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Abri pour deux groupes de type 502 (B 52 : ?) dit le "blockhaus de Keranroux"

Dossier IA29001281 inclus dans La forteresse Brest (Festung Brest codée "B") réalisé en 2005

Fiche

Dossiers de synthèse

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  • Musée virtuel du Mur de l'Atlantique / Atlantic Wall Linear Museum (Projet européen "Culture 2000")

LES FORTIFICATIONS DE LA RADE DE BREST, UN PATRIMOINE RECONNU

La périphérie de Brest : des forts détachés à la Festung

Le blockhaus de Keranroux (Lécuillier Guillaume, 2011)

"Construit par l’organisation Todt en 1943, le blockhaus de Keranroux appartenait selon les archives allemandes au Widerstandsnest, point d’appui numéroté B 52 de la Festung Brest. Malheureusement, aucun marquage ne vient ici confirmer les sources. Cet ensemble fortifié situé au nord-ouest de la Festung faisait partie de la ligne principale de défense de Brest qui défendait ici les abords du fossé antichar courant du fort de Montbarrey B 57 au nord du fort de Keranroux B 44. La présence de plusieurs casemates pour canons antichars dont une de type 626 à toit blindé pour canon de 7,5 cm, est attestée dans le périmètre immédiat de l’abri ainsi que divers abris dont un de type 501 et des postes individuels d’observation bétonnés dits Tobruk en défense rapprochée. Johann Steinebach, historien du Mur à Brest, a ainsi pu identifier une trentaine de blockhaus dans ce secteur. Le commandant du secteur (Abschnittskommandant) ouest est installé en B 42 à 1 km à l’est au Valy Hir dans un abri de type 117 avec cloche blindée de type 486P2. Le blockhaus de Keranroux relève du commandement intermédiaire B 23 situé à l’est du fort homonyme.

Suivant le répertoire officiel allemand des Regelbauten, plans-types conçus par les ingénieurs de forteresse (Festungspioniere), ce blockhaus est un abri de type 502 pour deux groupes de combat (Doppelunterstand). La dernière typologie de Rudi Rolf éditée en 2008 recense plus de 380 plans de blockhaus pour les trois armes de l’armée allemande : l’armée de terre (Heer), l’armée de l’air (Luftwaffe) et la marine (Kriegsmarine). Datant de 1939, le plan-type 502 a été élaboré par l’armée de terre allemande, la Heer pour le Westwall (Mur de l’Ouest) s’élevant face à la ligne Maginot. Il est conçu pour un "équipage" de 12 hommes et peut être transformé par l’ajout de couchettes supplémentaires en abri pour 18 hommes, voire 20.

À Brest, ce type de blockhaus, assez répandu, servait le plus souvent uniquement d’abri à personnel mais, suivant les besoins locaux, l’ouvrage pouvait être doté d’une cloche blindée d’observation de type 89P9 (rarissime) ou d’une ouverture pour périscope. Au carrefour de Tariec (commune de Plouvien) par exemple, l’abri était destiné à recevoir une cloche blindée mais il est resté inachevé. Le marquage "St" – présent au-dessus de l’entrée du blockhaus de Keranroux – indique aux occupants que ce dernier est une fortification permanente : Ständig Ausbau, c’est-à-dire à l’épreuve des bombes et étanche aux attaques au gaz. Plus de 630 m³ de béton et 45 t de ferraillage, les murs font 2 m d’épaisseur, étaient nécessaires à la construction d’un tel abri dont le temps de réalisation moyen avoisinait 10 semaines. En juillet 1943, la construction de 410 Wohn-Bunker, littéralement "bunker habitations" catégorie à laquelle appartient le blockhaus de Keranroux, est programmée dans le groupe défensif côtier de Brest (Küsten-Verteidigungs-Gruppe) codé B 215 sont d’ores et déjà achevés (Fertig), et 82 sont en construction (in Bau). Nous incluons dans ces chiffres les Feldmässigen Ausbaustand et les Ständigen Ausbaustand, c’est-à-dire à la fois les constructions semi-permanentes (1 à 1,5 m d’épaisseur) et permanentes (2 m et plus d’épaisseur de béton).

