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Ancien manoir de la Bintinais, actuellement écomusée du Pays de Rennes, la Bintinais (Rennes)

Dossier IA35027864 inclus dans Ville de Rennes réalisé en 2002

Fiche

L´aspect actuel des bâtiments de la Bintinais est en grande partie le résultat de l´importante restauration effectuée par la famille Ramé autour de 1830. Les travaux récents, des années 1980, lors de l´installation de l´écomusée ont respecté au maximum cet état. Toutefois derrière cette apparence relativement moderne donnée surtout par l´alignement des baies en travées et leur calibrage en hauteur, les nombreux réemplois de matériaux anciens en particulier visibles dans les chaînages des baies révèlent l´ancienneté du lieu et des bâtiments. L´analyse de ces derniers, confrontée à la lecture des pièces d´archives du XVIIe et XVIIIe siècle, effectués lors des prises de possession par de nouveaux propriétaires, permet d´affirmer sans difficulté que l´emprise au sol des édifices a peu changé depuis le XVe siècle.

L´ancienne métairie, les étables et les soues à porcs situées à l´ouest du portail sont encore en bonne partie identifiables aujourd´hui. Le logement du métayer, qui ne comprend au XVIIe siècle qu´une pièce unique a seulement été doublé au cours du XVIIIe siècle. Les deux cheminées adossées visibles actuellement dans cette partie des Bintinais appartiennent à ces travaux d´amélioration, l´une d´elles porte la date de 1832 qui est celle d´une restauration globale par la famille Ramé. A droite se trouvait une étable ainsi que des soues à porcs.

Le portail, à droite de l´ancienne métairie, était surmonté jusqu´au XIXe siècle par un logis en pan de bois composé de deux chambres. L´une au-dessus du passage lui-même, l´autre au-dessus de l´étable voisine du logement du métayer. Ces deux chambres chambres hautes ont disparu aujourd´hui, mais leurs anciens conduits de cheminées encore visibles marquent les limites est et ouest de ce logis-porte. Ces chambres sur le portail font partie en 1625, avec le grand logis seigneurial du fond de la cour et le pressoir, de la retenue de la Bintinaye que se réserve alors la propriétaire Andrée Loret, veuve de René Bazin procureur au Parlement. Elles étaient accessible depuis la cour par un escalier de bois collé contre le mur conduisant à une galerie, c´est à dire à une coursière en encorbellement. Cet organe de distribution fréquent dans les manoirs au XVe siècle, conservé par exemple au reversdu manoir de Launy-bazoin à Saint-Anne sur Vilaine, était encore visible au début du XXe siècle au revers de l´ancien logis-porte de la Mandardière à Pacé, également construit en pan de bois. Ce type de logis-porte en pan de bois semble avoir été relativement répandu au XVe siècle dans le pays de Rennes. Bien peu d´exemples ont survécu mis à part celui du Plessis-Beaucé à la Chapelle des Fougeretz, et les vestiges, arasés juste au dessus des sablières de l´ancien manoir de la Rivière Hagoumar à Chavagne, en bordure de la Vilaine.

A droite du portail le volume de l´ancienne grange et du pressoir est conservé encore surmonté de son ancienne charpente qui peut remonter au XVIIe siècle. Une large reprise de maçonnerie dans la partie droite du mur garde la trace d´un bâtiment en retour vers le sud, encore visible sur le cadastre de 1812, mais déjà disparu sur celui de 1842. Si l´on en croit les inventaires anciens, dans cette partie entièrement détruite de l´ensemble des Bintinais se trouvait un des anciens fours à pain et sa boulangerie et immédiatement à côté de lui, logiquement placée à proximité du plan d´eau du vivier, la buanderie du manoir. Les termes d´un bail de 1625, un des premiers actes décrivant assez précisément les lieux font état de l´obligation faite au fermier de faire la lessive des propriétaires. Ce type de servitude assortie de la construction de bâtiments spécifiques semble aussi avoir été fréquent dans les manoirs de Rennes et des environs : on en trouve par exemple mention à Lillion ainsi qu´à la maison e retenue des Talus.

