Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Balises et phares sur la commune de Lézardrieux

Dossier IA22014310 réalisé en 2009

Fiche

Dossiers de synthèse

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Dénominations phare
Adresse Commune : Lézardrieux
Cadastre : Domaine Public Maritime

L´Ingénieur Magin dresse en 1764 un mémoire réalisé à la demande des habitants de Pontrieux qui porte sur les ouvrages à réaliser pour la sûreté et l´avantage de la navigation sur l'estuaire du Trieux ; cependant, il faudra attendre le 19ème siècle pour qu'un balisage conséquent soit réalisé. Le Trieux ou rivière de Pontrieux vient du Sud-Ouest et se jette à la mer dans l'angle formé par les hautes terres de Lanmodez. Le recueil des 'Ports maritimes de la France' attribue la paternité de ce balisage à une commission nautique réunie en 1807, après que la rivière eut abrité pendant plusieurs mois deux frégates pourchassées par l'Anglais. Cette commission avait indiqué 10 roches à signaler par des balises en bois entre l'embouchure du Trieux et le Lédano, et trois roches à déraser ; elle indiqua aussi l'utilité qu'il y aurait à blanchir les amers de Bodic et de la Croix . l´ingénieur local présente dès 1807 un projet complet du balisage du Trieux maritime jusqu´à Lézardrieux comprenant la construction de cinq tourelles sur les roches de Kerraoul, de Bec-an-Arvor, de Roux-Bihan, des Trois-Chaises et de Min-Lehit. Pour compléter ce dispositif il propose aussi la signalisation du rocher des Perdrix, des rochers du Prinoit ou Roc´h Du et du Danger ou Roc´h ar Peril et enfin du rocher du Saulnier ou An-Holenerien : ambitieux projet repris point par point entre 1855 et 1880. Sur le modèle anglais, le programme français proposa d'installer rationnellement des balises fixes, en pierre, en bois ou en fer, et de mouiller des bouées dans les chenaux. On mobilisa les ressources des industries métallurgiques pour concevoir des engins métalliques, et non plus de simple tonneaux de bois. Le balisage des passes de l'estuaire du Trieux jusqu'à Pontrieux fut entrepris entre 1862 et 1863. Cinq phares ou fanaux et une dizaine des tourelles balises et perches (établissements de signalisation maritime) ont été repérées dans l'estuaire du Trieux. Les phares suivants ont été étudiés : le phare de la Croix, le phare de Bodic, les deux phares de Coatmer Amont et de Coatmer Aval et le phare des Perdrix.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle

Les établissement de signalisation maritime sont de forme, de nature et de matériaux différents, selon leur fonction et leur situation. Les tourelles sont construites en pierres de taille (granite) ; les perches sont construites en orme. Les anciennes perches en bois étaient ancrées dans la roche avec du plomb fondu. Le balisage flottant, avec des matériaux composites, tend aujourd'hui à remplacer la signalisation fixe et ancrée.

Décompte des œuvres repérées 10
étudiées 5

Annexes

  • Le balisage de l'estuaire du Trieux

    Lorsqu'il est question à la fin du 18me siècle de faire dans l´estuaire profond du Trieux un port militaire, on se rend compte très vite que le balisage est son corollaire indispensable :

    Mais comme tout le fondement des propositions icy-dessus faictes [ils´agit du projet de port militaire] est posée sur les précautions quy sont à tenir pour faciliter les entrées de cette rivière, il seroit necessaire d'entretenir dans l'isle de Brehac un pilote major avec des lamaneurs ou pilotes ordinaires, qui, au premier coup de canon se rendissent dans les navires du Roy pour les conduire dans ces entrées, quoyque si l'on prend soin d'en marquer les routtes par des barrils, ainsy que le sont celles de la Tamise et de la Meuse, de l'Elbe et des autres rivières, où entrent les grands navires.

    Il s´agit donc d´un projet de balisage combinant marques en mer et service de pilotage. De plus, il existe un plan de balise sur une roche que la mer couvre sur laquelle il conviendroit de faire quelque marque pour la connoître de hautte mer, dont le coût est estimé à 362 livres. Cette balise se compose d´un poteau de bois ancré dans la roche par trois pattes de fer et surmonté d´un petit panneau de bois. Douze roches doivent être ainsi balisées pour un coût total de 4344 livres. La conception même de ces balises les rends peu solides et le coût de leur établissement dissuasif. Elles ne sont donc pas construites.