Ce blockhaus est un exemple parfait de la normalisation et de la standardisation de la fortification allemande. Selon le Panzeratlas, la nomenclature allemande, on peut décrire entièrement ce blockhaus composé :

- de deux entrées, ce qui explique que ce modèle ne dispose pas de sortie de secours, avec grilles réglementaires (491 P2) ; une douche permettait de "désintoxiquer" les troupes entrantes ;

- d’un sas d’entrée à deux ouvertures flanquées chacune par une caponnière blindée de type 422 P01 pour mitrailleuse (Maschinengewehr, souvent abrégé en M.G.) et deux portes blindées lourdes à deux vantaux de type 434 P 01 avec guichet observateur (portes pare-souffle de 630 kg permettant de sortir même en cas de comblement partiel de l’entrée par des gravats). Le sas est doté de clapets de surpression (type 4 ML 01) et d’une bouche de soufflage pour la ventilation ;

- d’une porte intérieure étanche de type 19 P 7 (185 kg) isole l’espace de vie du sas d’entrée.

- de deux pièces de vie pour 6 hommes (transformables pour 9 hommes) ; les deux pièces sont dotées du même équipement à l’exception du boîtier de relais téléphonique ; une dalle en béton au sol imite un carrelage pour donner une impression de confort aux occupants ; une arrivée et une évacuation d’eau ; une installation électrique et un éclairage conformes au standard en vigueur ; un poêle (à bois et charbon) de type Wt 80K à plaque pour faire la cuisine et réchauffer les plats ; un ventilateur d’air (Heeres Einheits Schultzlufter : HES) de 2,4 m³ modèle 1940 pouvant fonctionner manuellement (deux manivelles) ; 6 lits avec châssis tubulaires (type 922 S4), fixations au mur et crochets dans le plafond ; une table et des tabourets pliants (disparus) ; un râtelier d’armes ; un boîtier de relais téléphonique (les plaques des numéros de ligne sont encore en place) ; un poste d’observation doté d’un orifice pour périscope de type SR 9 d’une longueur de 3,1 m isolé par une porte blindée (type 434 P 01), d’une prise murale d’alimentation électrique, d’un boîtier pour l’antenne.

Sa caractéristique principale est son exceptionnel état de conservation. Ce blockhaus, étonnamment préservé en comparaison des autres ouvrages bétonnés de la Festung Brest, semble "fossilisé" depuis les années de guerre. Tout est encore en place : portes blindées, couchettes superposées, poêles, système de ventilation, central téléphonique, etc. La "machine de guerre" semble prête à fonctionner et plonge le "spectateur/visiteur" dans le passé.

Seconde caractéristique, les murs du blockhaus comptent plusieurs peintures murales réalisées par les soldats allemands. Si la peinture murale à l’entrée du blockhaus (représentation d’un soldat allemand "traînant la patte…, une savate au pied") illustre une maxime : "5 minutes avant l’heure, c’est la ponctualité du soldat (5 Minuten vor der Zeit, ist der Soldaten, Pünktlichkeit !)", les peintures placées au-dessus des deux couchettes évoquent un paysage de Bavière (probablement la région d’origine d’un des soldats).

L’usure du temps a fait son œuvre. Partout, la rouille "mange" le matériel de second œuvre. Les peintures murales tendent à s’estomper ; le blockhaus a une durée de vie limitée. Se pose ici, encore une fois, la question de la conservation de ce type de patrimoine. Grâce à un graffiti dans le poste d’observation : 9/16/44 (probablement dû à un soldat américain qui pénétra dans le bunker), la bataille de Brest fait irruption dans l’édifice. Cet abri, ce "sous-marin-terrestre", a été conçu pour se protéger du feu du ciel. Il a survécu à l’enfer de la guerre et à la bataille de Brest tandis qu’à l’extérieur la destruction faisait rage.

Le blockhaus de Keranroux est mentionné pour la première fois dans l’ouvrage d’Andersen Bo, Le Mur de l’Atlantique en Bretagne 1944-1994. Cette publication est le fruit d’une longue recherche menée dans les années 1965-1975 sur le champ de bataille de la Festung Brest. L’implantation géographique du blockhaus de Keranroux est particulière. Il s’agit d’un abri enfoui dans le sol. Si, à l’origine, cet abri faisait partie d’un ensemble fortifié situé au nord-ouest de la Festung Brest, il est aujourd’hui isolé, les autres bunkers ayant disparu ; cependant, l’œil exercé aura vite trouvé une "bosse suspecte" dans l’enceinte du collège de Keranroux et à quelques centaines de mètres de là un autre abri (celui là dépecé) recelant le même genre de peinture (à n’en pas douter du même soldat-artiste).

La construction de ce collège sur le site de l’ancien ensemble fortifié allemand en 1970 a bien failli faire disparaître à jamais le blockhaus. L’architecte du collège semble avoir voulu le conserver dans son état d’origine. Une partie des fondations du collège prend appui sur le bunker tandis qu’un des deux accès à ce dernier a été conservé et rendu accessible par un escalier.