L´aspect ancien du logis seigneurial au fond de la cour n´est pas donné par les archives vues jusqu´alors qui concernent essentiellement la petite Bintinais. On peut toutefois reconnaître dans l´actuel édifice l´empreinte de l´ancien logis du XVe siècle. La plupart des pierres de taille des encadrements de baies en granite sont des remplois de cet ancien édifice construit soit dès le début du XVe siècle par la famille de la Bintinaye, soit plus tardivement vers 1470-1480 par la famille de Bourgneuf. La pièce du rez-de-chaussée, à gauche a conservé les piédroits remontés d´une ancienne cheminée à larges biseaux et congés sculptés qui la situent vers les années 1480. La cheminée de la pièce voisine au foyer simplement engagé bien postérieure, peut dater du XVIIIe ou du début du XIXe siècle. Enfin celle de la salle basse à l´est conserve directement peint sur son linteau de bois, un décor de guirlandes de fleurs, transposition naïve des décors du Parlement de Bretagne, qui pourrait remonter à la fin du XVIIe siècle.

En fait le logis actuel de la Grande Bintinais est surtout un intéressant exemple de logis de retenue des années 1830, partagé entre le propriétaire et le fermier. Parmi les quatre portes du rez-de-chaussée, la deuxième en partant de la droite ouvre sur un escalier qui conduit à l´étage vers le logement de retenue aménagé après l´acquisition du domaine en 1826 par la famille Ramé. Cette disposition est proche de celle que l´on retrouve à l´ancienne ferme du Grand Champeaux à Rennes, ancien manoir également transformé en retenue avec logis partagé dès le début du XVIIIe siècle. Au bas de l´escalier du logis de la Grande Bintinais, un sas en pan de bois a été dégagé de son torchis lors de la restauration récente du bâtiment afin de montrer les différents modes constructifs employés. Ce sas est à rapprocher d´une porte murée, à gauche qui devait communiquer avec la cuisine du fermier. En fait la pièce à droite de l´escalier, la seule du rez-de-chaussée dont la fenêtre n´est pas munie de contrevents mais d´une grille, devait dans le projet de retenue du début du XIXe, servir de cuisine occasionnelle pour le propriétaire.

L´étage se démarque totalement du rez-de-chaussée. Ses quatre pièces bénéficient d´une double distribution : celle d´un couloir arrière sur toute la longueur de l´édifice ainsi que d´une communication directe des pièces entre elles. Entre les trois pièces principales à ouest une enfilade de milieu en vis-à-vis de deux cheminées identiques, leurs tableaux et trumeaux à pilastres cannelés de style Louis XVI, les plafonds lisses recouverts de plâtre cachant la poutraison confèrent à l´ensemble une certaine solennité une certaine solennité, l´aspect d´un « appartement de campagne », image du goût et du mode de vie de la bourgeoisie rennaise sous la Restauration.

Destinationsmusée
Parties constituantes non étudiéeslogement, grange, étable, cellier, puits, poulailler, pièce d'eau
Dénominationsmanoir, ferme
Aire d'étude et cantonRennes ville - Rennes ville
AdresseCommune : Rennes
Lieu-dit : les Bintinais

Manoir mentionné en 1440 à la famille de la Bintinais, puis en 1485 à la famille de Bourgneuf. Vestiges du portail et remploi de plusieurs éléments (linteaux et jambages de fenêtres de cheminées) de l'édifice du 15e siècle dans l'actuel. En 1625, mention des deux chambres de la retenue du portail de la Bintinais à demoiselle Andrée Loret, veuve de René Bazin, procureur au Parlement. Achat du domaine vers 1820 par Pierre Ramé, négociant rennais, et importants travaux : reconstruction totale du logis principal avec aménagement de l'étage en retenue. Destruction de l'étage en pans de bois au-dessus du portail et restructuration de l'ancienne métairie. Vers 1890 construction d'une grange en terre à l'est du logis séparé de ce dernier pour maintenir un passage vers le jardin. En 1908 fermeture de ce passage et construction d'un grand cellier en terre associé à une laiterie en briques et une chambre pour une servante ; le tout accolé en appenti contre la façade nord du logis principal et de la grange. Poulailler ajouté contre l'ancien cellier au début du 20e siècle.

Période(s)Principale : 15e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 1ère moitié 19e siècle
Principale : limite 19e siècle 20e siècle
Dates1440, daté par source
1485, daté par source
1625, daté par source
1682, daté par source
1826, daté par source

Corps d'entrée et logis principal construit en moellon de schiste avec encadrements de baie en majorité de pierre de granite et quelques pierres calcaires. Grange à l'est du corps de logis et cellier appliqué contre sa façade nord construit en terre. Petit appentis à l'arrière du logis principal construit en brique.

Mursterre
schiste
grès
granite
calcaire
bois
brique
moellon
pan de bois
Toitardoise
Étagesen rez-de-chaussée, 1 étage carré
États conservationsrestauré
Statut de la propriétépropriété de la commune

Annexes

  • Eléments d´historique :

    Au XVe siècle, le fief de la Bintinaye ou Bintinais, qui tire son nom du patronyme Bintin, présent dans d´autres lieux du Rennais, appartient à une famille du même nom, ramage probable du lignage féodal de Coëtquen. En 1440, Marguerite dame de la Bintinaye demeure en son manoir situé non loin de là, au village du Hil, en Noyal-sur-Seiche.