    L´Ingénieur Magin dresse en 1764 un mémoire réalisé à la demande des habitants de Pontrieux qui porte sur les ouvrages à réaliser pour la sûreté et l´avantage de la navigation.

    Le premier travail à réaliser est le balisage d´une roche affleurante située non loin du port sur laquelle il faut établir deux balises, l´une à sa tête et l´autre à sa queüe, assez hautes pour n´estre jamais couvertes dans les plus grandes marées, ce qui indiquera aux marins sa situation. L´auteur propose même de renforcer cette précaution par une mesure étonnante. Il suggère de planter tout autour des saules ou autres arbres qui puissent venir de bouture et y croître, ce qui donnera dans plusieurs années des balises naturelles. Mais il faut aussi escarper d´autres rochers qui gênent la navigation avec le pic et la mine : il se trouve dans ladite rivière des rochers dans quatre endroits scavoir un a Goasmilic, deux autres à environ 150 toises [292, 35m] de Goasmilic et le dernier à Rochcoadic, les trois premiers dessechent à toutes les marées et le quatrième qui est le plus considérable n'asseche jamais a moins que trois pieds d'eau[environ 1m]..

    Quinze ans plus tard en 1779, le balisage du Trieux est à nouveau évoqué. C'est ainsi que le marquis d'Ambleterre, commandant de la Province, écrit en juillet 1779 au ministre de la Marine Sartine : d'après les ordres que vous avés donné M. pour faire baliser l'entrée de la rivière de Pontrieux qui paroit pouvoir au besoin servir de refuge aux vaisseaux du Roy qui seroient dans la Manche, j'ai chargé comme vous le savés, M. de la Rozière, Commandant à Saint-Malo, d'aller reconnoître les points ou il conviendroit d'établir des batteries pour déffendre l'embouchure de la rivière. Le capitaine de brûlot Lambert placera les tonnes et balises aux environs de Bréhat et de l'Isle à Bois. Mais elles ne vont guère résister longtemps et en 1784, elles doivent être déjà réparées.

  • Définition du balisage

    Extrait de l'ouvrage 'Phares et balises', 2002, éditions Apogée, Prigent, Guy.

    Le premier élément de balisage de la côte est le point remarquable, naturel ou artificiel, l´amer. C´est le clocher d´une église, un moulin ou un rocher dont la forme est facilement identifiable. L´amer pose cependant un problème : il n´est utilisable que par temps suffisamment clair et de jour. Afin d´accentuer sa visibilité, il est parfois blanchi à la chaux.

    Le second élément que l´on peut rencontrer est la balise, qui est une construction humaine. Selon Cleirac (1661), Signa nautica, sont indices, enseignes, ou adresse à la droite route pour éviter les dangers, et pour prendre le bon cours, & sont grandement nécessaires aux ports que l'on nomme port de barre ; c'est à dire d'entrée qu'il convient que la marée soit haute pour y surgir, ou entrer à l'aise, desquelles balises il y a deux espèces. Premièrement des toués, qui sont gros thonneaux bien clos & vuides, lesquels flottent et surnagent amarés & arrestés avec des ancres avec de grosses cheines de fer, et ce sur les endroits dangereux qu'il convient d'éviter.

    La seconde espèce sont de grands arbres toufus, de feuillage et ramage par bout, haut eleves et posés en échauguettes à l'embouchure des rivières, au nombre de deux pour le moins, qu'il faut prendre en aspect l'un courant, l'autre à juste alignement, en sorte que tous deux ne paroissent pas à l'oeil qu'un seul et faut entrer à cette posture qu'on nomme travers.

    Il existe bon nombre de différentes balises, mais quelque puissent être leur forme ou leur couleur, elles remplissent toutes le même rôle : signaler un danger ou les moyens de l´éviter.

    Enfin, le dernier élément de balisage est constitué par le feu ou le phare. Sur les costes de Mer et principaux havres, on a de tout temps basty de hautes et eminentes Tours, dans lesquelles on fait mettre des foyers remplis de feu de charbon de terre ou de bois, ou bien des lanternes éclairées de quelques flambeaux, ou des rechaux de fer remplis de nipes trempées dans du Goudron, ou autre composition combustible, et ce afin de donner adresse de nuit aux Mariniers, et leur faire esquiver quelque mauvais pas à l'entrée d'un Port. Cette définition est on ne peut plus claire : un phare est avant tout destiné à assurer la sécurité de l´approche des ports.