Le blockhaus de Keranroux est un extraordinaire outil pédagogique qui permet d’évoquer le rôle des "requis" : la main-d’oeuvre de l’organisation Todt, le rôle de cette organisation paramilitaire elle-même. La lecture attentive des plaques de constructeurs permet d’évoquer le rôle des entreprises allemandes (AEG, Siemens, etc.) ou françaises tandis que le thème de la guerre peut être abordé par l’étude de la vie quotidienne du soldat ; il permet en outre d’évoquer le thème de l’idéologie et du projet nazi de façon très concrète.

Pour le "bunker archéologue", le blockhaus de Keranroux peut servir de référence, certains ont visité plusieurs centaines d’ouvrages avant d’en rencontrer un aussi bien conservé" (Lécuillier Guillaume, 2011).

Lécuillier Guillaume (dir.), Jean-Yves Besselièvre, Alain Boulaire, Didier Cadiou, Christian Corvisier, Patrick Jadé. Les fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal. Rennes, éd. Presses Universitaires de Rennes, coll. Cahiers du patrimoine, 2011, n° 94, 388 p.

Précision dénomination 502
Appellations Blockhaus de Keranroux
Dénominations blockhaus, abri, poste d'observation
Aire d'étude et canton Bretagne Nord
Adresse Commune : Brest
Lieu-dit : Keranroux
Adresse : Collège

Période(s) Principale : 2e quart 20e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle
Dates 1943, daté par travaux historiques
1944, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Organisation Todt, ingénieur militaire, attribution par travaux historiques
Murs béton armé
Toit béton en couverture
Plans plan rectangulaire régulier
Étages rez-de-chaussée
Couvertures terrasse
Énergies énergie électrique
produite à distance
Typologies abri pour deux groupes de combat avec poste d'observation (cloche blindée) relié à un central téléphonique. Festung Brest: Stützpunkt B n° 52
États conservations désaffecté
Techniques peinture rupestre
Représentations paysage homme
Précision représentations

Marquage au dessus de l'entrée du blockhaus : "St" pour le codage du point d'appui. Peinture murale de l'entrée : représentation d'un soldat allemand traînant la patte et une inscription en allemand : "5 minutes avant l'heure, c'est la ponctualité du soldat". Peinture murale de la chambre de troupe droite : deux paysages de Bavière au dessus de deux couchettes. Marquage dans l'entrée n° 2 : une date "9/16/44" est attibué au soldat américain ayant inspecté l'abri.

Mesures h : 5.0 cm
l : 15.0 cm
la : 10.0 cm

L'implantation géographique du blockhaus de Keranroux est particulière. Il s'agit d'un abri enfoui dans le sol. Si à l'origine (construction en automne 1943), cet abri faisait partie d'un ensemble fortifié situé au Nord-ouest de la Festung Brest, il est aujourd'hui "isolé". Les autres bunkers ont disparu... cependant, l'il exercé aura vite fait de trouver une "bosse suspecte" dans l'enceinte du collège (probablement une casemate pour canon antichars) et à quelques centaines de mètres de là un autre abri (celui-là dépecé...) recelant le même genre d'inscription.... (à n'en pas douter du même soldat / artiste). La construction d'un collège sur le site de l'ancien Stützpunkt allemand dans les années 1970 a bien failli faire disparaître à jamais le blockhaus ... Etonnamment, l'architecte du collège (modèle "Pailleron") semble avoir voulu conserver le blockhaus dans son état d'origine. Une partie des fondations du collège prennent appui sur le bunker tandis qu'un des deux accès à ce dernier a été conservé et mis en valeur. L'accès au blockhaus se fait aujourd'hui en passant par les sous-sol du collège. Le gardien, à l'occasion, sert de guide aux visiteurs.

Statut de la propriété propriété du département
Intérêt de l'œuvre vestiges de guerre, site archéologique, à signaler

Références documentaires

Bibliographie
  • ANDERSEN BO (P.), Le mur de l´Atlantique en Bretagne 1944-1994, s. l., Ouest France, 1994, 126 p., Edilarge. ISBN 2-7373-1291-4.

  • ANDERSEN BO (P.), Le mur de l´Atlantique en Bretagne, s. l., Ouest France, 2001, 126 p, vol. 2.

  • CHAZETTE (A.), Atlantikwall-Südwall, Sur les traces du temps, Paris, éditions Histoire et Fortifications, 2002, 367 p.

(c) Inventaire général (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne ; (c) Groupe de Recherche sur l'Architecture et les Infrastructures - Lécuillier Guillaume