant de pouvoir flotter et d'être déhalées à l'aide de longues perches plombées jusqu'à une crique. Un ou deux hommes manoeuvraient ces dromes, en faisant avec le force du courant, parfois accompagné d'un canot. La drome était constitué de goémon 'pisac'h 'ou 'vawac'h', qui flottait mieux grâce à ses flotteurs naturels ; parfois un tonneau, placé au milieu de la drome, rassurait les "marins" de fortune. Une bouteille de cidre ou de rhum, donnait du courage... Arrivé à bon port, la drome était amarré à un pieu en chêne sur le bord de la grève, en attendant que les charrettes et les tombereaux viennent prendre possession de leur précieux chargement.

    Le transport de la grève au champ :

    Les chars à bancs, tombereaux et autres attelages : les chars à banc et charrettes, tirés par un attelage, cheval ou bardot servirent longtemps à transporter le goémon vert, mis à sécher sur les dunes et les sillons de galets. Ils furent remplacés après guerre par des remorques avec l'arrivée des premiers tracteurs. Contrairement aux chevaux, 'les nouveaux engins' ne purent accéder aux mêmes espaces en eau salée, sans craindre la marée et aux aires traditionnelles de séchage sur les cordons de galets et (le sillon du Talber) et les îlots, sans compromettre la fragilité de ces dunes.

    Les petites charrettes à goémon tracent leur passage dans la grève entre les îles et la côte : en prenant les 'menkarr', elles remontent la dune avec difficulté, 'moac´h nen ken', la montée de l´angoisse. Chaque 'men karr' avait son nom. On peut encore remarquer les 'men karr' sur la grève de Bonne Nouvelle.