  • Extrait du 'Pilote' de Thomasssin, 1875

    Le Trieux ou rivière de Pontrieux vient du Sud-Ouest et se jette à la mer dans l'angle formé par les hautes terres de Lanmodez et par celles de l'Arcouest. On y arrive par un chenal qui se trouve au Sud de l'Île de Bréhat entre elle et la terre, appelé le 'Farles', relevé en 1860, et par le passage situé au Nord-Ouest de Bréhat entre cette île et l'Île Saint-Modez, appelé le grand chenal du Trieux.

    Les gabarres mouillent à l'habitude dans le chanal entre l'Île à Bois et 'Roc'h Arhant', le Rocher de la Douane, qui fait face à la rade de Mélus sur la rive pluse scarpée du Goëlo. Le mouillage de Bodic à 1 mille 3/4 en dedans du fanal de la Croix et à 1 encablure 1/2 au Nord de la tour de Bodic, offre un abri par 10 mètres de fond ; en amont, le mouillage des Perdrix accueille les frégates, qui rappellent que ce port faillit par deux fois devenir un grand port militaire sous Louis XIV et au second Empire.

    On peut citer le balisage suivant de l'aval vers l'amont :

    - la tourelle de Moguedhier ('les fumées', au Nord de l'ïle à Bois), le 'Vincre' (tourelle rouge et noire), avec le passage du 'Trou Blanc' pour rejoindre le 'Farles' au Nord-Est, la 'Vieille de Loguivy' (tourelle noire), la perche 'Sabot du Nord' (de couleur rouge), sous l'îlot 'Rocha Arhant', le 'Sabot du Sud' ou 'Vieille de Bodic' (tourellle noire), face à la tourelle 'Olénoyère'. Le phare de la Croix, tourelle de &4 mètres de hauteur, de couleur blanche, construite sur l'accore Nord-Ouest de la Croix, au sud-Ouest de vases de la rive de Bréhat. La tourelle de 'Coatmer' ou 'Lost Mor'. Sur la Rive droite Mélus, gros rocher élevé de 20 mètres, en forme de pointe à toucher terre, devant un petit vallon, au fond duquel descend une route. C'est le 2ème rocher au Sud de Roc'h Levret, dans l'Ouest de Loguivy. Le four à chaux est à 200 mètres au Sud, et la pointe du Renard, 'Roc'h ar Louarn' est à 200 mètres plus à l'Ouest. En suite, en amont, Les 'Perdrix', (tourelle rouge, 'Roc'h Minguy' (balise noire), la 3ème 'Chaise' (tourelle rouge), la 2ème 'Chaise' (balise rouge) et la 'Grande Chaise' (tourelle blanche), 'Min Lihit ou la 'Pierre de la Vase' (balise rouge), 'Bec an Arvor' (tourelle rouge), 'Min Kéraoult' (tourelle noire), le 'Lionel' (tourelle noire), 'Beg Ty Meur' (tourelle rouge), 'Beg Guermarcaërs (balise rouge) et les 'Pitonneaux' (balise noire).

    Remarque : le balisage est inversé par rapport au balisage actuel. Les couleurs du balisage latéral furent inversées à partir de 1931, suite à la conférence de Lisbonne, pour être conformes au balisage européen (code Saint-Pétersbourg), à l'opposé du système américain.

  • La navigation dans l'estuaire du Trieux

    Un navire qui vient du large, du nord de l´île de Bréhat, après s´être écarté du plateau des Roches-Douvres prend son cap sur le phare des Héaux de Bréhat, pour s´engager ensuite dans le grand chenal de l´estuaire du Trieux. Pendant le jour, du phare des Héaux, le capitaine va prendre l´alignement du clocher de la chapelle St-Michel de Bréhat par l´amer blanchi de l´île et la tourelle de la Moisie. Il évitera de s´écarter de cette route pour ne pas talonner sur les roches qui bordent le plateau des Sirlots. De nuit, les phares du Rosédo et du Paon parent les dangers du Nord de l´île. Enfin, le chenal du Trieux s´offre à lui avec l´alignement principal du phare de la Croix et du phare de Bodic plus en amont. Entre temps, le navire aura virer la tourelle de la Vieille du Tréou et naviguera entre plusieurs autres balises latérales ou cardinales pour rejoindre l´entrée de l´estuaire.