    La Bintinaye est vendue avant la fin du XVe siècle à une famille rennaise issue de la riche bourgeoisie, les Bourgneuf, devenus du ou de Bourgneuf. Un prisage de 1485 des biens de «noble homme Gilles de Bourgneuf, seigneur de la Bintinaye » fait état de travaux effectuée à la Bintinaye qui fait monter la valeur du lieu à la somme considérable de 600 livres. En 1513 le registre des réformations mentionne «Le lieu et manoir de la Bintinais appartenant aux enfants mineurs de feu maistre Alain de Bourgneuf fils de Gilles de Bourgneuf et Françoise Boedrier »

    Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, la Bintinaye vient dans les mains d´une famille Bazin, dont on ne connaît pas la provenance, peut-être étrangère à la Province.

    En 1625, le manoir appartient en 1625 à demoiselle Andrée Loret, veuve de René Bazin procureur au Parlement. Au cours du XVIIe siècle le manoir est partagé en deux lots :

    --le premier lot qui comporte la maison principale, le grand jardin au nord et quelques pièces de terre, parfois appelé Grande Bintinaye reste dans la descendance directe des Bazin jusqu´en 1826.

    --Le deuxième lot qui comprend la métairie, le portail et les deux chambres au-dessus, la grange et le pressoir, c´est-à-dire l´ensemble du corps de bâtiments qui marque l´entrée de la cour, parfois appelé Petite Bintinaye, passe par succession dans les mains de différentes familles jusqu´au milieu du XVIIIe siècle, époque à laquelle il est racheté par les Bazin déjà propriétaires du premier lot. Cette partie du manoir est décrite en 1682 lors de sa vente à la famille Le Mélorel.

    Depuis cette époque, qu´elles soient dans les mains d´une seule famille ou de deux familles différentes, la Petite et la Grande Bintinais sont considérées comme deux entités distinctes et, jusqu´au XXe siècle, exploitées par deux fermiers différents.

    En 1826, l´ensemble du domaine de la Bintinais, est racheté par Pierre Ramé, ancien négociant rennais en quincaillerie et mercerie, qui y fait d´importants travaux. Il fait reconstruire en particulier le logis principal en remployant les murs pignons et les refends de l´ancien ainsi que la plupart des pierres de taille. Le rez-de-chaussée est alors aménagé pour le fermier avec trois pièces d´habitation, une salle, une cuisine et une chambre basse. L´étage est garni de boiseries et chauffé de cheminées « bourgeoises » d´appartement pour servir de retenue au propriétaire. Les bâtiments de communs qui ferment la cour au sud sont également repris ainsi que la métairie de la Petite Bintinaye.

    Description architecturale

    La majorité des bâtiments de la Bintinais est construite en moellons de schiste briovérien avec alternance de rangs de schistes pourpres. Le reste, en particulier, la moitié est de l´ancienne grange à droite du corps d´entrée est construite en moellons de schistes pourpres de Pont-Réan, l´importante grange collée à l´est du principal corps de logis est pour une petite partie en moellons de schistes pourpres et pour l´essentiel en bauge, de même que le cellier appliqué contre la façade nord. Un petit appentis collé à l´arrière du logis principal, dans l´angle avec le grand cellier est en brique, de même que les souches de cheminées du logis principal.

    La cour est close par des dépendances en équerre qui en ferment les côtés sud et ouest. Ce corps de bâtiment est traversé par un passage qui donne accès à la cour. Le corps de logis principal occupe le fond de cette même cour au nord.

    Le corps d´entrée :

    Alignement en rez-de-chaussée pour les deux premiers tiers de la longueur en partant de l´ouest, jusque et y compris le passage menant à la cour. Les linteaux de portes et de fenêtres y sont alignés.

    Le reste, légèrement plus haut est couvert par un toit à forte pente.

    Le logis principal :

    Détaché des communs, il occupe la presque totalité de la longueur de la cour au nord . Il se compose d´un corps simple long de sept travées pourvu d´un étage carré. Le tout est construit en moellons de schiste briovériens, de schistes pourpres de Pont-Réan et de granite mélangés. Les encadrements de baies sont en granite. Tous les linteaux des fenêtres de l´étage sont en bois. Les encadrements des baies présentent de nombreux réemplois. Le toit de ce logis à pente relativement faible présente un léger coyau.