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Bateau goémonier "Petit Louis"

Dossier IM22005383 réalisé en 2006

Fiche

Dénominations bateau de pêche, bateau de collecte
Appellations PETIT LOUIS
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Perros-Guirec
Adresse Commune : Perros-Guirec

Le "Petit Louis", bateau goémonier, immatriculé à l'origine La 536 puis PL 191107, été construit en 1924 par le chantier Sibiril de Carantec. Après avoir pratiqué le goémon à l'île Callot, il fut acheté par Théodore Rémond en 1936 à l'armateur sablier Pierre Derrien de Lannion, pour faire le sable aux Sept-Îles. A cette époque, le bateau avait été ponté et motorisé avec un moteur de 15 cv à 2 cylindres CLM (démarrage à la ficelle, 2 pistons inversés dans le même cylindre). Il était gréé en cotre avec une grande voile à 4 bandes de ris, flèche, trinquette à 2 ris et bout-dehors pour amurer le foc. Le gui d'origine était à rouleau. Le haubanage était ridé avec des caps de mouton. La coque était lestée avec des gueuses en fonte. Très toilé, il faisait le sable et le goémon à la voile, se déhalant si nécessaire avec de grandes perches et les avirons. Il a pratiqué cette activité avant et pendant la guerre 1939-45. Pendant cette guerre, les inscrits maritimes étaient exemptés du travail forcé pour construire le Mur de l'Atlantique, de l'organisation Todt. Les marins sortaient tous les jours parce que à cette époque, le goémon se vendait bien en l'absence d'engrais phosphatés. Le "Petit Louis" naviguait en flottille avec l"Hirondelle" et la "Lucienne-René", deux autres sabliers-goémoniers, pêchant aux Sept-Îles et jusqu'à Trélévern. Georges et Théodore Rémond naviguaient régulièrement avec leur père (témoignage de Georges Rémond). Le goémon d'épave ("bizhin torr") était tiré avec des crocs et le goémon de roches ("gelmestr", "pisac'h"), coupé avec des petites faucilles. Au début du siècle, les sabliers venaient décharger dans le Lenn à l'entrée de Louannec ou aux quais de Perros. Le sable était utilisé pour la construction et comme lest. En 1945, le "Petit Louis" a fait la relève du phare des Sept-Îles pendant un an, François Le Courtes était le gardien du phare. Les marins allaient prendre le café à la batterie des Sept-Îles. Pendant les années d'après guerre, il a pratiqué la petite pêche aux maquereaux jusqu'en 1950, avant de passer en plaisance en 1973 avec le fils Théodore Rémond, qui s'est occupé du bateau jusqu'aux années 1990. En 1994, le bateau était repéré dans le cadre de l'inventaire du patrimoine naval de la Bretagne, à l'initiative du Service national de l'Inventaire, avec une proposition favorable de classement. Cependant, les travaux importants que nécessitait la coque et l'abscence d'association pour gérer le bateau et suivre la restauration éventuelle, ne permit pas de sauver le bateau, devenu aujourd'hui une épave.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle
Dates 1924

Le "Petit Louis" a été construit à franc bord. La coque est bordée en chêne et en pin, avec des membrures franches, sciées en chêne et un bordé d'échouage de forte section. La quille est en orme. La rablure est droite. Le bateau est fort de l'avant et possède un large tableau peu incliné. Les aménagements intérieurs : à l'avant un tillac et au milieu une cloison contre la banc central. Un autre est situé sur l'arrière. Il n' y a pas de plancher entre le tillac et l'arrière, mais la coque était vaigrée. Le bateau était motorisé en 1975 avec un moteur CLM de 15 cv, avant de recevoir un nouveau moteur SAAB.

Catégories patrimoine maritime
Matériaux bois
Précision dimensions

l = 650 ; la = 250. La coque jauge 3, 38 tonneaux et mesure 6, 48 mètres, pour 2, 50 m de largeur et 1, 15 m de tirant d'eau.

États conservations mauvais état
Précision état de conservation

Le bateau est à l'état d'épave.

Le plan de forme de la coque du bateau goémonier "Le Petit Louis", dernier bateau goémonier des Sept-Îles mériterait d'être relevé.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre À signaler

Annexes

  • Témoignage de Jean Offret : une journée de pêche au goémon dans l'archipel des Sept-Iles en 1937 (synthèse)

    Jean Offret embarquait sur les bateaux goémoniers l"'Hirondelle" et le "Reder Mor" des frères Eugène et Jean Daniel. Ces bateaux gréés en sloop et motorisés, pouvaient transporter 5 m3 de sable ou de goémon dans leur cale entièrement vaigrée. Le moteur à essence de 5/7cv, à échappement libre, était placé à l'avant du mât. Le sable était chargé à la pelle ou avec de grands paniers lorsque le bateau commençait à flotter. Le goémonier "Hirondelle", construit par le chantier Rolland de Primel, mesurait 7, 50 m de longueur. Le "Reder mor", plus calant d'eau, long de plus de 20 pieds, avait été construit à Carantec. Il y avait encore la "Lucienne-René". Ces bateaux creux étaient montés 2 ou 3 marins. Ils pouvaient aussi pratiquer la petite pêche à l'est de l'île Rouzic et à la pointe du Karn (pêche des maquereaux au "stronk", à l'affare), au flot, et au jusant le pironneau (fronde rose) à Rouzic. Jean Daniel faisait aussi les dromes de goémon du côté de Louannec.

    Le maërl était abondant devant Landrellec où il était dragué avec une drague à poche en toile. On pouvait aussi draguer le "sable rouge" (sable à gros grains) entre le Dé de Trégastel et les cailloux du nord. Dans ces conditions, on laissait le bateau culer sur son ancre et on se déhalait mains sur mains. La drague était coincée sur une planche fixée dans le plat bord, poue vider la poche. On allait aussi au nord de Goulmélec pour draguer les coquilles de moules.

    Les bateaux devaient passer le "kech", en passant au-dessus d'un banc de sable, pour aller au nord de l'île aux Moines. Le bateau échouait avec son bordé d'échouage, calé avec des cailloux plats, une planche ou un billot de bois. On coupait du "bizhin", du goémon frisé, très court, du "gelmestr", dont on faisait des tas, que l'on transportait ensuite avec une civière. Deux planches permettaient de monter à bord avec le chargement.

    Le goémon était déchargé dans le Lenn au début du 20ème siècle. Le sable était utilisé pour la construction et comme lest pour les goélettes avant guerre.

    Une charretée tirée par deux chevaux était composée avec un chargement de 24 civières.

    Les plats-bords étaient souvent dans l'eau. On vidait l'eau avec une grande gamelle avant de disposer d'une pompe à mains aspirante et refoulante. Après la guerre, la pêche marchait bien parce que la viande étai cher. Les bateaux allaient pêcher le maquereau, les moules aux îles.

Références documentaires

Documents audio
  • BOURDON, Michel. Les derniers goémoniers des Sept-îles. Perros-Guirec : Association Sept Îles 2000, 2005.