    Ces balises ont toutes un nom langue bretonne qui désigne leur lieu d´implantation et les

    caractéristiques qui s´y rattachent. Il peut être intéressant pour le marin d´en connaître la traduction et l´histoire :

    'Moguedhier' signifie les fumées, lieu qui 'bouillonne', 'en crachant de l´écume, comme de la fumée'. Ce qui signifie que les courants à cet endroit sont particulièrement violents autour d´une roche qui ne découvre pas.

    Le phare de la Croix rappelle la présence des moines du monastère tout proche de l´île verte. Une croix fut édifiée sur le point culminant de l´île, peut-être pour rappeler le naufrage de plusieurs abbés sur la roche qui supporte le phare actuel. Au 17ème et 18ème siècle, la tour s´appelait la tour des trois moines, puis le phare du moine blanc (carte de Ste Colombe 1680 et de De Kearney, 1770). Le phare de Bodic est mentionné à la même époque. Ce qui pourrait indiquer que ces deux tours à feu ont précédé les phares actuels, à la même période que le premier phare de Fréhel. Les premières tours feu servaient de tour de guet à des fins militaires et de sécurité pour la navigation dans un estuaire très fréquenté par la marine de guerre et de commerce, mais aussi soumis aux invasions fréquentes des Anglais et des Normands.

    Les deux tours à feu alignées entre elles transmettaient des informations à l´aide de signaux de fumée.

  • Traduction de quelques toponymes nautiques du secteur de Lézardrieux-Bréhat :

    'Ar C´hern' : 'les Cornes', dénomination des Héaux de Bréhat

    La balise 'Roc´h Louet' : la 'Roche Moisie'

    La balise de 'Rodello' : les 'Tourbillons'

    La balise de 'Min Guen Kerrannets' signifie la 'Pierre blanche des Grenouilles'

    'An Teuskeier' : les 'Tusques' : les 'Lutins'

    La balise de 'Men Krenn' : la 'Pierre courte'

    La tourelle 'Gwrac´h Bodic' : la 'Grande Vieille de Bodic' (près d´un banc de sable)

    La balise 'An Holeneier' : les 'Salinières'

    'Roc´h Briadis' : la 'Roche des Bréhatins'

    'Ar Gardinaled' : les 'Cardinaux', ou les 'Charpentiers' en baie de Paimpol, dénomination qui rappelle la dignité de certains abbés de Beauport et les bâtiments de l´abbaye, qui ont servi d´amers aux siècles passés, pour repérer un certain nombre de rochers et de hauts-fonds (Rohan hier : Rochers des Maisons)

    'Ar C´hompa' : le 'Compas'

    'Ferlas' : terme inintelligible qui proviendrait de la déformation du Breton 'Varlez', puis 'Farlez', signifiant à l´origine sur les cartes anciennes 'Ganol war Laez : 'chenal vers le haut', vers l´Est.

  • Les projets de balisage des ingénieurs chargés des travaux maritimes, en 1807

    Un de ces mémoires concerne la signalisation des Côtes-du-Nord où l´ingénieur local présente dès 1807 un projet complet du balisage du Trieux maritime jusqu´à Lézardrieux comprenant la construction de cinq tourelles sur les roches de Kerraoul, de Bec-an-Arvor, de Roux-Bihan, des Trois-Chaises et de Min-Lehit. Pour compléter ce dispositif il propose aussi la signalisation du rocher des Perdrix, des rochers du Prinoit ou Roc´h Du et du Danger ou Roc´h ar Peril et enfin du rocher du Saulnier ou An-Holenerien : ambitieux projet repris point par point entre 1855 et 1880. La réalité économique et politique ne permit jamais de se lancer dans de vastes opérations de construction et bien souvent au contraire on assiste durant la période impériale à l´extinction des rares feux encore en activité.

  • 20092206232NUCB : Archives Nationales Marine, B3/ 757, F 2661.

    20092206587NUCB : Collection particulière

    20092206446NUCB : Collection particulière

    20092206208NUCB : Collection particulière

    20092206231NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206259NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206238NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206240NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206269NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206268NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206267NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206266NUCB : Direction départementale de l'Equipement 22, Phares et Balises

    20092206469NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Bibliographie
  • JOURJON. Notice sur la rivière du Trieux et ses trois ports : Loguivy, Lézardrieux, Pontrieux. Ministère des Travaux Publics, Ports maritimes de la France. Tome 3 : de Cherbourg à Argenton, Paris : Imprimerie Nationale, 1878.

    p. 573-591